ÉCONOMIE : L'Industrie Française 1799/1815

Espace dédié aux discussions relatives au Consulat et au 1er Empire.

Modérateur : Général Colbert

O.Godeille

Message par O.Godeille »

Bonjour Yannick,

j'ai sans doute forcer le trait, mais qualifier la France d' "agraire", au sens où la Russie ou la Hongrie pouvait l'être, me parait impropre : s'il y a eu conflit entre la France et l'Angleterre, c'est bien aussi parce qu'il y avait rivalité commerciale entre ces deux nations.

- Les chercheurs français (notamment en chimie, médecine, zoologie, mathématique, astronomie...) étaient au moins les égaux de leurs interlocuteurs anglais, allemands, italiens, avec lesquels ils ne cessaient d'échanger.

- L'investissement était certainement très en-dessous des réalisations anglaises, il a cependant des améliorations significatives à son actif (routes, canaux) en partie par le volontarisme de l'Etat - une notion très décriée outre-manche, mais acceptée en Allemagne et Scandinavie.

- Dans le domaine de l'innovation technique, l'avance anglaise était criante sous Napoléon en métallurgie et en construction navale (l'industrie textile commençait seulement à se développer), elle sera rattrapée vers 1850 (frégate cuirassé Gloire).

L'avance anglaise ne condamnait pas la France à être vaincue économiquement, car celle-ci disposait de richesses naturelles et d'une population plus importante, et avait développé une classe bourgeoise dynamique (assez pour faire une Révolution :) ). Tout au long du 19e siècle, la Grande-Bretagne sera deux fois plus riche par habitant que la France; mais bien moins peuplée.
La grande erreur de Napoléon est de ne pas avoir renforcé cet atout en l'étendant au régions développées allemandes et italiennes.

Et pour finir, à l'époque qui nous intéresse, l'avance économique anglaise ne donnait aucun avantage marquant à ses militaires : la différence de coût des uniformes, ou de qualité des aciers, n'a pas créé le type de différence qui séparera au 19e siècle les puissances occidentales des autres états du monde. Et les navires anglais dominaient le monde "partout où une planche peut flotter", mais nulle part au-delà.

Cordialement,

Olivier :salut:

yannick06

Message par yannick06 »

Je vous rejoins tout à fait sur ces points.

L'avance économique anglaise a eu des répercussions militaires:

incapacité de battre les anglais en mer+trésorier de l'Europe => Blocus continent=> besoin de le défendre=> guerre d'Espagne => campagne de Russie=> effondrement de l'Empire.

Cet argument est simpliste mais il prouve que la force économique anglaise a eu un impact majeur.

Bien à vous,

Yannick Augrandenis

O.Godeille

Message par O.Godeille »

Bonjour Yannick,

ce schéma est effectivement le plus communément admis de nos jour, et celui pour lequel milite l'historiographie anglaise.

Mais je trouve qu'il fait la part trop belle au rôle de l'Angleterre, qui est le pays qui s'est le moins impliqué physiquement dans la lutte contre Napoléon.

D'autre schémas sont possibles, qui me paraissent mieux correspondre à la réalité (peut-être par chauvinisme? C'est dur de voire traiter un grand homme d'arriéré économique, surtout quand les critiques à l'encontre de Napoléon ressemblent fortement à celles dirigées actuellement contre les social-démocraties française, allemande ou scandinaves).

Pour l'Espagne :

Déclaration menaçante de Godoy en pleine guerre de Prusse (1806)
+ inefficacité de l'Espagne contre le Portugal (1801) ,dans la lutte maritime (1805) et passivité lors de l'invasion du Portugal (1808)
+ subsides des Bourbons d'Espagne, dernière branche régnante en Europe Continentale, à Louis XVIII en exil en Angleterre
+ volonté de fiabiliser et de fortifier l'Espagne en lui imposant le modèle social et économique français, y compris la personification du pouvoir dans un Bonapartide
... et pas d'infraction au Blocus continental : l'Espagne ne veut pas du commerce anglais, elle a ses propres produits coloniaux, et veut maintenir son monopole sur le commerce d'Amérique Latine (affaire des frégates de l'or en 1803, attaque de Buenos-Aires en 1806)

=> invasion de l'Espagne

Pour la Russie :

Menace représentée par le modèle français pour l'aristocratie des pays de servage (Russie, Pologne, Hongrie)
+ Impossibilité de concilier la monarchie de droit divin russe et la monarchie nationale française (illustrée par l'échec du mariage de Napoléon à la soeur du tsar, et après 1812 par la "mission divine" qui incite Alexandre à poursuivre la lutte jusqu'à Paris)
+ résurrection (1807) et agrandissement (1809) de la Pologne et accession d'un général français au trône de Suède qui remettent en cause le principe des conquêtes de l'empire russe en Lithuanie et en Finlande
+ alliance matrimoniale de la France avec l'Autriche, rivale de la Russie dans les Balkans
+ nécessité de vendre les matières premières russes au plus haut prix pour financer la modernisation du pays, la guerre contre la Turquie et une armée de taille à résister seule à l'Empire français.

=> volonté de rupture de la part du tsar pour des raisons plus politiques qu'économiques. Elle est obtenue spectaculairement par une infraction massive au blocus continental.

Dans les deux cas Napoléon met en avant l'or anglais et le non-respect du blocus continental pour justifier une agression dont les autres causes ne sont recevables ni pour les pays tiers ni pour les soldats qu'il mobilise. Et l’Empereur était un chef d’état et d’armée attentif à obtenir l’adhésion de ses hommes aux guerres qu’il engageait.

L'erreur de Napoléon a été de vouloir exporter l'état français, par la force, au lieu de créer un espace économique continental franco-italo-allemand qui aurait pu faire pièce au commerce anglais; mais cette idée-là, étrangère à l’Angleterre, ne germera réellement sur le continent qu'un demi-siècle plus tard (Union Latine, Zollverein,...)... voir 150 ans plus tard (CECA franco-italo-allemande).

Cordialement, :salut:

Olivier

Duc d'Elchingen

Message par Duc d'Elchingen »

quelles ont été les methodes economiques de napoleon ,colbertiste ou liberales ? voire pré -keynesienne ?

O.Godeille

Message par O.Godeille »

Bonjour,

je dirais colbertiste : politique de grands travaux et de commandes d'Etat + protectionnisme douanier pour "cumuler" le numéraire au lieu de le faire circuler.

Cordialement, :salut:

Olivier

yannick06

Message par yannick06 »

Merci O.Godeille pour ce débat passionnant. J'admets être très critique sur le modèle économique soutenu par l'Empereur. N'oublions pas qu'il a redressé les finances publiques après un Directoire gourmand, etc...

D'une certaine manière il est l'inventeur du New Deal de Roosvelt...

Rassurez-vous j'ai une profonde admiration pour Napoléon mais je reconnais que l'économie fut son point faible :)

Bien à vous,

Yannick Augrandenis

O.Godeille

Message par O.Godeille »

Sur ce point nous sommes d'accord.

Merci à vous.

Olivier. :salut:

Duc d'Elchingen

Message par Duc d'Elchingen »

pourquoi dite vous que napoleon est un monetariste et en quoi consiste ce courant ? et qui en est le fondateur ?

si je puis me permettre .

O.Godeille

Message par O.Godeille »

Bonsoir cher duc,

j'écris décidément trop vite : veuillez remplacer monétariste par mercantiliste. :Ane:

http://fr.wikipedia.org/wiki/Mercantilisme

Les points essentiels sont que Napoléon croyait en la nécessité d'une monnaie stable, de comptes équilibrés, dans le rôle d'une politique de grands travaux, et (malheureusement) dans le protectionnisme douanier.

Au point qu'il crut capter la richesse de l'Angleterre en 1810 en lui vendant du blé en pleine disette.

Salutation, :salut:

Olivier

Duc d'Elchingen

Message par Duc d'Elchingen »

merci pour ces informations ,mais pourquoi dite vous qu' exporter du blé en angleterre fut une erreur ?

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