Natation, noyades et sauvetages

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Cyril Drouet
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Re: Natation, noyades et sauvetages

Message par Cyril Drouet »

eugéne de Beauharnais a écrit :
26 déc. 2004, 21:46
Coignet parle de leçons de natation ...
"L’Empereur [suite à Tilsit] forma en même temps une école de natation pour nous apprendre à nager, il fit établir des barques près du pont de Neuilly, et là on mettait une large sangle sous le ventre du grenadier qui ne savait pas nager et tenue par deux hommes dans chaque barque. Et ce militaire était hardi, et dans deux mois il y avait déjà huit cents grenadiers qui pouvaient traverser la Seine. L'on me dit qu’il fallait que j’apprenne à nager.
"Je ne le puis, je crains trop l'eau.
-Eh bien ! dit l’adjudant-major, il faut le laisser tranquille, ne pas le forcer.
-Je vous remercie. »
L’Empereur donna l’ordre de tenir prêts les plus forts nageurs en petite tenue, pantalon de toile, à midi. Le lendemain, il arrive dans la cour de notre caserne et, tout le monde prêt, on fit descendre les nageurs. Il était accompagné du maréchal Lannes, son favori et il demande cent nageurs, les plus forts. On nomme les plus avancés.
«Mais, dit-il, il faut qu’ils puissent passer avec leurs fusils sur la tête, et des cartouches. »
Et il dit à M. Belcourt :
« Tu peux les conduire ?
-Oui, Sire.
-Allons, prépare-les, je vous attends. »
Il se promenait dans la cour et, me voyant si petit envers les autres, il dit à l’adjudant-major :
« Fais approcher ce petit grenadier décoré. »
Et me voilà bien sot :
« Sais-tu nager ? me dit-il.
-Non, Sire.
-Et pourquoi ?
-Je ne crains pas le feu, mais je crains l’eau.
-Ah ! tu ne crains pas le feu ? Eh bien ! dit-il à M. Belcourt, je l’exempte de nager. »
Je me retire bien content et il retient M. Belcourt près de lui avec la maréchal Lannes. Et les cent nageurs prêts, on descendit au bord de la Seine où tout était prêt, des barques pour suivre les nageurs montées par des marins de la Garde. Et l’Empereur descendit à pied au bord de la Seine et là, le signal donné, les nageurs se mirent à la nage et passèrent au-dessous du pont, en face du château de Neuilly, sans accident, que M. Belcourt qui fut accroché par des grandes lanières qui traînent en deux eaux et qui s’entortillèrent autour de ses jambes. Mais il fut secouru de suite par les bateliers et il passa comme les autres. Et, arrivés de l’autre côté dans une île, les voilà à faire feu et l’Empereur part au galop, fait le tour et arrive ; il fait de suite donner du bon vin à ses vieux grognards et il fut content. Et il les fit repasser dans les barques. et la distribution de vin pour tout le monde, et vingt-cinq sous pour les nageurs.
Il prit aussi fantaisie à l’Empereur de faire traverser la Seine à un escadron de chasseurs à cheval, en face des Invalides, avec armes et bagages, dans la même place qu’occupe le pont aujourd’hui, et ils passèrent sans accident et arrivèrent dans les Champs-Élysées et l’Empereur fut ravi. Mais les chasseurs et leurs bagages furent mouillés : il ne connaissait point d'obstacle, rien ne pouvait lui résister."
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Cyril Drouet
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Re: Natation, noyades et sauvetages

Message par Cyril Drouet »

L'initiative était pourtant plus ancienne :

"On a établi à Neuilly une école de natation où les grenadiers à pied de la garde consulaire en garnison à Courbevoie apprennent à nager.
Avant-hier, en présence du Citoyen Hulin, leur colonel, au commandement de charge, ils ont traversé la Seine à la nage, avec leurs habits sur le corps et le chapeau sur la tête."
(Journal de Paris, 23 juillet 1803)
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Re: Natation, noyades et sauvetages

Message par Cyril Drouet »

eugéne de Beauharnais a écrit :
26 déc. 2004, 21:46
Et enfin je crois bien que le général Bonaparte en Égypte a du nager pour traverser la mer alors qu'il revenait de patrouille et que la marée était montée.
« Bonaparte et son escorte coururent un grand danger pour retourner à Suez. Ils faillirent éprouver le sort du roi Pharaon et de son armée, marchant à la poursuite des tribus d’Israël. Le gué où ils avait passé le matin sans difficulté était couvert par la marée haute. Ils furent obligés de remonter vers le fond du golfe. L’Arabe qui servait de guide avait mal calculé la hauteur du flux sur cette côte extrêmement basse. Bonaparte fut sur le point d’être submergé ; un guide de son escorte le sauva en l’emportant sur ses épaules. »
(François, Journal)

« Nous étions partis du Caire pour l'isthme de Suez, et à la descente de la marée de la mer Rouge, nous allâmes à la fontaine de Moïse dissiper quelques Arabes; à notre retour, la marée nous poursuivit à tel point que nous sentîmes, non sans inquiétude, l'impossibilité de l'éviter. Déjà elle baignait les pieds de nos chevaux, et la mer Rouge, comme au temps de Pharaon, allait engloutir des soldats dans son sein. Heureusement, le résultat ne fut pas le même que celui de l'écriture sainte.
Lorsque nous sentîmes que les flots montaient et qu'ils atteindraient bientôt les flancs de nos chevaux, nous nous mîmes à la nage pour gagner la baie. En me retournant au milieu des flots, j'aperçus le général Cafarelli, commandant du génie, démonté par son cheval et sur le point de périr. Je me dirigeai promptement vers lui; sa jambe de bois faillit lui devenir bien nuisible dans cette circonstance en paralysant ses mouvements. Je plongeai trois fois... Un maréchal-des-logis nommé Charbonnier vint à mon secours, et nous eûmes le bonheur de le ramener jusqu'au bord où l'on nous tendit de grandes perches et des cordages qui nous aidèrent à escalader la berge fort haute en cet endroit. Ce brave général, que nous ne sauvions des flots de la mer que pour le voir périr à St-Jean d'Acre, nous embrassa avec effusion de cour, marque non équivoque de sa reconnaissance, loua beaucoup mon courage, et me promit de se souvenir qu'il me devait la vie. »
(Krettly, Souvenirs historiques)

« Caffarelli était un fort brave homme; au passage de la mer Rouge, je l'avais confié à deux guides, excellents nageurs; la nuit était obscure, la marée montait, nous avions pris la lumière de la canonnière des savants pour la terre, nous étions perdus si nous ne retrouvions promptement le rivage. J'entendis, à quatre-vingt toises, en arrière, les cris de Caffarelli. Je crus qu'on l'avait abandonné, j'y courus, il ne voulait plus suivre ses guides, il leur disait de le laisser mourir, qu'il était inutile de faire périr d'aussi braves gens qu'eux. Je lui donnai, de colère, un bon coup de cravache dans la figure. Sans moi, il était perdu. »
(Napoléon cité par Gourgaud, Journal de Sainte-Hélène)
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Re: Natation, noyades et sauvetages

Message par Cyril Drouet »

Brumaire a écrit :
29 déc. 2004, 00:09
Voici ce qui est dit dans Napoléon au jour le jour de Jean Tulard à propos de l'épisode de Mortefontaine survenu le Dimanche 11 juillet 1802 (22 mess. an X, désolé mais je n'ai pas trouvé l'heure...) :

"...au cours d'une promenade en barque, celle-ci chavira. Le général Bessières qui était auprès de Bonaparte, tomba dans l'eau et le Premier Consul fut au moment de l'y suivre. Sa frayeur fut si vive qu'il fallut songer à le faire revenir à lui, tandis que d'autres s'occupaient à sauver son campagnon prêt à se noyer." (Comte REMACLE, Relations secrètes des agents de Louis XVIII, p.346, 347.)

Bien à Vous :salut:
Tulard, et Louis Garros avant lui, se trompent puisque le rapport auquel ils font référence est, non de juillet 1802, mais de juillet 1803, plus exactement du 6. L’affaire, si a elle a bien eu lieu, ne s’est donc pas passée le 11 juillet 1802, mais un an plus tard le 24 juin 1803.
Voici le rapport en question :
« Tous les journaux nous donnent, d'après le Moniteur, les détails officiels du voyage du Premier Consul, mais nous n'en apprenons pas encore les détails véritables. On recueille seulement quelques circonstances relatives à son départ.
On prétend que, pendant son séjour à Morfontaine, il a couru quelques dangers. Il se promenait sur l'eau dans une barque fort légère. Un accident dont on ne rend pas compte la fit vaciller. Le général Bessières, qui était auprès de Bonaparte, tomba dans l'eau et le Premier Consul lui-même fut au moment de l'y suivre. Sa frayeur, dit-on, fut très grande ainsi que celle de sa femme et des autres personnes qui l’accompagnaient, si bien qu’il fallut s’occuper de le faire revenir à lui-même avant de songer à sauver Bessières, qui fut ensuite tiré de l'eau. »
(Remacle, Relations secrètes des agents de Louis XVIII à Paris sous le Consulat (1802-1803) : Bonaparte et les Bourbons)

Le « on prétend » appelle à la prudence ; mais de tels bruits ont bien couru dans la capitale. Ainsi, dans le tableau de la situation de Paris établi par la Ministère de la Justice pour la date du 28 juin, on peut lire :
« On dit qu’à Morfontaine, dans une promenade sur l’eau, la nacelle qui portait le premier Consul et plusieurs personnes de sa société, a failli être renversée, que c’est même par sa présence d’esprit que le contre-poids a été formé à temps, et la chute évitée. »

Autres bruits, autre version. Ici, personne ne semble être tombé à l’eau.
Et encore une fois, encore faut-il que ces bruits de couloir reposent sur quelque chose de véritable…

Mme Rémusat qui accompagnait Bonaparte lors du passage à Mortefontaine, nous conte dans ses Mémoires cette courte étape, mais ne dit mot d’un quelconque accident évité de justesse :
«  [Bonaparte] partit le 24 juin 1803, avec un cortège de plusieurs voitures, deux généraux de sa garde, ses aides de camp, Duroc, deux préfets du palais, M. de Rémusat et un Piémontais nommé Salmatoris, et rien ne fut épargné pour rendre ce voyage pompeux.
Avant de commencer cette tournée, nous allâmes passer un jour à Mortefontaine. Cette terre avait été achetée par Joseph Bonaparte. Toute la famille s’y réunit ; il s’y passa une assez étrange aventure. On avait employé la matinée à parcourir les jardins qui sont fort beaux. A l’heure du dîner, il fut question du cérémonial des places. La mère des Bonaparte était aussi à Mortefontaine. Joseph prévint son frère que, pour passer dans la salle à manger, il allait donner la main à sa mère, la mettre à sa droite, et que Mme Bonaparte n’aurait que sa gauche. Le consul se blessa de ce cérémonial qui mettait sa femme à la seconde place, et crut devoir ordonner à son frère de mettre leur mère en seconde ligne. Joseph résista, et rien ne put le faire consentir à céder. Lorsqu’on vint annoncer qu’on avait servi, Joseph prit la main de sa mère, et Lucien conduisit Mme Bonaparte. Le consul, irrité de la résistance, traversa le salon brusquement, prit le bras de sa femme, passa devant tout le monde, la mit à ses côtés et, se retournant vers moi, il m’appela hautement, et m’ordonna de m’asseoir près de lui. L’assemblée demeura interdite ; moi je l’étais encore plus que tous, et Mme Joseph Bonaparte, à qui l’on devait tout naturellement une politesse, se trouva au bout de la table, comme si elle n’eût point fait partie de la famille. On pense bien que cet arrangement jeta de la gêne au milieu du repas. Les frères étaient mécontents, Mme Bonaparte attristée, et moi très embarrassée de mon évidence. Pendant le dîner, Bonaparte n’adressa la parole à personne de sa famille, il s’occupa de sa femme, causa avec moi et choisit même ce moment pour m’apprendre qu’il avait rendu le matin au vicomte de Vergennes, mon cousin, des bois séquestrés depuis longtemps par suite d’émigration, et qui n’avaient point été vendus. Je fus fort touchée de cette marque de sa bienveillance, mais je fus intérieurement bien fâchée qu’il eût choisi un pareil moment pour m’en instruire, parce que les expressions de la reconnaissance que plus tard je lui eusse adressées avec plaisir, et la joie que je ressentais de cet événement me donnaient, pour qui nous regardait, une certaine apparence d’aisance avec lui qui contrastait trop fortement avec l’état de gêne où je me trouvais réellement.
Le reste de la journée se passa froidement, comme on se l’imagine bien, et nous partîmes le lendemain. »
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Re: Natation, noyades et sauvetages

Message par Cyril Drouet »

A propos d'accident et de Mortefontaine, en voici un autre, mais ici au sec :
« Arnault le poète m'a raconté plusieurs fois une anecdote bien curieuse sur Bonaparte. Quelque temps avant le 18 brumaire, il se trouvait à Mortefontaine chez son frère Joseph. Le comte Regnault de Saint-Jean-d'Angély vint le voir; le général, qui roulait déjà dans sa tête le projet de renverser le Directoire, proposa à Regnault une promenade équestre. Comme ils revenaient à toute bride à travers les rochers, le cheval de Bonaparte rencontre une pierre que le sable recouvrait; le coursier s'abat, et le cavalier se trouve lancé, avec une extrême violence, à douze ou quinze pas de sa monture. M. Regnault, descendu de cheval, court au général, et le trouve sans connaissance; il ne respirait plus ; il le croit mort. Son évanouissement ne dura que quelques minutes.
« Quelle peur vous m'avez faite, général ;je vous ai cru tué !
-Voilà, répondit philosophiquement Bonaparte, à quoi tiennent les plus grands desseins ! Tous nos projets ont failli se briser contre une petite pierre ! »
Il répétait souvent : « Une petite pierre a failli changer le sort du monde ! »
(Alissan de Chazet, Mémoires, souvenirs et anecdotes)
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Re: Natation, noyades et sauvetages

Message par Cyril Drouet »

Autre accident peu rapporté où Bonaparte, s'il ne s'était rompu les os, aurait pu également se noyer :
« Je dois raconter ici un événement dont je n'ai vu le récit nulle part : il caractérise la carrière de Napoléon, carrière de génie et de courage sans doute, mais où la fortune se trouva souvent son puissant auxiliaire. Aussi avait-il une sorte de foi dans une protection surnaturelle; cette superstition l'a décidé dans plus d'une circonstance à s'abandonner à des chances extraordinaires, qui l'ont sauvé contre tous les calculs humains. Plus tard, je n'en doute pas, il a cru sincèrement avoir une mission du ciel.
Bonaparte était arrivé à Aix en Provence, à l'entrée de la nuit, se rendant en toute hâte à Toulon. Il voyageait avec madame Bonaparte, Bourrienne, Duroc et Lavalette, dans une très grande berline, fort haute, et sur laquelle était une vache. Voulant continuer son chemin, mais sans passer par Marseille, où il aurait été probablement retardé, il prit une route plus directe, par Roquevaire, grande route aussi, mais moins fréquentée que l'autre; les postillons n'y avaient pas passé depuis quelques jours; tout à coup la voiture, à une descente qu'elle parcourait avec rapidité, est arrêtée par un choc violent. Tout le monde est réveillé, on se hâte de sortir pour connaître la cause de cet accident; une forte branche d'arbre, avançant sur la route, et placée à la hauteur de la vache, avait barré le chemin à la voiture. A dix pas de là, au bas de la descente, un pont placé sur un torrent encaissé, qu'il fallait traverser, s'était écroulé la veille, et personne n'en savait rien ; la voiture allait infailliblement y tomber, lorsque cette branche d'arbre la retint sur le bord du précipice. Ne semble-t-on pas voir la main manifeste de la Providence ? N'est-il pas permis à Bonaparte de croire qu'elle veille sur lui ? Et sans cette branche d'arbre, si singulièrement placée et assez forte pour résister, que serait devenu le conquérant de l'Égypte, le conquérant de l'Europe, celui dont, pendant quinze ans, la puissance s'exerça sur la surface du monde ? »
(Marmont, Mémoires)
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