Désordres militaires

Espace dédié aux discussions relatives au Consulat et au 1er Empire.

Modérateur : Général Colbert

Peyrusse

Désordres militaires

Message par Peyrusse »

« Extrait d’une lettre du préfet de Seine-et-Oise du 1er septembre [1810] : « Le 31 août la Garde impériale a donné un grand dîner à la Garde hollandaise. Après ce banquet, un grand nombre de ces militaires se sont répandus dans la ville et particulièrement dans le quartier de la foire où ils ont commis les plus grands désordres, répandu l’épouvante, insulté grièvement des hommes et des femmes. Le maire a été grièvement insulté. Un commissaire de police a été outragé et est en très mauvais état par suite des blessures qu’il a reçues (une femme a été violée d’après ce qu’a dit ce matin M. le préfet de Versailles à M. le conseiller d’Etat Réal). Beaucoup de dommages dans les boutiques. L’ordre n’a commencé à se rétablir qu’à 11 heures du soir. Le maire et les commissaires de police ont fait leur devoir ; mais ces militaires étaient trop nombreux pour que la Garde nationale, seule force disponible, pût les contenir. Les chefs de corps ont promis de rechercher les plus coupables et de les punir. »
-------------------
(Extrait du Bulletin du samedi 2 et du dimanche 3 septembre 1810 adressé par le général Savary à l'Empereur in Nicole GOTTERI, "La Police secrète du Premier Empire. Tome I", bulletins allant de juin à décembre 1810, Honoré Champion, Editeur, 1997 p.296).

Avatar du membre
Cyril Drouet
**Maréchal d'Empire**
**Maréchal d'Empire**
Messages : 3850
Enregistré le : 16 juil. 2017, 23:36

Re: Désordres militaires

Message par Cyril Drouet »

A noter que dès lendemain de leur beuverie, la Garde impériale et la Garde hollandaise étaient passées en revue par l’Empereur dans la plaine du bois de Boulogne. Y eut-il quelque tirage d’oreille ?

Avatar du membre
L'âne
 
Messages : 2943
Enregistré le : 14 juil. 2017, 07:03
Localisation : Corsicasie

Re: Désordres militaires

Message par L'âne »

Natalie PETITEAU "Les Français et l'Empire" :
"La saint Napoléon est particulièrement appelée à être marquée de célébrations enthousiastes. Toutefois, ces fêtes provoquent aussi des débordements qui traduisent la persistance de refus dans l'opinion parfois rétive à ces réjouissances de commande, et rebelle face à une propagande pourtant présente sur de nombreux terrains."

"La Saint Napoléon suscite des ferveurs, au point qu'à la fin de 1807, à Saint Chamond, dans le Forez, treize anciens militaires demandent l'autorisation de créer trois compagnies afin de célébrer avec éclat, chaque année, la fête du 15 août". Il est vrai qu'il y a là reconversion dans l'espace civil de pratiques inaugurées dans la sphère militaire. Reste que rien n'obligeait ces anciens militaires à manifester ainsi leur adhésion; ils n'obtiennent d'ailleurs pas l'autorisation demandée, le ministère leur répondant que ce rôle d'encadrement des fêtes officielles est dévolu aux gardes nationales. Les autorités se méfient donc des débordements suscités par une dévotion trop empressée à l'égard de l'empereur."

Michel KERAUTRET « Un crime d’état sous l’Empire »
"On peut donc supposer avec raison que les États bavarois ont autant souffert depuis six mois du fait du logement des soldats français que s'ils avaient dû entretenir pendant plusieurs années une armée de 200 000 hommes normalement soldée. Quant à la grossière luxure française, elle n'avait rien à envier à la bassesse de l'animal. Dans plusieurs villes bavaroises, on assista à de scandaleux débordements. Ainsi raconte-t-on qu'à Passau, plusieurs femmes furent enfermées dans des écuries, violées jusqu'à ce que mort s'ensuive, puis emportées sur des charrettes pour être enterrées."

Alan Forrest « Au service de l’Empereur »
"Dans un monde où les hommes dormaient à deux dans la même couche, chacun finissait par bien connaître son camarade de lit; ajoutons qu'un bivouac abritait sept ou huit hommes forcés de cohabiter les uns avec les autres. Bien entendu, les tensions existaient: des querelles et des débordements de violence entre soldats étaient rapportés de temps à autre. Plus généralement, cependant, les liens tissés se renforçaient dans la durée, si bien que c'est toujours à ses camarades que s'adressait l'homme tourmenté, que ce soit pour emprunter de petites sommes d'agent, visiter un malade à l'hôpital ou faire porter une lettre à des parents inquiets."
Aurea mediocritas

Peyrusse

Re: Désordres militaires

Message par Peyrusse »

« Lyon. Le 13 septembre 1812, le nommé Revel a été tué d’un coup de sabre par un caporal et un tambour du 24ème d’infanterie de ligne. Avant sa mort, la victime a déclaré que ses assassins lui avaient demandé son argent et sa montre et qu’ils l’ont frappé alors qu’il appelait au secours. Ils sont arrêtés. On informe (rapport du préfet, 16 septembre). »
----------------
Bulletin du dimanche 20 et du lundi 21 septembre 1812 adressé par le général Savary, duc de Rovigo à l’Empereur. (Nicole GOTTERI, « La Police secrète du Premier Empire. Tome V », Honoré Champion, 2001, p.221)

Avatar du membre
Général Colbert
- Sous-lieutenant Lancier Gde -
- Sous-lieutenant Lancier Gde -
Messages : 1563
Enregistré le : 26 août 2017, 13:24

Re: Désordres militaires

Message par Général Colbert »

Je pense que les termes "On informe" dans ce rapport préfectoral ne veulent pas dire '"on s'informe" et on rendra compte, mais le procureur a ouvert une information, c'est à dire a saisi un juge d'instruction - ce qui était et est toujours obligatoire en matière de crime.

Avatar du membre
L'âne
 
Messages : 2943
Enregistré le : 14 juil. 2017, 07:03
Localisation : Corsicasie

Re: Désordres militaires

Message par L'âne »

Jean TULARD "Le monde du crime sous Napoléon" Librairie Vuibert, 2017 :
« Le préfet du Var rapporte que la tranquillité a été troublée à la dernière foire de Saint-Paul. Les gendarmes de service ont dit avoir été insultés et maltraités par divers particuliers. Ils ont dressé des procès-verbaux. Les officiers municipaux accusent au contraire les gendarmes d'agressions et de voies de fait. Ils ont également verbalisé. Le préfet observe qu'il a été impossible de découvrir la vérité, mais qu'en général les gendarmes ont peu d'égards, de respect pour les autorités administratives, qu'ils s'occupent plus d'écritures inutiles que de service effectif.»
Aurea mediocritas

Peyrusse

Re: Désordres militaires

Message par Peyrusse »

« Rapport du Préfet de police. Querelle du corps : la préfecture, ayant appris que 200 chasseurs de la Garde devaient se battre au bois de Boulogne contre 200 soldats du 24ème, a prévenu le commandant de la place qui a consigné cette dernière unité ; une querelle entre des militaires de ces deux corps avait eu lieu le 2 juillet, à 7 heures du soir, aux Champs-Elysées ».
----------------------------------------
Bulletin du samedi 6 juillet 1811 adressé par le général Savary, duc de Rovigo à l’Empereur. (Nicole GOTTERI, « La Police secrète du Premier Empire. Tome III », Honoré Champion, 1999, p.20)

Avatar du membre
Cyril Drouet
**Maréchal d'Empire**
**Maréchal d'Empire**
Messages : 3850
Enregistré le : 16 juil. 2017, 23:36

Re: Désordres militaires

Message par Cyril Drouet »

Peyrusse a écrit :
15 oct. 2017, 21:54
« Rapport du Préfet de police. Querelle du corps : la préfecture, ayant appris que 200 chasseurs de la Garde devaient se battre au bois de Boulogne contre 200 soldats du 24ème, a prévenu le commandant de la place qui a consigné cette dernière unité ; une querelle entre des militaires de ces deux corps avait eu lieu le 2 juillet, à 7 heures du soir, aux Champs-Elysées ».
----------------------------------------
Bulletin du samedi 6 juillet 1811 adressé par le général Savary, duc de Rovigo à l’Empereur. (Nicole GOTTERI, « La Police secrète du Premier Empire. Tome III », Honoré Champion, 1999, p.20)

Autres duels de masse :
« Un jour, ayant particulièrement remarqué l'excellente tenue des 36e, 57e régiments de ligne et 10ed'infanterie légère, il fit sortir des rangs tous les chefs, depuis les caporaux jusqu'aux colonels, et se mettant au milieu d'eux, il leur témoigna sa satisfaction en leur rappelant les occasions où, sous le feu du canon, il avait été à même de faire sur ces trois braves régiments des remarques avantageuses. Il complimenta les sous-officiers sur la bonne éducation des soldats, et les capitaines et les chefs de bataillon sur l'ensemble et la précision des manœuvres. Enfin, chacun eut sa part d'éloges.
Cette flatteuse distinction n'excita point la jalousie des autres corps de l'armée ; chaque régiment avait eu dans cette journée sa part plus ou moins grande de compliments, et quand la revue fut terminée, ils regagnèrent paisiblement leurs cantonnements. Mais les soldats des 36e, 57e et 10e tout fiers d'avoir été favorisés si spécialement, allèrent dans l'après-midi porter leur triomphe dans une guinguette fréquentée par les grenadiers de la garde à cheval. On commença par boire tranquillement, en parlant de campagnes, de villes prises, du premier consul, enfin de la revue du matin : alors, des jeunes gens de Boulogne qui s'étaient mêlés aux buveurs, s'avisèrent de chanter des couplets de composition toute récente, dans lesquels on portait aux nues la bravoure, les exploits des trois régiments, sans y mêler un mot pour le reste de l'armée, pas même pour la garde; et c'était dans la guinguette favorite des grenadiers de la garde, que ces couplets étaient chantés ! Ceux-ci gardèrent d'abord un morne silence; mais bientôt, poussés à bout, ils protestèrent à haute voix contre ces couplets, qu'ils trouvaient, disaient-ils, détestables. La querelle s'engagea d'une façon très vive, on cria beaucoup, on se dit des injures, puis on se sépara, sans trop de bruit pourtant, en se donnant rendez-vous pour le lendemain, à quatre heures du matin, aux environs de Marquise, petit village, qui est à deux lieues de Boulogne. Il était fort tard, le soir, quand les soldats quittèrent la guinguette.

Plus de deux cents grenadiers de la garde se rendirent séparément au lieu du rendez-vous, et trouvèrent le terrain occupé par un nombre à peu près égal de leurs adversaires des 36e, 57e et 10e. Sans explications, sans tapage, ils mirent tous le sabre à la main, et se battirent pendant plus d'une heure avec un sang-froid effrayant. Un nommé Martin , grenadier de la garde , homme d'une taille gigantesque, tua de sa main sept ou huit soldats du 10e. Ils se seraient probablement massacrés tous, si le général Saint-Hilaire, prévenu trop tard de cette sanglante querelle, n'eût pas fait aussitôt partir un régiment de cavalerie, qui mit fin au combat. Les grenadiers avaient perdu dix hommes, et les soldats de la ligne treize : les blessés étaient de part et d'autre en très grand nombre.

Le premier consul alla au camp le lendemain, fit amener devant lui les provocateurs de cette terrible scène, et leur dit d'une voix sévère : « Je sais pourquoi vous vous êtes battus; plusieurs braves ont succombé dans une lutte indigne d'eux et de vous. Vous serez punis. J'ai ordonné, qu'on imprimât les couplets, cause de tant de malheurs. Je veux qu'en apprenant votre punition, les Boulonnais sachent que vous avez démérité de vos frères d'armes. »
(Constant, Mémoires)


"[A Görz, le 22 mai 1797], à peine en contact avec ceux de la division Bernadotte, [les soldats de la division Masséna] se servirent de ce mot de "messieurs", avec des intentions de ridiculiser. Plusieurs duels s'ensuivirent aussitôt. Des officiers furent envoyés de part et d'autre pour rétablir l'ordre ; mais, au lieu de séparer les combattants, ils prirent fait et cause pour eux. Plus de cent hommes avaient déjà succombé et dans ce nombre, la division Masséna avait à en regretter au moins soixante ; les bataillons commençait à se réunir, on pouvait craindre qu'ils ne chargeassent à la baïonnette ; on battit la générale, on consigna toutes les troupes et,avant le jour, on fit partir la division Masséna, qui, pour éviter une nouvelle rencontre, prit le pas sur la division qui devait la précéder et perdit avec justice le séjour qu'elle devait avoir."
(Thiébault, Mémoires)



« Deux bataillons de volontaires du Calvados [5e et 6e] venant de l’armée de Custine qu’on a fait marcher ici et qui séjournaient à Chinon ont pris querelle avec nos Parisiens [le 14e bataillon de volontaires de Paris]. Coups de sabre par ci, coups de sabre par là, l’adresse était toujours pour les Normands. Enfin, bataille générale sur la place. Neuf ou dix sans-culottes ont mordu la poussière, deux ou trois Calvados ont péri. Beaucoup des deux côtés à l’hôpital. Mais les Parisiens ont été vaincus. La municipalité, le district et les commissaires ont paru, ont péroré. On a osé menacer, en vain véritablement. Le carnage, car ç’en était un, a fini à dix heures du soir. »
(lettre de Quéroux (mi-mai 1793) à Chasot, de Mortagne-au-Perche)

Peyrusse

Re: Désordres militaires

Message par Peyrusse »

« Chalon-sur-Saône. M. le maréchal duc de Conegliano [Moncey] informe les ministres que, le 1er de ce mois, un officier général qui a paru [être] âgé de 26 ans, a passé en poste à Chalon-sur-Saône venait d’Italie. Sa voiture ayant té heurtée par un chariot chargé de foin et la lanterne cassée, il est descendu et a frappé le voiturier de plusieurs coup de plat de sabre et tué l’un de ses bœufs ; il est reparti précipitamment. La Gendarmerie l’a poursuivi mais n’a pu l’atteindre ni se procurer des renseignements sur lui. Le ministre prend des informations. »

Bulletin du mardi 9 juillet 1811 adressé par le général Savary, duc de Rovigo à l’Empereur. (Nicole GOTTERI, « La Police secrète du Premier Empire. Tome III », Honoré Champion, 1999, p.25).
---------

« Bordeaux. On a arrêté l’un des 4 dragons du 18ème régiment qui, le 16, ont attaqué 2 femmes dont l’une a été blessée d’un coup de sabre à la cuisse ; on recherche les 3 autres ; le commissaire général remarque que les militaires de la cavalerie arrivant d’Espagne sont, en général, indisciplinés. »

Bulletin du jeudi 25 juillet 1811 adressé par le général Savary, duc de Rovigo à l’Empereur. (Nicole GOTTERI, « La Police secrète du Premier Empire. Tome III », Honoré Champion, 1999, p.66).
---------
« Malines. Le préfet des Deux-Nèthes rapporte, le 16, qu’une fille s’est cassé les deux bras en se jetant par la fenêtre d’une maison où se trouvaient 2 lanciers de la Garde d’un détachement qui voulaient lui faire violence et qui ont ensuite disparu (dans la marge, de la main de Savary : on demande au préfet le nom de la maîtresse de la maison et le numéro de la maison, afin que l’on puisse savoir quels sont les deux soldats qui y ont été logés) »

Bulletin du samedi 23 novembre 1811 adressé par le général Savary, duc de Rovigo à l’Empereur. (Nicole GOTTERI, « La Police secrète du Premier Empire. Tome III », Honoré Champion, 1999, p.359).
--------
« Rapport du préfet de Police [Paris, extrait]. Arrestation : le 8, à 10 heures du soir, au Palais-Royal, on a arrêté un marin de la Garde qui avait cassé son sabre dans un café et ne voulait pas payer sa dépense et un employé des Droits réunis de Weissembourg qui a tenté de le faire évader. »

Bulletin du mardi 10 décembre 1811 adressé par le général Savary, duc de Rovigo à l’Empereur. (Nicole GOTTERI, « La Police secrète du Premier Empire. Tome III », Honoré Champion, 1999, p.396).



Avatar du membre
Cyril Drouet
**Maréchal d'Empire**
**Maréchal d'Empire**
Messages : 3850
Enregistré le : 16 juil. 2017, 23:36

Re: Désordres militaires

Message par Cyril Drouet »

Plus célèbre, Lasalle au bal de la préfecture d'Agen :

  • Sujets similaires
    Réponses
    Vues
    Dernier message
  • Réglements militaires
    par le sabreur » 06 juil. 2016, 17:54 » dans Bivouac des reconstitueurs & militaria
    7 Réponses
    1109 Vues
    Dernier message par Bastien
    11 août 2016, 13:27
  • Recherche informations sur figurines militaires
    par Dédé » 25 juil. 2020, 18:28 » dans Espace visiteurs
    0 Réponses
    21 Vues
    Dernier message par Dédé
    25 juil. 2020, 18:28
  • recherche peintre pour figurines militaires
    par gregdeparis » 13 mai 2018, 16:13 » dans Espace visiteurs
    1 Réponses
    575 Vues
    Dernier message par L'âne
    14 août 2018, 21:17
  • [ Napoléonothèque ] Napoléon et la Lorraine - Maréchaux et grands militaires T1
    par L'âne » 26 oct. 2017, 12:56 » dans Napoléonothèque
    0 Réponses
    185 Vues
    Dernier message par L'âne
    26 oct. 2017, 12:56
  • Camps militaires à Sainte-Hélène au début du XXème siècle
    par Joker » 29 mars 2020, 20:02 » dans L'actualité napoléonienne
    0 Réponses
    357 Vues
    Dernier message par Joker
    29 mars 2020, 20:02