Les Maréchaux : Lannes - Campagnes de 1806-1807

Espace dédié aux discussions relatives au Consulat et au 1er Empire.

Modérateur : Général Colbert

carnyx

Maréchaux : LANNES

Message par carnyx » 04 sept. 2012, 09:12

Bonjour à tous!
Je suis en ce moment plongé dans la lecture du "Napoléon" de Bainville et je le recommande. Je ne m'attendais pas a tant d'érudition et de sympathique compréhension de la part d'un historien brillant et réputé mais aussi monarchiste et membre de l'action Française.
Son analyse est lumineuse et montre bien comment Napoléon ,empêtré et alourdit par les conquêtes de la Révolution était condamné à la guerre perpétuelle et que la moindre défaite militaire pourrait être fatale à l'Empire.

Bref!
L'armée bruissait de protestations contre le retour des religieux et des calotins.
Nous connaissons le bon mot du général Dalmas en réponse au premier consul qui lui demandait comment il avait trouvé la cérémonie et le Te Deum chanté a Notre-Dame:
" Belle capucinade! Il n'y a manqué que le million d'hommes qui sont morts pour abolir tout cela".

Route Napoleon

MONTEBELLO

Message par Route Napoleon » 04 sept. 2012, 11:25

:salut: " Je l'avais pris Pygmée, je l'ai perdu Géant ! "

Bonaparte sera ingrat vis à vis de son chef de la Garde Consulaire,
qui ayant engagé sur un ordre verbal une dépense de 300.000 frs dut la rembourser,
lui qui n'avait pas d'argent.
Un peu exilé, ambassadeur au Portugal en 1803, il fait une manoeuvre pour se renflouer : un négociant put par son aide faire entrer en franchise des marchandises sans payer des droits élevés.
Lannes sera rappelé à Paris...

La vengeance est un plat qui se mange froid.
La Maréchale Lannes, qui déteste Napoléon, sera nommée Dame d'Honneur de l'Impératrice Marie-Louise, après la mort du maréchal, à Essling,en 1809.
En 1814, la maréchale Lannes fera tout ce qui est en son pouvoir
pour empêcher Marie-Louise de rejoindre Napoléon à Fontainebleau.

Le Bonapartiste

Maréchaux : LANNES

Message par Le Bonapartiste » 04 sept. 2012, 11:56

Route Napoleon a écrit :Bonaparte sera ingrat vis à vis de son chef de la Garde Consulaire
Je ne dirais pas cela, il devait faire un exemple pour éviter les dépenses excessives qui étaient très répandues depuis le directoire.

Et justement il ne sera pas exhilé au portugal, l'Empereur voulait que Lannes se renfloue (car l'ambassade au portugal était très lucrative) et ainsi rembourser Augereau.

D'ailleurs Lannes ne lui à jamais tenu rigueur.
Quant à l'impératrice, il me semble qu'elle reproche plus à l'Empereur la mort de son mari que cet épisode.

Route Napoleon

MARBOT

Message par Route Napoleon » 04 sept. 2012, 14:54

Le plus simple étant de lire le Tome I de Marbot, car son frère Adolphe impliqué dans l'affaire sera incarcéré.
Mais Lannes n'y est pas, c'est surtout un conflit entre généraux de l'Armée du Rhin, restés Jacobins
et les généraux de l'Armée d'Italie.

Pour l'Ambassade au Portugal, lire la meilleure bio du maréchal Lannes, celle du général Laffargue,
en vente à l'office du Tourisme de Lectoure dans le Gers...

Route Napoleon

LA CAPUCINADE

Message par Route Napoleon » 05 sept. 2012, 08:37

[/i]
En ce début de 1802, la France, grâce au traité d'Amiens avec l'Angleterre, se trouve en paix pour la première fois depuis 10 ans. Le Concordat a été signé avec le Pape, sa promulgation doit avoir lieu en grande pompe à Notre-Dame le 18 avril 1802, jour de Pâques. Toutes les autorités civiles et militaires sont invitées. Le Premier Consul veut se montrer avec un cortège imposant. Au moment du départ, Bernadotte marche avec les généraux plutôt qu'avec les membres du Conseil d'Etat, dans la même voiture que Masséna, Augereau et Macdonald. Ils gardent le silence, marquant un air de mécontentement. Bernadotte éclate le premier contre le rôle indigne joué par le Consul, la conversation s'anime et tous les quatre s'accordent sur la nécessité de mettre fin à ses arrogantes manifestations. " Cela dépend de nous, nous le pouvons à l'instant même. Sortons d'ici, montrons-nous à nos braves, faisons entendre nos voix et délivrons la France d'un ambitieux qui cherche à l'asservir en flétrissant nos lauriers...." Les croyant animés de l'ardeur qui l'enflamme, il tire le cordon. A ce signal, le cocher arrête ses chevaux et un laquais ouvre la portière. Au moment de descendre, Bernadotte scrute ses collègues du regard et les voit troublés, indécis. Sans se déconcerter, il ordonne au laquais de refermer la portière et de faire avancer.

Cependant, la marche de toutes les voitures a été suspendue. Le Consul inquiet, envoie un officier de son escorte s'enquérir de l'incident, pour savoir la cause du retard et apprend que c'est la voiture de Bernadotte, Masséna, Augereau et Macdonald. Arrivant à Notre-Dame, il les voit tous les quatre ensemble dans le choeur, où est placé son fauteuil. Leur attitude le rend attentif. Durant la cérémonie, voyant Bernadotte parler à un grognard, Bonaparte s'alarme et fait venir ses aides de camp pour se ranger autour de lui.
Bernadotte avait seulement demandé un verre d'eau...

G. Girod de l'Ain : Berndotte chef de guerre et chef d'état. Perrin, 1968

Le Bonapartiste

Message par Le Bonapartiste » 05 sept. 2012, 09:17

Amusant la réaction de l'Empereur , comme quoi il se méfiait de ces généraux trop républicains :salut:

Route Napoleon

DIAMANTS

Message par Route Napoleon » 05 sept. 2012, 10:46

:salut: Oui bizarre cette réaction...

Pour ce qui est de l'Ambassade au Portugal, un peu en exil, les débuts seront très difficiles.
En effet,le pays est sous domination anglaise, sans compter Talleyrand qui met des bâtons dans les roues.
Lannes sera opiniâtre et fera un bon Ambassadeur, bien secondé par la Citoyenne générale Louise Lannes âgée seulement de 20 ans.
Ils ont un enfant en juillet 1803 et Lannes demande au prince Régent d'être le parrain du petit Ernest.
Le jour du baptême, dans une salle où sont enfermés des diamants bruts du Brésil, le Régent met une poignée dans la main de Lannes " Voici pour mon filleul...", puis une seconde " Voici pour la mère..."
et une troisième " Voilà pour l'ambassadeur ! "
Marcellin Marbot a rapporté les paroles de Lannes " A partir de ce moment je me sentis vraiment riche "...

Le Bonapartiste

Maréchaux : LANNES

Message par Le Bonapartiste » 05 sept. 2012, 12:41

L'Empereur a envoyé Lannes au Portugal pour lui permettre de s'enrichir, et c'est ce qui s'est passé :salut:
Il n'y a jamais eu d'animosité entre eux, bien au contraire, il était avec Duroc son meilleur ami.

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Cyril Drouet
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Les Maréchaux : Lannes - Campagnes de 1806-1807

Message par Cyril Drouet » 25 sept. 2017, 20:49

Berthier n'est d'ailleurs pas le seul "ami" de Napoléon à l'égard duquel il pratiquait la dévalorisation. Lannes a lui aussi ressenti parfois l'attitude de Napoléon de la même manière. Mais le bouillant Gascon ne réagissait pas avec la même résignation placide que le prince de Neuchâtel. Voici ce que rapporte Louis Chardigny :
Pendant la campagne d'Iéna, Lannes se met en tête que les Bulletins de la Grande Armée ne rendent pas justice à ses mérites. Pour comble, il reçoit des reproches mal fondés à propos de l'emploi d'une somme de 600.000 francs trouvée à Stettin. A cette époque, ses lettres à sa femme sont pleines d'amères récriminations : "Je suis révolté, ma chère Louise, quand je pense qu'au moment où je sacrifiais ma vie pour sa gloire, il cherchait à me perdre, et toujours de la manière la plus révoltante (18 avril 1807)." Quinze jours plus tard, il n'est pas calmé : "Je te jure, ma chère Louise, que je ne serai heureux que quand je serai loin de tous ces gens-là (3 mai)." Il souffre d'avoir mal placé son dévouement : "Je crois servir des ingrats et tu me connais assez pour te faire une idée du malaise où je me trouve. J'ai toujours cru qu'on avait de l'amitié pour moi. Je crois que je me suis trompé (6 mai)." Son beau-père, le sénateur Ghéhéneuc, est pris à son tour pour confident du malheur que son gendre éprouve d'être poursuivi par la malignité de l'homme le plus puissant de la terre : "Si vous saviez, mon ami, tout le mal qu'on a voulu me faire, vous ne diriez plus que j'ai tort de croire que l'Empereur est mon ennemi. Oui, mon mai, je le crois et j'en ai mille preuves (8 mai)."
C'en est trop, le pauvre Lannes ne peut plus lutter, il songe à quitter le service et s'en ouvre à sa femme : "Je suis persuadé que j'ai en lui un ennemi. Je t'avoue que je suis tenté de m'en aller ; je ne trouve pas grand honneur à servir de cette manière (11 mai)." Et voilà qu'il regrette tout ce qu'il a fait pour cet ingrat : "On
n'aime ici les gens que quand on a besoin d'eux. Je m'en suis convaincu. Heureux si on ne cherche pas à attaquer votre honneur (20 mai)... Je te jure, ma chère amie,
que je suis souvent fâché d'avoir versé mon sang pour la gloire de l'... J'ai toujours été victime de mon attachement pour lui. Il n'aime que par boutade, c'est-à-dire quand il a besoin de vous (26 mai)."
[/quote]

Avant l’affaire de l’ordre du jour, Lannes avait déjà exprimé son mécontentement.
Voici les faits :
Le 26 octobre, à 10 heures, l’Empereur transmettait ses intentions de voir coucher l’avant-garde de Lannes à Falkenthal et le reste de son corps au plus près de cette localité afin de soutenir Murat.
Ce jour-là, Lannes était parti à l’aube d’Oranienburg pour arriver à Spandau à 24 km de là, vers 13-14 heures. Là, il reçut une missive de Murat, alors au contact avec l’ennemi, lui demandant d’accélérer sa marche et de venir au plus vite l’épauler à Falkenthal, soit à environ à 20 km de ses bivouacs du moment.
Pourtant, avançant que ses troupes avaient de besoin de repos, Lannes n’obtempéra pas immédiatement et en avertit en ces termes l’Empereur :
« Sire, le grand-duc de Berg vient de m'écrire qu'il avait rencontré l'ennemi en avant de Zehdenick. Il me demande de le faire soutenir par de l'infanterie ; comme le 5e corps d'armée est très fatigué par le manque de subsistances, j'ai rassemblé tous les voltigeurs que j'ai joints au 17 e d'infanterie légère avec 6 pièces de canon, ce qui fera une colonne de 2 000 et quelques cents hommes.
Cette colonne partira ce soir à 9 heures après un peu de repos et sera au point du jour à Falkenthal. Demain au point du jour la 1ère brigade du général Suchet partira également pour se rendre sur ce point et tout mon corps d'armée successivement par échelons. Je suis forcé de faire marcher ainsi la troupe à cause des subsistances. Nous sommes dans un pays bien misérable et nous marchons après 6 000 à 7 000 hommes de cavalerie. »

L’avant-garde partir vers 22 heures et arriva à Zehdenick (à 8 km au-delà de Falkenthal) à 9 heures le lendemain. Le reste du 5e corps partit à l’aube et rejoignit le reste de la troupe vers midi.

Les reproches tombèrent dès 27 octobre :
«L'Empereur est bien fâché que vous ayez si peu marché.
S. M. vous avait mandé que le prince de Hohenlohe avec les débris de son corps avait passé à Rathenow, Neustadt, et vraisemblablement se portait sur Rheinsberg pour gagner Stettin ; si vous aviez pu coucher hier à Falkenthal, ou enfin si vous marchiez aujourd'hui avec toute l'activité possible avec votre cavalerie légère afin de l'avoir disponible pour la jeter aux trousses de l'ennemi, il n'y a aucune espèce de doute que rien n'échappera du corps ennemi. »

Le 28, alors que le corps d’Hohenlohe venait de tomber dans la nasse, Lannes, irrité, écrivait à l’Empereur :
«Le prince Hohenlohe vient de mettre bas les armes à Prenzlow avec tout son corps d'armée. Le grand-duc de Berg a fait faire les plus belles charges qu'on ait jamais vues ; il vous dira que mon corps d'armée a toujours été avec sa cavalerie, et qu'il l'a mis à même de se jeter sans ménagement sur l'ennemi. Il y a 3 jours et 3 nuits que le soldat marche, aussi est-il sur les dents.
V. M. m'a fait faire des reproches sur ce que je ne marchais pas assez. Le grand-duc de Berg peut vous dire que j'ai toujours été en vue de sa cavalerie, ainsi je ne méritais pas ces reproches. Je sentais vivement l'importance de prendre le corps d'armée du prince Hohenlohe, et assurément j'eusse été désespéré moi-même s'il nous eût échappé. »


Le souci, c’est qu’au même moment Murat transmettait à l’Empereur un rapport de victoire où Lannes n’était pas mentionné et que ce rapport servit de base à la rédaction de l’ordre du jour du 28 octobre et à celle du 22e Bulletin du lendemain.

Lannes, déjà courroucé par les reproches concernant sa marche, ne tarda pas à exprimer sa colère et écrivit le 31 octobre à Napoléon :
« Sire, j'ai reçu l’ordre du jour concernant la prise de la colonne du prince de Hohenlohe. V. M. I. sentira aisément tout mon étonnement de ne pas y voir figurer mon corps d'armée.
Je ne peux, Sire, communiquer cet ordre du jour aux soldats que je commande. Ils eussent été trop affectés d'un oubli semblable, et cela n'aurait pu produire qu'un très-mauvais effet. Quant à moi, Sire, l'amour que j'ai pour votre personne me mettra toujours au-dessus des injustices.
J'ai l'honneur de faire passer à V. M. I. copie de la lettre que j'ai écrite au grand-duc de Berg. V. M. sera à même de juger par là de ma conduite dans cette circonstance et dans toutes les autres, ainsi que de celle du 5e corps d'armée. »

Voici la lettre à Murat à laquelle Lannes faisait référence :
« Monseigneur, je reçois l’ordre du jour concernant la prise du corps du prince Hohenlohe ; le 5 e corps verra avec la plus vive peine qu'il n'est pas fait mention de lui dans cet ordre du jour.
J'avais fait part de la prise de cette colonne à S. M. I. et je ne lui avais pas parlé de mon corps d'armée croyant que V. A. lui rendrait justice dans son rapport. J'avais seulement dit à S. M. que V. A. I. avait fait la plus belle charge qu'on ait jamais vue. Sans doute que les grandes occupations de V. A. lui ont fait oublier que j'étais à ses côtés, que j'avais mon avant-garde avec moi et que je lui avais moi-même amené le chef d'état-major du prince Hohenlohe qui m'avait demandé à se rendre.
Que V. A. me permette encore de lui dire ce que j'ai fait pour la mettre à même de poursuivre l'ennemi. V. A. I. me fit dire le 26 qu'elle était à Zehdenick et me fit prier de faire suivre l'infanterie afin de se porter elle-même en avant. J'étais alors avec mon corps d'armée à Oranienburg; j'en partis le même jour 26 à 10 heures du soir et j'arrivai le lendemain au soir 27 à Templin où je trouvai la division de dragons du général Beaumont.
A mon arrivée à Templin, j'eus l'honneur d'écrire à V. A. que je pensais qu'elle se dirigeait avec toute sa cavalerie sur Prenzlow, Pasewalk et Ukermunde, et que j'allais faire marcher la division Suchet sur les mêmes points pour la soutenir et me mettre moi-même à la poursuite de l'ennemi avec la division Gazan et toute la cavalerie légère du 5 e corps d'armée. A peine aviez-vous reçu ma lettre que l’adjudant-commandant Girard vint m'annoncer de votre part que le général Milhaud s'était emparé du pont de Boitzenburg et qu'il ne pourrait nous échapper personne de l'ennemi. Il me demanda de votre part de marcher sur ce point avec mon infanterie : j'eus l'honneur de faire dire à V. A. par le même adjudant-commandant que, quoique arrivé à 7 heures du soir venant d'Oranienburg sans m'arrêter, je partirais à 10 heures et que je serais le28, 2 heures avant le jour, à Boitzenburg.
J'arrivai effectivement à 4 heures du matin au quartier général de V. A. et j'eus l'honneur de lui dire que mes troupes étaient devant Boitzenburg et que les avant-postes ennemis, qui n'étaient qu'à 200 pas, nous avaient tiré quelques coups de fusil.
V. A. I. se rappellera aussi que je lui dis ne pas croire que l’ennemi tînt à Boitzenburg : V. A. me répondit qu'elle pensait, d'après ce qu'elle avait vu la veille, que l'ennemi voudrait se battre là. J'eus l'honneur de lui observer que je ne le croyais pas et que j'étais sûr qu'il n'y aurait pas un seul homme au point du jour, que nous n'avions pas un seul instant à perdre pour nous porter sur Prenzlow et j'en sentais tellement la nécessité que j'ordonnais aux divisions Suchet et Gazan de presser la marche et de se rendre sur ce point par le chemin le plus direct. V. A. me répondit qu'elle croyait prudent d'attendre le jour pour opérer ce mouvement : elle envoya son chef d'état-major pour sommer l'ennemi, mais il ne trouva personne, tout ayant filé pendant la nuit sur Prenzlow.
Que V. A. ne pense pas qu'en mon particulier je sois fâché de ce qu'on n'ait rien dit du 5e corps d'armée, si je n'eusse reçu l'ordre du jour qui fait mention de toutes les troupes sans parler des miennes : je ne puis bonnement communiquer cet ordre au 5 e corps d'armée ; les généraux et les régiments qui le composent en ressentiraient trop de chagrin.
Mais je veux cependant que S. M. I. connaisse la conduite de mes troupes dans cette circonstance et sache que je me trouverai heureux quand elle sera convaincue que je ne me bats que pour sa gloire et qu'il n'y a pas de sacrifice que je ne fasse pour la vôtre. »


Murat, le 30, répondit ainsi :
« Monsieur le maréchal, dans toutes mes dépêches à l'Empereur, je lui ai fait connaître la rapidité des marches de votre corps d'armée et sa position de tous les jours. Croyez que je rends trop de justice au zèle et à l'infatigable activité qu'il a montrés pour ne pas avoir éprouvé le plus vif regret, en voyant qu'il n'en était pas fait mention dans l'ordre du jour, et je vous adresse copie de ce que j'en écrivais à l'Empereur avant d'avoir reçu votre lettre. J'espère qu'il réparera cet oubli. »

Et de suite, il écrivit à Napoléon pour lui notifier, mais un peu tard, la participation du corps de Lannes à l’affaire :
« Sire, j'aurais du commencer ma lettre par remercier Votre Majesté de l'ordre du jour qui concerne le corps d'armée que je commande, comment se comporter différemment quand on a l'honneur de servir Votre Majesté. J'aurais désiré que vous eussiez eu la bonté de rendre justice dans ce même ordre du jour au zèle infatigable qu'à montré le corps de monsieur le maréchal Lannes. Je verrais avec bien du plaisir que Votre Majesté daignât en faire mention dans le premier ordre du jour, monsieur le maréchal Lannes en parait vivement affecté. »

En conséquence, Napoléon répondit à Lannes, le 1er novembre :
« Mon cousin, croyez-vous donc que je ne voie pas que votre corps d’armée a fait des marches forcées et que vous l'avez dirigé avec toute l'intelligence possible ? Vous êtes de grands enfants. En temps et lieu, je donnerai des preuves, à vous et à votre corps d'armée, de toute la satisfaction que j'ai de votre conduite. »

Les preuves de satisfaction ne tardèrent pas puisque ce même 1er novembre, l’ordre du jour disait :
« Le corps du maréchal Lannes a fait mettre bas les armes à 1 500 hommes d'artillerie, à 200 dragons, s'est emparé de 30 pièces de canon, 60 caissons et chariots remplis de munitions et bien attelés.
Sa Majesté témoigne sa satisfaction au maréchal Lannes et aux braves qui composent son corps d'armée, sur leur activité à suivre la cavalerie par des marches forcées et après les fatigues qu'ils ont éprouvées. »

Le lendemain, Lannes ne cachait pas sa joie :
« J'ai reçu la lettre que V. M. m'a fait l'honneur de m'écrire ; il m'est impossible de lui rendre le plaisir qu'elle m'a fait éprouver. Je désire rien tant au monde que d'être sûr que V. M. sache que je fais tout ce qui est en mon pouvoir pour sa gloire.
J'ai fait part à mon corps d'armée de ce que V. M. a bien voulu me dire pour lui. Il serait impossible de peindre à V. M. le contentement qu'il a ressenti. Une seule parole d'Elle suffit pour rendre tous les soldats heureux. »

Le 14 novembre, dans sa lettre à Lannes, Napoléon ajoutait :
« Il est possible que vos soldats aient trouvé qu’on n’ait pas parlé assez d’eux aussi dignement qu’ils l’auraient mérité ; ils ont raison d’être exigeants, car ils sont aussi braves que bons. A la prochaine bataille, ils se comporteront comme à Austerlitz et à Iéna, et on aura soin de mettre quelques mots de plus. »



En somme, je ne vois pas ici une attitude de « dévalorisation », pour reprendre votre terme, à l’encontre de Lannes pratiquée par l’Empereur.

Je poursuivrai, mais un peu plus tard, sur l’affaire plus nébuleuse de Stettin.
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" Grâce aux prisonniers. Bonchamps le veut. Bonchamps l'ordonne ! " (d'Autichamp)

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Cyril Drouet
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Re: Les Maréchaux : Lannes - Campagnes de 1806-1807

Message par Cyril Drouet » 26 sept. 2017, 13:56

A noter qu'outre la lettre écrite en réponse à l'Empereur ("J'ai reçu la lettre que V. M. m'a fait l'honneur de m'écrire ; il m'est impossible de lui rendre le plaisir qu'elle m'a fait éprouver"), on peut citer la missive rédigée par Lannes le même jour :
"J'ai fait lire hier la proclamation de Votre Majesté à la tête des troupes. Les derniers mots qu'elle contient ont vivement touché le cœur des soldats. Ils se sont tous mis à crier "Vive l'empereur d'Occident !" Il m'est impossible de dire à Votre Majesté combien ces braves gens l'aiment, et vraiment on n'a jamais été aussi amoureux de sa maîtresse qu'ils le sont de votre personne. Je prie Votre Majesté si Elle veut qu'à l'avenir, j'adresse mes dépêches à l'empereur d'Occident, et je le demande au nom de mon corps d'armée."

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