Le capitaine Hugo (Eylau 8 février 1807)

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Modérateur : Général Colbert

Très Saint Père Fulub

Le capitaine Hugo (Eylau 8 février 1807)

Message par Très Saint Père Fulub » 09 févr. 2003, 09:45

...C 'est à ce moment qu 'une neige épaisse , que le vent du nord poussait en rafales obscucit l'horizon à tel point que les colones d'Augereau, aveuglées par cette nuit soudaine, perdirent leurs direction et se trouverent aux prises avec l'aile droite , le centre , et la reserve des russes,Augereau imprevu, l'empereur ordeonna au grand duc de berg et a BESSIERES de lancer 70 escadrons de cavalerie sur le centre de l'ennemi .La cavalerie russe fut culbutée , les deux premieres lignes russes d'infanterie et d'artilerie traversées , mais la troisieme forte de 4000 hommes fut ralliée et marcha sur le cimetiere d'EYLAU.
ordre fut donné au capitaine HUGO , au milieu de la nuit, d'occuper ledit cimetiere avec sa compagnie, d'y rester coute que coute, et cela sous la neige par un froid de douze degres . "En me reveillant, declara t'il plus tard, je m'apercus que j'avais dormi sur un russe gelé . je me suis dit" tiens , c'est un russe" A six heures le feu commenca .Le general de saint hilaire, commandant de la division passa devant moi et me dit " HUGO , avez vous de la goutte? non mon général , j'en boirais bien avec vous,et moi aussi mon général!"
Il faut dire que depuis trois jours,officiers et soldats n'avaient rien pris .Un grenadier du nom de DESNOEUDS , qui entendit le dialogue, se tourna vers Hugo et lui dit:3Mon capitaine j'en ai moi .Tenez ouvrez mon havresac".CE DESNOEUDS avait en effet , dans son sac une bouteille d'eau de viede france qu'il avait eu la constance de garder depuis MAGDEBOURG sans y toucher, en depit de toutes privations. Le capitaine en but alors une bonne goutte, remplit le gobelet d'etain qu'il portait à la monture de son sabre, et fit boire alors le général, tandis que tiraient sur eux soixante piéce d'artillerie a la mitraille.
Un quart d'heure aprés ?DESNOEUDS rcut une balle a la jambe .Il se pansa lui meme , à l'ecart, et revint à sa place .Une heure plus tard un boulet le coupa en deux.A midi , une caisse de mitraille éclata prés du capitaine qui recut un biscaien au bras droit."Je donnai une poignée de main à mon bras gauche, pour m'assurer que mon bras droit etait encore la,a t'il conté plus tard. Je vis seulement un grand trou dans ma manche..........

FULUB

C.Douville

Message par C.Douville » 09 févr. 2003, 19:52

Merci pour ce récit très intéressant .
Dans un récit sur la victoire que Moreau remporte sur les Autrichiens à Hochstadt ( 18 juin 1800), on parle d'un certain capitaine Hugo qui aurait pris un drapeau à la main et se serait élancé sur un pont, sa compagnie l'aurait suivi, les ennemis furent ensuite mis en déroute . Hugo monta en grade pour cet exploit . Je ne sais pas si c'est bien le même Hugo ?

Très Saint Père Fulub

Message par Très Saint Père Fulub » 09 févr. 2003, 20:01

Je ne sais pas si il s'agit du même, désolé.

Hypolite

Message par Hypolite » 09 févr. 2003, 20:20

Y a t'il un rapport avec le Général, pere de Victor :?

Dominique Contant

Message par Dominique Contant » 10 févr. 2003, 00:23


Bonsoir, :salut:
Le capitaine dont vous parlez ne peut être, à mon avis (mais sans aucune certitude), que Louis Hugo, l'oncle de Victor.
Si Louis et Joseph ont tous deux combattus avec Moreau dans l'armée du Rhin, ils n'étaient pas dans la même arme :
Louis était début 1800 Maréchal des logis de la gendarmerie à pied et c'est durant cette campagne qu'il est passé sous-lieutenant dans la 110 ° demi-brigade.
Joseph, le père du poète, était adjudant major. Devenu adjoint à l'état major de l'armée du Rhin, il se distingua à Moerskirch le 20 juin 1800 et Moreau le nomma chef de bataillon sur le champs de bataille. Ses états de service comme légionnaire de la Légion d'honneur, pourtant assez complets, ne font pas état d'un quelconque acte de bravoure à Hochstadt – pourtant sa biographie de 1847 avait été révisée par Victor Hugo lui même.
Joseph a écrit quelques ouvrages militaires et en particulier un curieux petit livre de quelques pages en 1794. Le titre en est : ' Coup d'œil militaire sur la manière d'escorter, d'attaquer ou de défendre les convois. ' Il préconise dans les premières pages l'importance d'apprendre aux charretiers à bien diriger et savoir stationner leurs charrettes. Ce qui en fait peut entre le précurseur du ' permis de conduire ' :fou:
Passant un jour sous l'arc de Triomphe récemment inauguré, Victor leva la tête et chercha le nom de son général de père….. Il chercha en vain. Joseph Léopold Sigisbert Hugo n'était pas dans la liste des généraux d'Empire. Certains ont prétexté l'oubli, d'autres le fait que son grade de Général et de Comte ne lui avaient pas été conférés par Napoléon, mais par Joseph. :mrgreen:
Amicalement Dominique

C.C.

Message par C.C. » 10 févr. 2003, 00:31

"A mes frères aînés, écoliers éblouis,
Ce qui suit fut conté par mon oncle Louis,
..."

Victor Hugo commence ainsi son poème intitulé "Le cimetière d'Eylau" (Le temps présent - La légende des siècles).

C.C.

Cher Dominique,

Message par C.C. » 10 févr. 2003, 18:02

Efectivement, Dominique, mais il me semblait que ce début confirmait bien cette partie de votre message:
Le capitaine dont vous parlez ne peut être, à mon avis (mais sans aucune certitude), que Louis Hugo, l'oncle de Victor.
Une confirmation, en quelque sorte...



Dominique Contant

Message par Dominique Contant » 10 févr. 2003, 18:23


Cher Charlie,
Voici la biographie du Père de Victor publiée en 1847 ( On y sent la main de Victor...)
HUGO (JOSEPH-LÉOPOLD-SIGISBERT, COMTE)
Naquit le 15 novembre 1773 à Nancy (Meurthe). Soldat dans le régiment de Beauvoisis (57e d'infanterie) du 16 septembre 1788 au 1er février 1789, il passa, le 26 juillet suivant, dans le régiment du roi, d'où il fut congédié le 3 octobre 1770. Le 23 avril 1791, il fut admis dans le 13e régiment d'infanterie, et nommé par le général Beauharnais, le 1er décembre 1792, fourrier marqueur à l'état-major de l'armée du Rhin, fonction qui consistait à marquer les logements des troupes, et qui fut bientôt supprimée. Blessé d'une balle dans le cou lors de l'invasion du Patalinat le 6 janvier 1793, il revint à Strasbourg, fut nommé, le 21 mai, adjudant major du 8° bataillon du Bas-Rhin, et dirigé sur la Vendée avec son bataillon. Au combat de Vihiers, il arrêta des milliers de royalistes avec un détachement de 50 hommes, reçut une balle au pied droit, et eut ses vêtements criblés de dix-sept coups de mitraille. A peine remis de sa blessure, il combattît, le 20 septembre, à la malheureuse affaire de Montaigu, ou 2 chevaux, sur lesquels il s'était fait attacher, furent successivement tués sous lui. Dans la campagne de l'an II, il commanda heureusement une expédition dans l'arrondissement du château d'O, attaqua les Chouans au Coudray (Loire Inférieure), et tua de sa main un nommé La Perdrix, l'un de leurs chefs les plus redoutés. Le l° brumaire an V, il quitta Ia Vendée pour être incorporé, avec son grade d'adjudant major, dans la 20e demi-brigade de bataille, au camp de Grenelle, et contribua beaucoup à y maintenir les troupes dans l'obéissance lors des tentatives de séduction faites auprès d'elles par le parti jacobin. A cette époque, appelé comme rapporteur au 1° conseil de guerre de la 17e division militaire, à Paris, il exerça ces fonctions jusqu'au 1er thermidor an VII, et devint alors adjoint a l'adjudant général Mutelé, dans la 4° division (Metz). L'année suivante, le 20 germinal, il passa adjoint à l'état major de l'année du Rhin, et fit partie de la réserve au passage du fleuve, au combat de Tiengen et a la bataille d'Engon en floréal. Nommé par Moreau chef de bataillon sur Le champ de bataille de Mœrskirch le 1° messidor, Hugo rentra en France avec l'armée, prit, le 8 vendémiaire an IX, le commandement de la place de Lunéville, passa au commandement d'armes de Clèves le 11 messidor suivant, rentra dans la 20e demi-brigade de bataille le 11 fructidor, et fut compris comme membre de la Légion D’Honneur dans la promotion du 25 prairial an XII. Au moment de la condamnation de Moreau, Hugo refusa noblement de signer une adresse contre ce général, adresse que des partisans trop zèles du nouveau régime faisaient circuler dans l'armée. Quelques mois après, il reçut l'ordre de se rendre en Corse, puis à l'île d'Elbe, d'où il regagna Gènes, vers la fin de l'an XIII pour rejoindre le quartier général de l'armée d'Italie. Après un premier succès obtenu sur l'Adiré, le 26 vendémiaire an XIV, il se couvrit de gloire, le 8 vendémiaire, au combat de CaIdiero, en se maintenant quatre heures dans le village, avec son bataillon, malgré tous les efforts de l'ennemi pour le déloger. Celle résistance énergique sauva t'armée française de la nécessité de repasser l'Adige et valut au commandant Hugo l'honneur d'être cité trois fois dans le rapport de Masséna. Le lendemain, il passa dans la division de grenadiers réunis du général Partouneaux, et en commanda successivement un bataillon, puis un régiment, et, enfin, une brigade durant le reste de la campagne. L'année suivante, il alla prendre part à la conquête de Naples, et fut présenté, à Rome, au roi Joseph qui l'avait déjà distingué au congrès de Lunéville, et qui obtint de le prendre à son service. Hugo entra donc, le 28 septembre 1806, dans le 2e régiment d'infanterie légère napolitaine qu'il avait organisé en quelques semaines sur l'ordonnance française, et fut dirigé, avec un détachement de ce régiment, contre Michel Pezza, ancien brigadier des armées de Ferdinand IV, et si célèbre sous son nom de partisan Fra-Diavolo. Après une poursuite des vingt-neuf jours, durant laquelle le commandant Hugo fut blessé d'un coup de feu à la jambe, il parvint à s'emparer de ce rebelle qu'il livra aux tribunaux. Celle expédition terminée, il purgea la Pouille des brigands qui l'infestaient, dispersa les insurgés de Melfi, et, nommé major le 30 novembre, il se rendit à Gaête, chargé du commandement en second du régiment Royal Corse, cédé au roi de Naples par l'empereur Napoléon. Là, il eut encore à déployer cette fermeté dont il avait déjà fait preuve en maintes occasions : il apaisa une sédition qu'un retard dans le paiement de la solde avait fait naître dans les troupes, puis il alla prendre le commandement de la province d'Avelino qu'il quitta momentanément pour conduire une expédition aux sources de l'Ofanto. De retour dans sa province, il fut promu, le 28 février 1808, colonel du Royal Corse, et parvint, à la tête de ce régiment à pacifier entièrement le pays. Au mois de juillet suivant, autorisé a suivre le roi Joseph à Madrid, il y organisa le régiment Royal Étranger avec les débris des troupes faites prisonnières au Retiro. Il marcha avec son nouveau régiment sur Avila, en janvier 1809, chassa l'ennemi de cette place qu'il mit ensuite à l'abri d'un coup de main, et, après plusieurs expéditions heureuses dans celle province, il obtint, le 20 août, le grade de maréchal de camp, sans passer par celui de brigadier, tout en conservant la place de majordome du palais, qui lui avait été conférée dès le mois de janvier précédent. Nommé, au mois de décembre, inspecteur général des corps formés et à former, et commandeur de l'ordre royal d'Espagne, dignité qui donnait un revenu de 30,000 réaux (environ 8,000 francs), il fut appelé auprès du roi, en janvier 1810, et investi bientôt après du gouvernement de Guadalaxara, avec ordre de se mettre à la poursuite de l'Empecinado. Il se porta successivement sur les bords du Tage et de l'Hénarès, dans les montagnes de la Castille et du haut Aragon, battit l' Empecinado dans trente-deux rencontres, particulièrement aux affaires de Sotoca, de Trillo, de Cifuentes et de Valdajoz, en juin, août, septembre et octobre, et reçut du roi Joseph le titre de Comte dans le cours de ces expéditions. Dans la campagne de 1811, il attaqua l'ennemi à Siguenza, et fut blessé d'un coup de lance à la main en le chassant sur la rive gauche du Tage. On a estimé à une valeur, de plus de 30 millions de réaux les convois que le général Hugo avait enlevés aux insurgés durant les guerres de 1809 a 1811. Remplacé dans son commandement au mois de septembre, il se rendit à Madrid et devint chef d'état-major du maréchal Jourdan, puis gouverneur de la place en 1812. Pendant la retraite de l'armée française, il eut le commandement important de l'arrière-garde, et, à la déroute de Vittoria, le 21 juin, il sauva le roi Joseph qui l'en récompensa en le nommant trois jours après son premier aide de camp. Le 8 janvier 1814, peu de temps après sa rentrée en France, il alla prendre, par ordre du duc de Valmy, le commandement de la place de Thionville où, pendant quatre-vingt-huit jours, il soutint le blocus et le bombardement des Hessois et des Russes. Après l'armistice du 15 avril, il garda le commandement de la place jusqu'au 12 septembre, fut reconnu, le 21novembre, maréchal de camp au service de France pour prendre rang du 11 septembre 1813, date de son départ pour l'Espagne, et reçut la croix de Saint-Louis le 27 du même mois. Au mois d'avril 1815, il reprit le commandement de Thionville et la sauva de la destruction en contenant les troupes qui voulaient s'y défendre jusqu'à la dernière extrémité, malgré les préliminaires de paix et la volonté du roi. Son imposante énergie empêcha seule les Prussiens d'en démanteler les remparts et d'en enlever le matériel, et, le 8 novembre, il quitta brusquement la place pour échapper à l’humiliation d'en remettre lui-même les clefs à une garnison étrangère. Compris dans la grande ordonnance de retraite du 1er décembre 1824, nommé, le 23 mai 1825, au grade honorifique de lieutenant général, il est mort à Paris, d'une apoplexie foudroyante, dans la nuit du 29 au 30 janvier 1828. Le général Hugo a publié plusieurs ouvrages importants, parmi lesquels sont ses Mémoires militaires et un Traité sur la défense des places. M. Victor Hugo, de l'Académie française et pair de France, est le second fils de cet officier général.
Amicalement Dominique

C.Douville

Message par C.Douville » 10 févr. 2003, 23:51

Bonsoir Dominique ;-)
Je vous remercie pour ces infos . Ce que j'ai toujours aimé chez Hugo c'est son style littéraire . Le récit qu'il donne sur Waterloo dans les misérables est certainement critiquable mais il est vraiment passionnant et très entraînant. :P
A+

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Cyril Drouet
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Re:

Message par Cyril Drouet » 25 sept. 2019, 15:52

Dominique Contant a écrit :
10 févr. 2003, 18:23
Dans la campagne de l'an II, il commanda heureusement une expédition dans l'arrondissement du château d'O,
Quelques mots d'Hugo (Mémoires) sur ses états de services au château de la Hibaudière (aussi appelé château d'Aux ou d'O) :

« Tous les détachements qui se rendaient du château d'O à Nantes par la traverse qui passe sous Bouquenay, étaient ordinairement attaqués par les habitants de cette commune. Notre cavalerie ayant souffert dans l'une de ces attaques, l'officier supérieur qui commandait la colonne dont elle faisait partie se retira ; mais au lieu de rentrer au château, il revint de nuit sur Bouquenay, y prit 270 hommes et 22 jeunes filles qu'il nous amena le lendemain. Les écuries, les granges et les greniers, furent remplis de ces malheureux. Les jeunes filles furent déposées dans une chapelle : leur âge était de quinze à vingt-quatre ans. Tel était encore à cette époque l'état de cette affreuse guerre, qu'on ne tombait entre les mains de son ennemi que pour y recevoir la mort. Muscar, embarrassé de ce douloureux trophée, demanda des instructions sur la conduite à tenir dans la circonstance. On lui répondit de garder les prisonniers, et qu'on allait lui envoyer des juges pour examiner leur conduite. Mais, avant l'arrivée de ce tribunal, des ordres nous parvinrent de jeter beaucoup de petites colonnes dans la campagne, et je me trouvai presque seul dans le château, avec un grand nombre de malheureux qui ne se firent remarquer que par leur douce résignation. Je leur parlais du désir que j'avais de les voir libres, mais tranquilles et livrés à la culture de leurs terres. Je leur peignais tous les maux qu'une conduite hostile devait nécessairement attirer sur leurs cantons, et tous me promettaient de suivre mes conseils, s'ils avaient le bonheur d'échapper au malheur qui les menaçait.
Quelques détachements rentrèrent et nous amenèrent un tribunal spécial nommé à Nantes, pour juger nos prisonniers. A l'opinion qui régnait parmi ses membres, nous nous attendîmes tous à ne leur voir prononcer que la peine capitale. Mes fréquents entretiens avec ces prisonniers m'avaient inspiré pour eux un intérêt que leur simplicité et leurs promesses n'avaient fait qu'accroître. J'osai, au jour du jugement, me présenter devant le tribunal, non pour les défendre, on ne me l'eût pas permis, mais pour demander qu'au lieu de les condamner à la mort, on les envoyât travailler dans les mines de l'intérieur de la France, jusqu'à la pacification qui ne pouvait tarder. Le tribunal m'écouta sans m'interrompre, et son président me répondit que rien n'autorisait les juges à prendre sur eux cette mesure de clémence.
Je vis donc, après quelques courtes questions de pure forme, condamner ces 270 infortunés à la peine terrible à laquelle ils s'attendaient: on les conduisit à la mort par petites troupes; Ils la reçurent avec calme, à côté des fosses ouvertes pour les recevoir. J'ai beaucoup fait la guerre, j'ai parcouru de vastes champs de bataille, jamais rien ne m'a tant frappé que le massacre de ces victimes de l'opinion et du fanatisme.
A peine ces malheureux furent-ils condamnés, que le tribunal reçut ordre de retourner à Nantes. Le président pria Muscar de faire juger les jeunes filles par une commission militaire; et cet officier, désirant les sauver, me nomma, quoique bien jeune encore, pour présider ce tribunal, certain que je ne démentirais pas les sentiments d'humanité qu'il me connaissait. Il n'osa point influencer la nomination des autres membres, mais il me pria de tout faire pour les apitoyer sur les infortunées dont le sort était remis entre nos mains.Un vieux sous-lieutenant du 13e de Seine-et-Oise, nommé Fleury, s'il m'en souvient bien, homme sombre et taciturne, devant opiner le premier, je craignis que sa voix n'influençât défavorablement les autres juges, et je crus, avant de la lui demander, devoir, après la rentrée des prévenues dans la chapelle, représenter au tribunal qu'il était bien pénible pour des militaires, d'être appelés à prononcer sur le sort de malheureuses victimes de la guerre; qu'il l'était plus encore quand les jugements devaient tomber sur des jeunes filles qui ne pouvaient avoir pris aucune part aux hostilités; sur des infortunées qui toutes versaient déjà des larmes de sang par suite des événements affreux dont nous venions d'être témoins, et dont elles ne pouvaient douter, puisque tous les feux meurtriers avaient retenti jusqu'à elles. J'engageai les juges à bien se recueillir, à ne chercher aucun modèle de conduite, et à prononcer d'après leur cœur.Alors ce vieil officier, que je craignais tant, dit à haute voix et sans sortir de son caractère: « Je me suis fait militaire pour combattre des hommes, et non pour assassiner des femmes. Je vote la mise en liberté des vingt-deux prévenues, et leur renvoi immédiat chez elles. » Cette opinion, qui m'aurait précipité dans les bras du brave homme si j'avais osé le faire, fut appuyée de suite par un lieutenant de la légion nantaise qui le suivait, et bientôt une heureuse unanimité ouvrit les portes de la chapelle à ces enfants tous à genoux; à ce jeune troupeau qui aujourd'hui peut-être entretient encore de ses terreurs et de sa joie inespérée la nombreuse postérité qui doit en être issue. Muscar vint alors remercier le tribunal de sa généreuse conduite, et nous exprimer ses regrets que les 270 prisonniers qui venaient de périr n'eussent pas été soumis à un arrêt aussi doux que le nôtre. Cependant, qui le croirait, des hommes prévenus ou mal informés ont fait planer sur ce brave officier l'accusation d'avoir lui-même nommé le tribunal à qui Bouquenay doit sa dépopulation. »


Quelques précisions :
Il y eu en fait deux rafles : celles des 21 et 31 mars 1794.
Le 21, une soixantaine d'hommes et 11 femmes furent pris. Seule une d'entre elles échappa au peloton d'exécution.
Le 31, la moisson fut bien meilleure encore : 210 hommes et 75 femmes. C'est cette rafle à laquelle fait référence Brutus.
Contrairement à ce que laisse entendre Hugo, il n'y avait pas que des adultes. Ainsi, si un enfant de 13 ans fut gracié à cet occasion, on fusilla les autres à partir de 15 ans.
Pour ce qui est du tribunal des femmes, Hugo n'en fut pas président mais greffier. Surtout, les prisonnières ne furent pas graciées mais dirigées vers les geôles nantaises. Quelques-unes y furent emportées par la maladie, d'autres condamnées et mises à mort. Les survivantes ne durent pas leur liberté au greffier "président" Hugo mais aux représentants Bô et Bourbotte qui leur ouvrirent les portes des prisons trois mois plus tard le 12 juillet.

Rafles, viols, exécutions sommaires et incendies continuèrent fort logiquement après la tuerie des 2 et 3 avril.
Le 6 mai 1794, la municipalité républicaine du bourg tout proche de Bouguenais, exaspérée par les massacres, fit arrêter Beilver, le guide local qui avait mené bon train la grande rafle du 31 mars.
Le 8e bataillon écrivit alors de multiples pétitions pour exiger sa libération. Parmi les signataires, un certain Brutus Hugo...


Dans le cimetière de Bouguenais, a été érigé un mausolée contenant les ossements de près de trois cents victimes fusillées au château de la Hibaudière.
" Grâce aux prisonniers. Bonchamps le veut. Bonchamps l'ordonne ! " (d'Autichamp)

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