Djazzar Pacha, un grand saigneur

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Modérateur : Général Colbert

Route Napoleon

Djazzar Pacha, un grand saigneur

Message par Route Napoleon »

Djazzar Pacha ( Ahmead ) - 1735-1804 - pacha de Saint Jean d' Acre -
Surnommé " le boucher " ( al Djazzar ) à cause de ses crimes. Né en Bosnie vers 1735, dépourvu de resssources, il se vend très jeune à un marchand d' esclaves qui le conduit en Egypte où il est acheté par Ali bey. Intégré au système mamelouk local, il sert durant plusieurs années les ambitions de son maitre. Mais en 1768, dangereusement compromis dans les intrigues politiques des mamelouks, il se retire à Constantinople, puis passe en Syrie. Là il parvient en peu de temps à asseoir son autorité sur la région d' Acre dont il devient gouverneur en 1775.
Dix ans plus tard, il obtient le pachalik de Damas. La puissance qu' il acquiert s' explique par son constant loyalisme envers la Porte, qui le conduit à défendre Beyrouth lors de la guerre Russo-Turque ( 1772-1773), à trahir ses anciens bienfaiteurs Yusuf et Dahir, puis à mener une politique de répression à l' égard des chefs tribaux ( maronites, druzes du Mont-Liban, bédouins). Surtout, il établit un monopole personnel sur le commerce du coton et des céréales, impose lourdement les transactions sur la soie et détourne à son profit les bénéfices de l' activité commerciale des ports. Il s' appuie enfin sur la population musulmane sunnites des villes et n' hésite pas à excercer de terribles vexations à l' encontre de la bourgoisie chrétienne locale et des négociants européens.
Lorsque les Français envahissent l' Egypte, toute la Syrie méridionale est placée sous son controle politique et militaire. Bien que cette prépondérance inquiète fortement la Porte, il est nommé Pacha d' Egypte ( décembre 1798 ) et se distingue en défendant avec tenacité la place d' Acre assiégée par Bonaparte ( 19 mars-21 mai 1799 ). Peu avant sa mort, survenue en 1804, il reçoit le colonel Sébastiani, alors chargé d' une mission politique en Orient. Dans l' ensemble, ce fut une étrange personnalité dont on rapporte plusieurs traits de cruauté et qui, sa vie durant, se consacra à la cuase ottomane.
Amaury Faivre d' Arcier - Dictionnaire Jean Tulard - Fayard -

lukian54

Message par lukian54 »

Cher Jacques .
Ce pacha, c'est bien celui qui se distinguait par sa cruauté ?

Tibule

Message par Tibule »

Oui,c'est bien lui.D'ailleurs,je viens de finir le Bonaparte en Egypte de Benoist-Méchin dans lequel sa cruauté est évoquée:Bonaparte lui écrit une lettre le 29 brumaire.Résultat:il fait couper la tête au porteur :surpris: .Toute la Syrie était d'ailleurs terrorisée par ce sinistre personnage :? .

Drouet Cyril

Message par Drouet Cyril »

Bonsoir,

Djazzar Pacha (Jazzar, Ahmed Djezzar, ou Ahmad Pacha al-Jazzar) était un chef dont la cruauté était célèbre pour tous les habitants de ses pachaliks.

Bonaparte s’en aperçut assez rapidement.
En septembre 1798, lors d’une tentative de négociation, Djazzar fit exécuter les deux commerçants chrétiens accompagnant l’envoyé français. Il réitéra son acte lors de la campagne de Syrie contre, cette fois, le nouvel émissaire : Mailly de Châteaurenaud.

Salutations respectueuses.

lukian54

Message par lukian54 »

Merci pour toutes ces précisions.
Je me souvenais simplement que c'était un triste personnage qui coupait les têtes avec facilité.

Duc de Reichstadt

Message par Duc de Reichstadt »

:salut: "il se vend très jeune à un marchand d' esclaves qui le conduit en Egypte où il est acheté par Ali bey"

Je n'ai pas résisté :mrgreen: car en général on préfère payer pour recouvrer sa liberté.
Je ne suis point étonné de la cruauté du personnage que vous nous décrivez! :mrgreen:

Drouet Cyril

Message par Drouet Cyril »

On a dit bien des choses (toutes sont-elles vraies ?) sur Djezzar.
Lockroy dans « Ahmed le Boucher » rapporte ceci :

« Poursuivi par cette idée qu’on riait de lui, en dessous, il voulut se venger de tout le monde et sa cruauté s’aiguisa en monomanie. Jusqu’alors il avait tué ; il se mit à mutiler systématiquement ses sujets. Peut-être avait-il la pensée qu’ils le savaient ridicule (1) et voulait-il les punir en les rendant, physiquement au moins, plus ridicules que lui. Ces mutilations, il se mit à les pratiquer au hasard, sans raison ni motif, avec une sorte de férocité inconsciente et d’ironie…
Djezzar faisait un jour ramasser, par ses Maugrabins, tout ce qui se trouvait de passant dans la rue ; on les amenait au sérail et on les empilait en tas, tous mélés, juifs, chrétiens, druzes, musulmans, Grecs, Mutualis, les uns à droite, les autres à gauche, dans la cour.
-Faites déjeuner ceux qui sont à gauche, disait le pacha, et coupez le nez à ceux qui sont à droite.
On préparait un repas, on mutilait les autres et tout était dit.
Djezzar sortait. Un homme le regardait. Djezzar allait à lui et lui crevait un œil. Djezzar parlait haut à ses amis en se promenant. Un homme paraissait écouter. Djezzar allait à lui et lui arrachait l’oreille…
C’était sur les nez, surtout, qu’il exerçait. Il trancha lui-même celui de son vieux trésorier Mahlem.
-Ma foi, lui dit-il le lendemain, si j’avais su te rendre aussi laid, je t’aurais laissé ton nez.
Les anecdotes abondent sur les cruautés de Djezzar. Elles se ressemblent toutes. Toujours elles finissent par une mutilation bizarre. »

(1) La favorite de son harem s’était, en effet, donné à un mamelouk. Djezzar aurait alors fait noyer toutes ses femmes et aurait éventré lui-même la fautive.

Drouet Cyril

Message par Drouet Cyril »

Bonjour,

J’avais évoqué la vengeance de Djezzar suite à son cocuage. Voici ce que rapporte Emile Lockroy à ce sujet :

« Il fit signe qu’on mît à part la Circassienne, qui suivie, hébétée, Mahlem dans une pièce à côté. Pour les autres [femmes de son harem], il montra la mer… On confectionna aussitôt de gros sacs de cuir. Dans chaque sac, on mettait un serpent venimeux et un chat ; puis, après le serpent et le chat, une femme, après quoi on recousait le sac. Quand toutes les femmes de Djezzar furent ainsi emprisonnées, une felouque les emporta au large et on les jeta à la mer.
Le lendemain, Djezzar, armé, se rendit dans la chambre où l’on avait cadenassé la Circassienne. C’était une grosse femme, comme celle qu’on achète ordinairement pour les harems. Djezzar lui fit signe de se déshabiller, et elle obéit machinalement, debout au milieu de la pièce, droite comme une statue et sans trembler, du moins au dire de Mahlem qui, intrigué, craignant que le pacha ne se tuât, regardait toute cette scène par le trou de la serrure. Dès qu’elle fut dévêtue, Djezzar avec son sabre lui coupa successivement les deux seins, et, voyant qu’elle courrait affolée à droite et à gauche, il lui ouvrit le ventre avec son Kandjar. Elle tomba. Djezzar, jusque là, muet, retrouva la voix. Il élargit la blessure avec ses mains en poussant des hurlements, arracha du corps les entrailles et les jeta furieusement au plafond et conte les murs. Ce paroxysme de rage ne pouvait durer : il roula la face contre terre. Mahlem entra et le trouva évanoui. »


Le comte de Volney, moins friand d’anecdotes aussi morbides, nous restitue, dans son « Voyage en Syrie et en Egypte », la manière dont le dit personnage entretenait la terreur et faisait rendre la justice :

« Le pacha est chef de toute la police de son gouvernement ; et sous ce titre, il faut comprendre aussi la justice criminelle. Il a le droit le plus absolu de vie et de mort ; il l’exerce sans formalité, sans appel. Partout où il rencontre un délit, il fait saisir le coupable ; et les bourreaux qui l’accompagnent l’étranglent ou lui coupent la tête sur-le-champ ; quelquefois il ne dédaigne pas de remplir leur office. Trois jours avant mon arrivée à Sour, Djezzâr avait éventré un maçon d’un coup de hache. Souvent le pacha rôde déguisé ; et malheur à quiconque est surpris en faute ! Comme il ne peut remplir cet emploi dans tous les lieux, il commet à sa place un officier que l’on appelle l'ouâli ; cet ouâli remplit les fonctions de nos officiers de guet ; comme eux, il rôde nuit et jour ; il veille aux séditions, il arrête les voleurs ; comme le pacha, il juge et condamne sans appel : le coupable baisse le cou ; le bourreau frappe ; la tête tombe, et l’on emporte le corps dans un sac de cuir. Cet officier a une foule d’espions qui sont presque tous des filous au moyen desquels il sait tout ce qui se passe. »

Salutations respectueuses.

WAGRAM

Message par WAGRAM »

Il me semble avoir lu que dans cette fameuse si insaisissable forteresse pour les troupes Françaises, les murs renfermaient des cranes...
Quelqu'un peut il confirmer ou infirmer?

Drouet Cyril

Message par Drouet Cyril »

C’est le baron de Tott qui rapporte effectivement de pareils faits, non pour Acre mais pour Beyrouth :

« Il fit murer quantité de personnes du rite grec lorsque, pour défendre Beyrouth contre l’invasion des Russes, il en fit reconstruire l’enceinte. On voit encore les têtes de ces malheureuses victimes, que le Boucher avait laissées à découvert afin de mieux jouir de leurs tourments. »