Le duel sous l'empire

Espace dédié aux discussions relatives au Consulat et au 1er Empire.

Modérateur : Général Colbert

Christophe

Duels, escrimeurs et maîtres d'armes

Message par Christophe »

"Dans tous les régiments il existe un homme que les soldats respectent au moins autant que leur colonel, et cet homme, c'est le maître d'armes. Il a plusieurs lieutenants qui, sous le nom de "prévôts", exercent une part de cette autorité morale que le grand maître leur délègue. A mon arrivée au régiment, je priai M. Malta... de me donner des leçons de son art que je connaissais très imparfaitement. C'était un bon original; les choses dont il se vantait le plus, et qu'il regardait comme des titres de gloire, étaient précisément celles qu'un homme d'honneur rougirait d'avouer. Il avait cherché querelle à tous les plus fameux de son temps, et il les avait tués par douzaines. Je crois qu'il exagérait un peu le nombre des morts; cependant, si l'on parlait en sa présence de quelque célèbre spadassin, je puis assurer que son plus grand désir était de se mesurer avec lui; le plus beau titre qu'il n'ait jamais ambitionné, ces celui de "Bourreau des Crânes". J'atais docile à ses leçons, et il paraissait fort content de mes progrès. "Mon lieutenant, me disait-il, un jour si vous continuez, dans deux mois je vous apprendrai la politesse." Il entendait par là qu'il m'enseignerait le salut des armes et toutes les simagrées de civilité qui précèdent ordinairement un assaut. Lorsque que nous fûmes arrivés au point où je pus apprendre la politesse, M. Malta... m'engageait toujours à faire de grands yeux en saluant. "Mon lieutenant, ouvrez les yeux... encore...davantage...Quand vous saluez, il faut ouvrir les yeux comme des verres de montre; il faut faire voir qu'on est présent."Lorsque nous voulions le mettre en colère, nous vantions devant lui les maîtres d'armes des autres régiments; alors M. Malta... levait les épaules en signe de mépris, et finissait toujours par dire: "Aucun de ces gens-là ne serait digne de balayer ma salle d'armes". Parmi ses prévôts, le sieur Dupré, tambour, tenait un rang très distingué; c'était son coadjuteur, son successeur, l'héritier présomptif d'une si belle renommée. Dans les cabarets, Dupré se faisait payer à boire par le premier venu, ou bien il invitait les récalcitrants à se rendre sur le terrain pour "se rafraîchir à coups de sabre": c'était son expression favorite. Jamais plus insolent personnage ne fut coiffé du shako sur l'oreille, ne fut armé du briquet tapageur. -"Tu vois bien ce cuirassier qui boit tout seul, disait un jour Dupré à son camarade L'Etoile; attends je vais le démolir".
- "Prends-y garde ! S'il se laisse tomber sur toi, tu seras écrasé."
- "Mon sabre le forcera de tomber sur le dos".
Et Dupré s'approchant, saisit le verre de l'homme au gilet de fer et l'avale d'un trait. Il est bon de vous dire qu'un ferrailleur fantassin préfère toujours chercher querelle à un cavalier: le cavalier, c'est son ennemi naturel. Parmi les gens à cheval, il choisira le cuirassier, surtout si celui-ci est très grand et très gros; s'il le tue, l'action mérite plus d'éloges".(Source: Capitaine Elzéar BLAZE: "Souvenirs d'un officier de la Grande-Armée. La vie militaire sous le Premier Empire". Paris, à la Librairie des Deux Empires, 2002).

Joker

Re: Duels, escrimeurs et maîtres d'armes

Message par Joker »

Anecdote fort plaisante mon cher Christophe ! Les as du sabre étaient légions à cette époque et nombreux étaient ceux qui ne revaient que d'en découdre pour un oui ou pour un non.
Question de prestige ou simple orgueil, à chacun de juger... :-|
Mais dites-moi, vous ne précisez point ce qu'il est advenu de ce présomptueux Dupré après qu'il ait de la sorte provoqué ce cuirassier ?

Albertuk

Re: Duels, escrimeurs et maîtres d'armes

Message par Albertuk »

Bonsoir
Sur ce sujet, notez la sortie récente du film "The Duellists" en DVD, mais en version anglaise. Ce film n'est pas nouveau et n'était sorti qu'en VHS il y a quelques années.

corse

Re: Duels, escrimeurs et maîtres d'armes

Message par corse »

"Duellistes" de Ridley Scott est en effet un film remarquable, et l'un des meilleurs films sur la période Napoléonienne sur le grand écran, avec dans l'un des deux grands rôles de bretteurs, l'immense acteur Harvey Keitel.
Corse.

Hypolite

Re: Duels, escrimeurs et maîtres d'armes

Message par Hypolite »

Ce film de Ridley Scott est l'adaptation d'un roman de Joseph Conrad, lui même inspiré de l'affrontement entre Founier Sarlovèze et un Dragon de la Garde nommé Dupont !

Thierry

Re: Duels, escrimeurs et maîtres d'armes

Message par Thierry »

"Les duellistes", incontournable pour nous "napoléoniens", expose à merveille cette contradiction quasi-incompréhensible qui mène les hommes à leur perte, comme la flamme attire le papillon. Seulement ici, le papillon a conscience de ce qui va lui arriver.
A la fois magnifique et terrifiant. Comme la guerre.

Si vous avez aimé "Les duellistes", précipitez vous sur la nouvelle qui l'a inspiré, "The duel".
Il m'est arrivé d'inviter certains membres de la gent féminine à le regarder : "Si tu comprends ce qui pousse ces hommes à s'affronter, l'âme masculine n'aura plus aucun secret pour toi."

Christophe

Re: Duels, escrimeurs et maîtres d'armes

Message par Christophe »

Je reprends la suite du récit de Blaze commencé ici il y a quelques jours:

"Cependant un jour Dupré trouva son maître: le sabre d'un jeune conscrit le traversa de part en part. On vint nous annoncer cette nouvelle, tout le monde en fut enchanté; chacun disait que ce mauvais drôle n'avait reçu que ce qu'il méritait. Toutefois le chirurgien major se transporta sur le champ de bataille; il voulut retirer le fer de la blessure pour appliquer un appareil; la chose fut d'abord jugée impossible, parce que le poids du corps, en tombant, avait fait recourber la pointe du sabre. Il fallut appeler l'armurier, qui la redressa. L'opération fut longue; ce malheureux devait souffrir horriblement; rien cependant ne paraissait sur sa figure; au contraire, tout en disant des plaisanteries aux assistants, il engageait le chirurgien à bien faire son devoir. Le sabre fut retiré, la blessure pansée; Dupré resta deux mois à l'hôpital, et puis... il en sortit plus mauvais sujet qu'auparavant. Cent mille honnêtes gens en seraient morts, Dupré n'en mourut pas. Au reste, il est remarquable que tous ces ferrailleurs étaient en général de fort mauvais soldats: l'homme qui, comptant sur sa force, cherche querelle aux faibles, est nécessairement un lâche. Les jours de bataille, ces tapageurs avaient sans cesse un nouveau prétexte pour rester en arrière; on ne les revoyait que le lendemain. Un conscrit à leur place aurait reçu "la savate"; mais "la raison" qu'ils présentaient toujours au bout de l'épée ou du sabre fermait la bouche à toute la compagnie. Le tambour est en général duelliste, âître d'armes, ou du moins prévôt de salle. Le tambour est taquin, difficile à vivre, goguenard, toujours prêt à mettre flamberge au vent: c'est le gamin de Paris revêtu de l'uniforme. Ne portant point de fusil, n'ayant pour toute arme qu'un sabre, il s'en sert mieux que les autres soldats; il le caresse, il le polit, il le manie tant que le jour dure, et quand vient l'occasion de dégainer, la lame ne tient pas au fourreau. Non seulement il est habile à tirer l'espadon, mais encore il sait tirer la pointe. Lorsqu'il voyage, regardez le dessusd de son havresac: deux fleurets mouchetés, roulés dans la capote, présentent aux amateurs leurs pointres aiguisées garnies de deux bouchons pour empêcher la rouille. Tant qu'il est en garnison, le tambour-prévôt porte le briquet d'ordonnance, il le faut; s'il le perdait, on le forceraitr d'en acheter un autre au magasin du régiment. Mais du moment qu'on entre en campagne, il rejette bien loin cette lame vulgaire pour mettre à la place un carrelet qu'il a grand soin de monter en "quarte". C'est à ce signe qu'on reconnaît tous les "matins" d'un régiment; ils ont tous la poignée du sabre d'ordonnance, mais une épée longue d'une aune vient à chaque pas frapper leur talon droit.Certes, ce n'est point commode en marchant; il faut cependant souffrir quelque chose pour se donner un air féroce. On se fait craindre, on le pense du moins, et ce plaisir est grand chez ces messieurs."(Source: Elzéar BLAZE: "Souvenirs d'un officier de la Grande-Armée. La vie militaire sous le Premier Empire". Paris, à la Librairie des Deux Empires, 2002). :salut:

Rollet

Le duel sous l'empire

Message par Rollet »

Salut à tous :salut:

Le duel

C'est naturellement en garnison ou au cantonnement qu'éclatent les incidents.

Dans la garde et dans bien d'autres corps, le duel est pour ainsi dire de tradition à l'arrivée d'un nouveau grenadier où d'un nouveau voltigeur: on lui demande une sorte de " probation " de son courage, de sa valeur - après quoi on part à la cantine, vider la bouteille de l'amitié, avec le plus souvent un bras en écharpe de part et d'autre et la certitude de se retrouver le lendemain sur le même bat-flanc, à la prison. Les armes s'affrontent: Les hussards contre les chasseurs à cheval, artilleurs contre cuirassiers, anciens soldats contre recrues - et le plus souvent sous l'oeil du prévôt, invité à la fête pour juger les coups... et vider les pots à la santé de tous.

Ce qui est plus grave, c'est que de tels incidents éclatent en campagne et face à l'ennemi: on a vu aux avants-postes, en forêt-noire, devant des hussards autrichiens, un cavalier croiser le fer avec un grenadier d'infanterie. Durant la campagne de Russie, deux officiers de hussards Polonais s'affrontent au pistolet et l'un d'eux est tué.

fou,non ? :fou: :vert: :violent: :rocket:

:vivelempereur:

Tibule

Message par Tibule »

Cela paraît un peu fou aujourd'hui mais il s'agissait à l'époque de sauver son honneur.Le duel avait lieu le plus souvent pour une insulte,une remarque désagreable sur telle ou telle unité ou encore pour une femme.
Le duel devait être autorisé par les maîtres d'armes des régiments concernés sous peine de sanctions internes(la plupart du temps plusieurs jours en salle de police).
Le duel se termine soit au premier sang soit à mort selon le motif qui a déclenché l'affrontement.
Les duellistes se battent au sabre(pour ceux qui en ont),mais aussi à la baïonnette.
En garnison,l'épée et le fleuret sont très utilisés.Le fusil et le pistolet sont,eux,plutôt délaissés :salut: .

Drouet Cyril

Message par Drouet Cyril »

Bonsoir,

Une petite anecdote :

Un officier des Dragons de l’Impératrice venait d’être dangereusement blessé au cours d’un duel. On annonça la nouvelle à l’Empereur qui, se souvenant du peu de bravoure de l’intéressé, tint les propos suivants :
« Lui ! une balle dans le ventre ! allons donc, c’est impossible ! à moins cependant qu’il ne l’ait avalée. »

Salutations respectueuses.

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