L'INDE

Espace dédié aux discussions relatives au Consulat et au 1er Empire.

Modérateur : Général Colbert

Avatar du membre
Cyril Drouet
**Maréchal d'Empire**
**Maréchal d'Empire**
Messages : 3848
Enregistré le : 16 juil. 2017, 23:36

Re: Rêves orientaux de Bonaparte

Message par Cyril Drouet »

Bachir avait été baptisé. D'après ce que j'ai pu comprendre, il se revendiqua ouvertement maronite par la suite.

Mathieu Dampierre

Re: Rêves orientaux de Bonaparte

Message par Mathieu Dampierre »

Cyril Drouet a écrit :
23 août 2017, 08:41
D'après ce que j'ai pu comprendre, il se revendiqua ouvertement maronite par la suite.
Tout en étant considéré comme un chef des Druzes?

;)

Avatar du membre
Cyril Drouet
**Maréchal d'Empire**
**Maréchal d'Empire**
Messages : 3848
Enregistré le : 16 juil. 2017, 23:36

Re: Rêves orientaux de Bonaparte

Message par Cyril Drouet »

Oui.

Avatar du membre
Cyril Drouet
**Maréchal d'Empire**
**Maréchal d'Empire**
Messages : 3848
Enregistré le : 16 juil. 2017, 23:36

Re: Rêves orientaux de Bonaparte

Message par Cyril Drouet »

Dans le Moniteur du 21 novembre 1798, Volney après avoir notifié qu’il ne pensait aucunement à une possible campagne vers les Indes (voir plus haut), prêta à Bonaparte les intentions suivantes en le faisant tenir ce discours qui donne le tournis :

« Laissons à Azeman Chak et à Tipoo sultan le soin de chasser les Anglais du Bengale; Azeman-Chak seul le peut avec ses 120 mille cavaliers; je n'arriverais peut-être qu'à temps d'en être témoin, et l'armée française elle-même ne serait que l'objet d'une jalousie ennemie de tout étranger. D'ailleurs pourquoi aller au bout de l'univers, sur un théâtre obscur et barbare, et employer des efforts de peu de gloire et de nul fruit ? Quand j'aurai chassé les Anglais de l'Inde, leur puissance en sera-t-elle ébranlée ? En seront-ils moins les maîtres de l'Océan ? Leurs flottes bloqueront-elles moins les Espagnols indécis ? Menaceront-elles moins de conquête ou d'affranchissement la Louisiane, le Mexique, Caracas et Cuba : et l'indépendance de ces colonies, qui ne peut faillir, ne leur donne-t-elle pas, comme l'ont fait les leurs propres, des ressources nouvelles contre la perte du Bengale ? En seront-ils moins les maîtres de la Méditerranée, où ils osent me dire prisonnier, et leur coalition avec les Russes pour engloutir les Turcs ne leur ouvre-t-elle pas un monde nouveau d'agrandissement de puissance navale ? - Non , non ; ce n'est point aux comptoirs de Madras ou de Calcutta qu'est la gloire; ce n'est point là qu'est l'utilité de la France, dont mon armée est une précieuse portion. - C'est vers l'Europe qu'il faut ramener le théâtre de la guerre, et, puisque le Turc imprudent en a levé l'étendard, c'est dans Constantinople que je veux l'arracher de ses mains. Je mettrai l'Egypte en état de conservation et de défense. Je préparerai mon expédition en m'affidant les Arabes, les Druses, les Maronites. - Maître de la Syrie, j'y formerai mes magasins de passage, et je protégerai par les montagnes ma marche rapide sur la lisière du désert. Arrivé aux montagnes de Cilicie, ma position n'en deviendra que plus forte; ma gauche s'appuiera à la mer, ma droite à l'Euphrate; je communiquerai avec le Diarbekir et l'Arménie, pays de blé, sujet impatient de Turcs. J'appellerai les Bédouins , les Turcomans, les Kourdes, les Arméniens, les Persans, à la ruine de leur ennemi commun; et, formant un tourbillon de cavalerie, je franchirai rapidement les 200 lieues qui me sépareront du Bosphore ; je le traverserai, dut-ce être sur des radeaux, et j'entrerai à Constantinople. - Là s'ouvre une carrière nouvelle. Je rentre sur la scène de l'Europe, et y forme un contrepoids à tous les pouvoirs. - Je puis rétablir ou affermir la République de toute la Grèce. Par l'Albanie et Corfou, je touche à l'Italie et à la France. Je puis relever de ses débris la Pologne, et y former un état qui rétablisse l'ancienne balance dans le Nord. La Russie est tenue en échec, et craint une session en elle-même. L'Autriche, replacée entre deux ennemis, à de plus vives alarmes, et craint l’affranchissement de la Hongrie. - La Prusse reprend son état d'alliance naturelle avec la France et le nouvel empire Byzance. Le Danemark et la Suède, soulagés du poids de la Russie, développent leurs moyens et leur influence. Moscou, jaloux de Pétersbourg, réclame son indépendance. L'Angleterre, repoussée de l'Archipel, quitte la Méditerranée , et les gouvernements, las enfin de tant de guerres, de combats, d'incendies, de massacres, de crimes et de folies, se trouvent, par accablement, capables de recevoir la paix. Puissé-je le voir, ce jour, le seul glorieux, et tracer au pied du grand obélisque de Constantinople cette inscription du gratitude :
A l'armée française, victorieuse
De l’Italie,
De l’Afrique,
Et de l’Asie.
A Bonaparte, membre de l'Institut national,
Pacificateur de l’Europe. »

Un tel tourbillon de pensées ne laissa pas indifférent Gillray :
Image

barthelemy

Re: Rêves orientaux de Bonaparte

Message par barthelemy »

Cyril Drouet a écrit :
23 août 2017, 08:41
Bachir avait été baptisé. D'après ce que j'ai pu comprendre, il se revendiqua ouvertement maronite par la suite.
étonnant.... :o

les druzes sont musulmans (même s'ils s'en défendent un peu)

mais s'il s'est fait baptiser pour devenir maronite... c'est donc qu'il était apostat, il aurait renié l'islam ;)

enfin, c'est un "point de détail" sur les rêves orientaux de Bonaparte...

Comme je ne viens ici qu'en coup de vent (du désert.... le khamsin) j'aurais bien du mal à tout vous lire Cyril Drouet !

(je suis bluffé par toutes vos publications :o )

Mais puisque vous citez je crois des vidéos de Gueniffey, peut-être auriez-vous sous le coude des extraits de "Adieu Bonaparte" du regretté Youssef Chahine ? ;)

En effet, je parle de mémoire pour avoir vu le film lors de sa sortie, mais il y a un passage ou Patrice Chéreau (alias Bonaparte) "pète un peu les plombs" en se prenant pour le nouvel Alexandre....

ses rêves de gloire orientale ! qui hélas seront vite douchés... :(

une fois à Sainte-Hélène, on sait que Napoléon déclara "j'aurais mieux fait de rester en Egypte"... :cry:

Avatar du membre
Cyril Drouet
**Maréchal d'Empire**
**Maréchal d'Empire**
Messages : 3848
Enregistré le : 16 juil. 2017, 23:36

Re: Rêves orientaux de Bonaparte

Message par Cyril Drouet »

peut-être auriez-vous sous le coude des extraits de "Adieu Bonaparte" du regretté Youssef Chahine ?

En effet, je parle de mémoire pour avoir vu le film lors de sa sortie, mais il y a un passage ou Patrice Chéreau (alias Bonaparte) "pète un peu les plombs" en se prenant pour le nouvel Alexandre....
Sans doute pensez-vous à ce passage :
« Notre flotte a coulé à Aboukir. Soit ; nous voici dans dans l’obligation de faire de grandes choses, nous les ferons ; de fonder un grand empire, nous le fonderons. L’Egypte a rayonné plus d’une fois dans l’histoire. Les Anciens, d’Alexandre à César, y ont trouvé une gloire immortelle et vous serez fiers bientôt d’avoir fait renaître une nation que le monde nous jalousera. »

Cette tirade est de toute évidence inspirée des dictées à Bertrand (Campagnes d’Egypte et de Syrie) :
« La catastrophe de l’escadre avait consterné les Français. «Nous voilà donc. disait-on, abandonnés dans ce pays barbare, sans communication, sans espérance de retourner chez nous. » Le général en chef parla aux officiers et aux soldats : «Eh bien, dit-il, nous voilà dans l’obligation de faire de grandes choses : nous les ferons; de fonder un grand empire : nous le fonderons. Des mers, dont nous ne sommes pas maîtres, nous séparent de la patrie; mais aucune mer ne nous sépare ni de l’Afrique ni de l’Asie. Nous sommes nombreux, nous ne manquerons pas d’hommes pour recruter nos cadres. Nous ne manquerons pas de munitions de guerre, nous en avons beaucoup; au besoin, Champy et Conté nous en fabriqueront. »

Avatar du membre
Cyril Drouet
**Maréchal d'Empire**
**Maréchal d'Empire**
Messages : 3848
Enregistré le : 16 juil. 2017, 23:36

Re: Rêves orientaux de Bonaparte

Message par Cyril Drouet »

Marmont donne cette version du discours en question dans ses Mémoires :
« Ce fut [au Caire] qu'il apprit le désastre d'Aboukir du 1er août, par les dépêches du général commandant à Alexandrie. Le général Bonaparte fut calme, et, sans se déguiser l'immensité de la perte et les conséquences graves qui en résulteraient probablement il s'occupa sur-le-champ à diminuer l'effet qu'elles devaient faire sur les esprits, et nous tint à peu près ce discours :
« Nous voilà séparés de la mère patrie sans communication assurée; eh bien, il faut savoir nous suffire à nous-mêmes ! L'Egypte est remplie d'immenses ressources: il faudra des développer. Autrefois, l'Egypte, à elle seule, formait un puissant royaume; pourquoi cette puissance ne serait-elle pas recréée et augmentée des avantages qu'amènent avec elles les connaissances actuelles, les sciences, les arts et l'industrie ? Il n'y a aucune limite qu'on ne puisse atteindre, de résultat qu'on ne puisse espérer. Quel appui pour la République, que cette possession offensive contre les Anglais ! Quel point de départ pour les conquêtes, que l'écroulement possible de l'empire ottoman peut mettre à notre portée ! Des secours partiels peuvent toujours nous être envoyés de France; les débris de l'escadre offriront des ressources importantes à l'artillerie. Nous deviendrons facilement inexpugnables dans un pays qui n'a pour frontières que des déserts et une côte plate et sans abri. La grande affaire pour nous, la chose importante, c'est de préserver l'armée d'un découragement qui serait le germe de sa destruction. C'est le moment où les caractères d'un ordre supérieur doivent se montrer; il faut élever la tête au-dessus des flots de la tempête, et les flots seront domptés. Nous sommes peut-être destinés à changer la face de l'Orient et à placer nos noms à côté de ceux que l'histoire ancienne et celle du moyen âge rappellent avec le plus d'éclat à nos souvenirs. »
Et ensuite il ne perdit pas un moment pour prévenir les reproches qu'on ne pouvait manquer de lui adresser, et rejeter le blâme sur le pauvre amiral qui venait de périr. Cependant, il ne trompa personne ; jamais l’amiral Brueys, le fait est indubitable, n'a eu l'ordre d'aller à Corfou ni de croiser. Peut-être plus d'efforts pour faire entrer son escadre dans le port vieux d'Alexandrie, chose rigoureusement possible, auraient pu la mettre à l'abri; mais jamais Bonaparte n'a conçu ni manifesté l’intention de se séparer de son escadre. La manière même dont il accusait Brueys prouvait le peu de sincérité de son langage. »

Avatar du membre
L'âne
 
Messages : 2936
Enregistré le : 14 juil. 2017, 07:03
Localisation : Corsicasie

Re: Rêves orientaux de Bonaparte

Message par L'âne »

Bonaparte est-il allé en Egypte pour servir les intérêts de la république française ou ses intérêts personnels ?
J'incline à penser qu'il est allé en Égypte un peu pour la République et surtout pour servir ses intérêts. À savoir : continuer à faire parler de lui, car il se place en expansion en allant sur un autre théâtre d'opération, attendre que le fruit soit mûr (car il ne l'est pas selon son expression), et pourquoi pas saisir une opportunité en Orient...
Aurea mediocritas

Avatar du membre
Joker
**Maréchal d'Empire**
**Maréchal d'Empire**
Messages : 2208
Enregistré le : 15 juil. 2017, 18:53
Localisation : Grimbergen - Belgique

Re: Rêves orientaux de Bonaparte

Message par Joker »

Bonaparte est-il allé en Egypte pour servir les intérêts de la république française ou ses intérêts personnels ?
La République étant dirigée à l'époque par le Directoire avec lequel il ne se sentait guère d'affinités, j'incline à penser qu'il est allé en Egypte pour nourrir sa propre gloire et s'imposer comme l'homme de la situation, seul capable de sauver les acquis de la Révolution.
Mais comme le dit parfaitement L'âne, il lui fallait attendre pour cela que "le fruit soit mûr"...
Il faut admettre qu'il a parfaitement réussi sur ce plan.
« L'usage nous condamne à bien des folies ; la plus grande est celle de s'en faire l'esclave. »
Napoléon Bonaparte ; Maximes et pensées

Avatar du membre
L'âne
 
Messages : 2936
Enregistré le : 14 juil. 2017, 07:03
Localisation : Corsicasie

Re: Rêves orientaux de Bonaparte

Message par L'âne »

Joker a écrit :
07 sept. 2017, 19:06
...j'incline à penser qu'il est allé en Egypte pour nourrir sa propre gloire
Une gloire qui l'avait mis au devant de la scène. Il ne pouvait rester en France sans risquer de la voir se flétrir. Bonaparte, conscient des balancements qui caractérisent l'humeur du peuple, se devait d'agir.
Aurea mediocritas

  • Sujets similaires
    Réponses
    Vues
    Dernier message
  • Shakos : Fabricant en Inde : Azad VERMA
    par Général Colbert » 14 juin 2018, 16:28 » dans Bivouac des reconstitueurs & militaria
    61 Réponses
    5406 Vues
    Dernier message par Général Colbert
    07 avr. 2019, 21:28