Le blessé de la Moskova

Espace dédié aux discussions relatives au Consulat et au 1er Empire.

Modérateur : Général Colbert

Guillaume

Re: SANTÉ : endurance et courage des soldats et des blessés

Message par Guillaume »

Le rural issu d'un village de 200 âmes aura été moins en contact avec différents virus que le Londonien qui est né dans un port de 1.000.000 d'habitants. De fait en campagne les décès par maladie étaient beaucoup plus élevés chez les ruraux que chez les citadins. Pour ce qui est de l'endurance physique il est certains que pour des gens qui ne connaissaient pas la mécanisation, qui marchaient 10 fois plus que nous, qui se chauffaient le minimum en hiver. les marches forcée , les nuits à la belle étoile.... devaient sembler bien plus faciles qu'a nous . Il y a aussi l'instinct de survie, lorsque notre vie est en jeu on se trouve des ressources insoupçonnable et cela à toute époque.
Deguignet

Re: SANTÉ : endurance et courage des soldats et des blessés

Message par Deguignet »

Tout à fait vrai d'ailleurs après 1812 ceux que l'on appela les Marie Louise étaient au contraire de la Grande Armée de Boulogne, qui était composé de soldat aguerris et issus des campagnes, constituée d'une population majoritairement plus citadine, donc moins habituée aux contraintes de la vie en campagne!
shadow

Re: SANTÉ : endurance et courage des soldats et des blessés

Message par shadow »

www
nabulio

Re: SANTÉ : endurance et courage des soldats et des blessés

Message par nabulio »

pour rajouter a tout ce qui a ete ecrit n'oublions pas la faculte d'adaptation du corps humain aussi bien physique que psychologique.
Maréchal des Logis LAHIRE

Re: SANTÉ : endurance et courage des soldats et des blessés

Message par Maréchal des Logis LAHIRE »

Tout ce qui a été dit sur ce sujet dans ce forum est très vrai. Je vous renvoie aux ouvrages de J.C DAMAMME ("Les Soldats de la Grande Armée" et "La Bataille de Waterloo") pour vous en convaincre : bouleversant! :cry:
Joker

Les blessés de la Grande Armée : des surhommes ?

Message par Joker »

On le sait tous pour l'avoir lu : le revers de la gloire que l'on peut glaner dans les batailles, ce sont les blessures que l'on y récolte.
Et sous le Premier Empire, l'infirmerie de campagne et les services de santé en général laissent encore fort à désirer, malgré la compétence des Larrey et autres Percy.
Pour curieux que cela puisse paraître, les terribles blessures dont sont victimes les combattants ne les impressionnent pas forcément.
On cite ainsi, entre autres, le cas de cet officier qui portait au doigt un diamant réputé valoir cinq à six mille francs (de l'époque). Un jour, un boulet emporte le bras, la main et le diamant. Sous la commotion, l'homme s'effondre pour se relever aussitôt : il a vu des soldats courant vers le bras arraché pour empocher la pierre précieuse.
L'officier se précipite sur les impies en criant : "Et mon diamant !", ramasse son bras, détache le diamant du doigt et jette le membre aux amateurs dépités, en leur lançant, grand seigneur : "Je vous donne cela, mes amis, faites-en ce que vous voudrez." (1)
Même détachement souverain de la part du général d'Aumont qui a la rotule fracassée à Gorlitz au cours de la campagne de 1813. Passant devant le 8ème régiment de chasseurs à cheval, il accepte, car la blessure est fort douloureuse, un peu d'eau-de-vie que lui offre le colonel de Talhouët, commandant le 6ème chasseurs à cheval, et, rigolard, lui dit en se tapant sur la cuisse : On ne pourra plus faire belle jambe", ce qui était, déplore un témoin, "fort dommage car il était difficile de voir un homme plus beau et mieux fait."
Peu patients, certains blessés s'opèrent eux-mêmes comme ce Russe qui, à Friedland, a une jambe broyée par un boulet. Pour se protéger de la fraîcheur matinale, l'homme s'est laissé tomber dans un trou. Un officier français, nommé Dellard, parcourant le champ de bataille, aperçoit le blessé et lui offre de l'eau-de-vie, ce remède à toutes les misères. Ragaillardi, le Russe saisit un sabre qui se trouve à côté de lui et détache entièrement sa jambe en coupant les morceaux de chair qui la tenaient encore au genou. Un spectacle éprouvant à n'en pas douter, car un jeune officier présent, le lieutenant Gélabert, manqua de se trouver mal et dut, à son tour, avoir recours au tord-boyaux de Dellard pour reprendre quelques couleurs.
Et quel pénible devoir est celui qu'il faut accepter d'accomplir quand, faute d'infirmiers, le chirurgien demande un bénévole pour l'assister dans sa triste besogne. Officier au 8ème régiment de chasseurs à cheval, Combe ne peut que déférer à la requête de l'un de ses camarades, le capitaine Clément. Ce dernier, l'os brisé au niveau de l'épaule, s'assoit sur l'enclume d'une forge de campagne tandis que Combe s'agenouille, permettant au blessé de reposer sa tête sur sa poitrine. Le chirurgien-major Veuillet, secondé par un aide nommé Gérard, se met à désarticuler l'humérus à son point de jonction avec l'épaule. En moins d'un quart d'heure - une éternité - l'opération est terminée. Combe, au bord de la nausée, n'aura entendu que quelques plaintes, étouffées par le mouchoir que son ami serrait de toutes la force de ses mâchoires.
La même mésaventure arrive, en Russie, à un officier de l'état-major de Berthier, alors qu'il prend quelque repos, assis sur le tronc d'un arbre, tout près d'un canonnier blessé un moment auparavant. Deux officiers de santé viennent à passer qui, sur l'injonction de l'aide de camp, condescendent à examiner l'homme. Diagnostic immédiat : il faut amputer sans retard, et comme on est en pleine retraite, le temps presse. Il est hors de question d'attendre des aides. "M. le Général" est prié d'apporter son concours. Devant le sursaut de l'intéressé, les deux chirurgiens se font rassurants : il n'aura rien d'autre à faire, assurent-ils, que d'offrir son dos pour que le blessé prenne appui dessus. Ainsi ne verra-t-il rien. "Je crois, se souvient l'infirmier improvisé, que cela me parut plus long qu'au patient lui-même." Un patient qui ne profère pas une parole, ne pousse pas un cri, pas même un soupir. L'aide de camp entend seulement le petit bruit de la scie. En quelques minutes, l'amputation est faite. Leur travail achevé, les chirurgiens expriment leurs regrets de ne pas avoir un peu de vin pour redonner de la vigueur au blessé. L'homme de Berthier détient un véritable trésor, en l'occurence une demi-fiole d'un vin de Malaga qu'il fait durer en buvant religieusement goutte après goutte, et encore, pas tous les jours. Il tend néanmoins la bouteille à l'amputé qui est pâle et silencieux. Celui-ci, à la vue de la potion magique, s'anime, s'empare de la fiole et, la tenant avec le bras qui lui reste, la vide d'un trait. Ragaillardi, il se lève aussitôt en disant : "J'ai encore loin d'ici à Carcassonne", et s'éloigne d'un pas ferme que l'officier d'état-major confesse avoir eu du mal à suivre.
Ne généralisons pas cependant. La plupart du temps, les soldats criaient. Pas toujours "Vive l'Empereur", mais plus simplement et plus naturellement leur souffrance. Tous ceux qui ont écrit leurs souvenirs, et parmi eux, Percy, racontent que ces cris et ces gémissements des blessés sciés à vif résonnent encore à leurs oreilles malgré le temps écoulé.
Nous qui sommes aujourd'hui surprotégés, suranesthésiés et dorlotés pour le moindre bobo, sommes-nous encore capables d'appréhender, fût-ce sommairement, l'horreur de semblables opérations ? Ces hurlements, ce sang qui gicle, cette puanteur qui rôde et cette scie qui grince sur les os pour laisser, entassés dans un coin, des piles de bras et de jambes.
Cette réalité fut pourtant celle de milliers de malheureux de toutes les armées.
Il nous faut avoir une pensée pour ces hommes qui, tous grades abolis et sous quelque uniforme qu'ils se soient battus, ont dû endurer de pareils tourments.

Sources : "Les soldats de la Grande Armée" de J-C Damamme.

(1) L'anecdote est si extravagante que l'on pourrait la supposer contrefaite. Précisons donc qu'elle est rapportée par Elzéar Blaze dans "La Vie militaire sous le premier Empire".
Guillaume

Message par Guillaume »

Je ne pense pas que les hommes de cette epoque etaient des surhommes, il y a lors de blessure subite un etat de choc qui se crée et par lequel on ne ressent pas la douleur et qui rend confus. D'ou l'anecdote de l'officier qui recupere son bras...
Ayant eu a voir de nombreux accident de la route je peut vous assurer que bien souvent lorsque le choc est tres recent , le blessé qui est parfois en piteux etat ne semble pas souffrir, j'ai par exemple vu quelqu'un sortant en sang à quatres pattes d'une voiture renversé s'inquieter de son telephone portable (est il un surhomme pour autant?...). rappellons nous l'imperatrice Sisi qui venant d'etre popignardé à continué sa promenade comme si de rien n'etait avant de s'effondrer quelques instant plus tard ( etait-elle un surfemme? )
cet etat est du à la production par le cerveaux d 'une substance (dont le nom m'echappe ) anestesiante.
Dorsenne

Message par Dorsenne »

Il s'agit probablement de l'endomorphine.

Cependant je rejoins Joker, car que dire de ces soldats blessés qui, restés oubliés sur le champs de bataille de la Moskowa, furent retrouvés vivants quelques semaines après, lors de la retraite de Russie.

Ils s'étaient retrouvés, parfois sans membres, livrés à la faim et au froid.

L'histoire ne dit pas s'ils revirent la France.
Jean-Baptiste Muiron

Message par Jean-Baptiste Muiron »

Effectivement, l'état de choc suivant immédiatement la blessure peut expliquer certains comportements. Par contre, ceci n'explique pas certaines des anecdotes citées par Joker, comme par exemple le russe s'amputant lui-même le lendemain de sa blessure. :shock:

Il ne s'agit pas de sur-hommes, tels qu'on pourrait l'imaginer, mais simplement d'hommes d'une autre époque, époque dure, produisant des hommes endurants (ne pas oublier la terrible sélection naturelle des naissances au XVIIIème siécle) pour lesquels les épreuves physiques n'avaient sans doute pas le même poids que pour nous (que dire des milliers de soldats de la Grande-Armée qui revinrent de Russie, alors que nous sommes frigorifiés dès que le thermométre descend au-dessous de 0° :roll: ) .

:salut:
la remonte

Message par la remonte »

je peux témoigner Guillaume : ... heureux un dimanche matin , la tête dans le guidon du vélo ....quand , aprés une bosse la roue est partie... macadam... une heure dans le comma , reveillé par les flics dans une espéce de bienêtre ,ensuite à la Riboisiére ( spécialité ; les gueules cassées ) on m'a expliqué que l'image qui précédait le choc était en quelque sorte zapée par l'inconscient pour éviter le traumatisme psychologique . Je n'ai pas vraiment souffert alors que je ressemblais plutôt à Elephant-man .
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