Natation, noyades et sauvetages

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C-J de Beauvau
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Re: Natation, noyades et sauvetages

Message par C-J de Beauvau »

:salut:
Modifié en dernier par C-J de Beauvau le 13 nov. 2020, 18:59, modifié 2 fois.
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Cyril Drouet
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Re: Natation, noyades et sauvetages

Message par Cyril Drouet »

la remonte a écrit :
12 nov. 2020, 18:16
dans ce macabre décompte , quand il s'est agi d'enterrer les cadavres ou de les brûler ( travail des prisonniers souvent autant que des locaux ) pas sur qu'on ait fait le distinguo des noyés de tous ceux qui jonchaient cette partie sud du champ de bataille . :idea:
Les documents que j'ai retranscrits plus haut ne permettent pas de connaître avec exactitude le nombre des noyés mais illustrent cependant que la mort de milliers d'hommes dans les eaux l’étang de Satschan ne peut correspondre avec la réalité des faits.
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la remonte
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Re: Natation, noyades et sauvetages

Message par la remonte »

oui biensûr , ce qui semble revenir c'est la prise de 30 à 50 canons ce qui est beaucoup pour une armée en déroute .
effectivement la vue de 30 à 50 attelages versant dans les étangs avec quantités de fantassins se bousculant tout autour avait de quoi saisir le regard et laisser dans les mémoires qu'aucun ne pouvait en réchapper :roll:
à la Bérézina , on a un peu le même cas de figure , une foule qui se bouscule sous le feu de l'ennemi , pourtant l'eau n'est pas très profonde ( à peine aux genoux en été ) aux épaules en hiver .
là aussi , jusqu'aux dernières recherches on ne retrouve pas de charnier , pas plus que dans les coudes de la rivière et pourtant on a du s'y noyer aussi .
après avoir revu The Revenant , hier soir , tiré d'une histoire vraie ( 1823) , on peut penser qu'un soldat en novembre/décembre peut survivre à pareille expérience .
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Re: Natation, noyades et sauvetages

Message par Cyril Drouet »

la remonte a écrit :
13 nov. 2020, 14:25
à la Bérézina , on a un peu le même cas de figure
A la différence que la Bérézina est un cours d'eau et que Satschan est un espace d'eau stagnante que l'on peut vidanger.
Il faudrait à ce propos que je retrouve le témoignage contant, si j'ai bonne mémoire, le jet de nombreux cadavres dans les eaux de l'Alle, après la bataille de Friedland.
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Re: Natation, noyades et sauvetages

Message par la remonte »

Fantin des Odouards , capitaine au 32°régiment d'infanterie légére pour mieux comprendre le changement du fleuve lié au barrage plus haut .
" ... le 16 au matin ... la chaleur était telle que les cadavres commençaient à se putréfier et à nous empester , il a été prescrit , non de les enterrer , ce qui aurait été préférable si le travail n'eût pas paru d'une trop longue exécution , mais de les jeter dans l'Alle .
A l'instant , nos soldats se sont mis à l'ouvrage . Ils traînaient hommes et chevaux jusque sur les bords de la riviére , qui coule au fond d'un ravin , et là les abandonnaient à leur propre poids qui les faisait rapidement disparaître . Il n'y avait rien que de trés lugubre dans cette opération et cependant telle est la légéreté du soldat , et surtout du soldat français que la gaieté la plus déplacée présidait à cette nouvelle maniére de rendre les honneurs funébres . Les cadavres roulant pêle-mêle du haut du ravin , faisaient maintes cabrioles avant d'atteindre la riviére , et c'en était assez pour exciter des éclats de rire universels .Quelle inconcevable absence de réflexion de bienséance ! Le coeur de l'homme est une énigme sans mot " .
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Re: Natation, noyades et sauvetages

Message par Cyril Drouet »

Merci, c'est bien le passage auquel je pensais.
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Re: Natation, noyades et sauvetages

Message par Cyril Drouet »

Christophe a écrit :
01 nov. 2013, 22:08
[aligner]En parcourant le « Recueil de Travaux et Documents » de l’Institut Napoléon pour l’année 1945 (pp.10-11), je tombe sur l’anecdote suivante concernant le château de Maisons (futur Maisons-Lafitte), qui fut la propriété du maréchal Lannes à compter de 1804. Vendu par son épouse au banquier Lafitte en 1818.
----------

« Pour parvenir au château par le sud, il fallait prendre le bac pour traverser la Seine, ce qui évitait le détour par la presqu’île du Vésinet. Quand il venait sans la moindre suite, c’était l’entrée préférée de Napoléon. Un jour, dans son impatience d’aborder, il voulut sauter sur la rive, mais tomba dans le fleuve. Un jeune jardinier du château, Baruet, qui pêchait dans le voisinage, au lieu de ratisser ses allées, accourut et sauva cet homme qui se noyait, sans le reconnaître.

Le lendemain il recevait ce billet :

Je certifie que le 14 mai 1811, au péril de ses jours, le nommé Baruet, Antoine-Magloire, m’a retiré de la Seine où j’étais tombé accidentellement et où je me trouvais en danger de mort.

Maisons, ce 15 mai 1811.

NAPOLEON.


Grâce à une forte gratification, Baruet, construisit une maison qui existe encore, 10, rue du Mesnil.
Napoléon ne parla jamais de cet accident. […]Mais il avait compris l’incommodité du bac pour les riverains. Il décida la construction d’un pont de pierre et de la route de Bezons. »
------
Cet incident de figure ni dans l’ "Itinéraire de Napoléon au jour le jour, 1769-1821", de MM. Tulard et Garros (Tallandier, 1992), ni dans ceux de Schuermans ou de Perrot.[/aligner]
Quelques remarques :
Ce certificat n'apparait pas dans la Correspondance.
Le 14 mai au soir (Cf la Gazette de France) Napoléon quitta Saint-Cloud pour Rambouillet. Un passage ce jour-là par Maisons est donc fort improbable.
La construction du pont de Maisons n'a pu faire suite avec un accident survenu le 14 mai 1811, puisque Napoléon avait déjà lancé le projet le 4 octobre 1810 dans une lettre adressée à Montalivet.
Masson (Revue de l'histoire de Versailles et de Seine-et -Oise, 1913) a enterré l'affaire ainsi :
"L'histoire de Baruet me paraît singulièrement hasardée. Le certificat est simplement absurde, à moins qu'il ne se soit agi d'un autre Napoléon. Je suis convaincu que l'histoire est inventée."
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Re: Natation, noyades et sauvetages

Message par Cyril Drouet »

Je reviens sur les nageurs de Boulogne :
Cyril Drouet a écrit :
12 nov. 2020, 13:34
"Nous nous exerçons ici depuis trois jours à nager sur des péniches. Toute la Garde y aura bientôt passé et saura bientôt nager.
Je vous enverrai, par le prochain courrier, l'instruction que nous avons dressée pour cet objet."
(Bonaparte à Soult, 8 octobre 1803)

Voici la partie consacrée aux commandements de l’instruction en question que Bonaparte transmit à Soult trois jours plus tard :
« 1° Embarquez.
A ce commandement, les officiers commandant les détachements qui doivent s'embarquer font faire par flanc à droite, se mettent à la tête, et les quinze premières files entrent dans le bateau par deux, en longeant le côté de bâbord.
L'officier commandant en second se porte à la tête de la seizième file et entre en longeant le côté de tribord. •
Les hommes marchent ainsi jusqu'au banc le plus en arrière des deux côtés. Les deux officiers entrent dans la chambre et se placent, le premier à tribord, pour commander le côté de tribord, et le deuxième à bâbord, pour commander le côté de bâbord. Deux sergents se mettent près d'eux, de chaque côté.
Lorsque les deux premiers hommes des files sont parvenus aux derniers bancs de l'arrière, des deux côtés, ils font halte et descendent en arrière du banc dans le fond de la péniche.
Les tambours entrent dans la chambre.
S'il y a un troisième officier, il reste de l'avant.
Les deux premiers sous-officiers restent de l'avant et saisissent les gaffes, les tiennent debout, le fer en haut, et ils sont chargés de cette partie si importante de la manœuvre.
Le troisième sous-officier se tient à l'arrière, armé également d'une gaffe destinée au service.
Les avirons du premier rang de bâbord et de tribord sont toujours servis par des sous-officiers, sergents-majors et caporaux, qui ont rang après ceux destinés aux gaffes.
Les avirons après le grand mât sont servis également par les sous-officiers.
Cependant, lorsqu'il y aura quelques sous-officiers qui seront plus aptes au service, le commandant pourra les désigner; mais ce ne sera que rarement, parce que c'est là le poste d'honneur.
A mesure que les hommes de chaque file arrivent au banc d'arrière qui n'est pas occupé, ils font halte et descendent en arrière de ce banc dans le fond de la péniche.
Le patron reste au gouvernail et commande les manœuvres.
Un matelot se met près du grand mat, et un autre près du mat de misaine.
Les canonniers se mettent à leurs pièces.

2° Préparez-vous à nager.
A ce commandement, tous les hommes ôtent leurs sacs, qu'ils placent sur les râteliers pratiqués le long de bâbord et de tribord.
Au commandement, les deux rangs, gardez vos fusils, les rangs les plus près du côté de la péniche gardent leurs fusils entre leurs jambes.

3° Prenez les gaffes.
A ce commandement, les sous-officiers prennent leurs gaffes en saisissant le fer de la gaffe du côté où ils se trouvent, tirent à eux jusqu'à ce qu'ils puissent la placer debout, le fer en haut et le bas touchant le pied.

4° Poussez au large.
A ce commandement, les hommes qui tiennent les gaffes les allongent, le fer en avant, et poussent les péniches au large. A mesure qu'ils s'éloignent du premier point d'appui, ils en prennent un second, tant qu'ils trouvent fond.

5° Bordez les avirons.
Ce commandement contient quatre temps :
Le premier consiste à saisir l'aviron qui se trouve sous la main, à le tirer en arrière, jusqu'à ce qu'il soit assez balancé pour pouvoir mettre la pelle en dehors de la péniche, devant soi ;
Le deuxième, à mettre la pelle en dehors de la péniche, la poignée en dedans, le collet du manche de l'aviron près du tolet;
Le troisième, à soulever l'aviron et engager l'estrope dans le tolet;
Le quatrième, à s'asseoir sur le banc, la face à l'arrière, les pieds appuyés sur la traverse qui est au-dessous, et tenant fixement l'aviron dans une position horizontale.
Pour cela, le nageur qui tient la poignée appuiera dessus comme sur un levier, et celui de côté appuiera fortement les deux mains sur le manche, en se tenant carrément en face de la chambre.

6° Nagez.
A ce commandement, tous les hommes qui tiennent la poignée des avirons portent ensemble le corps et les bras en avant à eux; ils appuient sur la poignée, de manière que la pelle ne plonge pas dans l'eau avant qu'ils aient développé en avant tout leur avant-bras.
Lorsque l'avant-bras est développé, ils laissent élever insensiblement la poignée de l'aviron, de manière à plonger la pelle dans l'eau d'environ 7 pouces, et en même temps ils ramènent l'aviron en arrière, en tirant fortement sur la poignée.
Nota. Pour qu'une péniche soit bien nagée, il est essentiel que les deux nageurs qui sont sur le banc le plus en arrière nagent ensemble et par un mouvement bien mesuré.
Chacun des autres nageurs doit avoir l'œil sur l'aviron qui est immédiatement devant lui, afin d'en bien suivre le mouvement avec le sien.
Aucun nageur ne doit donc aller ni plus vite ni plus doucement que celui qui est devant lui; il doit s'attacher à emboiter la nage, comme on emboîte le pas en marchant en troupe.

7° Sciez.
A ce commandement, les nageurs portent le corps et la poignée de l'aviron en arrière, de manière à plonger la pelle dans l'eau, du côté de l'arrière de la péniche; ils appuient ensuite sur l'aviron, dans le sens opposé à celui de la nage, et continuent ce mouvement, qui fait rétrograder la péniche.

8° Contretenez.
A ce commandement, les nageurs plongeront la pelle de l'aviron dans l'eau, en appuyant fortement sur l'aviron, de manière qu'il soit immobile.

9° lève rames.
A ce commandement, les hommes s'arrêtent, baissent le manche des avirons, de manière qu'ils soient horizontaux et ne touchent pas l'eau.

10° Nage tribord ou bâbord.
A ce commandement, le bord nommé nage seul.

11° Scie tribord ou bâbord.
A ce commandement, le bord nommé scie seul.

12° Nage bâbord ou tribord, et scie tribord ou bâbord.
A ce commandement, le bâbord nage et le tribord scie.

13° Nage fort.
A ce commandement, les hommes qui sont à côté du nageur qui tient la poignée portent les deux mains sur le bras de l'aviron, et secondent, par un mouvement simultané, l'effort de celui qui tient la poignée.
Ils ne doivent s'attacher qu'à suivre son mouvement, sans lenteur et sans précipitation.
Nota. Toutes les fois que ce commandement n'aura pas été fait, l'aviron ne sera manœuvré que par l'homme qui tient la poignée.

14° Défie d’avant.
A ce commandement, les sous-officiers chargés des gaffes les allongent en portant le fer en avant, et les posent sur l'objet qui est devant eux, de manière à repousser le bâtiment en arrière et à prévenir le choc qu'ils éprouveraient en abordant, et, à mesure que la vitesse du bâtiment diminue, ils diminuent de force sur le manche de la gaffe.

15° Abordez.
A ce commandement, les hommes qui tiennent les gaffes manœuvrent le bâtiment et tirent à eux, afin de faire arriver le bâtiment.

16° Changez de place.
A ce commandement, les hommes de chaque rang changent entre eux, et celui qui tenait la poignée de l'aviron ne l'abandonne que lorsque celui qui le remplace l'a bien saisie.

17° Les rangs de dehors.
Prenez vos armes; chargez vos armes; feu à volonté, etc.; bâbord, feu; tribord, feu; banc de l'avant de bâbord, feu; banc de l'avant de tribord, feu. Pour opérer ce mouvement, on doit avoir levé rames.

18° Préparez-vous à l’abordage.
A ce commandement, tous les rangs prennent leurs fusils entre leurs jambes ; les matelots prennent leurs pistolets et sabres d'abordage.

19° A l’abordage.
A ce commandement, les hommes du rang de dehors se mettent debout sur les bancs, sautent dans le bâtiment ennemi. Ceux qui sont à tribord, si l'abordage se fait à bâbord, ou à bâbord, si l'abordage se fait à tribord, se portent sur les bancs pour sauter dans le bâtiment ennemi.

20° Laisse aller.
A ce commandement, celui qui tient la poignée de l'aviron s'efface un peu vers le côté de la péniche, en s'inclinant vers le centre, de manière à faire passer devant lui le manche. L'aviron ne doit être abandonné par le nageur qu'avec une grande précaution.
Pendant ce mouvement, l'homme du même banc qui est sur le côté de la péniche s'est fortement incliné vers celui qui tenait la poignée, et c'est lorsque celui-ci a vu que son camarade ne peut être atteint, non plus que les hommes qui sont derrière lui, qu'il laisse aller la poignée à elle-même. Aussitôt qu'elle est abandonnée, l'aviron tourne sur son estrope et se range de lui-même en dehors et le long de la péniche, le manche en avant et la pelle en arrière.

21° Rentrez les avirons, remettez les gaffes.
(Pour sauter dans le bâtiment ennemi.)
A ce commandement, les nageurs soulèveront leurs avirons de manière à dégager l'estrope du tolet. Lorsqu'elle sera dégagée, ils haleront l'aviron à eux, en l'appuyant sur le côté de la péniche jusqu'à ce qu'il s'y trouve balancé, de manière à pouvoir pousser aisément le manche en avant et sur le côté de la péniche; ce qu'ils feront aussitôt, jusqu'à ce que la pelle soit rentrée.
Les sous-officiers qui tiennent les gaffes auront soin de les saisir au milieu du manche et de les faire rentrer en dedans, le long du côté de la péniche, en mettant toujours le fer de la gaffe du côté où est leur place.

22° Préparez-vous à débarquer.
A ce commandement, les hommes reprennent leurs fusils et remettent leurs sacs.

23° Bâbord descendez ; à droite marche.
Toutes les descentes, à droite marche. »
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Re: Natation, noyades et sauvetages

Message par Cyril Drouet »

Moustache a écrit :
28 déc. 2004, 23:14
Dans le même registre, voici une autre énigme, extraite de mon site Web ( qui, comme vous le savez, est consacré aux chiens au temps de Napoléon )

Napoléon sauvé de la noyade par un chien... ! ?

Possédant un instinct de sauveteur très développé, le Terre-Neuve est un symbole de fidélité, de courage et de dévouement.
Il semblerait, mais ceci reste encore à vérifier, que Napoléon fut sauvé de la noyade par un chien Terre-Neuve lors de son départ de l'île d’Elbe... !?
Le 26 février 1815, il est un peu plus de 21 h, l’Empereur embarque dans un canot qui le dirige vers le brick " l’Inconstant ", qui mouille à environ 150 toises du rivage.

- Dans son ouvrage, "Le Terre-Neuve" (paru aux éditions De Vecchi en 1994), G. Mazza, nous rapporte l’anecdote suivante (1) :


[...] On raconte que Napoléon, durant un terrible orage, tomba dans l’eau, la nuit, alors qu’il tentait de rejoindre la France depuis l’île d’Elbe où il était confiné depuis la défaite de Waterloo. Dans l’obscurité, et la confusion du moment, sa chute ne fut pas remarquée ; seul le Terre-Neuve qui était à bord se jeta dans l’eau et réussit à maintenir l’Empereur à la surface jusqu’à l’arrivée des secours. [...]

Mon premier constat est le suivant :

Il y avait-il de l’orage dans la soirée du 26 février 1815 ?
Je doute fort, car, en l'absence de vent, le navire de l'Empereur dut mouiller encore un moment avant de partir. Ensuite, Marchand (2) , dans ses Mémoires, ne signale nullement cet événement et évoque même un temps plutôt calme au moment du départ :


[...] La lune était dans son plein, son disque lumineux éclairait cette scène, et donnait de la majesté à la marche de notre petite flotte ; la mer était belle, un vent de terre nous poussait rapidement vers les côtes de France. [...]

Mon second commentaire :

Napoléon, lui-même, n'a, en aucune façon, évoqué cet épisode dans ses mémoires. En tout cas, ce fait, tel qu'il est relaté par l’auteur, comporte déjà une grosse erreur, car, bien évidemment, la bataille de Waterloo eut lieu après le séjour de Napoléon à l’île d’Elbe, et non avant !

- Dans le bulletin n°3, édité en 2002 par le C.F.C.T.N. (Club Français du Chien Terre-Neuve), il est dit ceci :


[...] Quand il fut décidé que Napoléon quitterait l'île d'Elbe pour revenir en France, un navire devait, en secret, venir le chercher en compagnie de quelques vétérans. Ce navire ne pouvant aborder, il fallait que l'Empereur s'embarquât dans une chaloupe pour le rejoindre au point de mouillage. Mais il glissa sur un rocher et tomba à l'eau. C'était la nuit, Napoléon savait à peine nager, son escorte ne le trouvait pas. C'est alors qu'un Terre-Neuve appartenant à l'un des marins de l'embarcation sauta à l'eau, put saisir l'Empereur par le col de son manteau et le remorqua jusqu'à la chaloupe [...]

- Julie Gouraud, quant à elle, dans son ouvrage "Mémoires d'un caniche" (Librairie Hachette, Paris 1882) évoque également, au chapitre XVII, pages 277-278, la présence d'un Terre-Neuve à l'île d'Elbe et le sauvetage de l'Empereur :

[...] Plus tard, l'Empereur était à l'île d'Elbe. [...] Un soir Napoléon allait s'embarquer mystérieusement, suivi de ses fidèles grenadiers, lorsque, pour arriver au canot qui devait l'emporter, et passant sur une planche, il perdit l'équilibre et tomba dans la mer.
Avant que l'événement fût connu, on vit une masse noire plonger et replonger trois fois, puis reparaître en ramenant Napoléon. [...]


Conclusion :

Contrairement à la première version, il n'est nullement question d'orage dans les deux autres récits. En revanche, Napoléon glisse sur un rocher dans le second récit et sur une planche dans le dernier...!?
Pour ce qui concerne donc ce sauvetage "Impérial", j’émettrai , pour le moment, quelques réserves sur sa véracité.
Qu’en pensez-vous ?
Merci de me faire part de votre avis sur la question.


(1) Renseignements aimablement fournis par A. Froidevaux, Président de l'Amicale Neuchâteloise du Chien de Sauvetage Aquatique.
(2) Louis-Joseph Marchand (1791-1873), fut, de l'île d'Elbe à Sainte-Hélène, le premier valet de chambre de Napoléon.
« Quelques réserves » ? Rien que cela ?
Et bien, pour ma part, cette histoire de chien, après les révélations abracadabrantesques concernant le (trop) fameux Moustache, obtient le pompon. Elle n’a aucune valeur historique et doit être placée à son rang, c'est-à-dire au milieu des fictions, rien de plus.

Si je ne m’abuse cette histoire est tirée du tome 4 du « Musée des familles, lectures du soir » (1846-1847), sensé rapporté le témoignage d’un (mystérieux) diplomate :
« Puis [Napoléon] descendit sur la rive, où plusieurs canots étaient déjà chargés de monde.
On y arrivait à la file en passant sur une longue planche; or, soit que la planche fut glissante, soit pour toute autre cause, l'Empereur perdit l'équilibre et tomba dans la mer, déjà profonde en cet endroit.
On avait à peine remarqué sa disparition, la destinée du grand homme allait finir. Adieu la nouvelle guerre européenne et la double révolution des Cent-Jours !... adieu le désastre de Waterloo et la poésie de Sainte-Hélène !... Mais la Providence, qui amène les plus grands effets par les plus petites causes, en décida autrement.
Plus prompte que l'éclair, on vit une masse noire plonger et replonger trois fois, puis reparaitre en ramenant Napoléon, qui en sut quitte pour un bain de mer ! c'était Boatswain »

On se trouve ici quasiment à la fin du récit. Mais l’histoire de Boatswain est déjà longue à cette date. Et quelle histoire que celle de ce chien !
En effet, l’Histoire, la grande, n’en parle pas mais il faut savoir que Boatswain fut à la base (rien de moins…) de la constitution de la troisième coalition après avoir apporté une missive fort méprisante de Bonaparte, sans doute subtilisée au (mystérieux) diplomate français alors présent, au Prince Régent et à un (mystérieux) ambassadeur étranger, qui en réponse poussa sa cour à entrer en guerre contre la France.
Il devint ensuite la propriété d’un (mystérieux) physicien anglais. Lors d’une visite de ce dernier à Saint-Cloud, Boatswain brisa un précieux vase de Sèvres. Le savant se résolut à tuer le chien quand l’Empereur intervint alors pour gracier l’animal.
Le savant offrit finalement Boastwain à son fils, un (mystérieux) officier de marine qui rencontra Napoléon à Elbe. L’Empereur (on s’en doute) reconnut immédiatement l’animal qui accompagnait son maître, et qui au final, comme dit plus haut, sauva Napoléon (quoi de plus normal d’ailleurs : il lui devait la vie) lors du grand départ vers la France.

La dernière phrase (non sans humour à mon avis) du récit est celle du guide accompagnant le diplomate :
« Ce sont les historiens, les journalistes et les académiciens qui font les épitaphes ; et je gage que pas un de ces messieurs ne croirait un mot de ce que je viens de vous raconter...»




Je pense qu’il faut savoir raison garder et s’en tenir à ces quelques mots qui apparaissent comme un aveu en forme de clin d’œil.
Cette histoire est amusante, mais pas du tout sérieuse…
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Re: Natation, noyades et sauvetages

Message par Général Colbert »

Bref, les narrateurs "se noient" dans leur imagination et dans les détails.....
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