Généraux : Junot

Espace dédié aux discussions relatives au Consulat et au 1er Empire.

Modérateur : Général Colbert

Jourdan

Re: Généraux : Junot

Message par Jourdan » 18 juin 2003, 23:47

Parlant de folie, cela me fait penser à un point qui à mon avis n'est pas assez souvent souligné, quand on évoque cette époque.
Celui de la folie ambiante. Dans le bon sens terme. 1789-1815 fut une période où rien n'était raisonnable.
Par exemple :
- la loi des suspects (pure folie),
- l'âge des gouvernants (cf. Danton, Robespierre, Saint-Just, Bonaparte prenant le pouvoir suprême à 30 ans, l'ambassadeur d'une super-puissance chez une autre super-puissance âgé de 35 ans (Metternich à Paris, Lucien Bonaparte (à MAdrid, c'est ça?)));
- bouleversement complet (en apparence du moins) des normes sociales;
- folie que d'imaginer pouvoir supprimer la religion d'un trait de plume.
Chez Napoléon, cette part de folie (mégalomanie, volonté sans limite, imagination débridée et toujours à la limite de la santé) qui est liée au génie :
- avant tout, se prendre pour Napoléon ! (on dit souvent que Napoléon fut le premier à se prendre pour Napoléon)
- prétendre régir l'Europe,
- prétendre créer une noblesse d'un trait de plume,
- faire la guerre à l'autre bout du continent, pour ainsi dire du monde à l'époque, qui plus est en Pologne en plein hiver,
- etc. (j'ai la tête un peu vide, ce soir, comme souvent le soir, d'ailleurs, mais là n'est pas la question).
Comme l'on dit, la réalité dépasse la fiction.
Aucun romancier n'aurait osé imaginer de telles situations, personne n'y croirait !
Comme on dit vulgairement, "c'est dingue" !
Et m'est avis aussi que le Français de 1800 devait vivre une vie que personne, en 2003, ne peut comprendre. Tous peuvent l'analyser, mais cela ne remplace pas du vécu.
Incompréhensible. Inimaginable

Peyrusse

Junot le perturbé...

Message par Peyrusse » 07 nov. 2017, 20:43

J'ai découvert il y a peu de temps cet article intéressant au sujet du duc d'Abrantès.
------------------
Il est dû au professeur de médecine Jacques Poulet et a été publié en 1972 dans la « Revue de l’Institut Napoléon », sous le titre : « La mort de Junot » .

On sait que Junot est mort fou « mutilé de ses propres mains », selon Napoléon, en juillet 1813 à Montbard, chez son père, où il avait été ramené d’urgence de son gouvernorat des Provinces Illyriennes. Son aliénation fut d’abord rapportée par son épouse la duchesse d’Abrantès aux nombreuses blessures qu’il avait reçues à la tête. Il avait en en effet été blessé vingt-sept fois, la plupart du temps à la face et au crâne, et l’une de ces blessures laissait voir les battements du cerveau. D’autres contemporains ont incriminé les excès de toutes sortes, les fatigues, les privations, les épreuves de la retraite de Russie, la chaleur d’Illyrie. Nous savons aujourd’hui qu’aucune de ces causes invoquées ne peut être à l’origine d’une aliénation quelconque et que celle-ci relève toujours d’états psycho-pathologiques particuliers. Il semble bien que les troubles psychiques de Junot puissent être étudiés sous deux aspects différents : d’une part, le comportement qu’il eut toute sa vie, ou au moins, jusqu’à la campagne de Russie, d’autre part son aliénation terminale qui semble s’être annoncée vers 1812 pour se terminer par le drame de Montbard. Pour comprendre la constitution pyscho-pathologique de Junot, il importe de rappeler quelques traits de sa personnalité. Toute sa vie Junot fut un exalté. Cette exaltation caractérise ce que les médecins appellent l’état hypomaniaque. Pour les psychiatres, la manie est une entité clinique spéciale et autonome, un syndrome général d’excitation psychomotrice de nature souvent essentielle et constitutionnelle. L’état hypomaniaque est caractérisé par une humeur fondamentale enjouée, euphorique, avenante, joviale et une surabondance des idées et de l’activité. L’exubérance de la pensée et du langage s’exprime par une grande aisance dans les propos avec une loquacité qui reste cohérente, des associations d’idées riches et une mémoire qui demeure excellente. Le sujet passe pour vif, spirituel, intelligent, brillant. Les sentiments d’euphorie et de bien-être conduisent à des idées de satisfaction, d’ambition, de grandeur, de richesse. L’attitude est amicale, souvent trop familière, mais l’hypomaniaque est capable de devenir rapidement irritable, autoritaire, sarcastique, voire agressif. La tenue est souvent excentrique, agrémentés d’ornements plus ou moins fantaisistes. Le contrôle moral étant plus ou moins altéré, les excès sexuels sont habituels. La plupart de ces caractéristiques de l’état hypomaniaque se retrouvent dans la personnalité de Junot. L’hyperactivité se manifeste déjà dans son courage extraordinaire qui surpassait celui des plus braves : Ney, Murat, Lecourbe. Ce n’était cependant pas un soudard, comme certains l’ont présenté. Tous les mémorialistes s’accordent à le décrire comme ayant fait les meilleures études. Thiébault précise qu’il avait beaucoup d’esprit et que, lorsqu’il s’astreignait à raisonner, c’était un homme de sens. Il savait se tenir à merveille dans un salon, et faisait valoir avec quelque affectation ses avantages naturels très brillants. Junot adorait la noblesse, les titres, les honneurs, les uniformes fastueux et cette vanité d’hypomaniaque l’avait fait surnommer par l’Empereur « Monsieur le Marquis ». Il avait en effet un goût effréné de la représentation des Horaces, à laquelle assistait le Premier Consul, ne pouvant surmonter son émotion, il fondit en larmes. Lors de la tentative d’attentat de Cerrachi et Arena, il pleura d’émotion comme un enfant.

En revanche, il était nerveux, irritable à l’extrême, violent, emporté et querelleur. Ses colères contre les anglais pendant sa captivité sont restées fidèles. Un de ses premiers scandales concerne une altercation survenue dans un café des Champs-Élysées au cours de laquelle il se mesura avec les garçons à coups de queue de billard, et se fit rosser par eux. On sait qu’il poursuivait le sabre à la main, à travers les couloirs de son hôtel, avec des cris féroces, les créanciers qui osaient arriver jusqu’à lui. Il n’avait aucune délicatesse à l’égard des femmes, pas même de la sienne qu’il frappait volontiers. En 1810, au bal de Marescalchi, ministre des Affaires Etrangères pour l’Italie, apprenant que la duchesse avait eu des bontés pour Metternich, il entra dans une rage folle, la jeta en voiture où il cassa toutes les vitres, cria, vociféra, puis la frappa à coups de ciseaux. Junot était maladroit dans son comportement : sans être fier, il était vaniteux ; quoique bon, il était offensant ; sa crânerie était gâchée d’arrogance;irascible mais superbe, il ne ménageait ni le rang, ni le pouvoir, car, s’il était soumis à Napoléon avec fanatisme, il ne reconnaissait aucune autre dépendance. En réalité, si sa conduite fut tout au long marquée d’extravagances, il semble bien que celles-ci excédèrent les limites de la normale dès 1807 au Portugal. Son chef d’état-major, le général Thiébault, remarque chez lui un changement de caractère, d’habitudes, de genre de vie, une modification des goûts et des tendances. Un beau jour, à Lisbonne, il l’emmena à l’improviste sur une frégate portugaise, fit déployer les voiles, prit lui-même le commandement du navire. Il ordonna alors, sans aucune raison apparente, le feu de tribord et de babord, et cingla sans but au milieu du vacarme et de la fumée. Après quelques instants de ces évolutions d’enragé, il se fit ramener à terre et conduire à l’Opéra se pavaner devant un parterre d’élégantes. L’amiral russe Séniavine qui connaissait bien Junot l’invita à dîner sur un des vaisseaux pour porter la santé des deux empereurs. Il fit faire feu aux sept cent canons de gros calibre de ses neuf vaisseaux de ligne. Le bruit était insupportable, les coques des bateaux craquaient, les tableaux se décrochaient des cloisons. Junot fut enchanté de cette fête qui ne lui avait d’ailleurs été donnée que parce que tel était son goût. A son arrivée en Russie, une première fois, il égara ses troupes et leur fit faire un faux mouvement. Lors de la bataille de Smolensk, le combat de Valoutina ne fut pas décisif à cause des retards et de l’irrésolution de Junot. Il devait couper l’arrière de l’armée russe engagée dans un défilé. Il tergiversa et, bien qu’averti par Ney, puis par le comte de Chabot, envoyé par l’Empereur, il ne bougea pas. Transporté de colère, Napoléon s’écria que l’inaction de Junot lui avait fait perdre la campagne.

« A son retour de Russie, écrit la duchesse d’Abrantès, je le retrouvais non seulement changé, mais changé d’une manière alarmante. Il portait en lui une destruction morale… Il avait d’étranges moments d’inquiète souffrance, il pleurait, lui, si fort, si maître de soi, il pleurait comme un enfant… » C’est peu de temps après l’arrivée à Trieste, que l’aliénation mentale devint manifeste. Son secrétaire et ses gens le trouvaient de plus en plus impatient, irritable, brutal. Dès son arrivée, il intervint dans le conflit qui opposait un riche avocat vénitien à son épouse. Il fit incarcérer le mari, se rendit à la prison, le frappa à coups de bâtons et ordonna qu’on le mit au cachot, les fers aux pieds et aux mains. L’évènement fit la plus fâcheuse impression. Napoléon, informé, ordonna à Clarke d’enquêter sur l’état d’avilissement du duc d’Abrantès. Bientôt une passion romanesque s’empare de Junot pour une jeune grecque, belle-sœur d’un de ses domestiques. Devant son refus, il détruisit une partie du mobilier du palais, y mit le feu, et parcourut les rues de la ville en criant qu’on avait voulu l’assassiner. A Gorice, il décide d’élire domicile à « La Glacière », lieu de plaisir populaire, s’entiche d’un simple d’esprit qui le distrait et lui passe, lui-même, son grand cordon de la Légion d’honneur. Bientôt la démence se manifesta de façon encore plus flagrante. Donnant à Raguse un bal de 400 personnes il fit attendre ses invités pendant plus d’une heure, et apparut enfin à eux entièrement nu, à l’exception de quelques ornements : ceinturon, épée, décorations, gants blancs, escarpins, chapeau à plumet sous le bras. On conçoit la stupéfaction de l’assemblée, les cris, la fuite des invitées qui désertèrent les salons en un instant.

Le 26 juin 1813, le duc d’Abrantès fut examiné par Gobi, premier médecin civil de Trieste et Vial, chirurgien en chef de l’armée d’Illyrie. Il constate que quelques temps après l’arrivée du duc à Trieste, « Son Excellence éprouve un violent paroxysme accompagné de symptômes les plus alarmants, tels que face rouge et animée, impossibilité de parler, immobilité de la jambe et du bras droit, torsion momentanée de la bouche. » Il s’agissait donc d’une hémiplégie droite avec aphasie.Toutes les circonstances du rapatriement de Junot, ordonné par Napoléon, sont parfaitement connues par le rapport précis et détaillé, établi par le lieutenant de gendarmerie Poire qui fut chargé de ramener le duc d’Abrantès en Bourgogne. Le contact avec sa famille avec sa famille fut dramatique. A son arrivée il saute au cou de son père, l’embrasse, se jette à ses pieds en lui demandant pardon. Il se relève, égaré, casse une glace et différents objets, jette son habit au feu et devant ces désordres, son père se voit contraint à prendre la fuite. Junot finit par un éclat de rire, se met à déclamer dans le salon, à chanter et à commander les manœuvres.Quelques heures plus tard, il rosse deux gendarmes et le maire de Bussy. Enfin, Junot se prend pour un oiseau, se jette par une fenêtre et au cours de sa chute se casse la jambe gauche et se transperce la main droite sur la pointe d’une grille. Après sa chute, il saisit une pierre de la main gauche et se frappe la tête en criant : « J’ai la jambe cassée, la main percée, la tête blessée et je ne saigne pas, c’est Dieu qui me protège. » Quelques heures plus tard, il s’enferme à clef dans la cuisine, et avec un couteau de table, entreprend de couper sa jambe fracturée. Junot mourut le 29 juillet 1813, vraisemblablement d’une septicémie ou d’un tétanos. Devant une mort aussi dramatique se pose la question de savoir quel est le trouble psychique qui fut à son origine. On a vu que Junot était hypomaniaque. La manie peut certes se grever d’accès de manie aigüe parfois d’ailleurs aggravées d’hallucinations et dans lesquelles l’agitation devient forcenée. En réalité, il semble bien que sa mort soit due non pas à un accès de manie aigüe, mais aux différentes manifestations majeures d’une syphilis nerveuse. Certes n’a-t-on pas la certitude qu’il n’ait jamais contracté la syphilis, mais la maladie était alors beaucoup plus répandue qu’aujourd’hui et la vie de débauche du duc d’Abrantès rend cette hypothèse des plus vraisemblables. De toute façon, l’une des manifestations majeures de syphilis nerveuse est la paralysie générale progressive (P.G.). Elle comporte à côté d’un syndrome neurologique, un syndrome psychique qui comprend d’une part un déficit psychique, d’autre part une tendance délirante. Le déficit psychique est caractérisé par une modification du comportement familial, social et professionnel. Chez Junot on en voit la première manifestation en Russie, dans son inertie à Valoutina. Napoléon ne s’y était pas trompé. Il déclara à Las Cases, à Sainte-Hélène : « A Valoutina, Junot était déjà fou ». Le second élément du syndrome psychique de la P.G. est fait de délires. Il peut s’agir parfois de délires mélancoliques à tendance hypocondriaque, plus souvent d’un délire mégalomaniaque très particulier, caractérisé par l’euphorie et l’excitation psychique, associées à des idées absurdes de richesse et de grandeur.

Le duc d’Abrantès en porte le témoignage dans l’ « immense projet » qu’il écrit au Prince Eugène. « Ce n’est pas la guerre dont il faut parler, je ne pense qu’à la paix et j’ai un projet immense, qui, je suis sûr, réussira avec les souverains du monde et dont le grand Napoléon sera le chef. Je vous fais, de mon autorité privée, roi depuis l’Adige jusqu’à Cattaro. Je vous donne tout ce que les Turcs possèdent en Bosnie, en…, en…, jusqu’au Bosphore de Trace. Je vous donne une île dans l’Adriatique, une dans la mer Noire, une dans la Rouge, une dans la Méditerranée, une dans l’Océan, une dans l’Inde. Seize portions des mines d’or, d’argent et de diamant sont distribuées de la manière suivante ; à S. M. le grand Napoléon : quatre à Son altesse impériale le vice-roi [Eugène], que je fais empereur, ou comme Napoléon voudra : deux, au prince de Neuchâtel [Berthier] que je fais empereur d’Autriche, une et demie aux roi de la Confédération, à l’Empereur d’Autriche que l’Empereur fera comme il voudra Empereur d’Espagne ou roi, au Roi de Naples [Murat], au Roi de Hollande [Louis], au Roi de Westphalie [Jérôme], au roi et à tous les rois que l’Empereur fera encore : quatre aux Anglais, une demie ; et à moi : une demie pour gouverner le Brésil, le Portugal, la moitié de l’Amérique septentrionale, dont les Anglais auront l’autre moitié, les îles de la mer du Sud, les grandes Indes et la Chine, si l’Empereur le veut. Nous nous emparerons de tout et nous [nous] ferons couronner au milieu de dix millions de soldats, tous amis, au milieu de Pékin, et dans dix ans tout sera exécuté. Je vous dirais tous les détails de vive voix. » Les termes de cette lettre sont caractéristiques d’une P.G. au point d’en être caricaturaux. Elle témoigne en effet d’un délire mégalomaniaque typique. Junot s’y montre le maître de l’univers entier ; il dispose de tous les biens du monde et les répartit selon sa fantaisie, une inflation vaniteuse et tristement comique. Ainsi à partir de différents contemporains, du dicteur Gobi, du lieutenant Poire et par la lettre à Eugène de Beauharnais, la syphilis nerveuse terminale du duc d’Abrantès peut être affirmée de façon formelle. La P.G. est prouvée par l’association de la dégradation intellectuelle, du délire mégalomaniaque, de l’euphorie expansive, de l’exhibitionnisme, du tremblement de l’écriture des derniers mois.

D’autres éléments viennent confirmer cette syphilis nerveuse telles l’hémiplégie transitoire du 23 juin [26 juin 1813] et l’anesthésie profonde dont se sont accompagnées les blessures de la défenestration et la tentative d’automutilation, anesthésie profonde témoignant vraisemblablement d’un tabès, autre manifestation d’une syphilis au stade tertiaire. Cependant, avant ces troubles psychiques paroxystiques terminaux, Junot s’est toute sa vie, comporté en hypomaniaque, ce qui d’ailleurs, ne fut peut-être pas étranger au succès de sa carrière, ni même à la popularité de Junot-la-Tempête.

Peyrusse

En complément...

Message par Peyrusse » 07 nov. 2017, 20:59

Cette lettre de Napoléon est adressée au général Savary, duc de Rovigo, Ministre de la police générale.
------------------
Dresde, 7 août 1813

Je reçois votre lettre du 2 août. J’ai éprouvé une véritable peine de ce que vous m’avez écrit de ce pauvre Junot. Il avait perdu mon estime dans la dernière campagne [celle de Russie], mais je n’ai pas pour cela cessé de lui être attaché. Aujourd’hui il a recouvré cette estime, puisque je vois que sa pusillanimité était déjà l’effet de sa maladie. J’approuve toutes les propositions que vous me faites.

Voyez l’archichancelier, à qui j’écris. On peut sans difficulté mettre les deux demoiselles [filles de Junot] à Ecouen. Vous ne me faites pas connaître l’âge des deux enfants.

Parlez aussi à l’archichancelier de la duchesse d’Istrie [veuve du maréchal Bessières, tué le 1er mai 1813 près de Weissenfels], et voyez ce qu’il faut faire pour arranger ses affaires ; mon intention est aussi de l’aider.

(« Lettres inédites de Napoléon 1er (An VIII-1815). Publiés par Léon Lecestre » Plon, 1897, tome II, pp.279-280).

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Re: Junot le perturbé...

Message par C-J de Beauvau » 07 nov. 2017, 21:57

Les noms des maladies changent, les symptômes restent, L'hypomanie , s'est appelée ensuite la maniaco-dépression, puis de nos jours trouble bipolaire ! C'est une maladie semble t’il "assez" courante, certainement qu'il ne fut pas le seul à en souffrir . et sa syphilis progressive attaquant son cerveau n'a pas dû arranger les choses . Ce texte est intéressant , merci
La guerre c'est le massacre de gens qui ne se connaissent pas au profit de gens qui se connaissent et ne se massacrent pas
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Re: Junot le perturbé...

Message par L'âne » 08 nov. 2017, 02:03

André CASTELOT « Napoléon » :
Barclay a agi en fou », constate l’Empereur. « Cette arrière-garde est à nous si Junot marche seulement l’arme au bras. » Mais Junot, frappé d’immobilisme, déjà atteint par la folie qui finira par envahir son pauvre cerveau, refuse de prendre l’initiative de lancer ses troupes en avant. Comme le dira Murat, le même soir, à Napoléon : — « Il faut le dire, malgré mes instances, malgré les instances de Votre Majesté que j’ai pris sur moi d’aller lui rappeler, jamais le duc d’Abrantès n’a voulu déboucher sur la route. Il n’avait qu’un pas à faire pour se trouver derrière les Russes, toutes nos instances ont été inutiles. » — « Il me fait perdre la campagne », renchérit l’Empereur."

Frédéric MASSON « Cavaliers de Napoléon » :
"Trois mois plus tard, en thermidor an. IV [fin 1795], elle [la Compagnie des Guides] est en état de prendre une part active au combat de Lonato, où, sous les ordres de Junot, aide de camp du Général en chef, elle poursuit l’ennemi et charge résolument les houlans de Bender. C'est là que Junot, après avoir blessé le colonel autrichien et avoir tué de sa main six houlans, est renversé de cheval, culbuté dans un fossé et blessé de six coups de sabre, dont un lui fend la tête."

Victorine de CHASTENEY « Mémoires » :
"Le père Junot a passé les années de sa vieillesse, jusqu'au moment de la démence de son fils, dans un état de bonheur qui allait à l'ivresse. Ses cartes de visite portaient : Le père du duc d'Abrantès. Un jour, il dit à Mme de Marmont la mère, femme autrefois charmante et remarquable par le bon ton, la politesse et la réserve des manières : «Vous avez fait un maréchal, j'ai fait un duc; qu'aurions-nous donc fait à nous deux ?» Le pauvre Junot se tua, dans un accès de fièvre, dès le lendemain de son arrivée à Montbard, mais il avait reconnu son père."

Emmanuel de LAS CASES "Le Manuscrit de Sainte-Hélène" :
"Junot, dans la campagne de Russie, mécontenta fort l'Empereur ; on ne le reconnaissait plus ; il fit des fautes capitales qui nous coûtèrent bien cher. Au retour, Junot perdit le gouvernement de Paris. L'Empereur l'envoya à Venise. Cette espèce de disgrâce fut adoucie presque aussitôt par le gouvernement général de l'Illyrie ; mais le coup était porté. Les irrégularités qu'on avait observées depuis quelque temps dans Junot, et qui avaient pris leur source dans ses excès, éclatèrent en insanité complète. Il fallut se saisir de sa personne et le transporter chez lui, dans la maison paternelle où il périt misérablement peu de temps après, mutilé de ses propres mains."
Aurea mediocritas

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Re: Junot le perturbé...

Message par L'âne » 08 nov. 2017, 07:11

Peyrusse a écrit :
07 nov. 2017, 20:43
J'ai découvert il y a peu de temps cet article intéressant au sujet du duc d'Abrantès.
------------------
Il est dû au professeur de médecine Jacques Poulet et a été publié en 1972 dans la « Revue de l’Institut Napoléon », sous le titre : « La mort de Junot » .]

Merci Cher Peyrusse.
Cet article, comme toujours, est délicieux.
À la lecture, on ressent un mélange de tristesse et de comique qui nous attache davantage à cette figure "à part" de l'Empire.
Aurea mediocritas

Talavera
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Re: Junot le perturbé...

Message par Talavera » 09 nov. 2017, 18:06

Passionnante analyse de ce personnage singulier.
"Tous unis" 44ème régiment d'infanterie de ligne

Peyrusse

Bulletins de police...

Message par Peyrusse » 09 nov. 2017, 18:52

« Rapport de l’état-major général de la 1ère division militaire, 18-19 juillet 1813, transmis par le général Hulin. A signaler : rumeurs circulant dans les sociétés sur la démence du duc d’Abrantès, son départ de Laybach pour la Bourgogne où la duchesse irait le rejoindre ; silence de la Cour à ce sujet. »
-------------
Bulletin du dimanche 18 et du lundi 19 juillet 1813 adressé par le général Savary, duc de Rovigo à l’Empereur. (Nicole GOTTERI, « La Police secrète du Premier Empire. Tome VII [et dernier] », Honoré Champion, 2004, p.63).

-------------------------------------------------------------
« Rapport de l’état-major général de la 1ère division militaire, 31 juillet 1813, transmis par le général Hulin. A signaler : Bruit de la mort du duc d’Abrantès à la suite d’une blessure qu’il s’était faite dans sa maladie. »

Bulletin du samedi 31 juillet 1813 adressé par le général Savary, duc de Rovigo à l’Empereur. (Nicole GOTTERI, « La Police secrète du Premier Empire. Tome VII [et dernier] », Honoré Champion, 2004, p.102).

----
Ce bruit s'est avéré être exact, puisque Junot est mort le 29 juillet 1813. :roll:

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Bernard
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Re: Junot le perturbé...

Message par Bernard » 09 nov. 2017, 18:53

Merci beaucoup Peyrusse, ces citations éclairent davantage cette personnalité complexe.

Latour-Maubourg

Re: Junot le perturbé...

Message par Latour-Maubourg » 09 nov. 2017, 19:23

Cet article est effectivement d'un très grand intérêt et éclaire un peu plus l'histoire de ce pauvre Junot la Tempête :?
Merci à vous.

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