Le blessé de la Moskova

Espace dédié aux discussions relatives au Consulat et au 1er Empire.

Modérateur : Général Colbert

Drouet Cyril

Message par Drouet Cyril »

Les anecdotes peignant des blessés bravant la souffrance sont légions. Il y en a une (j'en ai déjà parlé) que je trouve particulièrement croustillante :

En 1794, lors de la bataille de Binche, le chasseur Vincent eut le bras emporté par un boulet. Il le ramassa aussitôt et se présenta à la batterie la plus proche en s'écriant :
"Mettez ce bras à l'embouchure de la pièce, et envoyez-le aux Autrichiens, pour qu'il les frappe encore une fois."


:fou:
le garde

Message par le garde »

:fou: :fou: :fou: :fou:
C.Douville

Message par C.Douville »

Bonsoir,

Rapport du général Barthélémy au ministre de la Guerre, bataille d'Hondschoote :

[...] Un nommé Georges, grenadier (vous saurez le nom de son régiment), ayant eu un bras emporté d'un boulet de canon, suivait les rangs et, d'une voix de tonnerre, chantait la Carmagnole et, d'un ton plus ferme encore, criait : " Vive la République. " Il offrait son autre bras à la Patrie. [...] :aime:
Guillaume

Message par Guillaume »

avec nos condition physique actuel nous serions bien plus nombreux a revenir de la retraite de Russie qu'a l'epoque, les soldats avaient deja un organisme affaiblit par de nombreuses carence en vitamine, mineraux... sans parler de la sous alimentation chronique que vivait le soldat francais de l'epoque.
Ces soldats ,des paysans pour la plupart etaient bien plus sujet au epidemies que nous meme, habitué que nous sommes au brassage des peuple et des virus.
Une etude a été faite sur la guerre civile americaine où il est clairement demontré que les ouvriers survivaient bien plus au conditions de la guerres que les paysans pourtant plus costaud , tous simplement parce qu'ils vivaient en ville et que leurs organismes etaient bien plus à meme de lutter contre les microbes qu'ils avaient bien plus cotoyé.
que c'est homme ait survecu à des souffrance terrible soit, mais cela n'en fait pas plus des surhomme que le poilu qui passe l'hiver dans une tranchée, le Roumain enfermé dans Stalingrad avec 50 grammes de pain par jour ou le rescapé de la shoah, pourtant des hommes du 20 eme siecle....
De tous temps des homme de part les horreurs de la guerre on été amené a survivre dans des conditions extreme .
Joker

Message par Joker »

A faire frémir également, la situation post-opératoire des blessés : deux jours après la bataille d'Iena, un grand nombre d'entre eux sont encore dans l'ordure, au milieu des excréments de ceux qui ne peuvent se lever, des jambes et des bras qui ont été coupés, des cadavres ensanglantés, du fumier qu'a produit le peu de paille sur laquelle ils se sont jetés. Les chirurgiens eux-mêmes résistent parfois difficilement à la puanteur que dégagent le pus et les déjections des blessés qu'il faut pourtant bien panser. En dépit de leur épuisement, les plus dévoués d'entre eux, les plus honnêtes aussi, savent bien qu'ils sont tout de même moins à plaindre que tous ces soldats fauchés sur la plaine : "On s'en veut, confesse Percy, de la curiosité avec laquelle on contemple les victimes de la guerre, mais on ne peut s'en empêcher; c'est une triste jouissance, dont le charme est dans ce sentiment secret qui vous fait jouir du bonheur de n'être pas traité ainsi."
Toutes ces descriptions, qui donnent la nausée, rendent plus navrante encore la discrimination qui est faite entre les blessés de la Garde et ceux de la ligne. Inégaux dans la vie, inégaux devant la souffrance ! Après Eylau, lorsqu'on a débarrassé la ville de la bouillie des corps écrasés par les roues des voitures d'artillerie, les secours s'organisent. Un semblant d'ordre et d'humanité s'instaure : du bouillon est distribué aux blessés, la paille pour le couchage arrive. La détresse prend figure humaine. Pas pour longtemps. Soudain, la Garde à pied "fond" - le mot est de Percy - sur la ville avec permission de l'occuper militairement : "Dès lors, écrit le chirurgien, les pauvres blessés de la ligne retombent dans leur profonde misère , le pot où mijote le bouillon et le bouillon lui-même sont enlevés."
Qu'advient-il des blessés après l'opération ? Pansés, le plus souvent sommairement, ils sont évacués vers l'hôpital, ou de moins vers ce qui en fait office. Commence alors un nouveau cauchemar, celui de l'évacuation, par voie de terre ou par voie d'eau. La plupart du temps, les voitures prévues à cet usage ne sont pas en nombre suffisant : les malheureux sont alors empilés sur les voitures des cantinières, dans les carrosses des officiers généraux, voire, comme après Eylau, dans la berline personnelle de l'Empereur. Les coches d'eau ne valent pas mieux, ce sont de véritables tombeaux flottants.
Pour sustenter les corps, juste un peu de bouillon et à la grâce de Dieu !
La lamentable errance dure des jours, des nuits, sous la pluie, la neige, dans la chaleur, dans le froid et lorsque les victimes du courage malheureux, ou de la folie des hommes, selon la vision personnelle de chacun d'entre nous, arrivent à destination, elles ne sont plus que des loques répugnantes, recouvertes de lambeaux de tapisseries, de rideaux, de pièces de damas, de mauvais draps de paysans.
C'est le spectacle qu'offre un convoi de blessés répartis dans 80 voitures arrivant à Burgos le 21 novembre 1808. Certains de ces pauvres diables n'ont pas quitté un seul instant la charrette sur laquelle on les a jetés. La paille s'est faite fumier, et les matelas, pour ceux qui en ont, sont imprégnés de pus et d'excréments. Emus par cette détresse, les chirurgiens présents, surmontant leur répulsion, s'approchent de ces épaves repoussantes, dont certaines manifestent le désir de satisfaire un besoin naturel dans des conditions (presque) normales et à qui leur faiblesse impose de demander secours : il faut les tenir suspendus, ce qui constitue, souligne Percy, des manoeuvres pénibles et excessivement dégoûtantes...
(A suivre)
Maréchal des Logis LAHIRE

Message par Maréchal des Logis LAHIRE »

Bonsoir à vous :salut:

à propos des corps et de leurs souffrances, j'ai entendu ce matin sur Europe 1, l'invité de J. Pradel, l'auteur d'une étude de trois tomes sur le corps humain à travers les siécles et la perception que nous en avons. (Ed. SEUIL). A écouter sur Europe1.fr, rubrique Pradel.

Entre autres sujtes, il était fait mention de l'anesthésie, apparue vers 1850 et qui a bien entendu bouleversé la medecine de l'époque, notamment quant à la rapidité d'execution des opérations.
En effet, pour abréger les souffrances du patient, les medecins qui officiaient avant la découverte des anesthésiants, qpéraient le plus rapidement possible. A partir de 1850, les interventions se font dans un autre climat beaucoup plus détendu.

Dommage que nos vaillants devanciers impériaux n'aient pu profiter de ce progres médical...
Joséphine

Message par Joséphine »

Effectivement, Cher Maréchal Lahire, cela aurait été un confort hautement apprécié par les blessés de la Grande Armée...
Car leur épopée douloureuse, si bien racontée par les deux plus célèbres chirurgiens que furent Larrey et Percy, et qui fut le revers de l'épopée guerrière, commençaient déjà par un manque de brancardiers ; d'où plusieurs variantes du système "D" dans un secourisme amical où l'on voyait les copains porter leurs camarades blessés sur des fusils noués ensemble ...

Sans compter que bien souvent, tout le matériel pour soigner ou tenter de sauver arrivait trop tard, ou, s'il était là, demeurait introuvable au milieu de la pagaille des chariots et des canons ...



:salut:
Joker

Message par Joker »

Voici enfin nos blessés qui arrivent à l'hôpital.
Mais sous l'Empire, que recouvre ce terme ?
Rarement, de toute façon, un lieu prévu à cet usage, mais le plus souvent un édifice hâtivement réquisitionné. Autant écrire que la misère, loin de s'arrêter devant la porte, s'insinue et suit fidèlement le blessé.
La raison de cet état de chose est simple : depuis 1796, résultat détestable de la Révolution, l'autonomie du corps médical n'est plus qu'un souvenir. Pour tout ce qui a trait aux moyens matériels, logistiques dirait-on aujourd'hui, le service de santé relève des commissaires des guerres, fonctionnaires rapaces, prévaricateurs et profiteurs.
Quand un bâtiment lui semble pouvoir faire un hôpital convenable, la Garde s'en empare, et personne, pas même Percy, ne peut aller à l'encontre de cet ordre établi. La ligne ira crever ailleurs.
Si l'hôpital de Vienne, avec ses salles grandes, propres et parfaitement aérées, avec son administration modèle, passe pour l'un des plus beaux d'Europe, si l'hôpital de Burgos, installé par les soins du gouverneur militaire de la ville, le général Thiébault, constitue un modèle rare avec ses ventilateurs pour l'été et ses poêles pour l'hiver, avec sa salle de bains permettant de décrasser tout soldat entrant ou sortant, en règle générale, les bâtiments pompeusement baptisés hôpitaux ne sont rien d'autre que des mouroirs sordides.
A Halle, non loin d'Iena, la malpropreté règne en maîtresse : les blessés, tout habillés, y survivent, comme par miracle, sur une poignée de paille. A Varsovie, la situation est telle que, le 22 janvier 1807, Napoléon s'indigne que la France soit devenue la nation la plus barbare de l'Europe pour ce qui est du service des hôpitaux et que "les cosaques vaillent mieux que nous envers leurs blessés" ; à Stargard, près de Dantzig, les bâtiments de très beaux corps de caserne, sont, faute de matériel pour les soins et d'installations sanitaires, dans un état de malpropreté affreuse ; l'hôpital de Marienbourg, ancienne forteresse de Templiers, dégage, quelle que soit la salle où l'on se trouve, "une odeur d'excréments insupportable"...
A Pulstuk, en Pologne, dans l'établissemnt tenu par les soeurs, "des religieuses dures, avavres, égoïstes et pleines de vices ou de défauts" (constat cruel dressé par Percy), les lits ne dépassent pas 5 pieds de longueur. Conséquence : les soldats souffrant de fractures de la jambe n'échappent pas à un raccourcissemnt des membres de plusieurs pouces.
Situation similaire à Kustrin, dans l'hôpital installé dans les magasins à blé du roi de Prusse. Malgré le nombre relativement peu élevé de blessés - un millier le 23 octobre 1807, alors que le lieu peut en accueillir mille huit cents - le service est détestable : l'atmosphère est, en effet, empuantie et empoisonnée par les "commodités" (sic!) que l'on vide dans une fosse qui regorge et n'est même pas couverte.
La litanie pourrait se poursuivre longtemps encore et devenir monotone dans son horreur. Aussi, vais-je m'en tenir là avant d'aborder ultérieurement la suite de ce récit... :)
Saalfeld

Le blessé de la Moskova

Message par Saalfeld »

J'ai souvent au cour de mes lectures croisé la même anecdote sur un bléssé de la bataille de la Moscowa qui aurait été retrouvé vivant alors que l'armée effectuait sa retraite, soit plusieurs semaines après.

J'aimerais savoir quelles sources font mentions de cette anecdotes? De plus j'aimerais savoir dans quel état physique était cet homme pour ne pas pouvoir quitter le champ de bataille, dans quel état mental il se trouvait après avoir attendu autant de temps seul la mort, qui était se soldat et enfin qu'est il devenu?

Merci a tous d'avance.

Cordialement, SAALFELD :fleur3:
la remonte

Message par la remonte »

le 28 octobre 1812 " un soldat ayant survécu dans une carcasse de cheval pourrie effraye tout le monde par son aspect inhumain " Mémoires du sergent Bourgogne .
Quoi en penser ? de sa part , rien que de l'honnéteté intellectuelle . par contre cette histoire est systématiquement reprise dans les romans historiques , comme quoi la réalité dépasse la fiction !
comme dirait Balzac ; " le romancier doit violer l'Histoire pour faire un bel enfant " c'est ce qu'à du faire Rambaut dans " la bataille " et le cuirassier Fayolle qui viole une morte ...
Pour votre souci consernant le blessé , faut pas trop se faire d'illusions .
Modifié en dernier par la remonte le 08 juin 2006, 18:07, modifié 2 fois.
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