Maréchaux : Nicolas SOULT

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Modérateur : Général Colbert

louis gaillard

Re: Maréchaux : Nicolas SOULT

Message par louis gaillard »

Eh bien Gotteri ferait bien de vérifier ses infos...
Il y a suffisamment d'autres source de témoignages. Tout le monde connaît le comportement des troupes en Espagne...
Soult n'était pas l'abbé Pierre.

"… Aucun n’eut la rapacité du maréchal Jean-de-Dieu Soult, nommé gouverneur d’Andalousie en 1810, qui n’hésitait pas à exercer la menace et le chantage pour se faire offrir les plus beaux Murillo des églises et couvents de Séville. Il se constitua ainsi la plus grande collection de tableaux espagnols jamais réunie jusque là hors d’Espagne : sur plus de 170 peintures réunies figuraient une vingtaine d’œuvres de Murillo. Soult offrit en 1813 au Louvre, alors musée Napoléon, 4 tableaux sélectionnés par Vivant Denon, un Zurbaràn, - et 3 Murillo : 2 lunettes provenant de l’église Sta Maria la Blanca de Séville (Le Songe du Patricien – et – Le Patricien devant le pape – ainsi que Ste Elisabeth de Hongrie soignant les teigneux d l’hôpital de la Charité de Séville)."

"Les généraux de l’Empire avaient déjà ramené dans leur butin des toiles prestigieuses ; à lui seul, le maréchal Soult, a rapporté cent neuf tableaux.
Le public français sait-il, par exemple, que l’invasion napoléonienne de 1808-1813 en Espagne s’est accompagnée d’une véritable razzia d’œuvres d’art dans laquelle s’illustra l’armée d’occupation, notamment l’intendant-général Fabvier et les maréchaux Soult et Sébastiani ?"

Et il y a bien d'autres sources. Inutile de se voiler la face. C'était la guerre...
Drouet Cyril

Re: Maréchaux : Nicolas SOULT

Message par Drouet Cyril »

Eh bien Gotteri ferait bien de vérifier ses infos...
Faudra lui dire. :lol:
Mais avant, pourriez-vous nous dire ce que vous pensez des "infos" données par Gotteri pp. 491-504 ?
FRIEDERICHS

Re: Maréchaux : Nicolas SOULT

Message par FRIEDERICHS »

J'aime bien SOULT en règle générale .
Mais il y a un truc qui me reste en travers de la gorge chez lui , c'est d'avoir fait tuer avec une parfaite inutillité un personnage qui m'intéresse , le général Guyot , qui commandait sa cavalerie légère en POlogne en 1807 ( sans parler d'une centaine de ses cavaliers , sans compter les blessés et les prisonniers ) .
C'est le général AMEIL , qui le dit , dans une page de ses " Notes et documents " , intitulée Trait qui caractérise bien la dureté du Maréchal
SOULT
:furieux: :salut:
Drouet Cyril

PORTUGAL : bataille de Bussaco ou Buçaco, 27 septmbre 1810

Message par Drouet Cyril »

Il s'agit de la découverte du chemin de Sardao par Montbrun suite à Bussaco.
Thiers en parle de cette manière :
"Arrivés presque aux sommets de ces côteaux, à un point d'où l'on pouvait apercevoir la plaine de Coimbre et la grande route de Lisbonne, [Montbrun et Sainte-Croix] rencontrèrent un paysan qui leur dit que ce chemin s'étendait jusque dans la plaine, et allait rejoindre la grande route de Coimbre près d'un lieu dénommé Sardao. Ils étaient parvenus en ce moment à un village appelé Boïalva, qui était un peu sur le revers de la sierra, et que le brigadier Trent n'avait pas songer à occuper. Montbrun et Sainte-Croix y laissèrent un régiment de dragons avec de l'artillerie, en échelonnèrent trois autres en arrière avec ordre de défendre le village de Boïalva à tout prix, puis descendirent au galop pour s'assurer que le paysan avait dit vrai, reconnurent l'exactitude de son rapport, et revinrent en toute hâte apporter à Masséna la nouvelle de leur heureuse découverte."
Lepic34

PORTUGAL : bataille de Busaco, 27 septembre 1810

Message par Lepic34 »

:salut:

Il y a 200 ans se déroulait la bataille de Bussaco au Portugal où les français vont s'épuiser à attaquer les retranchements de Wellington avant que le général Montbrun découvre un chemin pour tourner l'aile gauche des alliés, mais Welllington se replie le 28 au soir après avoir tout ravagé sur son passage pour affamer l'armée française. Dans ce malheureux combat Masséna perd environ 4500 hommes et les anglo-portugais environ 1500 tués et blessés.
La retraite de Wellington s'effectue sans problèmes et l'armée française va perdre 2 jours à Coïmbra pour effectuer le sac de la ville, le mauvais temps se mettant de la partie, la cavalerie de Masséna ne parviendra pas vraiment à gêner la retraite de son adversaire.

:salut:
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Cyril Drouet
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PORTUGAL : Cela s'est passé un 29 septembre... la guerre des Oranges

Message par Cyril Drouet »

Avant le traité du 29 septembre 1801, il y eut celui de Badajoz en date du 6 juin 1801. Le voici :
« Son Altesse Royale le prince régent du royaume de Portugal et des Algarves, et le premier consul de la République française au nom du peuple français, voulant faire la paix par la médiation de Sa Majesté Catholique, ont donné leurs pleins pouvoirs à cet effet, savoir : Son Altesse Royale à Son Excellence Monsieur Louis Pinto de Sousa Coutinho, conseiller d'Etat, grand-croix de l'ordre d'Aviz, chevalier de l'ordre de la Toison d'Or, commandeur de la ville de Canno, seigneur de Ferreiros et Tendaes, ministre et secrétaire d'Etat pour le département des affaires intérieures et lieutenant général de ses armées; et le premier consul au citoyen Lucien Bonaparte : lesquels plénipotentiaires, après l'échange respectif de leurs pleins pouvoirs, sont convenus des articles suivants :

Art. 1er. Il y aura paix, amitié et bonne intelligence entre la monarchie portugaise et le peuple français : toutes les hostilités cesseront aussitôt après l'échange des ratifications du présent traité : toutes les prises qui auront été faites après cette époque, dans quelle partie du monde que ce soit, seront réciproquement restituées sans la moindre diminution : les prisonniers de guerre seront rendus de part et d'autre, sauf le paiement des dettes par eux contractées; et les rapports politiques entre les deux puissances seront rétablis sur le même pied qu'avant la guerre.
Art. 2. Tous les ports et rades du Portugal, tant en Europe que dans les autres parties du monde, seront fermés de suite, et le demeureront jusqu'à la paix entre la France et l'Angleterre, à tous les vaisseaux anglais de guerre et de commerce, et ils seront ouverts à tous les vaisseaux de guerre et de commerce de la République et de ses alliés.
Art. 3. Le peuple français garantit pleinement la conservation, à la paix générale, de toutes les possessions portugaises sans aucune exception.
Art. 4. Les limites entre les deux Guyanes seront déterminées à l'avenir par le Rio Arawari, qui se jette dans l'Océan au-dessous du cap Nord, près de l'Ile Neuve et de l'île de la Pénitence, environ à un degré et un tiers de latitude septentrionale. Ces limites suivront le Rio Arawari depuis son embouchure la plus éloignée du cap Nord jusqu'à sa source, et ensuite une ligne droite tirée de cette source jusqu'au Rio Branco vers l'ouest.
Art. 5. En conséquence, la rive septentrionale du Rio Arawari depuis sa dernière embouchure jusqu'à sa source, et les terres qui se trouvent au nord de la ligne des limites fixée ci-dessus, appartiendront en toute souveraineté au peuple français. La rive méridionale de ladite rivière à partir de la même embouchure, et toutes les terres au sud de ladite ligne des limites, appartiendront à Son Altesse Royale. La navigation de la rivière dans tout son cours sera commune aux deux nations.
Art. 6. Il sera incessamment procédé à un traité d'alliance défensive entre les deux puissances, dans lequel seront réglés les secours à fournir réciproquement.
Art. 7. Les relations commerciales entre la France et le Portugal seront fixées par un traité de commerce; en attendant, il est convenu:
1° Que les relations commerciales seront rétablies entre la France et le Portugal de suite, et que les citoyens ou sujets de l'une et de l'autre puissance jouiront respectivement de tous les droits, immunités et prérogatives dont jouissent ceux des nations les plus favorisées.
2° Que les denrées et marchandises provenant de leur sol ou manufactures seront admises réciproquement, sans pouvoir être assujetties à une prohibition quelconque, ni à aucuns droits qui ne frapperaient pas également sur les denrées et marchandises analogues importées par d'autres nations.
3° Que les draps français pourront être introduits en Portugal de suite, et sur le pied des marchandises les plus favorisées.
4° Qu'au surplus, toutes les stipulations relatives au commerce, insérées dans les précédents traités, et non contraires à l'actuel, seront exécutées provisoirement jusqu'à la conclusion d'un traité de commerce définitif.
Art. 8. Le peuple français garantit pleinement l'exécution du traité de paix conclu en ce jour entre Son Altesse Royale et Sa Majesté Catholique, par l'intermédiaire de Son Excellence Monsieur Louis Pinto de Sousa Coutinho, conseiller d'Etat, etc., et Son Excellence le prince de la Paix, généralissime des armées combinées; toute infraction à ce traité sera regardée par le premier consul comme une infraction au traité actuel.
Art. 9. Les ratifications du présent traité de paix seront échangées à Badajoz ou à Madrid dans le terme de vingt-cinq jours au plus tard.

Articles secrets :
Art. 1er. Son Altesse Royale le prince régent du royaume du Portugal et des Algarves s'oblige à payer à la République française la somme de quinze millions de livres tournois, dont la moitié en argent monnayé, et l'autre moitié en pierreries.
Art. 2. Ces paiements seront faits à Madrid dans l'espace de quinze mois après l'échange des ratifications du présent traité, et à raison d'un million par mois.
Art. 3. Dans le cas où M. d'Araujo eût conclu à Paris un traité, ou seulement qu'il eût été reçu, et que l'on eût admis sa négociation, les traités de paix de ce jour avec la France et l'Espagne, et les conditions secrètes ci-dessus, sont déclarés de nul effet et non avenus.
Art. 4. Dans le cas où malgré les traités de paix de ce jour, le Portugal évite une rupture avec l'Angleterre, le service des paquebots de correspondance entre ces deux Etats pourra continuer sur le pied actuel, sans qu'on puisse cependant l'augmenter d'aucune manière ni l'employer à d'autre chose que la correspondance.
Art. 5. Dans le cas au contraire d'une guerre entre le Portugal et l'Angleterre, le Portugal sera traité pour l'extraction des grains de France comme la nation la plus favorisée. »


Ledit traité arriva à Paris le 15 juin et mit en rage Bonaparte qui écrivit de suite à Talleyrand :
« Je vous expédie la copie du magnifique traité que nous a fait notre ambassadeur. Je vous prie de lui faire connaître, par un courrier extraordinaire, que ce traité est contraire à ses instructions, contraire au traité fait avec l'Espagne, contraire aux intérêts de la République et tout à fait dans ceux de l'Angleterre ; qu'il doit déclarer sur-le-champ à l'Espagne que le traité n'est pas ratifié et n'est pas susceptible de l'être; que, si les trois provinces ne sont pas sur-le-champ occupées par les troupes espagnoles et françaises, je ne puis répondre d'aucune manière de la restitution des colonies espagnoles ;
Que le traité est un coup inattendu que le Premier Consul regarde comme un des revers les plus éclatants qu'il ait éprouvés dans sa magistrature ;
Que, s'il n'était pas rompu sur-le-champ, il faudrait s'attendre à voir se prolonger encore de trois campagnes la guerre du Portugal ; car la compensation seule des trois provinces est le seul moyen d'obtenir la restitution de la Trinité et d'accélérer l'œuvre si essentielle et si importante de la paix générale ;
Le traité de paix ne doit être considéré que comme une espèce de protocole, puisqu'il porte que les hostilités ne cesseront qu'après les ratifications ;
Que le général Leclerc doit, à l'heure qu'il est, être à la tête de 15 000 hommes, et que 10 000 autres, qui sont à la frontière de France, entreront à la première demande de l'Espagne ;
Que je désire que l'on renforce les troupes françaises de 12 000 Espagnols, lesquelles envahiront Oporto et toutes les provinces que l'on doit occuper ;
Enfin qu'il est absurde de vouloir que nous garantissions au Portugal la restitution de ses colonies; que cela déshonore entièrement le cabinet, et que j'aimerais mieux, pour l'honneur de ce Gouvernement, avoir perdu une province que de ratifier ce traité ;
Que mon nom n'est accoutumé à se trouver qu'à des choses utiles pour la nation et honorables pour le peuple français.
Demain, à midi, vous me présenterez ce projet de dépêche.
Je vous prie également de m'apporter toute votre correspondance et le traité fait avec l'Espagne.
Faites un projet de note que le citoyen Otto présenterait à la cour de Londres avec le présent traité, sous le titre de protocole. Le but de cette note sera,
De faire connaître à lord Hawkesbury que la province d'Alentejo a été conquise par les Espagnols ;
Que la reine de Portugal a expédié M. Pinto, et qu'il a été conclu une espèce de traité entre le ministre français et M. Pinto; que les ordres sont déjà partis et ce traité regardé comme nul, vu que le Premier Consul ne se désistera jamais de la déclaration faite, à Lorient, à M. d'Aranjo, de ne faire jamais la paix avec le Portugal qu'en occupant trois provinces qui puissent servir de compensation pour les colonies des alliés; que, tout en ordonnant que les armées françaises se mettent en disposition de continuer leurs attaques contre le Portugal, le Premier Consul devait à l'impuissance et à la faiblesse du Gouvernement portugais de suspendre les hostilités jusqu'à ce que la cour de Londres ait répondu aux dernières propositions, savoir : si elle voulait, dans les négociations, admettre le statu quo ante bellum pour le Portugal, comme servant d'équivalent au statu quo ante bellum de l'Amérique ;
Que le Gouvernement britannique devait voir, dans la franchise de cette démarche, le désir de ménager une puissance faible, mais qui a joué dans cette guerre le rôle de province de l'Angleterre, et d'éviter les événements qui pourraient donner de l'exaspération aux deux nations. »


Quand Bonaparte dans son argumentaire relatif à la non-ratification du traité signé par son frère évoquait « les trois provinces » portugaises à occuper, il se référait à la convention d’alliance de Madrid du 29 janvier précédent, texte qu’il avait ratifié en précisant qu’en cas de paix avec le Portugal, celui-ci devait remettre « une ou plusieurs provinces formant le quart de la population de ses Etats, pour servir de garantie à la restitution de la Trinité, de Mahon et de Malte. »
Quand l’ambassadeur extraordinaire portugais, Araujo de Azevedo avait débarqué à Lorient le 11 mai afin de mener négociation, Bonaparte avait d’ailleurs précisé à son ministre des Relations extérieures (13 mai) :
« Il fallait que la province Entre-Douro-e-Minho, la province Tras-os-Montes et la province de Beira reçussent garnison, moitié d'Espagnols, moitié de Français, jusqu'à la paix générale, pour servir d'équivalent aux conquêtes faites sur les alliés par les Anglais »

Deux jours après la missive à Talleyrand, le 17 juin, le Premier Consul écrivait dans le même sens à Lucien :
« Je reçois votre courrier du 19 prairial [8 juin]. Je ne vous ai pas dit ce que je pensais de votre traité de paix, parce que je n'aime pas dire des choses désagréables. Joseph, qui se trouvait chez moi, lorsque je le reçus, vous dira la sensation tout à fait pénible qu'il m'a causée. Vous marchez beaucoup trop vite en négociations. Dans une affaire comme celle-ci, quinze jours de discussion ne sont rien.
Vos lettres explicatives de votre traité prouvent justement que vous ne deviez pas le faire; car, si l'Angleterre avait permis au Portugal de faire la paix, à condition qu'il n'offrirait aucun objet de compensation, notre politique devait être tout opposée. Je vous l'avais souvent dit dans mes lettres : le Portugal ne nous intéresse aujourd'hui que comme pouvant nous donner des gages pour la paix générale.
Au reste, tout ce que vous dit M. Pinto n'aura pas lieu, et, dès l'instant que nous ne voulons pas mettre garnison à Lisbonne et aux environs, la régence consentira à ce que nous demandons. Le sort des Bourbons de France, du roi de Sardaigne, du Stathouder, est un exemple frappant des dangers de l'émigration.
L'Angleterre ne fera pas la guerre au Portugal, puisqu'elle nous obligerait par là à prendre Lisbonne. Elle se trouvera fort heureuse de ce que nous ne nous emparons que de quelques provinces, qu'elle pourra faire rendre en restituant quelques îles de l'Amérique. Depuis un siècle, le Portugal n'est véritablement qu'une province anglaise, et le port de Lisbonne, sous l'influence de l'Angleterre, est tout pour cette puissance.
Un article de votre traité qui a paru inconcevable, c'est celui qui stipule que nous garantirons les possessions portugaises dans les autres parties du monde. C'est justement renverser la question : nous voulons des compensations vis-à-vis de l'Angleterre, et vous en donnez à cette puissance, qui pourrait s'emparer de quelques possessions portugaises.
Vous voulez qu'on garantisse le traité de l'Espagne, et vous n envoyez pas ce traité !
Le Portugal avait consenti dans le temps à donner seize millions au Directoire, M. d'Araujo consentait à en donner vingt, et ces vingt millions se réduisent à seize, puisque nous en avons déjà quatre de frais. En stipulant qu'ils seront payés à Madrid, vous faites perdre à cause du change, à peu près un million; et enfin, en fixant le payement par quinzième de mois en mois, vous rendez cette ressource tout à fait nulle pour le Trésor public. Quinze millions payés dans un mois, partie en argent, partie en diamants, partie en effets négociables à deux et trois usances, peuvent nous être de quelque secours pour nos armements maritimes; mais, payable en quinze mois, ils ne peuvent non seulement nous être d'aucun secours, mais même cela porte un caractère de parcimonie contraire à notre crédit.
Ce traité n'a d'ailleurs ni le style ni la forme diplomatique. Il est contre l'usage de dire que les hostilités ne cesseront que lors de l'échange des ratifications, il est contre l'usage de mettre dans un traité définitif que, si quelque chose a été stipulé autre part, le traité sera nul. Le parti le plus sûr alors est d'attendre dos nouvelles. Vous devez bien penser que vous ne seriez pas trois jours sans savoir l'issue des négociations de M. d'Araujo.
Enfin, il est contre la marche et contraire à l'importance des affaires diplomatiques de signer un traité définitif, sans en avoir présenté le projet à son gouvernement, à moins que les différents articles n'aient été successivement discutés dans des protocoles, et successivement adoptés par le gouvernement. Or, le traité avec le Portugal demandait bien dix à douze jours, au moins, de protocole.
La rédaction en est souvent fautive; je n'en citerai qu'un passage qui m'a frappé. Il ne faut pas mettre en opposition « la monarchie portugaise » et « le peuple français » ; il est d'usage de dire « entre les deux nations, entre les deux Etats ».
Vous savez que, par le traité fait avec l'Espagne, le quart du Portugal doit être au pouvoir des deux nations, pour servir de compensation aux îles de l'Amérique et de la Trinité.
Vous pouvez, au reste, communiquer les notions suivantes à la cour d'Espagne :
Les négociations avec l’Angleterre marchent avec une certaine activité. Les Anglais paraissent ne pas vouloir renoncer à Malte, Ceylan, les Etats de Tippoo-Sultan et la Trinité. Je leur ai fait proposer le statu quo ante bellum pour la Méditerranée et l’Amérique, avec la même condition pour le Portugal et quelques compensations dans l’Inde. Voilà où nous en sommes. Votre traité avec le Portugal rendait tout cela illusoire.
Quant à la guerre, je suis trop loin pour pouvoir en prescrire définitivement le plan; mais j'ai une grande confiance dans le général Saint-Cyr. J'aimerais fort que le premier acte de la campagne fût de se mettre en possession, et de tirer des contributions et des vivres, des trois provinces que nous devons occuper. Il est probable que les ennemis ne laisseront pas couper leur armée pour défendre le pays situé sur la droite du Mondego, et qu'ils concentreront leurs forces dans l'Estremadure. De petites divisions suffiront pour s'emparer des trois provinces, dès l'instant que l'armée sera la gauche au Tage et la droite à l'Estremadure. Arrivés dans cette position, et convaincue que vous n'en voulez pas à Lisbonne, la régence fera ce que vous voudrez. Vous devez dire et redire au plénipotentiaire portugais qu'on ne fait point la guerre au Portugal, mais qu'on les traite comme une province anglaise.
Il y a de la part de M. Pinto de l'impudence de soutenir que trois vaisseaux et deux frégates portugaises n'ont pas bloqué Alexandrie. Nous avons parlementé avec eux.
Je me suis convaincu par toutes vos lettres que vous êtes bien loin de sentir toute la force, toute l'obstination même, qu'il faut mettre dans une négociation. Soyez certain que votre traité, envoyé en Angleterre, décèlera à cette cour et à M. Pinto votre peu d'habitude des affaires, ce qui est pardonnable; mais, dans ce cas, on doit s'entourer de conseils et avoir moins de sûreté à conclure.
Vous serez convaincu combien j'attache de prix à la bonne rédaction d'un traité, lorsque je vous dirai que, quand même les trois provinces eussent été accordées, il est tel article, celui par exemple qui nous fait garantir aux Portugais leurs possessions, qui m'eût empêché de le ratifier. »

Le 22 juin, Bonaparte poursuivait :
« Des affaires de cette importance ne sont pas des jeux d'enfants.
Les dernières lettres du ministre des relations extérieures, les miennes, vous auront fait connaître que tout le système actuel dépend de la prise de possession de deux ou trois provinces portugaises. Serait-il possible qu'avec votre esprit et votre connaissance du cœur humain, vous vous laissassiez prendre à des cajoleries de cour, et que vous n'eussiez pas les moyens de faire entendre à l'Espagne ses vrais intérêts ?
En deux mots, la question est toute dans ceci. Si l'on occupe les trois provinces, on aura, avant le mois de vendémiaire, une paix honorable avec l'Angleterre; et, si l'on était obligé de s'en tenir au traité de Badajoz, on aurait encore la guerre pendant plusieurs années. C'est parce que tout se tient dans le système politique qu'un ministre doit marcher avec une grande précaution et ne jamais rien décider précipitamment.
Comment est-il possible que vous ayez pensé que j'aurais envoyé, après le traité de Lunéville, quinze mille hommes en Portugal, pour faire la paix aux mêmes conditions, et peut-être moins avantageuses que celles qu'avait obtenues le Directoire, six mois avant le traité de Campo-Formio, et lorsque nous étions encore en guerre contre l'Autriche ?
J'ai déjà fait déclarer en Angleterre que je ne me départirais jamais pour le Portugal de l’ultimatum qui a été proposé à M. d'Araujo, et qu'il fallait que le statu quo ante bellum, pour le Portugal, équivalût pour l'Espagne à la restitution de la Trinité, pour la France à la restitution de la Martinique et de Tabago, et pour la Batavie à celle de Curaçao et autres petites îles de l'Amérique.
Le ministre anglais, dans la conversation qui a suivi la remise de la note, a témoigné que cela lui paraissait fondé en raison.
Influencez la cour à laquelle vous vous trouvez, et ne vous en laissez pas influencer.
Faites votre déclaration à M. Pinto; faites-la à la cour d'Espagne; que les armées fassent le reste. Quand on n'a qu'un si petit effort à surmonter pour arriver à la paix du monde, cela mérite que la cour d'Espagne et les agents français le surmontent. »


Si Bonaparte n’avait pas ratifié le traité de paix avec le Portugal, le roi d’Espagne, lui, l’avait fait, complexifiant ainsi dangereusement l’affaire, Godoy allant jusqu’à demander le retrait des troupes françaises.
En conséquence, Bonaparte écrivit le 10 juillet à Talleyrand :
« Faites connaître, Citoyen Ministre, à l'ambassadeur de la République à Madrid, qu'il doit se rendre à la cour et y déployer le caractère nécessaire dans cette circonstance. Il fera connaitre :
Que j'ai lu le billet du général prince de la Paix ; il est si ridicule qu'il ne mérite pas une réponse sérieuse; mais que, si ce prince, acheté par l'Angleterre, entraînait le Roi et la Reine dans des mesures contraires à l'honneur et aux intérêts de la République, la dernière heure de la monarchie espagnole aurait sonné;
Que mon intention est que les troupes françaises restent en Espagne jusqu'au moment où la paix sera faite avec le Portugal, que le moindre mouvement de troupes espagnoles ayant pour but de se rapprocher de nos troupes serait regardé comme une déclaration de guerre; que je sais bien que 15 000 Français en Espagne ne pourraient pas repousser une trahison de la part des Espagnols;
Que, cependant, je désire faire ce qui sera possible pour concilier les intérêts de la République avec la conduite et les inclinations de Sa Majesté Catholique ; que, quelque chose qui puisse arriver, je ne consentirai jamais aux articles 3 et 6;
Que je ne m'oppose point à ce que les négociations recommencent et à ce que l'on tienne un protocole journalier des négociations. L'ambassadeur doit s'attacher à faire bien comprendre au prince de la Paix, et même au Roi et à la Reine, que des paroles et des notes, même injurieuses, lorsqu'on est aussi amis que nous le sommes, peuvent être considérées comme des querelles de famille, mais que la moindre action ou le moindre éclat serait irrémédiable.
[…]
Peut-être serait-il bon que vous envoyassiez directement une note au ministre des affaires étrangères en Espagne, pour vous plaindre en mon nom des mauvais traitements qu'éprouve l'ambassadeur français, et des propos injurieux que s'est permis contre la nation française le général espagnol prince de la Paix, dans un billet qu'il a écrit à l'ambassadeur. Je compte assez sur les égards que le roi d'Espagne sait que l'on se doit entre gouvernements, pour espérer qu'il mettra un terme à ces inconvenances; que les affaires d'Etat peuvent se traiter sans passion, et que du reste mon désir de faire quelque chose d'agréable à la Maison d'Espagne serait bien mal payé, si le Roi souffrait que l'or corrupteur de l'Angleterre pût parvenir à désunir nos deux grandes nations au moment où nous touchons au port après tant d'angoisses et de fatigues; que les conséquences de cette désunion seraient terribles et funestes à toutes les deux ;
Que, dans ce moment-ci, moins de précipitation à faire la paix avec le Portugal aurait considérablement servi à accélérer celle avec l'Angleterre, etc.
Vous connaissez le cabinet de Madrid ; vous direz donc dans votre dépêche tout ce qui peut faire gagner du temps, empêcher des mesures précipitées, commencer les négociations, et en même temps lui imposer en lui représentant la gravité des circonstances et les conséquences d'une démarche inconsidérée.
Faites sentir à l'ambassadeur que, si le Portugal consentait à laisser à l'Espagne la province d'Alentejo jusqu'à la paix avec l'Angleterre, cela pourrait être un mezzo termine, puisque par là l'Espagne se trouverait exécuter à la lettre le traité préliminaire.
J'aime autant ne rien avoir que quinze millions en quinze mois.
Expédiez le courrier, que je vous envoie, directement à Madrid. »


Pourtant, la situation restait toujours tendue avec Madrid (notamment sur le terrain avec les troupes françaises) et Godoy dans une note du 26 juillet accusa la France d’agir contre les intérêts de l’Espagne.

En réponse, Bonaparte fit connaître sa colère à Talleyrand le 15 août suivant :
« Faire connaître au citoyen Lucien l'indignation que j'éprouve de la conduite extravagante et insolente du prince de la Paix, et surtout de ce que m'écrit le général Leclerc de toutes les intrigues que ce misérable se permet contre nos troupes; qu'il est nécessaire qu'il porte plainte au Roi et à la Reine sur les tracasseries que les officiers du prince de la Paix font souffrir à nos troupes; qu'il leur fasse sentir que je patiente, mais que déjà je suis vivement affecté de ce ton de mépris et de déconsidération que l'on prend à Madrid, et que, si l'on continue à mettre la République dans la nécessité d'endurer la honte des outrages qu'on lui fait publiquement ou de les venger par les armes, on pourrait voir des choses auxquelles on ne s'attend pas. »

La situation avec l’Espagne se calma cependant et les négociations avec le Portugal aboutirent au traité de Madrid du 29 septembre :
« Le Premier Consul de la République française, au nom du peuple français, et Son Altesse Royale le Prince-Régent du royaume de Portugal et des Algarves, également animés du désir de rétablir les liaisons de commerce et d'amitié qui subsistaient entre les deux Etats avant la présente guerre, ont résolu de conclure un traité de paix, par la médiation de Sa Majesté Catholique, et ont nommé à cet effet pour leurs plénipotentiaires, savoir; le Premier Consul de la française, au nom du peuple français, le citoyen Lucien Bonaparte; et Son Altesse Royale le Prince-Régent du royaume de Portugal et des Algarves, S. E. M. Cyprien Bibeiro-Freire, commandeur de l'ordre du Christ, du conseil de Son Altesse Royale, et son ministre plénipotentiaire près Sa Majesté Catholique : lesquels plénipotentiaires, après l'échange respectif de leurs pleins pouvoirs, sont convenus des articles suivants :

Art. 1er. Il y aura, à l'avenir et toujours, paix, amitié et bonne intelligence entre la République française et le royaume de Portugal.
Toutes les hostilités cesseront, tant sur terre que sur mer, à compter de l'échange des ratifications du présent traité, savoir : dans quinze jours pour l'Europe et les mers qui baignent ses côtes et celles d'Afrique, en deçà de l'équateur; quarante jours après ledit échange pour les pays et mers d'Amérique et d'Afrique, au delà de l'équateur, et trois mois après pour les pays et mers situés à l'ouest du Cap Horn et à l'est du Cap de Bonne-Espérance. Toutes les prises faites après chacune de ces époques dans les parages auxquels elle s'applique seront respectivement restituées. Les prisonniers de guerre seront rendus de part et d'autre, et les rapports politiques entre les deux puissances seront rétablis sur le même pied qu'avant la guerre.
Art. 2. Tous les ports et rades du Portugal en Europe seront fermés de suite, et le demeureront, jusqu'à la paix entre la France et l'Angleterre, à tous les vaisseaux anglais de guerre et de commerce; et ces mêmes ports et rades seront ouverts à tous les vaisseaux de guerre et de commerce de la République française et de ses alliés.
Quant aux ports et rades du Portugal dans les autres parties du monde, le présent article y sera obligatoire : les termes fixés ci-dessus pour la cessation des hostilités.
Art. 3. Le Portugal s'engage à ne fournir, pendant le cours de la présente guerre, aux ennemis de la République française et de ses alliés ; aucun secours en troupes, vaisseaux, armes, munitions de guerre, vivres ou argent, à quelque titre que ce soit, et sous quelque dénomination que ce puisse être. Tous actes, engagements ou conventions antérieurs qui seraient contraires au présent article, sont révoqués, et seront regardés comme nuls et non avenus.
Art.4. Les limites entre les deux Guyanes française et portugaise seront déterminées à l'avenir par la rivière de Carapanatuba, qui se jette dans l'Amazone à environ un tiers de degré de l'équateur, latitude septentrionale, au dessus du fort Macapa. Les limites suivront le cours de la rivière jusqu'à sa source, d'où elles se porteront vers la grande chaîne de montagnes qui fait le partage des eaux; elles suivront les inflexions de cette chaîne jusqu'au point où elle se rapproche le plus du Rio-Branco, vers le deuxième degré et un tiers nord de l'équateur.
Les Indiens des deux Guyanes qui, dans le cours de la guerre, auraient été enlevés de leurs habitations, seront respectivement rendus. Les citoyens ou sujets des deux puissances qui se trouveront compris dans la nouvelle détermination de limites, pourront réciproquement se retirer dans les possessions de leurs Etats respectifs; ils auront aussi la faculté de disposer de leurs biens, meubles et immeubles, et ce pendant l'espace de deux années, à compter de l'échange des ratifications du présent traité.
Art.5. Il sera négocié entre les deux puissances un traité de commerce et de navigation, qui fixera définitivement les relations commerciales entre la France et le Portugal; en attendant, il est convenu :
1° Que les communications seront rétablies immédiatement après l'échange des ratifications, et que les agences et commissariats de commerce seront, de part et d'autre, remis en possession des droits, immunités et prérogatives dont ils jouissaient avant la guerre;
2° Que les citoyens et sujets des deux puissances jouiront également et respectivement, dans les Etats de l'une et de l'autre, de tous les droits dont y jouissent ceux des nations les plus favorisées;
3° Que les denrées et marchandises provenant du sol ou des manufactures de chacun des deux Etats seront admises réciproquement, sans restriction et sans pouvoir être assujetties à aucun droit qui ne frapperait pas également sur les denrées et marchandises analogues, importées par d'autres nations ;
4° Que les draps français pourront de suite être introduits en Portugal sur le pied des marchandises les plus favorisées ;
5° Qu'au surplus toutes les stipulations relatives au commerce, insérées dans les précédents traités, et non contraires au traité actuel, seront exécutées provisoirement jusqu'à la confection d'un traité de commerce définitif.
Art. 6. Les ratifications du présent traité de paix seront échangées à Madrid, dans le terme de vingt jours au plus tard. »
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L'âne
 
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Re: PORTUGAL : bataille de Bussaco ou Buçaco, 27 septmbre 1810

Message par L'âne »

Le 27 septembre 1810 à Buçaco, au Portugal, les Anglo-portugais repoussent les attaques françaises.
Ils sont cependant contraints de se replier.
Selon Jack Weller, Buçaco fut "une défaite tactique" [anglaise] bien que ces derniers revendiquent une victoire.
dups a écrit : 09 nov. 2008, 19:26 Sinon, Sainte-croix sera tué peu après pendant le mouvement de contournement de l'armée anglaise.
Sainte-Croix de qui Napoléon avait laissé sous-entendre qu'il en ferait un Maréchal d'Empire.

Si quelqu'un peut retrouver l'image dont il est question en tête du présent sujet, ce serait pas mal...
Aurea mediocritas
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Demi-solde
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Re: PORTUGAL : bataille de Bussaco ou Buçaco, 27 septmbre 1810

Message par Demi-solde »

L'âne a écrit : 15 août 2018, 12:18 Si quelqu'un peut retrouver l'image dont il est question en tête du présent sujet, ce serait pas mal...
Il y a bien cette illustration...

Image

Image

... mais il s'agit d'une gravure d'Eugène Charpentier, non pas d'Auguste Raffet. :?


Cordialement
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L'âne
 
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Re: PORTUGAL : bataille de Bussaco ou Buçaco, 27 septmbre 1810

Message par L'âne »

Demi-solde a écrit : 21 août 2018, 17:54 Il y a bien cette illustration...
... mais il s'agit d'une gravure d'Eugène Charpentier, non pas d'Auguste Raffet.
Merci cher Demi-solde.
Elle semble "coller" aux échanges.
Gardons-là.
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Cyril Drouet
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Re: PORTUGAL : bataille de Bussaco ou Buçaco, 27 septmbre 1810

Message par Cyril Drouet »

Je crois bien me souvenir qu'il s'agit de cette gravure.
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