LES CERCUEILS DE NAPOLEON...

Espace dédié aux discussions relatives au Consulat et au 1er Empire.

Modérateur : Général Colbert

Albertuk

TOMBEAU DE NAPOLÉON

Message par Albertuk »

Le vote du 26 mai 1840 alloue un budget de 1 million de francs pour le retour des Cendres et pour le choix des Invalides comme lieu de sépulture finale (certains avaient proposé d'autres lieux comme la basilique St Denis, le Panthéon, ou même une crypte sous la colonne Vendôme). Le très beau discours du maréchal Clauzel à la Chambre des Députés emporte la décision en faveur des Invalides. Dans cette Chambre, il y eut 280 voix pour ce projet sur 345 votants. A la Chambre des Pairs, il n'y eut que 3 votes négatifs (vote du 6 juin 1840). Le projet était donc adopté !
Le soir même du 6 juin, le Chancelier Pasquier (celui-ci qui trahit Napoléon avec Talleyrand en 1814... :twisted: ) donna un grand dîner dans lequel un toast était porté, debout, à la mémoire de l’Empereur

Albertuk

La créosote a t'elle conservé le corps de Napoléon?

Message par Albertuk »

Bonsoir
Connaissez vous la créosote?
- Lorsqu'on brûle du bois « vert », cela contribue à la formation de créosote, une substance extraite des goudrons de bois et ayant été utilisée en pharmacie pour ses vertus antiseptiques. Son odeur a une parenté avec celle de la suie de cheminée et se rencontre fréquemment dans les vins de Pinot noir sud-africains. Questions? Brûlait on du bois humide ou vert à Longwood? Sans doute assez souvent... avec les pluies incessantes par période. Aussi, les vins de Constance... sont ils des pinots noirs? La créosote était elle déjà connue dans ces contrées du Pacifique Sud?
- Les vapeurs de créosote, substance très inflammable qui s'accumule sur les parois de la cheminée (et se trouve dans certains vins), causent les symptômes suivants:
* Vomissements, diarrhée, perte d'appétit, difficulté à avaler.
* Laryngite, bronchite.
* Maux de tête, vertiges, perte des capacités intellectuelles.
* Atteintes de la peau: irritations, dermatites.
* Atteintes des yeux: conjonctivite, kératite.
* Atteintes rénale et hépatique.
Plusieurs de ces symptômes, qu'on retrouve aussi dans d'autres problèmes médicaux toutefois, sont éprouvés par Napoleon depuis 1816. La créosote en fut elle la cause originelle (lors des observations d'O'Meara), avant que sa maladie de l'estomac en rajoute aussi?
- Selon une revue médicale, la créosote a été découverte en 1832 par un chimiste Karl von Reichenbach (1788-1869), en manipulant de l'acide pyroligneux et du goudron de bois, le savant tchèque remarqua que la peau de ses doigts se desséchait et que son épiderme s'enlevait par lambeaux. À la substance nouvelle qu'il venait de découvrir et capable d'exercer sur la chair une action anti-putride et momifiante, il donna le nom de créosote ou créasote, C24H16O4, qui signifie en grec "conserver la chair"... Conservation de la chair? Morceau d'épiderme qui se détache? Ca rappelle quelque chose en 1840. Problème: la créosote était elle utilisée sciemment sur Napoléon en 1821, donc avant 1832, date présumée indiquée de sa découverte? Cette revue médicale se trompe t'elle donc sur la découverte de cette substance en 1832? Il semble que oui.
- On trouve aussi de la créosote dans la formule de l'Eau Odontalgique du Docteur... O'Meara. Un brevet d'invention lui fut accordé le 16 septembre 1836, ainsi qu'une addition, le 31 juillet 1837. Cet "Eau du Docteur O'Meara" figure dans "L'officine, Répertoire général de Pharmacie Pratique" de Dorvault. La créosote perdra ensuite peu à peu sa place au profit du phénate de soude ou phénol, une autre substance de conservation des cadavres... Incroyable coïncidence avec O'Meara. Connaissait il cette substance déjà en 1818? L'a t'il utilisée sur Cipriani (pour la théorie BRH)?
A t'on utilisé de la créosote à l'inhumation de Napoléon en 1821 pour "conserver" le corps? La réponse est oui. Dixit le témoignage de Noverraz qui n'était pas un pharmacologue ni un médecin. Il écrit la chose suivante:
Le docteur Antommarchi aurait voulu embaumer le corps, mais on lui répondit que les produits utiles ne se trouvaient pas sur l'île et qu'il aurait fallu les réclamer et attendre l'arrivée d'un navire, alors le docteur demanda de la créosote et il aspergea longuement le corps et le capitonnage de satin blanc du premier cercueil.
Notons qu'en 1840, la créosote était déjà connue car le docteur Guillard l'utilisa aussi. Dixit le témoignage de Las Cases Fils:
Le docteur Guillard déclarait à M. de Chabot, que, vu l'étonnante conservation du corps, son opinion était qu'il fallait tout refermer immédiatement, ce qui fut autorisé. Le docteur, après l'avoir légèrement enduit de créosote, replaça le morceau de sole ouaté dans la même position où il avait été trouvé, et le cercueil fut clos. Il était une heure.
Qu’en pensez vous ?

GARCINION

Message par GARCINION »

Bonjour Albert,
ce que vous dites-là est un élément très important et à approfondir sans aucun doute.
Que ce soit d'ailleurs pour les tenants de la thèse de la substitution comme pour ses ennemis:
en effet, certains pays interdisent depuis un certain temps l'utilisation de la créosote dans le traitement du bois.
Et pour cause... saviez-vous que cette substance est fortement... cancérigène?

NapNap

Message par NapNap »

Bonsoir Albert!
Les anciens vins de Constance étaient essentiellement produits à partir de Muscat blanc à petits grains ( muskadel, de pontac, de frontignac et de muscat de frontignan ) et non de Pinot noir!

Dominique T.

Message par Dominique T. »

Je ne sais pas si Albert(UK) s'est basé sur ce site, sinon, pour l'information de tous, je donne ce lien sur le sujet
http://www.bium.univ-paris5.fr/sfhad/vol6/article09.htm


Premières utilisations dentaires de la Créosote
Marguerite ZIMMER
Cette communication a été publiée dans l'Australian Endodontic Journal, The Journal of the Australian Society of Endodontology, 2000, vol. 26, n° 3, pp. 124-128. Editeur : Peter Parashos, Melbourne.
Nous n'en donnons ici qu'un résumé succinct. Un paragraphe supplémentaire traite de la créosote comme moyen de traitement de la phtisie.
La créosote (1) a été découverte en 1832 par un chimiste de Blansko, en Moravie, Karl von Reichenbach (1788-1869). En manipulant de l'acide pyroligneux et du goudron de bois, le savant tchèque remarqua que la peau de ses doigts se desséchait et que son épiderme s'enlevait par lambeaux. À la substance nouvelle qu'il venait de découvrir et capable d'exercer sur la chair une action anti-putride et momifiante, il donna le nom de créosote ou créasote, C24H16O4,, des deux mots grecs c??a? génétif (par contraction, viande ou chair), et s??? (je sauve, je conserve).
Reichenbach obtenait la créosote en distillant du bois de hêtre. Après en avoir extrait l'huile de goudron, il dissout le produit obtenu dans de la potasse caustique, le porte à ébullition, et le re-distille six fois. Après cette dernière distillation, la créosote n'est pas encore vraiment pure, mais elle peut être utilisée pour un usage médical.
Lorsqu'on met de la créosote en contact avec du blanc d'œuf, l'ensemble coagule. Reichenbach va mettre à profit cette propriété en montrant qu'au contact du sérum ou d'un caillot sanguin, la créosote coagule instantanément l'albumine du sang.
Les premières observations de Reichenbach sur les vertus médicinales de la créosote ne furent pas accueillies favorablement par les médecins viennois. Seules deux observations sur 25 se rapportent au traitement des douleurs dentaires (2).
Appliquée à l'intérieur de la dent, la créosote offrait une alternative particulièrement intéressante pour calmer les douleurs de la nécrose pulpaire. Ce soulagement était dû au pouvoir de coagulation de l'albumine du sang, et en conséquence, de l'albumine des tissus nécrosés du nerf dentaire.
Difficile à fabriquer et pratiquement introuvable au début de son introduction en France, la créosote sera finalement distillée en grandes quantités vers la fin de l'année 1833. On pouvait la trouver à Choisy, chez le fabricant d'acide pyroligneux Lemire, et à Paris, chez les pharmaciens Billard et Duclou. Lemire avait réussi à fabriquer six livres environ de créosote à partir de 800 livres de goudron, chiffres qui montrent combien l'élaboration du ce nouveau médicament était compliquée !
Le célèbre médecin français François Joseph Victor Broussais (1772-1838), qui souffrait d'une dent cariée, eut recours aux soins du dentiste Louis Nicolas Regnart (1780-1847), 32 rue Dauphine, à Paris. Ce dernier appliqua directement sur la carie de la créosote pure, et cela pendant deux ou trois minutes. Broussais ressentit tout d'abord une vive sensation de chaleur, puis la douleur cessa subitement.
En 1835, J. F. Frémanger, chirurgien-major du 2ème régiment d'artillerie, publiait un mémoire sur la valeur thérapeutique de la créosote dans les armées. Sur cinquante patients atteints de caries dentaires, Frémanger avait réussi à obtenir 50% de guérisons. Mise en contact avec " une portion d'os ramollie ", c'est-à-dire avec la carie proprement dite, la créosote " se combine avec les sels calcaires et forme une combinaison nouvelle " (3). Pour obtenir de bons résultats, il fallait que la carie ait été parfaitement nettoyée et séchée. La créosote pouvait être appliquée, pure, sur toutes les surfaces carieuses de la dent, à l'aide d'un pinceau, ou en y laissant séjourner pendant une journée, un coton imprégné de créosote. Après deux ou trois applications successives, le dentiste pouvait l'obturer avec l'alliage de Darcet.
Les irritations gingivales, les ulcérations des gencives ou de la muqueuse buccale, pouvaient être calmées par des gargarismes, composés d'eau distillée ( 2 onces) et de créosote pure ( 4 gouttes).
On trouve de la créosote dans la formule de l'Eau Odontalgique du Docteur O'Méara. Un brevet d'invention lui fut accordé le 16 septembre 1836, ainsi qu'une addition, le 31 juillet 1837. Plus de cent ans plus tard, l'Eau du Docteur. O'Méara figure encore dans L'officine, Répertoire général de Pharmacie Pratique, de Dorvault.
La créosote était donc devenue un remède commun, largement utilisé par les dentistes ambulants du XIXe siècle.
La créosote : moyen thérapeutique pour traiter les phtisies.
Les médecins avaient observé depuis fort longtemps que les phtisies pulmonaires s'amélioraient, ou guérissaient, lorsque le goudron, réduit à l'état de vapeurs, était inhalé. Dans un manuscrit datant du 18 avril 1836, le médecin Théodore Junod, n° 3 rue des Petits Augustins, écrivait " qu'il est probable qu'on doit attribuer la rareté des phthysies dans les ports de mer et l'amélioration de leur état par des voyages sur mer. Dans ces deux circonstances l'air respiré contient une assez grande proportion de goudron réduit à l'état de vapeur ". Quelques médecins eurent alors l'idée d'administrer des vapeurs de goudron en les faisant chauffer dans des vases en fer. Mais ils se heurtèrent aux difficultés liées à la production en continu de ces vapeurs. Théodore Junod imagina alors un moyen plus simple, qui consistait à mettre de la créosote dans un flacon bouché à l'émeri, de le glisser entre les mains du malade atteint de phtisie, pour qu'il puisse le garder près de son lit. " L'odeur qui s'en exhale ", disait Junod, " même sans ôter le bouchon, est assez forte pour remplir les intentions du médecin dans les cas où il veut ménager l'irritabilité des poumons et, lorsqu'il voudra augmenter l'intensité de cette vapeur, il suffira d'augmenter progressivement la dose de créosote ". De temps à autre, on pouvait aussi " répandre une ou plusieurs gouttes de créosote sur un morceau de linge, de manière à proportionner à volonté ses effets ". Moyen simple, qui va rendre de grands services au cours du XIXe et de la première moitié du XXe siècle dans le traitement des tuberculoses pulmonaires.
La créosote perdra ensuite peu à peu sa place dans la pharmacopée médicale et dentaire, notamment lorsqu'en 1861 Boboeuf découvrit le phénate de soude ou phénol. Cette substance, qui n'était pas caustique, fut largement utilisée dans les hôpitaux lorsque Joseph Lister introduisit l'antiseptie dans la pratique médicale.
Références
(pour revenir au texte, cliquez sur les numéros)
(1) K. von REICHENBACH, " Sur la créosote ", Journal de Chimie Médicale, Pharmaceutique et Toxicologique, Abstract Schweigger Seidel, neuem Jahrbuch, VI & VII, 1833, vol. IX, pp. 617-620.
Les médecins français connaissaient bien les recherches que Reichenbach avaient menées sur l'eupione, la paraffine, le picamare et le pittakal.
(2) K. von REICHENBACH, " De la créosote et de ses propriétés thérapeutiques ", Bulletin général de Thérapeutique Médicale, 1833, vol. V, pp. 205-211.
(3) J. F. FRÉMANGER, Recherches et observations sur la créosote, Edition Verronnais, Metz, 1835. Voir aussi : FRÉMANGER, " Nouveaux faits relatifs à l'action de la créosote et à sa valeur thérapeutique ", Bulletin général de Thérapeutique Médicale, 1835, vol. VIII, pp. 268-270.

Hypolite

Message par Hypolite »

Une piste intéressante, mais je trouves curieux que, si la créosote existait déjà en 1821, personne n'en ai déposé le brevet avant 1832 ! :?

Albertuk

Message par Albertuk »

Le terme "créosote" fut bien inventé en 1832 et donc cela exclut qu'un texte de 1821 puisse l'utiliser. Ceci prouve que le journal de Noverraz a été soit retouché après 1840 ou alors est apocryphe. Son parcours est incertain car il semble avoir été découvert en 1850 en Irlande par un Justin McCarthy, journaliste qui deviendra célèbre mais qui aurait alors eu ~ 20 ans en 1850. Louche tout cela. Le suisse Henri Meyer de Stadelhofen qui a publié des extraits du livre de Noverraz a aussi été un journaliste et il semble assez branché sur les histoires mystérieuses et même les Martiens! (Voir sur Google). Bref, idéalement, il faudrait pouvoir voir ce manuscrit de Noverraz et vérifier son authenticité et ses retouches post-1840 éventuelles.
Toutefois, même si le terme créosote n'a existé que depuis 1832, les propriétés de certaines substances étaient connues depuis un certain temps. Par exemple, l'eau de Binelli fut composée à Turin en 1797 par ce docteur et "jouissait d'une grande vogue au commencement de ce siècle somme eau hémostatique". Selon le Dictionnaire Encyclopédique des Sciences Médicales de 1879 (dispo sur Gallica), cette substance était sans doute à base de créosote (sans le savoir, bien entendu). Les produits hémostatiques étaient connus des anatomistes pour leur permettre de conserver des pièces anatomiques. En plus, de Turin à Florence, et de Mascagni à Antommarchi, il n'y a qu'un pas... Pour donner une idée, le même dictionnaire indique (à la définition de "créosote") que, avec une solution de 1000 grammes d'eau et de 10 gouttes de créosote (version concentrée), "un cadavre ou une partie quelconque de cadavre se conserve longtemps avec toutes les propriétés physiques". Ici, on est donc proche des techniques de l'embaumement…
Notons au passage que la créosote était inconnue dans le charbon de bois ou le charbon (elle ne fut identifiée comme telle qu'en 1832) mais elle était néanmoins présente dans de mauvaises situations de combustion. Napoleon, à Ste Hélène, se plaignait souvent des mauvaises odeurs de la combustion du charbon et lui préférait le bois, mais celui ci était de plus en plus rare, donc forcément de plus en plus « vert » (on se servait où on pouvait) ou malpropre à la bonne combustion. C'est donc logique alors, dans une certaine mesure, que Napoléon ait souvent éprouvé des nausées, des douleurs de type hépatite (la créosote agit aussi comme le tanin de vin, à fortes doses), etc. symptômes bien décrits par ailleurs. Voire, elle est carrément cancérigène. Avec les feux de cheminée que l'Empereur demandait sans cesse, et avec du bois qui fumait mal (comme le disait des témoins, de mémoire) et une surdose de chaleur et d'humidité, cette créosote ne devait pas bien agir sur l'organisme de Napoléon. Fut elle une des causes de ses tourments de santé ? Peut être…
En mai 1821, Antommarchi avait voulu embaumer le corps de Napoléon. Cette opération ne lui fut pas possible. Mauvaise foi anglaise sans doute car il ne faut pas grand-chose pour le faire… Néanmoins, et à la barbe des Anglais, il a peut être utilisé des produits qu'il connaissait et dont il disposait de par ses sciences anatomiques (il était arrivé à Longwood avec des produits d'Europe et demandait souvent tel ou tel produit ou médicament aux médecins anglais depuis son arrivée de 1819). Donc, s'il avait voulu exécuter son désir de conserver au maximum Napoléon, peut être y a t'il réussi avec des moyens du bord et sans embaumement? Comment ? Pour embaumer, il faut grosso modo se débarrasser de tous les liquides du corps, ensuite dessécher le corps. Et, pour retarder la putréfaction au mieux, il faut utiliser des produits antiseptiques sur le corps. Bref, Antommarchi, avec les moyens du bord, peut il y arriver ? Tout d’abord, à minuit, on lave le corps avec de l’eau aromatique (Marchand pense que c’est de l’eau de cologne, mais Antommarchi aurait il ajouté quelque substance antiseptique ?). Enfin 20 heures après le décès, le docteur va peut être se faire aider par… l’autopsie. En effet, lors de l’autopsie, il ouvre tous les viscères qui sont censés recueillir des fluides et les en vide ; ses actions ont aussi pour effet de vider le corps de l’Empereur de son sang comme les témoins pourront le constater (et recueillir des morceaux de drap imbibés de ce sang). A la fin de l’autopsie, et avant de recoudre, il lave l’intérieur du corps… Pourquoi l’intérieur si ce n’est pour conserver les viscères un à un ? Marchand le précise encore une fois : « L’intérieur du corps fut essuyé [donc asséché] et lavé avec une liqueur aromatisée »… Liqueur veut dire un produit un peu plus visqueux qu’une simple eau de cologne. Quel était ce produit ? A mon avis, c’était une préparation d’Antommarchi, peut être de cette eau de Binelli que les anatomistes italiens de cette époque connaissaient bien et qui contient sans doute, sans qu’ils le sachent, de la créosote. Ensuite, Antommarchi lave l’extérieur du corps (sans doute avec la même matière aromatisée) avant que les serviteurs ne l’habillent. Ensuite, on retarde la mise en bière sous prétexte d’attendre pour le plâtre en vue de faire un moule… (Cette attente contredit Antommarchi lui-même qui affirmera dans son livre de 1822 que le masque fut fait avant l’autopsie… alors pourquoi attendre selon lui ?). Ce retard est nettement remarqué et agace les Anglais. Mais, ainsi, le corps vidé de ces liquides est laissé encore plusieurs heures dans la température chaude ambiante : le résultat en serait un début de dessiccation, due à la chaleur de l’air. Et, le clou final, on dispose le corps dans une boite de fer-blanc hermétique. Ce dernier procédé est la phase ultime de la méthode d’embaumement comme décrite dans le même dictionnaire cité plus haut. Bien entendu, Antommarchi n’a pas pu vraiment embaumer le corps mais, vu son intention initiale et sa connaissance de la conservation de pièces anatomiques, aurait il pu faire fi des obstacle anglais pour aider à cette conservation ?
Quel eut été le motif d’Antommarchi ? Craignant que le corps médical européen ne lui reproche son manque de rigueur dans le traitement de l’Empereur, il voulait sans doute garder les preuves anatomiques des maladies de l’Empereur. Il a dû alors utiliser les moyens du bord pour ce faire. Mais, quand il rentre en Europe, personne ne remet en cause la mort naturelle de Napoléon… alors ses efforts de conservation lui semblèrent avoir été inutiles en final, et il n’en parle donc pas dans son livre en 1822.
L’hypothèse peut tenir debout il me semble, et ça expliquerait la conservation observée en 1840 compte tenu que les conditions des procédés embaumement étaient presque réunies : vidage du corps de ses liquides, dessiccation à l’air chaud pendant des heures, et conservation dans une étuve de fer-blanc hermétique. Antommarchi était mauvais médecin mais était il bon anatomiste ?
A suivre donc.

GARCINION

Message par GARCINION »

Bonjour, en complément à l'intéressant apport de DominiqueT concernant certains emplois de la créosote, voici ce que le Grand Dictionnaire Universel Larousse du XIXème nous apprend.
Bien évidemment, l'intérêt se trouve dans le fait que cet ouvrage nous montre l'optique de l'homme du XIXème siècle vis à vis de ce produit.
Grand Dictionnaire Universel Larousse du XIXème, édition de 1867, tome 5:
Créosote: (du grec Kreas, chair; sôter, sauveur).
Substance liquide, incolore, caustique, que l’on extrait par distillation des goudrons, et qui a la propriété de conserver les viandes: Mise en contact avec la peau, la créosote détruit l’épiderme. La créosote est le principe conservateur par excellence des matières animales.
-Encycl. Ce que l’on connaît généralement sous le nom de créosote est de l’hydrate de phényle plus ou moins pur, mais la vraie créosote que Reichenbach a extraite du goudron de bois est un corps tout à fait distinct de l’alcool phénique. C’est á la créosote que plusieurs substances, telles que la suie, le vinaigre de bois impur, etc., doivent leur propriété d’arrêter la putréfaction des matières animales.

Plus loin:
Point IV. Usages:
La créosote est assez généralement employée dans la médecine contre la rage des dents; mais ce n’est pas là, à beaucoup près, son usage le plus important.
Cette substance, dissoute dans un liquide, met le bois à l’abri de l’attaque des insectes, des vers et des mollusques, en même temps qu’elle prévient le developpement de tous les champignons.

Il serait intéressant de trouver des textes ou des articles plus anciens et davantage spécifiques au précédent, qui nous confirme pourtant qu'aux bienfaits thérapeuthiques et anesthésiants de ce produit en matière dentaire, lui étaient préférées ses vertus antisceptiques et antimycotiques.
De tels textes pourraient aussi nos référer à des substances similaires ou équivalentes à la créosote, qui très certainement étaient connus et d'usage courant par les contemporains d'O'Meara et d'Antommarchi.
Cordialement,

Hypolite

Message par Hypolite »

Est ce que c'est le même principe dans le "fumage" des viandes et poissons :confus:
Je trouves étrange qu'Antommarchi n'est pas relaté cet embaumement, qui aurait été tout à son honneur et aurait démontré le respect qu'il portait à l'Impériale dépouille ! :?

Albertuk

Message par Albertuk »

Est ce que c'est le même principe dans le "fumage" des viandes et poissons ?
Oui. C'est la raison pour laquelle il n'est pas recommandé de manger trop de viande fumée ou de poisson fumé. Il parait que c'est aussi cancérigène... probablement à cause du manque de normes de fumage. Quoique... une régulation recente de l'UE interdit désormais l'usage de créosote.
Je trouve étrange qu'Antommarchi n'est pas relaté cet embaumement, qui aurait été tout à son honneur et aurait démontré le respect qu'il portait à l'Impériale dépouille !
Antommarchi était plus guidé par son désir d'avoir une preuve, si besoin s'en avérait, que tous ses soins auraient été inutiles contre la maladie de l'Empereur. Il ne peut pas pratiquer un embaumement proprement dit, mais il a pu utiliser des produits conservateurs anatomiques (eau de Binelli par exemple à base probable de créosote, sans que ceci soit su ainsi avant 1832) afin de faire au mieux. Mais, à son retour en Europe, il s'aperçoit que cette précaution, pour défendre sa réputation, fut inutile car personne ne remit en cause la mort de l'Empereur et les soins du docteur. Pourquoi alors en parler? Il risquait de voir s'attirer les foudres d'avoir ainsi "trafiqué" le corps de l'Empereur. Dans le doute, s'abstenir... non?

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