Une fille de l'AIGLON...

Espace dédié aux discussions relatives au Consulat et au 1er Empire.

Modérateur : Général Colbert

Christophe

NAPOLÉON II (l'Aiglon, le Roi de Rome, le Duc de Reichstadt)

Message par Christophe » 20 mars 2003, 14:11

"...tous les habitants de Paris apprirent de grand matin que l'Impératrice était dans les douleurs qui précèdent la délivrance, et dès la pointe du jour, le jardin des Tuileries se trouva rempli d'une foule immense de toutes les conditions. On était averti que vingt et un coups de canon devaient annoncer la naissance d'une fille, et qu'il en serait tiré cent et un pour célébrer celle d'un héritier du trône. Aussitôt que le premier coup de canon se fitentendre, cette multitude, un instant auparavant si bruyante et si tumultueuse, garda le plus profond silence. Il n'était rompu méthodiquement que par ceux qui comptaient le nombre de coups en prononcant à demi-voix, un, deux, trois; mais une fois le vingt-deuxième entendu, un enthousiasme impossible à décrire éclata de toutes parts; les cris de joie, les chapeaux en l'air et les vivats partirent de tous les points du jardin des Tuileries et contribuèrent presque autant que le bruit du canon, à porter cette nouvelle dans les autres quartiers de la capitale. Quant à l'Empereur, placé derrière le rideau d'une des croisées de l'Impératrice, il put jouir en silence, et pour ainsi dire incognito, de l'ivresse qui régnait autour de lui; aussi de grosses larmes vinrent-elles à couler de ses yeux sans que peut-être il les sentit sur ses joues...Ce fut dans cet état qu'il vint de nouveau embrasser son fils. Le soir du même jour, le nouveau-né fut ondoyé dans la chapelle des Tuileries, avec les cérémonies usitées à l'ancienne Cour de France, par le cardinal grand aumônier. Le nouveau-né fut créé ROI DE ROME. Les officiers de la Maison impériale, des pages et des courriers furent expédiés avec des lettres et des messages pour les grands corps de l'Etat, pour les bonnes villes et pour les ambassadeurs et ministres français et étrangers. Les pages, envoyés aux corps municipaux, en reçurent de grandes marques de considérations; le conseil municipal de Paris et celui de Turin votèrent des pensions aux porteurs de l'heureuse nouvelle.
La bonne impératrice Joséphine ne fut pas oubliée. Napoléon lui envoya un page à Navarre.
"Mon amie, j'ai reçu ta lettre; je te remercie. Mon fils est gros et très bien portant. J'espère qu'il viendra à bien. Il a ma poitrine, ma bouche et mes yeux. J'espère qu'il remplira sa destinée. Je suis content d'Eugène; il ne m'a jamais donné aucun chagrin.
NAPOLEON "
Source: "Roi de Rome et Duc de Reichstadt (1811-1832)", par Désiré LACROIX (Paris, Garnier, 1899).
;)

Hypolite

Re: NAPOLÉON II (l'Aiglon, le Roi de Rome, le Duc de Reichstadt)

Message par Hypolite » 20 mars 2003, 15:11

Passage trés émouvant et qui ne pouvait laisser présager un si cruel destin ! :cry:

Albertuk

NAPOLÉON II (l'Aiglon, le Roi de Rome, le Duc de Reichstadt)

Message par Albertuk » 20 mars 2003, 23:51

Bonsoir
En effet, triste histoire que celle du futur Napoléon II. Né roi de Rome, mort duc de Reichstadt, son vrai nom était François... en honneur à son grand père Empereur d'Autriche. Il a dit quelques mois avant de mourir: l'histoire de ma vie se résume à ma naissance et à ma mort. Mais c'était oublier son nom! Bonaparte!!! Napoléon le lui légua, dans son testament. Mais François, devenu Franz à la Cour de Vienne, avait dû apprendre à oublier et son origine et son nom.

lukian54

NAPOLÉON II (l'Aiglon, le Roi de Rome, le Duc de Reichstadt)

Message par lukian54 » 21 mars 2003, 08:12

La nouvelle de la naissance du fils de Napoléon a été rapidement connue à travers la France grâce au télégraphe Chappe.
Quelques heures aprés l'évenement le message suivant était arrivé à Strasbourg: " Sa Majesté l'Impératrice a accouché d'un fils, ce matin.
La mère et l'enfant se portent bien. Faire connaître la nouvelle aux autorités civiles et militaires...
A midi, Strabourg était en liesse...

husky

NAPOLÉON II (l'Aiglon, le Roi de Rome, le Duc de Reichstadt)

Message par husky » 21 mars 2003, 21:30

Cher Albertuk,
le vrai nom de l'Aiglon était Napoléon, comme Papa.
François était son deuxième prénom.
C'est exilé à Vienne qu'on lui changera son prénom. Il trouvera d'ailleurs ce prénom de Franz très laid.
Avec les connaissances actuelles en psychologie de l'enfant, on peut comprendre tout ce que cela ( le changement de prénom, les ruptures successives et brutales avec les personnes de son entourage) a pu engendrer comme perturbations et blessures pour un petit garçon. :cry:

william

NAPOLÉON II (l'Aiglon, le Roi de Rome, le Duc de Reichstadt)

Message par william » 22 mars 2003, 01:23

Je peux aussi dire qu'a sa mort il regrettait de ne pas avoir connu son père, qu'il aurait aimé lui faire honneur, et que jamais il n'a renié son nom: Bonaparte!

corse

NAPOLÉON II (l'Aiglon, le Roi de Rome, le Duc de Reichstadt)

Message par corse » 26 mars 2003, 12:42

en complément de ce qu'a écrit William, le grand regret de l'Aiglon fut de n'avoir pu, entre autre, ne pouvoir porter que l'uniforme Autrichien et non Français en souvenir de son père.
Ce grand homme, dont il ignorera longtemps la vie et ses hauts faits d'armes, et dont il prendra connaissance que quelques années avant sa mort...
Tragique destin orchestré par les ennemis de l'Empereur dont la propre belle-famille.
Corse.

Patton

gloriette

Message par Patton » 26 mars 2003, 12:57

En regardant la gloriette qui se trouve au bout du parc de Shönbrunn, l'Aiglon disait "mon père a eu la Gloire, moi j'ai la gloriette"
Quel destin cruel que celui du Roi de Rome. Fils de l'Empereur d'Occident, mort dans la quasi-sollitude, dans l'indifference de sa mère qui préférait la bagatelle avec Neipperg.

Christophe

Une fille de l'AIGLON...

Message par Christophe » 22 nov. 2004, 10:52

Voici un article (extrait du "Parisien", de ce week-end, édition du départment 60) , qui ressemble plus à une légende:

L'énigme de la fille cachée de Napoléon II

Mme de La Pommière, qui vécut le plus souvent à Senlis, rue Saint-Yves-à-l'Argent, entre 1848 et 1909, était-elle la fille de l'Aiglon et la petite-fille de Napoléon I e r ? Retour sur une énigme liée au bicentenaire de l'Empire.

RÉALITÉ ou mystification ? Depuis 1909, l'affaire n'a pu être vraiment élucidée malgré les travaux du baron André de Maricourt (1). L'histoire - ou la légende - a donc toujours cours. Mieux, elle redeviendra d'actualité grâce à la toute prochaine exposition du château de Compiègne, qui mettra en parallèle les destins de l'Aiglon, fils de Napoléon I e r , et du prince impérial, fils de Napoléon III (2).

Pourtant ce n'est pas Compiègne qui est au centre du mystère, mais bien Senlis. Car c'est là que vécut longuement la fille supposée de l'Aiglon.
Une ressemblance physique certaine Tout commence en février 1909. A l'extrémité de la rue Saint-Yves-à-l'Argent, la maison n o 14, aujourd'hui n o 30, brûle. De la fumée s'en échappe, des voisins s'y introduisent et en évacuent la propriétaire : M m e de La Pommière. Le logis où la vieille dame vit recluse est dans un désordre effroyable et elle-même, presque aveugle, ne semble plus avoir toute sa tête. Aussi, son internement à Clermont est-il décidé puis la police sollicitée pour mettre la malheureuse dans le train qui l'emmène à l'asile. C'est alors que la rumeur, jusque-là limitée à Senlis, gagne les journaux : M m e de La Pommière serait la fille de l'Aiglon ! Très vite cependant, la presse délaisse la rue Saint-Yves-à-l'Argent. Le mystère retombe mais pour peu de temps. A partir des années 1920, André de Maricourt mène l'enquête. Eugénie de Lünck, comtesse de La Pommière, entre alors dans l'histoire. Dansant à merveille la valse viennoise, jouant du piano, disant des vers, parlant le français, l'allemand, l'anglais et l'italien, lisant le grec et le latin, Eugénie de Lünck n'est pas seulement belle et brillante. Venue d'Autriche, à Paris, à l'âge de 5 ans, en 1837, c'est volontiers qu'elle évoque en privé les splendeurs de Schönbrunn, l'impératrice Marie-Louise, et la liaison de sa mère, Joséphine de Lünck, peut-être ancienne dame d'honneur à la cour de Vienne, avec l'Aiglon. D'ailleurs, au physique, ne présente-t-elle pas le fameux menton volontaire des Habsbourg ? Portant toujours sur elle une miniature de l'Aiglon, mentionnant celui-ci jusque dans ses prières, conservant une gravure de sa naissance et les portraits de Napoléon I e r et de Marie-Louise, elle vit constamment dans le souvenir de la famille impériale. Mais il y a plus curieux encore : celle en faveur de qui ambassade d'Autriche et ministère de l'Intérieur interviennent parfois lorsqu'elle a des ennuis a mené une surprenante double vie. Rejetée à Senlis à partir de 1870, M m e de La Pommière tient régulièrement salon à Paris où elle est admise rue du faubourg Saint-Honoré, boulevard Saint-Germain ou avenue de Friedland, et sera même vue à l'ambassade d'Allemagne chez la princesse de Hohenhole. Devenu adulte, Albert Bardel, l'un des trois enfants que l'on retrouve à ses côtés à différents moments de sa vie, témoignera qu'elle « était reçue avec (des) honneurs qu'on ne prodiguait qu'à elle », que « dans certains salons, on ne l'appelait que "princesse" et que dans les milieux aristocratiques qu'elle fréquentait, on la considérait comme la fille du roi de Rome ». D'ailleurs, séjournant quelque temps rue Saint-Yves-à-l'Argent, en 1885, le médecin allemand Philippe Fritsch (1821-1905), qui exerça ses talents auprès de la haute société viennoise avant 1870, ne dira pas autre chose à M. de Pontalba lors d'un entretien privé : « Elle est la fille du duc de Reichstadt. » Enfin, les recherches menées après 1922 par deux agences de succession pour retrouver les héritiers de M m e de La Pommière ont montré qu'à Vienne sa filiation avec le roi de Rome était également admise dans certains milieux. Cependant, la destruction de ses papiers, de ses meubles et tableaux en 1914 interdit de résoudre définitivement la question. Alors, fille de l'Aiglon ou pas, à chacun de conclure...

(1) « La Pourpre et l'exil : l'Aiglon et le prince impérial ». Tous les jours, sauf le mardi, du 26 novembre 2004 au 7 mars 2005. (2) Lire en particulier « le Mystère de la rue Saint-Yves-à-l'Argent », publié en 1970 par la Société d'histoire et d'archéologie de Senlis, consultable à la bibliothèque municipale

Gouvy

Re: NAPOLÉON II (l'Aiglon, le Roi de Rome, le Duc de Reichstadt)

Message par Gouvy » 22 janv. 2005, 02:15

La mère de cet enfant serait l'archduchesse Sophie (de Wittelsbach), fille du roi de Bavière. Elle eut une grande amitié avec "l'aiglon" , des rumeurs ayant été jusqu'a affirmer qu'ils auraient eu un enfant. Pour ceux qui ont été bercé par le film " Sissi" :shock: , j'ai lu qu'elle était la belle mère tyrannique de Sissi.
L'histoire d'Eugénie Fritsch est raconté dans l'ouvrage de Gonzague St Bris "Les 20 ans de l'aiglon". Mais même dans ce récit, aucune preuve n'est réellement apporté .

Je ne peux que vous recommander "Le roi de Rome" d'Octave Aubry moins anecdotique que le livre pré cité(qui effectue néanmoins une bonne synthèse) et très instructif. Malheureusement je ne sais pas si il a été réedité.

Cordialement

  • Sujets similaires
    Réponses
    Vues
    Dernier message
  • Ce que la légende napoléonienne doit à l'Aiglon
    par C-J de Beauvau » 15 août 2019, 19:36 » dans Salon Ier Empire
    0 Réponses
    359 Vues
    Dernier message par C-J de Beauvau
    15 août 2019, 19:36
  • NAPOLÉON II (l'Aiglon, le Roi de Rome, le Duc de Reichstadt)
    par Joker » 22 juil. 2019, 20:02 » dans Salon Ier Empire
    0 Réponses
    167 Vues
    Dernier message par Joker
    22 juil. 2019, 20:02
  • "l'Aiglon" d'Edmond Rostand
    par C-J de Beauvau » 05 déc. 2017, 08:04 » dans Salon Ier Empire
    13 Réponses
    3529 Vues
    Dernier message par cyr-phuong jacobin94
    10 août 2011, 10:58