Finckenstein

Espace dédié aux discussions relatives au Consulat et au 1er Empire.

Modérateur : Général Colbert

d'hautpoul

Finckenstein (ou Finckenstein)

Message par d'hautpoul »

Bonjour
Le 1er Avril 1807 Napoleon abandonne le château d'Osterode et s'installe au Château de Finckenstein jusqu'au 6 juin inclus .Il va faire preuve d'une capacité de travail extraordinaire !
(..)On peut considérer le temps du séjour de l'Empereur dans ce palais comme celui où son génie se développa le plus .Il y déploya une énergie miraculeuse .Il s'occupait personnellement de tout ,il gouvernait la France ,donnant aussi bien des instructions pour la création d'une chaire au collège de France que se mêlant des menus affaires de l'Opéra ,réorganisant en même temps son Armée,envoyant des ordres à Dantzig et à Varsovie ,surveillant les approvisionnements ,concevant les nouveaux plans militaires et diplomatiques ,contrecarrant les éfforts de la Prusse et de la Russie à Vienne ,recevant les ambassadeurs de Perse et de Turquie.,écrivant des billets doux à Joséphine ,passant son temps avec Madame Walewska,mais ne perdant jamais de vue son but:remporter à la belle saison une victoire décisive sur les Russes ,conclure une Paix particulière avec la Prusse (..)(Hendelsmann-Napoleon et la Pologne )
Photos du château de Finckenstein-Cliquez ici
Image
Château côté parc
Image
gdeana

Finckenstein

Message par gdeana »

:salut: Mais vraiment quel dommage de laisser ce si beau château dans un tel état de ruines !
gdeana

Finckenstein

Message par gdeana »

:salut: " ....Marie arriva d'Osterode juste avant minuit.... Constant apparut un flambeau à la main pour accueillir Marie au nom de l'Empereur.
L'appartement de Marie à Finckenstein peut être décrit en détail car l'ameublement était resté le même juqu'à l'incendie de 1945....Sa chambre avait un joli lit à baldaquin avec des rideaux de damas rouge, un tapis épais et un grand poêle de porcelaine construit dans le mur. En face du lit, une cheminée ; sa lueur joyeuse éclairait l'ensemble..Le feu était entretenu par l'Empereur lui-même dont la chambre touchait celle de Marie. A côté, un petit salon d'où une porte dérobée menait au cabinet de Napoléon....
".....Napoléon passait tout son temps libre avec elle. Ils prenaient leur petit déjeuner ensemble au lit, une habitude qu'il n'avait jamais eue avec Joséphine....
" A mille kilomètres des Tuileries, Napoléon gouvernait son immense empire de soixante-dix millions d'habitants par lettres, lois et décrets. Au printemps de 1807, l'Empereur écrivit plus de trois cents lettres et la plupart furent envoyées de Finckenstein....Et c'était en présence de Marie que l'Empereur dictait ses lettres à Méneval..."
Espagne

Message par Espagne »

Bonsoir,

chère Gdeana, l'incendie de 1945 : un rapport avec la seconde guerre mondiale ou juste de la négligence :?:
Ah si j'était riche (comme disait Ivan), je reconstruirai ce château qui semble avoir eu "de la gueule" comme on dit. Il faudrait exporter notre concept de "chef-d'oeuvre en péril".

:salut:
Drouet Cyril

Mirza Mohammad-Reza à Finkenstein

Message par Drouet Cyril »

Mulard y représente l’ambassadeur persan Mirza Mohammad-Reza, gouverneur de la ville et province de Casbin, premier vizir du prince Mohammad-Ali-Mirza reçu, le 27 avril 1806, par l’Empereur, au château de Finkenstein, et présenté par le vice-consul de France à Bagdad, Georges Outrey.
L'ambassadeur était arrivé de la veille. Le lendemain de l’audience, il assista à la revue de vingt bataillons de la Garde. Le 29, Napoléon l’invita à la promenade dans les jardins du château. Ils y discutèrent histoire de Perse et littérature (Jaubert servait d’interprète ; il avait été missionné en Perse en 1805). L’Empereur en profita pour donner l’ordre de traduire un ouvrage inédit sur Alexandre le Grand. Le 1er mai : nouvelle revue, 30 escadrons de la Garde.
Parallèlement, les négociations relatives au traité d’alliance (sur lequel on pourra revenir) se poursuivaient et aboutirent le 4 mai.
Le 8, Mirza Mohammad-Reza recevaient son audience de congé au cours de laquelle lui était offert un portrait de Napoléon orné de pierreries. Il allait alors reprendre la route de la Perse accompagné de Gardanne. Celui-ci avait été nommé ministre plénipotentiaire le 12 avril précédent.
Drouet Cyril

L'enjeu géorgien

Message par Drouet Cyril »

Aussi lointaine soit elle, la Géorgie entra en ligne de compte dans les guerres napoléoniennes.



Petit retour en arrière : à la fin du XVIIIe siècle, le royaume de Karthlie-Kakhéthie (la Géorgie avait été partagée à la fin du XVe siècle en trois territoires : l’Iméréthie, la Karthlie et la Kakhéthie) était sous domination persane.
En 1783, profitant de l’instabilité politique née de la mort du shah Karim Khan Zand, le roi de Karthlie-Kakhéthie, Héraclius II, se tourna vers la Russie et se plaça sous sa protection par le traité de Guéorguievsk.
En 1794, le nouveau shah, Agha Mohammad Khan Kadjar, décida de châtier Héraclius, envahit son royaume et mit à feu et à sang sa capitale, Tiflis (l’actuelle Tbilissi). L’année suivante, Catherine II, en conformité avec le traité la liant aux Géorgiens, lança ses troupes sur le petit royaume. Les Russes menés par le général Zoubov reprirent Tiflis, mais en raison de la mort de la tsarine, ne continuèrent pas leur marche sur Téhéran. Agha Mohammad Khan Kadjar, au printemps 1797, retenu jusqu’alors par des rebellions touchant le Khorossan, tenta de reconquérir ses terres. Son assassinat dans la ville de Choucha fit finalement avorter l’offensive.
Le 24 septembre 1798, Héraclius mourrait. Lui succéda Georges XII qui fit alors reconnaître son fils David, prince héritier, par le tsar Paul Ier. Ce dernier profita finalement des querelles dynastiques déchirant le royaume et des menaces extérieures pesant sur la région pour mettre la main sur la Karthlie-Kakhéthie. Ainsi, le 23 novembre 1799, fut signé le traité de Tiflis, par lequel Paul devenait Tsar de Géorgie, David obtenant le titre de Régent.
Le 28 décembre 1800, Georges XII mourrait. Les Russes refusèrent alors l’avènement du dauphin David, installèrent un gouvernement provisoire et s’opposèrent aux prétentions au trône du Julien, un autre fils d’Héraclius II. Le 15 septembre 1801, la Géorgie devenait une province russe.

La Perse ne détourna cependant pas les yeux de ses anciennes terres vassales.
En 1804, le général Tsitsianov, gouverneur de la Géorgie, s’était emparé de la forteresse de Ganja, en Azerbaïdjan, et s’apprêtait à assiéger Erivan, en Arménie. Le shah, Fath-Ali Shah fit donc appel à l’Angleterre en vertu du traité de janvier 1801. Cependant, l’alliance entre Londres et Téhéran n’avait pour but que de s’opposer à une éventuelle agression française. Ainsi, les Anglais refusèrent logiquement leur aide.
Un rapprochement vers la France fut donc esquissé, alors que Talleyrand, de son côté, venait d’entamer des démarches dans le même sens. En réponse aux premiers pas du shah et afin de faire face à la future coalition liant la Russie et l’Angleterre, Napoléon écrivit le 16 février 1805 au souverain de Perse afin de lui faire connaître ses désirs de renouveler « les rapports d’amitié et de commerce » entre les deux pays.
Le 29 mars, l’Empereur écrivait une nouvelle missive, où désignant l’Angleterre et la Russie comme les ennemis plus ou moins directs de la Perse, il laissait entrevoir une aide militaire salvatrice de la France. Deux émissaires furent tour à tour envoyés vers Téhéran : Jaubert puis Romieu.
En réponse, le shah, durant l’été 1806, nomma Mirza Mohammad-Reza ambassadeur auprès de la cour de France afin d’y négocier une alliance franco-persane.
En Europe, la troisième coalition avait laissé place à la quatrième. L’intérêt d’une union avec la Perse était donc toujours réel pour Napoléon. A trois reprises, il réécrivait à Fath-Ali Shah afin de le presser d'ouvrir un second front contre la Russie.

De Varsovie, le 17 janvier :
« De ton côté, attaque avec vigueur les ennemis que mes victoires te livrent affaiblis et découragés ; reprends sur eux la Géorgie et toutes les provinces qui furent ton empire, et referme contre eux les portes caspiennes qui en gardèrent si longtemps l'entrée. »

D’Osterode, le 14 mars :
« Une partie de l'armée russe, et surtout de la cavalerie qui était sur ta frontière, a été rappelée et s'est portée contre moi. Profite de ces circonstances. Je t'expédie cette lettre par toutes les voies : il faut que nous ayons des communications fréquentes, afin de lier la politique de nos empires, qui est la même, contre nos ennemis communs. »

De Finkenstein, le 3 avril :
« Arrête toutes les communications des Anglais avec les Indes; intercepte leurs courriers; ils sont amis des Russes et nos ennemis. Apprends-moi bientôt que tu as obtenu dans cette campagne de nouveaux succès et que tu as fait du mal à l'ennemi commun. »

Le 29 du même mois, Mirza Mohammad-Reza arrivait enfin auprès de Napoléon. Les affaires allèrent vite et, le 4 mai, un traité d’alliance entre les deux nations était signé. La question géorgienne fut logiquement abordée :
« Article 3 : S.M. l’Empereur des Français, roi d’Italie, reconnaît la Géorgie comme appartenant légitimement à S.M. l’Empereur de Perse.
Article 4 : Il s’engage à faire tous ses efforts pour contraindre la Russie à l’évacuation de la Géorgie et du territoire persan, et pour l’obtenir par le traité de paix à intervenir. Cette évacuation sera constamment l’objet de sa politique et de toute sa sollicitude. »


Le 12 avril précédent, Gardane avait été nommé ministre plénipotentiaire en Perse. Il reçut le 10 mai ses instructions par lesquelles il devait notamment pousser le shah à reconquérir les territoires que lui avait arrachés la Russie :
« La Perse doit regarder les Russes comme ses ennemis naturels : ils lui ont enlevé la Georgie ; ils menacent ses plus belles provinces […]
La Géorgie qu’ils se sont fait céder par le dernier prince de ce pays, leur est mal assurée, et les habitants paraissent regretter leurs anciens maîtres. La chaîne de montagnes qui couvrent l’entrée de la Perse est d’ailleurs située au nord de la Géorgie : il est important que la Russie ne demeurent pas maîtresse de tous les passages. »
Reçu le 7 décembre 1807 à Téhéran, Gardane fit ratifié le traité du 4 mai le 22 décembre.

Entre temps, les choses avaient bien changé en Europe. La France était désormais unie à l’ancien ennemi russe. Aucune référence à la Géorgie ne fut faite dans le traité de Tilsit. Sous le prétexte que le traité de Finkenstein n’avait pas encore été ratifié par le shah, Napoléon, au nom de l’alliance avec le tsar opta pour ne pas respecter ses engagements.
Cependant, la France entama des démarches auprès de Saint-Pétersbourg afin d’obtenir un armistice entre la Russie et la Perse. Celui-ci obtenu, le feld-maréchal Goudowitch fit connaître fin mai 1808 ses exigences concernant la paix. Bien évidement, la Russie considérait la Géorgie comme définitivement acquise. De son côté, le shah désirait obtenir une trêve d’un an durant laquelle les négociations se poursuivraient à Paris. Le tsar rejeta avec dédain la possibilité de médiation de la part des Français. Ces derniers n’étaient d’ailleurs aucunement prêts à fragiliser l’alliance de Tilsit au nom de l’union franco-persane. Fin 1808, les hostilités reprirent et Goudowitch assiégea Erivan.

Les Persans n’étaient d’ailleurs pas dupes de la position prise par la France. Le 23 novembre, Fath-Ali Shah lâchait en termes diplomatiques à Gardane :
« L’abandon où [l’Empereur Napoléon] nous laisse nous étonne de plus en plus. »
A ce sujet, Champagny écrivait d’ailleurs au duc de Vicence :
« L’Empereur ne prend aucun intérêt à la Perse, et il n’a été donné d’autres instructions au général Gardane que de faciliter entre les Russes et les Persans, s’il en était requis par les deux parties, les communications qui auraient la paix pour objet. On lui a fait connaître que notre intérêt est pour la Russie ; mais comme vous l’avez très bien dit, pour l’intérêt de la cause commune, nous devons des ménagements à la Perse. »
Face au non-respect du traité de Finkenstein, la situation n’était guère tenable pour Gardane. Le 13 février 1809, alors que les Britanniques multipliaient les initiatives en direction du shah, il quittait Téhéran. Un mois plus tard, le 12 mars, un traité préliminaire d’amitié et d’alliance anglo-persan était signé.

La Perse poursuivit sa guerre contre les Russes. Appuyés par les Anglais jusqu’en 1812, la campagne de Russie mit fin au soutien de Londres, favorable, du coup, à la paix entre les deux états.
Le 31 octobre, l’armée persane était largement battue à proximité du gué d’Aslandouz. Les espoirs de récupérer la Géorgie s’évanouissaient définitivement.
Un an plus tard, le 24 octobre 1813, était signé le traité de paix de Golestan. Par l’article 3, la Perse reconnaissait, entre autres territoires, la Géorgie comme possession de l’empire russe.


Salutations respectueuses.
Gisou80

Message par Gisou80 »

Merci Cyril pour ces infos.
Ce devait être dramatique pour le peuple géorgien ces dominations successives de ses voisins perses et russes.

D'autre part, Napoléon n'a-t'il pas fait d'alliance avec le sultan ottoman ?
En avez-vous parlé sur ce forum ?
:salut:
Joker

Message par Joker »

Effectivement, voilà des renseignements bien intéressants qui nous en apprennent davantage sur les enjeux politiques de l'époque.
On se rend d'ailleurs souvent compte que les conflits d'aujourd'hui trouvent leurs sources dans les confrontations d'hier.
C'est ce qui fait que l'Histoire est un tout au sein duquel chaque fait a son importance.
Gisou80

Message par Gisou80 »

Vous avez bien raison, Joker : Suite au message de Cyril je suis allée sur Internet voir la suite de l'histoire de la Géorgie... c'est bien complexe ! des ethnies et des langues différentes , pas mal de minorités ...
:!:
:salut:
Drouet Cyril

Message par Drouet Cyril »

D'autre part, Napoléon n'a-t'il pas fait d'alliance avec le sultan ottoman ?
Il n'y eu pas de traité proprement dit, mais le raprochement entre les deux états était réel et la trahison de Napoléon vis à vis de l'Empire Ottoman n'est pas sans rappeler celle concernant la Perse.
De la même manière, comme pour la Perse, Napoléon perçut l'intérêt d'un front sud durant l'engagement de la campagne de Pologne.
On peut se souvenir à ce propos de sa lettre au sultan Sélim du 11 novembre 1806 :
"Reprenez confiance. Les destins ont promis la durée de votre empire; j'ai la mission de le sauver, et je mets en commun avec vous mes victoires. Le moment est venu où la Sublime Porte doit retrouver son énergie et faire marcher ses armées pour couvrir Bender, Choczim , toute la ligne du Dniester. Je sais que les Russes retirent leurs forces de cette frontière ; ils se dirigent sur moi; je les cherche et vais au-devant deux. Ne balancez plus; ils ne vous trompent que par impuissance. Ils se faisaient livrer vos provinces ; la valeur ottomane doit les fermer."

... de celle du 1er décembre 1806 :
"Mes armées sont sur la Vistule, et Varsovie est en mon pouvoir. La Pologne prussienne et russe se lève et forme ses armées pour reconquérir son indépendance. C'est le moment de reconquérir la tienne."

...ou encore de celle du 3 avril 1807 :
"Mon ambassadeur m'apprend la bonne conduite et la bravoure des Musulmans de Constantinople contre nos ennemis communs. Tu t'es montré le digne descendant de Selim et de Soliman.
[...]
Arrange-toi avec le schah de Perse , qui est aussi l'ennemi des Russes; engage-le à tenir ferme et à attaquer vivement l'ennemi commun.
[...]
Confies-moi tous tes besoins. Je suis assez puissant et assez intéressé à tes succès, tant par amitié que par politique, pour n'avoir rien à te refuser."

De la même manière que la Perse, l'Empire ottoman sera oublié à Tilsit au nom de l'alliance russe.
Aussi le démantellement de l'ancien allié fut évoqué :
"Si par suite des changements qui viennent de se faire à Constantinople, la Porte n'acceptait point la médiation de la France, ou si, après l'avoir accpetée, il arrivait que dans le délai de 8 mois après les négociations, elles n'eussent pas conduit à un résultat satisfaisant, la France fera cause commune avec la Russie contre la Porte Ottomane et les deux H.P.C. s'entendront pour soustraire toutes les provinces de l'Empire Ottoman en Europe ; la ville de Constantinople et la province de Roumélie exceptées, au joug et aux vexations des Turcs."

Comme les Persans, les Turcs ne furent pas dupes du revirement de la France :
Ainsi, le 14 mars 1808, Sébastiani écrivait :
« La France est regardée comme une alliée infidèle qui a trahi la Sublime-Porte : cette conviction est générale. Il est impossible de la détruire, et la Turquie a aujourd’hui plus de haine contre la France que contre la Russie. »

La trahison eut un prix. L'Empire ottoman fit la paix avec l'Angleterre début janvier 1809, puis, acte lourd de conséquences, avec les Russes à la veille de la campagne de 1812.


Salutations respectueuses.
  • Sujets similaires
    Réponses
    Vues
    Dernier message
  • Château de Finckenstein
    par L'âne » 30 déc. 2020, 10:45 » dans Monuments Napoléoniens
    11 Réponses
    200 Vues
    Dernier message par la remonte
    27 janv. 2021, 17:02