L'INDE

Espace dédié aux discussions relatives au Consulat et au 1er Empire.

Modérateur : Général Colbert

Drouet Cyril

Re: INDE : Tippoo Sahib

Message par Drouet Cyril »

A noter que Tippoo Sahib semble avoir tenter de rentrer en contact avec l’armée d’Orient.
Ainsi, on pouvait lire dans le Courrier de l’Egypte du 15 décembre 1798 :

« Il est arrivé à Suez un Indien des états de Tippoo Saïb, parti de Seringapatam, il y a deux mois. Il a débarqué à Djedda. Les Arabes lui ont enlevé une dépêche qu’il avait pour le général en chef. A son départ, Tippoo Saïb était en pleine guerre avec les Anglais. Il avait une armée de 260 000 hommes d’infanterie et de 130.000 hommes de cavalerie (sic :shock: ). La conquête de l'Egypte par les Français a fait le plus grand plaisir dans ce pays et a beaucoup augmenté l'idée qu'on avait de la puissance française. On parlait aussi à son départ de l'arrivée de quelques bâtiments français dans les mers de l'Inde. »
Nouvelle, de toute évidence annoncée par le général Bon, alors en poste à Suez, transmise par Bonaparte au Directoire exécutif deux jours plus tard :

« Un bâtiment arrivé à Suez a amené un Indien qui avait une lettre pour le commandant des forces françaises en Egypte ; cette lettre s’est perdue. Il paraît que notre arrivée en Egypte a donné une grande idée de notre puissance aux Indes et a produit un effet très défavorable aux Anglais ; on s’y bat. »

O.Godeille

Re: INDE : Tippoo Sahib

Message par O.Godeille »

Un livre intéressant en anglais : "Wellington in India" de Weller. disponible sur Amazon

Les plus : une bonne description des parties en présence : la Compagnie des Indes, Tipoo, les Mahratttes, et un récit détaillé des opérations militaires en Inde (d'un point de vue anglais), et du rôle des Wellesley (le gouverneur et le général). On y voit le futur Wellington faire l'apprentissage du commandement et d'une logistique particulièrement lourde, qui lui resservira en Espagne.

Les moins : l'auteur est un thuriféraire du duc, qui pour lui a toujours tout prévu, tout préparé. Mais il est difficile de lui jeter la première pierre.

Drouet Cyril

Re: INDE : Tippoo Sahib

Message par Drouet Cyril »

Voici comment les lecteurs du Moniteur universel, au travers des dépêches anglaises, purent suivre, semaine après semaine (mais bien après les évènements ; distance oblige...), la quatrième guerre du Mysore :

21 mars 1799 (nouvelles londoniennes du 9 du même du mois) :
« Les mêmes dépêches annoncent que Tippoo Saïb et plusieurs autres princes de l’Inde manifestaient des dispositions très hostile envers les Anglais, depuis la nouvelle de l’arrivée de Bonaparte en Egypte.
Cette nouvelle a été apportée dans l’Inde par le lieutenant Duval, du Zélé, dépêché dans le temps par lord Saint-Vincent
[amiral John Jervis]. »


24 mars 1799 (nouvelles londoniennes du 9 du même du mois) :
« Malgré le bruit qu’a fait répandre le gouvernement de l’accommodement que l’on prétend avoir eu lieu entre notre comptoir des Indes et Tippoo Saïb, voici ce que dit une lettre de Calculta, du 16 messidor [4 juillet 1798], sur l’état où se trouvait l’Inde en ce moment. Elle est d’un officier supérieur commandant nos troupes en ce pays :

« L’arrivée d’un corps aussi considérable de troupes que le nôtre, n’a pas paru faire le plus grand plaisir aux naturels de l’Inde ; il est aisé de voir que les souverains du pays ne soupirent qu’après le moment où ils nous mettront en pièces. Cependant ce renfort les a beaucoup intimidés, et les a forcés par un nouvel arrangement à nous céder plusieurs places importantes. A bien dire pourtant nous ne sommes pas tant en force que nous le paraissons ; la plupart des corps sont incomplets ; il y a même beaucoup de places d’officiers vacantes.
Le gouvernement, au reste, parait s’attendre à quelque explosion ; on craint, à ce qu’il semble, à un revirement de parti : car un ordre subit vient d’être donné pour la formation de trois nouveaux régiments d’infanterie, composés de naturels du pays, et pour ajouter 100 hommes à chacun des bataillons formés depuis longtemps, et qui sont au nombre de 34.
Les corps d’artillerie surtout vont être mis à l’instant au complet. On engagera même les surnuméraires.
Une telle augmentation de forces ne peut avoir d’autres motifs que les mouvements de troupes de Tippoo et autres souverains. Je vais vous tracer leur situation, et vous jugerez vous-même de l’ombrage qu’elles doivent causer en Angleterre.
Tippoo est depuis longtemps campé près de Rashou avec huit mille hommes. Zemman-Shah
[padishah d'Afghanistan], à la tête de 100 000 hommes, la plupart de cavalerie, s’est emparé de Lahor ; il se propose même, dit-on, d’attaquer nos frontières du nord.
Son attitude est très menaçante. Almas Ali Kan a pris tous les grains de la contrée située entre les fleuves du Gange et de Jumna, les a entassés dans ses magasins, et s’est retiré près de la ville de Rampon, où il a rassemblé trente mille hommes avec beaucoup d’artillerie. Le gouvernement lui ayant demandé de tant de préparatifs, il a répondu que ce n’était que par mesure de précaution, et crainte que le grain ne fût pillé.
Saïd Aly, autre souverain, a, dit-on, aussi formé quelque entreprise contre Bénarès, sous prétexte qu’il savait qu’on voulait aller le détrôner. Zemayshah doit se rendre à lui, et ils doivent attaquer Berbamport, où il y a garnison anglaise.
Les Marrattes ont aussi rassemblé cent mille hommes à Pannigut ; cette armée est commandée par le général Deboigne, Français d’origine [à cette date, Benoît de Boigne n’était plus en Inde ; étonnante vie que celle de ce Savoyard : http://fr.wikipedia.org/wiki/Beno%C3%AEt_de_Boigne]. La plupart des officiers sont européens. Malgré cet armement considérable, les Marrattes continuent pourtant à nous faire de grandes protestations d’amitié.
Du côté du Décan, notre sécurité se fonde sur l’imbécillité du Nisam, qui n’osera pas nous attaquer, quoiqu’il ait à ses ordres trente régiments de 1 500 hommes, le général français Raymond à sa tête
[« Monsieur Raymond », à cette date était mort depuis près de trois mois ; pour en savoir plus sur cet autre aventurier français : http://en.wikipedia.org/wiki/Michel_Joa ... ie_Raymond].
On soupçonne cependant qu’il règne entre tous ces souverains un secret accord pour nous chasser entièrement du pays. C’est ce que le temps nous apprendra. Vous remarquerez, à l’appui de cette assertion, que c’est en vain que de fidèles émissaires du comptoir ont cherché à faire naître parmi eux des différents, fondés sur la jalousie. Toute tentative à ce sujet a échoué. »


à suivre...

Lepic34

Re: INDE : Tippoo Sahib

Message par Lepic34 »

:salut:

Wellington va mené tambour battant cette campagne contre les Mahrattes qui conduiront les troupes britanniques et leurs alliés de Seringapatam jusqu'à Gawilghur. Les Mahrattes disposent d'armées importantes entraînées par des officiers européens, souvent français, dont un certain Benoît de Boigne qui rentrera en France en 1795.
Au cours de cette campagne se déroule la célèbre bataille d'Assaye :
...Wellesley dispose de six bataillons d'infanterie et de quatre régiments de cavalerie, de 17 canons, en tout quatre mille cinq cent hommes. Ses alliés indiens lui apportent cinq mille cavaliers dont il ne fera que peu d'usage.
En face de lui les Mahrattes alignent quinze mille hommes d'infanterie de première qualité, auxquels s'ajoutent quelque dix mille fantassins irréguliers, et plus de trente mille cavaliers.
S'il attend le lendemain pour attaquer et bénéficier alors du renfort de Stevenson, alertée de la présence des britanniques, l'armée mahrate risque de se replier vers le nord, et l'occasion qui se présente de la détruire sera perdue. Le général Wellesley décide don d'attaquer. Décision audacieuse s'il en est, car les mahrattes sont dans une très forte position tactique derrière la rivière Kaitna.
Ses guides l'ont assuré qu'il n'existe aucun gué permettant à l'armée de traverser la rivière. observant son cours à la lunette, il aperçoit en aval deux villages se faisant face sur chaque rive et en déduit qu'ils sont nécessairement reliés par un guet...
...Tout aurait pu fort mal tourner, ce qui fut presque le cas. En effet Wellesley s'était coupé toute possibilité de retraite, son armée étant enserrée dans la fourche formée par la Kaitna et son affluent le Juah. Voyant la manoeuvre des britanniques, l'armée marhratte qui était en position le long de la rivière change de front avec une précision surprenante. Les 2 armées maintenant se font face. Les troupes mahrattes sont commandées par le colonel Pohlmann, un ancien sergent hanovrien qui se révèle un remarquable tacticien.http://translate.google.com/translate?s ... y_Pohlmann
Wellesley accompagne l'attaque de son aile gauche, menée par un régiment écossais qui arrive à bousculer la défense marhatte. Mais sur la droite, un régiment d'infanterie faisant une erreur de direction est décimé par le feu nourri venant du village d'Assaye et se trouve en pleine retraite. La situation est sauvée par une charge de la cavalerie britannique.
Le général est partout à la fois, payant de sa personne, sillonnant le champ de bataille à cheval, animant ses soldats, jusqu'à la rupture du front des mahrattes qui, vaincus, quittent le champ de bataille.
Mais ce succès a été cher payé. Les pertes sont énormes des 2 côtés. Chez les britanniques elles s'élèvent à mille cinq cent quatre-vingt-quatorze tués ou blessés, sur un total de cinq mille huit cents hommes qui prirent part à la bataille".
To be continued. :salut:

Lepic34

Re: INDE : Tippoo Sahib

Message par Lepic34 »

:salut:

..."Le 28 novembre 1803, les deux armées de Wellesley et Stevenson font leur jonction, et, le lendemain, après une marche de six heures tombent sur l'infanterie du rajah, appuyée par la cavalerie de Sindia, lequel n'a pas respecté les termes de l'armistice signé quelques jours plus tôt.
Les troupes mahrattes sont retranchées devant le village d'Argaum. Malgré la fatigue les soldats, éprouvés par une longue marche effectuée par une très forte chaleur, le général Wellesley décide d'attaquer.
Le rapport de force lui est nettement plus favorable que lors de la bataille d'Assaye. Il avance avec une colonne d'infanterie soutenue par la cavalerie anglaise sur sa droite et alliée sur sa gauche.
Mais le dieu des batailles est par essence capricieux et imprévisible : " Si nous avions eu une heure de plus de jour, aucun ennemi n'aurait échappé. Nous aurions disposé du temps nécessaire si mon infanterie indigène n'avait été prise de panique au début de la canonnade. Que doit-on penser de trois bataillons de sepoys presque en totalité, qui s'étaient comportés si admirablement à la bataille d'Assaye, qui se dispersent et fuient à toutes jambes, alors que la canonnade d'Argaum ne pouvait être comparée à celle d'Assaye. Heureusement, je me trouvais à une faible distance de ceux-ci et fus capable de les calmer et de gagner la bataille".
L'armée mahratte vaincue et désorganisée, est alors en pleine débâcle. Les pertes de Wellesley ont été relativement légères, trois cent quarante tués ou blessés, tandis que celles de l'adversaire s'élèvent à plusieurs milliers. Une partie des troupes du rajah Berar va se réfugier dans la forteresse de Gawilghur, dernier point fort de ce souverain, et Wellesley sans perdre de temps va en effectuer le siège...
...Heureusement pour les assaillants, le moral des défenseurs est au plus bas, et le 15 décembre après un assaut rondement mené, l'impressionnante forteresse est aux mains des britanniques.
C'est la fin de la guerre dans le Dekkan. Sindia dispose d'une autre armée dans le nord de l'Inde sous les ordres d'un français : Perron, qui souhaite pactiser avec les anglais pour mettre à l'abri en Europe l'énorme fortune qu'il a accumulée pendant son séjour aux Indes. Il est aisément battu par le général Lake....La paix n'est plus très loin.
:salut:

Drouet Cyril

Re: INDE : Tippoo Sahib

Message par Drouet Cyril »

Concernant les opérations du futur duc de Wellington en Inde on pourrait ajouter, dans la continuité de la chute de Seringapatam, celles menées contre Dhoondiah Waugh, dit « le Roi des deux Mondes » qui, après avoir été libéré des cachots de Tippoo par les Britanniques s’était finalement retourné contre eux.



Je reprends le cours de la chute du Tigre du Mysore telle qu’on pouvait la lire dans le Moniteur :

6 avril 1799 (nouvelles londoniennes du 28 mars).
« Les dernières nouvelles des Indes orientales, qui sont de la fin du mois de fructidor [fin septembre 1798], portent que Tippoo-Saïb a non seulement formé un camp de 80 000 hommes, mais que beaucoup de princes indiens paraissent vouloir se détacher de nous. Ces dispositions inquiétantes nécessitent de notre part des mesures offensives, et sont probablement la cause qui a déterminé à abandonner l’expédition projetées contre les Philippines [Le gouverneur de Madras, lord Hobbart, rappela en effet le corps expéditionnaire fin 97 en raison des « intrigues des Français » et de « l’attitude menaçante de Tippoo Sultan ». A cette date, ce dernier n’avait pas encore envoyé ses ambassadeurs aux Mascareignes. Le colonel Wesley (pas encore Wellesley) faisait partie de ce corps expéditionnaire]


20 juin 1799 (nouvelles londoniennes du 7 juin).
« Les dernières dépêches de l’Inde confirment la nouvelle que nous avons déjà donnée, des hostilités prêtes à commencer entre les Anglais et Tippoo-Saïb. Nous apprenons que notre armée dans l’Inde s’est déjà mise en campagne. Lord Mornington a quitté Calcutta pour aller à Madras faire les dispositions nécessaires. On a signifié à Tippoo-Saïb que s’il ne licenciait pas tous les cipayes qui étaient entrés à son service, on lui déclarerait une guerre à outrance. »


10 août 1799 (nouvelles londoniennes du 30 juillet)
« Les nouvelles les plus récentes de l’Inde contiennent les détails suivants : sur l’état des négociations entre lord Mornington et Tippoo-Saïb, lord Mornington a envoyé un officier à Seringapatam, pour avoir une réponse catégorique aux quatre demandes suivantes :

Une indemnité pleine et entière pour toutes les dépenses que la compagnie des Indes orientales a été obligée de faire, pour mettre son armée sur le pied de guerre que les circonstances ont rendu nécessaires.

L’expulsion de tous les Français de terres de la domination de Tippo-Saïb ; la faculté pour les Anglais d’entretenir dorénavant un ministre résidant à Seringapatam.

La remise de Mangalor entre les mains des Anglais, jusqu’à la conclusion de la paix générale en Europe.

La réponse à ces demandes terminera la question si importante de la paix ou de la guerre dans l’Inde. »

Yves Martin

Re: INDE : Tippoo Sahib

Message par Yves Martin »

Quelques précisions...

Sir David Baird n'était pas un enfant de choeur. Il avait passé 4 années dans une geôle indienne et en avait gardé une certaine rancoeur. On a rapporté que sa mère, apprenant que son fils était enchaîné avec d'autres prisonniers aurait déclaré : "Dieu protège ceux qui sont enchaînés à mon Davie".

La Wallace collection de Londres conserve plusieurs objets liés à Tipoo Sahib (Tipu Sultan):

son sabre:

http://www.wallacecollection.org/whatson/treasure/10

Dans le Victoria & Albert

http://www.vam.ac.uk/collections/asia/o ... modem.html

un automate en forme de Tigre dévorant un soldat de l'east india company

et enfin pour information - un des trones de Tipoo a été vendu aux enchères au début de l'année...

Le Sac de Seringapatam vaut bien celui du Palais d'été de Pékin :=)

YM

Drouet Cyril

Re: INDE : Tippoo Sahib

Message par Drouet Cyril »

7 septembre 1799 (nouvelles de Bombay en date du 30 mars 1799) :

« L’armée du Carnate sous les ordres du général Harris entra dans le pays de Mysoure le 15 ventôse [5 mars], elle était le [10 mars] à Ancoull, sur la route de Seringapatam : on s’empara, sans opposition, de trois hauteurs fortifiées, dont il fallait se rendre maître pour assurer les convois. Tippoo ne cessa de harceler notre armée le dernier jour de sa marche ; mais les troupes du Nizam, sur lesquelles tomba la principale attaque, firent bonne contenance, et le repoussèrent. Un corps de cavalerie ennemie fondit sur une compagnie de notre infanterie, la rompit, et lui fit beaucoup de mal : le lieutenant Reynolds, qui la commandait, fut grièvement blessé.
L’armée du Malabar, commandée par le général Stuart, partit de Cannanore le
[21 février], et monta les Ghauts [le 26]. [Le 6 mars], l’avant-garde, forte de 3 600 hommes, sous les ordres du lieutenant-colonel Montrésor, fut attaquée à Seederseer par un corps de 10 à 12 000 hommes de l’armée de Tippoo. Mais, après une action longue et opiniâtre, à la fin de laquelle les Anglais reçurent des renforts puissants, l’ennemi fut entièrement repoussé. Nous perdîmes dans cette affaire, 143 hommes : on compte parmi les morts le capitaine Thomson. Plusieurs officiers ont été blessés.
Tippoo avait amené avec lui de Seringapatam près de 25 000 hommes : on évalue sa perte de 2 à 3 000 hommes. Plusieurs officiers de marque ont été faits prisonniers : Mezam-Khanbhuckshy et le commandant de Kutchery sont les plus distingués. Meer Glosar et le nabab Beuky ont été tués.
Nos troupes, après l’action, reprirent un poste avantageux, où elles se tinrent sur la défensive en attendant les ordres du général Harris.
On avait dit d’abord que le sultan avait commandé en personne dans cette affaire aussi malheureuse pour lui que glorieuse pour nous. Mais on s’accorde aujourd’hui à croire qu’il n’était pas présent à l’action. Il se tenait à une petite distance avec 6 000 hommes prêt à agir selon les circonstances.
On apprend par les mêmes lettres que Cummarul-deen-Khan avait été détaché de Seringapatam pour une direction opposée, avec le reste des troupes réglées d’infanterie et de cavalerie, et que l’armée battue
[le 6] s’était retirée à Periapatan.
Il parait que ce premier revers n’a pas découragé Tippoo. Quoiqu’il ait perdu beaucoup de monde, il se prépare à tenter encore une fois le sort des armes. »

Drouet Cyril

Re: INDE : Tippoo Sahib

Message par Drouet Cyril »

25 septembre 1799 (nouvelles londoniennes du 15 septembre) :
« La défaite et la mort de Tippoo-Saïb, notre irréconciliable ennemi, nous rend entièrement maîtres des Indes. Voici quelques détails publiés par la Gazette de la Cour :

« Extrait d’une lettre du lieutenant-général Harris au comte Mornington, gouverneur général des possessions britanniques dans les Indes. Seringapatam, le 7 mai 1799 (17 floréal an 7)
Milord,
J’ai eu l’honneur de vous adresser le 4 courant, quelques lignes où je vous annonçais le résultat de nos succès. Je vous en fais passer les détails.
Le feu de nos batteries, d’où nous commençâmes, le 30 avril, à battre en brèche, avait tellement, à l’époque du 3 courant, détruit les murs vers lesquels il était dirigé, que dès ce moment on prit tous les arrangements pour donner l’assaut le lendemain 4 mai (14 floréal).
Les troupes destinées à l’assaut furent placées de très bonne heure dans les tranchées, afin qu’aucun mouvement extraordinaire n’annonçât à l’ennemi qu’on allait tenter cette attaque.
A une heure de l’après-midi, les troupes montent à la brèche dans la fausse braie et dans le rempart du fort, en surmontant tous les obstacles. Le général-major Braid avait divisé ses forces à l’effet de balayer le rempart à droite et à gauche. Les deux divisions réussirent complètement, quoiqu’elles eussent éprouvé la forte résistance. Cette résistance se continua encore du côté du palais de Tippoo, quelques temps après que le feu eut cessé sur les remparts. Il s’y trouvait deux de ses fils, qui, d’après une promesse de sûreté personnelle, se rendirent aux troupes qui les environnaient. Des gardes furent aussitôt placées aux environs, pour la protection de la famille dont la plus grande partie était dans le palais.
Bientôt le bruit se répandit que Tippoo-Saïb avait péri dans la mêlée. Syed-Saheb, Meer-Sadue, Syed-Gosard, et beaucoup d’autres de ses chefs étaient morts.
On prit aussitôt des mesures pour arrêter la confusion général dans les premiers moments, au milieu d’une ville renfermant une forte garnison, encombrée d’habitants et de leurs propriétés réduites pour ainsi en ruine par l’effet de l’artillerie, et de la prise d’assaut. Les princes furent éloignés de la ville, et escortés jusqu’au camp. S’assurer du corps de Tippoo parut au général Baird une chose si importante, qu’il fit aussitôt rechercher son corps : ce ne fut que vers le soir qu’on put le trouver, à l’entrée même d’une des portes, sous un monceau de cadavres. Le corps fut transporté au palais ; et le jour suivant, après avoir été reconnu par la famille, il fut enterré avec tous les honneurs dus à son rang, dans le mausolée de son père.
Le 5 courant, on a vu arriver à nos avant-postes pour demander protection, Abdoul Khalic, le plus âgé des princes qui servirent anciennement d’otages à lord Cornwallis.
Kerim Saheb, père
[frère] de Tippoo, s’était déjà réfugié chez Meer Allum Beauder. On a dépêché hier un express au fils de Tippoo, avec invitation de venir se joindre à ses frères.
En ce moment, un des vakeels anciennement employé entre Tippoo et lord Cornwallis, vient d’arriver de la part de Meer Kummeck-Cdeen, qui demande mes ordres au sujet de 4 000 chevaux dont il a le commandement. Je lui fais répondre de se livrer à discrétion, et s’en rapporter à la générosité anglaise.
M. Chapuy, et la plupart des Français, sont au nombre des prisonniers : ils ont tous des commissions du gouvernement français.

Signé : Georges Harris.

Aussitôt que la nouvelle de la prise de Seringapatam fut parvenue à Madras, le lord Mornington, accompagné du lord Clive, partit pour cette capitale, à l’effet d’y établir le nouveau gouvernement.
On prétend que l’ex-roi de Mysore, prisonnier auprès de Tippoo, sera réintégré dans les domaines conquis par Hyder-Haly
[le père de Tippoo-Saïb].
Quand aux autres provinces annexées par ce conquérant au royaume qu’il a créé, on assure qu’elles seront rendues en partie aux possesseurs légitimes, sous condition de payer tribut à la Compagnie des Indes, et de reconnaître sa souveraineté. Tous les ports de la mer seront occupés par les Anglais.
On a pris à Seringapatam la valeur de 3 millions sterl. en espèces. ce butin appartient aux soldats ; mais la Compagnie des Indes doit leur en emprunter une grande partie pour relever le commerce de Madras, qui se ressentait d’un grand défaut de navigation. »




3 novembre 1799 (nouvelles de Madras en date du 20 mai) :
« [Les enfants de Tippoo-Sahib], au nombre de treize, et les grands de l’empire, sont venus se rendre au général Harris, à Seringapatam. L’armée du sultan a été licenciée. Le corps qu’on appelait autrefois de Lally s’est aussi rendu ; il était composé d’Européens, qui ont tous été faits prisonniers de guerre : les troupes qui venaient d’arriver de l’Isle-de-France ont eu le même sort ; on les fera passer dans le Carnate. Les chevaux, éléphants et chameaux de l’armée indienne, ont été distribués à la cavalerie anglaise. Les places fortes du Mysoure se rendent sans défense ; les gens de la campagne retournent paisiblement à leurs travaux ; tout est clame et soumis ; le nouvel ordre des choses s’établit avec activité et sans la moindre résistance. »


Ainsi s’achevait la quatrième et dernière guerre du Mysore…

Drouet Cyril

Re: INDE : Tippoo Sahib

Message par Drouet Cyril »

Quelle puissance détestable que cette Angleterre d'alors! Etablir une relation de maîtres à esclaves!
Les Français, au même moment en Egypte, souffriraient peut-être de la comparaison.
Et que savez-vous de ces "aventuriers" français qui portaient les armes ?
Comme dit plus haut, le gouverneur Malartic envoya, au commencement de l’année 1798, des renforts suite à la demande formulée par Tippoo (d’autres Français étaient déjà à son service, dont par exemple le corsaire Ripaud, fondateur du club des Jacobins de Serigapatam…).
Ces hommes, placés sous l’autorité du chef de brigade Chappuis, furent transportés à partir de l’Ile de France et de la Réunion sur la frégate la Preneuse commandée par le capitaine L’hermite. Partie le 7 mars 1798, la Preneuse arriva en rade de Mangalore et débarqua le petit corps français qui, outre Chappuis et le capitaine de vaisseau Dubuc, se composait de deux officiers d’artillerie, six officiers de marine, quatre charpentiers de vaisseau, vingt-six officiers, sergents et interprètes, trente-six soldats européens et vingt-six soldats mulâtres (il convient de préciser que l’on trouve des chiffres plus importants mais ne dépassant pas les 150 hommes).
A noter que peu de temps avant d’arriver à Mangalore, la frégate française s’était emparée de deux vaisseaux de la Compagnie des Indes. La rencontre eut lieu face à Tellichery et coûta à l’ennemi 600 prisonniers.
Dubuc ne resta qu’un an en Inde et s’embarqua pour la France, en février 1799, comme ambassadeur de Tippoo auprès du Directoire exécutif.
Le reste combattit auprès du sultan. Une partie fut faite prisonnière lors de l’assaut de Seringapatam. Chappuis et six autres officiers français furent rapatriés en Angleterre en 1801 sur la frégate le Triton.

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