Joseph Fouché

Espace dédié aux discussions relatives au Consulat et au 1er Empire.

Modérateur : Général Colbert

WAGRAM

Ministres : Joseph Fouché

Message par WAGRAM » 04 nov. 2003, 15:56

Joseph Fouché est né à la Martinière près de Nantes en 1759, fils d’un capitaine de marine marchande. Au départ il envisage de suivre les traces de son père mais très vite il intègre le séminaire de l’oratoire de Nantes. En 1782 nous le retrouvons professeur de sciences au collège de Niort , il enseignera successivement à Juilly et Arras, durant ces années il va faire la connaissance de Maximilien Robespierre.
Elu 10 ans plus tard député de la convention et membre du comité d’instruction publique, le voilà également marié.

Lors de son retour à Paris, il assiste au procès de Louis XVI, il vote la mort sans appel.
Ardent propagandiste de l’esprit révolutionnaire lors de ses missions à Troyes, Dijon, il organise ensuite la garde nationale de Nantes et recrute des volontaires contre le soulèvement Vendéen. Il vota de lourds impôts à l’encontre des riches et se jura de déchristianiser le plus possible, ceci rejoint bien sa pensée comme il la publia dans son œuvre : « Réflexion sur l’éducation physique » ou il souhaitait diminuer fortement l’influence de la religion sur l’enseignement au profit de la laïcité et la gratuité.

« Le massacreur de Lyon »,
Terrible épisode que celui-ci dans la vie de Fouché, c’est à Lyon en 1793 ou il est envoyé avec Collet d’Herbois, la repression qu’il y mène à l’encontre des ennemis de la justice est impitoyable, on dénombre au bas mots 1500 morts.
Voici ce qu’il déclare dans une lettre à la convention datée du 6 décembre :

« Il faut que tous les alliés que les ennemis de la République avaient à commune affranchie tombent sous les foudres de la justice, il faut que tous les cadavres ensanglantés, précipités dans le Rhône, offrent sur les deux rivages, à son embouchure, sous les murailles de l’infâme Toulon, l’impression de l’épouvante et l’image de la toute puissance du peuple Français »…Il est de notoriété publique que Fouché est Hébertiste
Mais son action à Nevers est condamné par les Jacobins et surtout par « l’incorruptible » Robespierre. Il participera d’ailleurs à la chute de ce dernier le 9 thermidor.

Thermidorien, cet homme que seul le goût du pouvoir fait avancer, ne va pas le rester longtemps il s’en détourne et se rapproche de Baboeuf.
Poursuivi suite à l’insurrection du 1er Germinal an III, il est finalement amnistié.
Fouché poursuit sa quète du pouvoir auprès de Barras, il est d’ailleurs nommé ministre de la police le 18 juin 1799. Malgré cela il ne défend aucunement le Directoire contre le coup d’état du 18 Brumaire. Fouché entre dans l’ère du Consulat et de Bonaparte.

Lors de la prise de pouvoir des 3 Consuls, Fouché est maintenu à son poste, là débute ses grands réseaux d’espionnage.
Il illustre sa valeur de ministre de la police en prouvant que la machine infernale en 1800, cet attentat contre le 1er Consul fut l’œuvre des Royalistes contrairement aux dires de Bonaparte.
La carrière de Fouché en tant que ministre aurait pu s’achever définitivement car le voici destitué de son poste en raison de son hostilité au Consulat à vie. Toujours acteur de la scène politique comme sénateur, il renseigne étroitement le pouvoir malgré tout.

Il faut attendre 1804 pour que son ministère lui soit rendu, son poste il va l’occuper jusqu’en 1810 ou Napoléon va une nouvelle fois le mettre à la porte excédé par ces intrigues, son double jeu permanent qu’il porte même au rang de l’art ne l’empêche pas de devenir Comte d’Empire en 1808, Duc d’Otrante en 1809, Napoléon le couvre de gloire sans être dupe de ses intrigues, Fouché « l’homme le mieux renseigné de France », le maître de l’Europe le sait et le préfère dans son camps même en apparence que contre.
Fouché préfigure l’avénement de la police moderne, il excelle dans l’art des complots, des surveillances, il sait tout, voit tout. Il a crée la police Impériale avec talent, il faut le reconnaître , mais également au prix d’actes de torture et de pot de vins nombreux, Fouché sait être là ou il faut au moment ou il faut, il sait se faire craindre, car il sait qu’il est indispensable ou presque. Fouché est un homme d’envergure et désormais très riche.

Nous le retrouvons gouverneur des provinces Illyriennes en 1813, mais les choses se gâtent en cette année 1813, la France est tenue en échec lors de la bataille de Leipzig, Fouché sait que la chute de son maître est proche, cette chute qu’il a souhaité tout comme le prince de Bénevent.
1814, il œuvre sans relachement à la chute de Napoléon, obnubilé à l’idée de se réserver une place au sein des futurs décideurs de cette France qui décidément ne se trouve pas.
Lors des 100 jours Fouché va œuvrer comme jamais, il complote contre tous à son seul profit, se servant des uns contre les autres et se retournant contre les premiers le moment venu.
Fouché ne veut pas plus des Bourbons qu’il ne veut de Napoléon, Thiers nous résume cela en une phrase : « les Bourbons n’étaient pas sa préférence mais sa prévision ».
Durant tout le bras de fer du Napoléon libéral face aux opposants de tout bord, ultra, royaliste, libéraux, excepté Benjamin Constant, et surtout face à la coalition et ses énormes moyens humains, Fouché a une rôle charnière .

Voici résumé par Guizot dans ses mémoires le vrai rôle de Fouché :
« Sous le coup de la nécessité et au milieu de l’impuissance générale, il se rencontre toujours des esprits corrompus, sagaces et hardis, qui démèle ce qui doit arriver, ce qui peut se tenter et se font les instruments d’un triomphe qui ne leur appartient pas naturellement, mais dont ils réussissent à se donner les airs pour s’en approprier les fruits. Le Duc d’Otrante fut, dans les cents jours, cet homme-là : révolutionnaire devenu grand seigneur et voulant se faire sacrer, sous ce double caractère, par l’ancienne royauté Française, il déploya, à la poursuite de son but, tout le savoir faire et toute l’audace d’un roué plus prévoyant et plus censé que ses pareils. Peut être aussi, car la justice doit avoir ses scrupules, même envers les hommes qui n’en ont point, peut être le désir d’épargner son pays des violences et des souffrances inutiles, ne fût-il pas étranger à cette série de trahisons et de volte-face imperturbables à l’aide desquelles, trompant et jouant tour à tour Napoléon, la Fayette et Carnot, l’Empire, la République et la Convention régicide, Fouché gagna le temps dont il avait besoin pour s’ouvrir à lui-même les portes du cabinet du roi, en ouvrant au roi celles de Paris »

Le 9 juillet 1815 il est ministre du roi Louis XVIII , le roi convaincu par son entourage de la nécessité d’une extrème sévérité à l’encontre des Bonapartistes met le Duc d’Otrante à l’œuvre.
Celui-ci va publier 2 ordonnances de proscription dès le 24 juillet, la première contre 19 militaires convoqués devant le conseil de guerre ; la seconde dirigée contre 38 civils.
Fouché veut par là « ôter tout prétexte aux fureurs réactionnaires de se faire justice elles-mêmes »…
Les nouveaux boucs émissaires sont notamment Maret, Boulay, Regnault, Lavalette, Savary, Réal, Barère, et Thibaudeau. Seuls Joseph Bonaparte, Molé, Cambacéres et même Benjamin Constant ne sont pas sur les listes.

Le gouvernement ultra institue la « terreur blanche », La Bedoyère, les jumeaux Faucher, le Maréchal Ney en sont les victimes, les plus connues…
Dès le début de l’année 1816 une ordonnance frappe les régicides, Fouché est touché et doit s’exiler, il meurt très riche à Trieste en décembre 1820.

Fouché, homme politique habile, homme de l’ombre, comploteur, manipulateur, génie de la trahison, « traître par nature et non pas par intention », il possédait en toutes circonstances un sang froid désarmant, lors d’une entrevue avec Napoléon quand celui-ci lui demande : « vous avez été prêtre » ? il répond : « oui sire », « et vous avez voté la mort du roi » ? et Fouché de répondre : » C’est le premier service que j’ai rendu à votre Majesté »…

Sources : « les cents jours ou l’esprit du sacrifice », Dominique de Villepin
Recueil de mémoires diverses
Internet
Culture perso

lukian54

Ministres : Joseph Fouché

Message par lukian54 » 04 nov. 2003, 19:52

:salut:
Cher Wagram.
Bravo pour ce brillant exposé.
Dans le livre de D de Villepain, on sent que le ministre n'aimait pas trop cet autre ministre.
Dans les "Cent Jours" cités, il y a plus de notes que de texte !! C'est un peu comme si l'auteur s'adressait uniquement à des gens ignorant tout de l'Empire.
A bientôt.

François

Re: Joseph Fouché

Message par François » 06 nov. 2003, 20:57

Juste un mot pour compléter le récit de Wagram sur un sujet sensible pour l'ancien compagnon de Gracchus Babeuf : Fouché était devenu sous l'Empire la première fortune de France , sans doute plus élevée que celle de Talleyrand qui se faisait payer par les puissances étrangères les traités conclus par la France ( la vente de la Louisiane notamment lui rapporta beaucoup...)
Pour Fouché , c'était le système mafieux de la police impériale fondée sur les rackets et les délits d'initiés.
Quand le baron Pasquier , girouette honnête , prit le ministère de la police en 1814 , il eut la surprise de se faire proposer une rente de 3000 francs par jour par les fermiers des jeux : on lui expliqua que c'était le montant du rackett versé à Fouché et à Savary.
Par ailleurs , Fouché a gagné des fortunes en bourse en étant le premier informé des victoires de Napoléon : il jouait sur les valeurs favorisées par les victoires qu'on apprenait ainsi par les coups de bourse de M . le duc d'Otrante , avant même que fussent poussés les cocoricos impériaux...

Le décret que Fouché fut chargé d'appliquer à Lyon portait ( notamment ) : "La ville de Lyon sera détruite : tout ce qui y fut habité par les riches sera démoli..."




Route Napoleon

Re: Joseph Fouché

Message par Route Napoleon » 06 nov. 2003, 21:35

Et pour compléter le récit de WAGRAM, on peut ajouter que le régicide Fouché fut exilé par Louis XVIII, lui- meme régicide à en croire sa belle-soeur Marie-Antoinette qui le traitait de Caïn...
Savez-vous que Louis XVIII, par la conspiration du marquis de Favras, voulait enlever Louis XVI et le forcer à abdiquer, et avec 30.000 hommes se rendre maitre de Paris...
Le pauvre marquis de Favras a été pendu au Chatelet, sans que Monsieur le défende...
Ah ! ces Bourbons ! quelle famille de crétins ! comme disait le duc de Raguse qui s' y connaissait...

voltigeur54

Re: Joseph Fouché

Message par voltigeur54 » 07 nov. 2003, 09:37

:salut: Ma modeste et apaisante contribution.. Albert Sorel décrit Fouché.(Rapporté par Lachouque, dans les derniers jours de l'Empire p.114). "Naturellement faux, perfide par temperament, dépourvu même de ces scrupules d'amitié privée qui atténuèrent les trahisons publiques de ses congénères; impudent dans le mensonge, effronté dans la défection...;superficiel dans le jugement des affaires, profond dans les intrigues, léger et brillant dans les propos; mettant son art à jouer les passions, des vices, surtout de la bêtise des hommes; gardant jusque dans la peur les dehors du sang-froid; plus audacieux dans la conception que dans l'entreprise; aiguisé dans les crises et comme éxalté dès qu'il flairait le complot; inférieur au contraire à lui même déprimé et comme inerte dans le gouvernement régulier, il lui fallut toujours, pour s'animer, l'air de la Révolution.C'était son atmosphère."Et si un jour cher Wagram, on mettait côte à côte Talleyrand et Fouché? :fou:

voltigeur54

Re: Joseph Fouché

Message par voltigeur54 » 07 nov. 2003, 17:28

:salut:Parmi un lot de mots entre les deux hommes,à la seconde Restauration:Fouché établit une liste de 110 noms de proscrits à arrêter.Cette liste est réduite à 57(19+38).Talleyrand commente"il y a une justice à rendre à M.le duc d'Otrante, c'est qu'il n'a oublié aucun de ses amis sur la liste.-"Fouché s'en excuse:"Comment voulez-vous que je fasse? On veut des noms.Ils pleuvent des gouttières des Tuileries.M.de Vitrolles est là qui les ramasse à pleines corbeilles, il me les apporte.Il faut bien que j'en donne!"-Son ami l'académicien Arnaud tombe des nues en se voyant sur la liste.-"Mais pourquoi?"demande t il à Fouché?"Question d'alphabet, "répond ce dernier.C'est la faute de votre initiale A. Il faut des noms..."Carnot la Victoire, lui aussi proscrit écrit à Fouché:"-Où veux-tu que j'aille , Traître?"- Où tu voudras , imbécile..."

François

Re: Joseph Fouché

Message par François » 07 nov. 2003, 20:20

N'y aura-t-il donc pas un coeur sensible pour s'apitoyer sur le Fouché banni de 1820 , rongé par la maladie à Trieste où Metternich a permis qu'il se retire , et où on voit traîner dans les églises , agenouillé et recueilli , le "bourreau de Lyon" , qui coiffait un âne d'une mitre d'évêque et accrochait à sa queue calices et ciboires , entre deux fusillades ...
Pour attendrir les coeurs les plus endurcis , je livre cette petite citation tirée de Stefan Zweig , décrivant un Fouché pitoyable accompagnant au bal sa jeune épouse qui le c...sans vergogne :
"Il se tenait seul près du poêle et il regardait danser...celui qui fut autrefois le tout-puissant ministre de l'Empire français , qui maintenant était là si isolé , si délaissé , et qui paraissait si heureux lorsqu'un fonctionnaire quelconque engageait avec lui une conversation..."

Le jugement des hommes est définitif , mais qui sait si la Miséricorde Infinie.....

Sébastien D.

Re: Joseph Fouché

Message par Sébastien D. » 07 nov. 2003, 20:33

C'est étrange, François, mais j'ai eu ce même sentiment que vous de pitié pour cet homme lorsque s'achevait sa vie sous la plume de Zweig. Cet homme reste pour moi un homme qu'il eut fallu pendre, comme l'eut dit l'Empereur, mais qui eut pu penser que le Sort eut laissé sur la tête de cet homme, de mille façons haissable, une lueur attendrissante...

Joker

Re: Joseph Fouché

Message par Joker » 07 nov. 2003, 23:37

J'avoue éprouver quelques difficultés à m'apitoyer sur le sort d'un être aussi cynique et opportuniste que le fut Fouché lorsqu'il fréquentait les allées du pouvoir.
En outre, étant décédé en laissant 14 millions derrière lui, laisse supposer qu'il n'était pas aussi à plaindre que cela... :evil:

voltigeur54

Re: Joseph Fouché

Message par voltigeur54 » 08 nov. 2003, 12:02

:salut: C'est vrai un peu , Sébastien et François, que Fouché eut une fin pitoyable, c'est vrai aussi que Sorel est un peu injuste quand il trouve Fouché peu efficace dans la riposte immédiate, il a des actions efficaces et loyales( face au débarquement dans les Flandres....).L'indolent et silencieux Talleyrand,"l'homme des fidélités successives" suivant l'action, s'épargna une fin moins difficile, sinon plus glorieuse....Marmont après ses 22 ans d'exil , trainait toujours sa ragusade, dans les mêmes lieux.... :oops:

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