CHEVAUX : Un fidèle serviteur, Pie (cheval du chef d'esacdrons de Verdilhac)

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Bernard
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Re: Le destin des chevaux durant la campagne de Russie…

Message par Bernard »

Sur l'attitude de Murat à Vilna, il y aurait beaucoup à dire. Clairement, Napoléon n'a pas choisi le bon chef...
L'état de l'armée était déjà peu glorieux mais le court séjour à Vilna et la débandade qui suivit quelques escarmouches sans intérêt l'ont achevée.
Les chevaux ont payé le prix fort...

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C-J de Beauvau
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Re: Le destin des chevaux durant la campagne de Russie…

Message par C-J de Beauvau »

Cyril Drouet a écrit :
18 oct. 2017, 15:19
Sans doute faites-vous référence à ce passage bien sévère des Cahiers de Coignet :
" Nous restâmes sous le commandement du roi de Naples, assez déconcertés, carc'est le premier soldat pour donner un coup de sabre ou braver les dangers; mais on peut lui reprocher d'être le bourreau de notre cavalerie; il traînait des divisions toutes bridées sur les routes, toujours à sa disposition, et il en avait toujours de trop pour faire fuir les cosaques. Mais toute cette cavalerie mourait de besoin, et le soir ces malheureux ne pouvaient plus se servir de leurs chevaux pour aller au fourrage. Pour lui, le roi de Naples avait 20 à 30 chevaux de relais, et tous les matins il partait avec un cheval frais; aussi c'était le plus beau cavalier d'Europe, mais sans prévoyance, car il ne s'agit pas d'être un intrépide soldat, il faut ménager ses ressources; et il nous perdit (je l'ai entendu dire au maréchal Davoust) 40 000 chevaux de sa faute. De blâmer ses chefs on a toujours tort, mais l'Empereur pouvait faire un meilleur choix."
Oui en effet ce doit être cela , dans les mémoires de JR Coignet . vous pensez que c'est exagéré ?
Bernard a écrit :
18 oct. 2017, 15:27
Sur l'attitude de Murat à Vilna, il y aurait beaucoup à dire. Clairement, Napoléon n'a pas choisi le bon chef...
L'état de l'armée était déjà peu glorieux mais le court séjour à Vilna et la débandade qui suivit quelques escarmouches sans intérêt l'ont achevée.
Les chevaux ont payé le prix fort...
Voici l'arrivée dans Vilna de l'armée russe témoignage de C de R Mémoires .

Le 11 décembre, à midi, par= un froid de 29° Reaumur, j'entrai dans Vilna, blotti avec Lambsdorf dans le fond de sa calèche; notre voiture s'avançait avec difiiculté au milieu des monceaux de cadavres humains, étendus gelés sur le chemin, de centaines de chevaux morts de faim, de froid, ou les membres cassés, car ils n'étaient pas ferrés à glace; nos domestiques marchaient devant la calèche, rejetant à droite et à gauche les cadavres qui obstruaient la route On nous assigna pour logement une maison convenable, mais déjà occupée par des officiers français et polonais, blessés ou malades; le propriétaire de la maison, préférant loger quatre aides de camp de l'Empereur plutôt que des ennemis à moitié morts, les fit transporter dans un couvent et nous donna leurs chambres, bien chauffées, luxe inappréciable avec une température pareille.
Il est impossible de se faire une idée de Vilna pendant les quatre jours qui suivirent notre arrivée; nous trouvions entassés dans des couvents : Français, Polonais, Allemands, Espagnols, Italiens, Portugais prisonniers, blessés ou malades. Il fallait caser tout Je monde. Heureusement, l'administration française avait accumulé dans d' immenses magasins des provisions et des vivres qu'elle [n'avait pu utiliser, étant poursuivie de trop près par les
Russes. Des distributions furent réparties entre tous. La neige glacée qui couvrait les rues assourdissait le bruit des voitures circulant sans cesse, mais n’empêchait pas d'entendre les cris des blessés demandant il manger, des conducteurs excitant leurs chevaux; bref, on ne savait où se cacher pour avoir une heure de sommeil. Mon premier soin fut de rechercher si Casimir de Mortemart n'était pas blessé ou malade dans quelque maison de la ville. Dans mes courses, je rencontrai Charles de Saint-Priest, aide ~e camp de l'empereur Alexandre; lui aussi cher· chair s'il ne trouverait pas un parent ou un ami. Nous étions absorbés par la même pensée de soulager nos malheureux compatriotes privés de nourriture, d'habillements et de soins médicaux.
Grâce à notre titre d'aides de camp de l'Empereur, nous espérions leur obtenir tous les secours possibles, certains que l'empereur Alexandre nous saurait gré de ce que nous ferions; on attendait le Tzar, mais les malheureux ne pouvaient attendre. Un spectacle hideux s'offrit à nos yeux, le 15 décembre, dans un couvent de Basiliens : on avait jeté par les fenêtres de tous les étages non seule¬ment des morts, mais encore des vivants, pour placer, nous dit-on, les blessés et les malades russes qui arrivaient en foule : • Passe pour les morts, m'écriai-je; mais " nous ne pouvons le tolérer pour ceux qui, en tombant, a crient miséricorde. » Ces malheureux, encore vivants, voyaient se joindre à leurs souffrances la menace de l'acte le plus barbare. Saint· Priest arrêta au nom de l' Empereur cette exécution inhumaine, et moi, je courus chercher un détachement de la garde impériale russe; avec ce renfort, il nous fut facile de rétablir l'ordre dans ce couvent hôpital et de faire replacer dans des chambres tous ceux qui respiraient encore,
un peu serrés, il est vrai; mais il fallait abriter ennemis et amis. Enfin, deux officiers d'administration reçurent l'ordre, au nom de: l' Empereur, de faire distribuer: couvertures, vivres, médicaments aux blessés étrangers, qui nous comblèrent de remerciements. En sortant, un jeune officier nous dit : « Vous ères certainement des gentilshommes français ............

Une situation de vie apocalyptique !
Modifié en dernier par C-J de Beauvau le 24 oct. 2017, 08:29, modifié 1 fois.

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Bernard
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Re: Le destin des chevaux durant la campagne de Russie…

Message par Bernard »

Je pensais plutôt à ceci :
"— Eh bien ! Caulaincourt, me dit-il [Napoléon] dès qu’il m’aperçut, le roi a quitté Vilna. Il n’a fait aucune disposition. L’armée, la Garde se sont sauvées devant quelques cosaques. Le froid a fait perdre la tête à tout le monde et le désordre a été tel qu’on a laissé, sans être poursuivi, à la montagne après Vilna, toute l’artillerie et tous les équipages. Il n’y a pas d’exemple d’un semblable sauve-qui-peut, d’une telle bêtise. Ce que cent hommes de courage eussent sauvé, a été perdu au nez de plusieurs milliers de braves par la faute de Murat. Un capitaine de voltigeurs eût mieux commandé l’armée que lui."
Je remis à l’Empereur la lettre de M. de Saluces, qu’il relut plusieurs fois, ne pouvant croire, me dit-il, ce que lui mandaient le roi et le major général, sur lesquels il épanchait tout son mécontentement. La surprise de l’Empereur, sa stupeur, en me lisant et me racontant les détails qu’il recevait, me prouvaient bien qu’il était de bonne foi quand il m’assurait, en route et même depuis notre arrivée, qu’il garderait Vilna. Plus sa confiance avait été réelle et plus cette perte lui était sensible. Aussi, le frappa-t-elle bien plus vivement, dans le premier moment, que ne l’avait fait la nouvelle de la perte de Minsk et de Borissov, quoiqu’il se trouvât alors faire retraite et au milieu de trois armées. Mais, obligé de payer d’assurance devant des courtisans, attentifs observateurs, et de faire tête à l’orage, il se remit promptement et s’occupa avec plus d’ardeur des moyens de tout réparer. L’arrivée successive des personnes qui venaient de l’armée ne permettant pas de cacher longtemps ces fâcheux détails, il laissa distribuer, dès le lendemain, toutes les lettres venues par les estafettes. Je répète sur cet événement les détails que me donna alors l’Empereur.

En arrivant à Vlna, les chefs s’étaient hâtés d’entrer dans les maisons, de se reposer et de se chauffer. L’officier particulier, le soldat, livrés à eux-mêmes, souffrant beaucoup du froid, devenu extrêmement rigoureux puisqu’il passait pendant trois jours vingt degrés, se mirent aussi à l’abri et abandonnèrent la plupart des postes. Le Roi, qui aurait dû se mettre à l’avant-garde, à quelques lieues de Vilna, était dans la ville. Chacun s’y renferma comme lui. Les cosaques purent donc venir jusqu’aux barrières des faubourgs. Le froid empêchant nos soldats, entrés dans des habitations ou réunis près du feu, de se servir de leurs armes, ils se retiraient devant eux. L’ennemi, encouragé par ces premiers et faibles succès, s’enhardit, fit des partis sur les derrières, tâta les postes des faubourgs. N’y trouvant que peu ou point de résistance, il ne cessa de les harceler et augmenta par là le désordre. L’infanterie russe, voyant les succès des cosaques, s’approcha aussi de la ville. Quelques pièces de canon, montées sur des traîneaux, firent plus de peur que de mal à quelques postes. Enfin, le désordre fut tel qu’on se décida à évacuer Vilna (1).
L’imprévoyance qui avait présidé à tout, depuis le départ de l’Empereur, acheva de tout perdre. L’artillerie, les convois, tout s’encombra à la montagne, à deux lieues de Vilna. Les chevaux, qui n’étaient point ferrés et qui étaient d’ailleurs exténués, ne purent la gravir. Les premiers équipages encombrèrent le passage. Cinquante hommes courageux et quelques attelages bien organisés pour aider les plus mal attelés eussent tout sauvé puisque l’ennemi n’était pas encore dans la ville et, d’ailleurs, n’avait que peu de forces. Mais les chefs allaient pour leur compte ; l’état-major n’avait rien prévu. Le désordre augmentait à chaque instant, chacun ne pensant qu’à soi et cherchant à se tirer d’affaire en prenant des détours, dans l’espoir de gravir la montagne qui fut bientôt tellement encombrée par les premiers, qui, ne pouvant y arriver, obstruèrent tous les passages, que tout ce qui suivait fut arrêté. Pendant ce temps, le roi, qui croyait avoir encore quarante-huit heures pour son évacuation, voyant paraître quelque infanterie russe et la nôtre peu disposée à tenir, prit l’alarme et abandonna aussi à la hâte la ville. Dès lors, l’évacuation fut un sauve-qui-peut.
Il serait difficile de se faire une idée du désordre qui régna (2), sans qu’il y eût cependant un motif réel pour se tant hâter et s’alarmer, puisqu’un petit poste d’infanterie, oublié dans la vile, la traversa audacieusement une heure et demie après ce départ précipité, au milieu du petit nombre d’ennemis qui y était entré, et rejoignit l’armée sans que les Russes, étonnés eux-mêmes de leur succès, osassent s’opposer à sa marche. Les équipages de l’Empereur, qui étaient arrivés sains et saufs à Vilna, marchant derrière l’artillerie, éprouvèrent, à cette montagne, le sort commun. Les soins, l’énergie de M. de Saluces ne pouvant faire désobstruer un passage, il fallut tout abandonner.
Les charges à mulet et les chevaux purent seuls être sauvés et, encore, eut-on beaucoup de peine à les faire passer, ainsi que les attelages, au milieu de l’encombrement. On mit l’argent du Trésor sur les chevaux et l’on ne perdit pas un écu. Le roi et les généraux ayant pris les devants, personne ne songea à réunir cent braves qui auraient suffi pour tout sauver en arrêtant la poursuite de quelques cosaques et donnant le temps de désencombrer la montagne. Le froid était très rigoureux. Il avait gelé, ce jour-là, l’intelligence comme le courage de nos soldats qui, dans d’autres occasions, n’avaient pu être arrêtés par de semblables difficultés. Malheur à ceux qui n’avaient pas de gants ! Ils couraient risque de perdre quelques doigts.

L’Empereur était profondément affecté de la manière dont Vilna avait été abandonné. Il ne pouvait croire à cet événement, pour lui hors de toutes les probabilités et renversant tous ses calculs. Il le fut au moins autant en apprenant, deux jours après, ce qui s’était passé à Kovno et la conduite qu’y avait tenue la Garde. Il m’en parla plusieurs fois avec un véritable sentiment de douleur. Elle était d’autant mieux sentie qu’il se plaisait à se rappeler, à parler de la conduite exemplaire de ce corps pendant la retraite, de l’ensemble et de la tenue qu’il avait conservés.
Le moment des épreuves les plus douloureuses, celui où toutes les illusions devaient tomber à la fois, était donc arrivé. Le prince de Neuchâtel, accablé de cet événement, tomba malade de chagrin et de fatigue. L’incapacité du roi, disait l’Empereur, avait frappé tout le monde. Chaque dépêche révélait quelque nouveau malheur. Toutes les correspondances accusaient l’imprévoyance du roi. Il fallait, disait-on, un caractère au-dessus de toutes les adversités pour faire tête aux embarras du moment et le roi des braves dans le combat s’était montré le plus faible, le plus indécis des hommes.
Le prince de Neuchâtel se désespérait, se reprochait d’avoir contribué à ce choix, mais ces regrets ne remédiaient à rien. Le caractère des hommes les plus énergiques, même le simple bon sens, qui eussent, dans d’autres circonstances, remédié à une foule d’inconvénients, semblaient, comme disait l’Empereur, gelés, engourdis pour le moins. La fatigue, le découragement, l’effet du froid, la crainte de geler étaient tels que l’on fit à l’Empereur plusieurs rapports sur des officiers, même de sa Garde et jusque dans l’artillerie, où ils avaient montré le plus d’énergie et le plus de zèle jusqu’à Vilna, où plusieurs avaient ramené leurs compagnies et leurs batteries presque intactes, au point de mériter les éloges de leurs chefs. D’après ces rapports, ces officiers déclarèrent hautement, quand il fallut quitter Vilna, qu’ils n’iraient pas plus loin, qu’ils n’en avaient plus la force, qu’ils préféraient y être faits prisonniers à périr de froid et de faim sur la route. Ces détails frappèrent plus l’Empereur que beaucoup de pertes. Il lui tardait, beaucoup plus que je ne puis dire, d’avoir des nouvelles de M. de Bassano et surtout de le voir arriver, afin de savoir s’il avait fait détruire les faux assignats russes qui étaient chez lui à Vilna.
— On est capable de les avoir oubliés, me dit-il, ou d’avoir laissé à quelqu’un le soin de les détruire. La personne que l’on en aura chargée aura tâché d’en profiter et il serait plus que désagréable que les Russes en trouvassent.
L’Empereur me dit savoir, par un rapport particulier, que l’on en avait distribué depuis son passage à Vilna et c’était principalement sur cette nouvelle qu’il fondait son inquiétude. J’avoue que cette confidence m’étouffa tellement, dans le premier moment, que je ne compris pas bien ce que l’Empereur me disait et qu’il fut obligé de me le répéter.
En apprenant l’évacuation de Vilna, l’Empereur avait tout de suite senti toutes les conséquences qu’elle pourrait avoir. Le duché était compromis : où s’arrêterait le désordre ? Il était difficile de le prévoir, car les dépêches du roi et de l’état-major n’annonçaient aucune disposition rassurante. Cependant, l’Empereur, prompt à prendre son parti, dès qu’il voyait les choses sans remède, me dit :
— C’est un torrent : il faut le laisser couler. Cela s’arrêtera de soi-même dans quelques jours."
(1) Murat, arrivé à Vilna le 8 décembre à 11 heures du matin, en partit le 9. — "L’ennemi est entré le 10 dans la journée parce que rien ne tenait devant lui". (Le Lorgne d’Ideville à Maret, Gumbinnen, 18 décembre 1812, publiée par G. Fabry, Napoléon, Murat et le roi de Prusse, Paris, Gougy, 1901, in-8º, 15.
(2) Voir Mémoires du sergent Bourgogne, publiés par Paul Cottin, Paris, Hachette, 1898, in-16, 232.
Modifié en dernier par Bernard le 19 oct. 2017, 20:41, modifié 1 fois.

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C-J de Beauvau
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Re: Le destin des chevaux durant la campagne de Russie…

Message par C-J de Beauvau »

Ce qui explique la situation catastrophique de l'armée française quand l'armée russe est entrée dans la ville .

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Cyril Drouet
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Re: Le destin des chevaux durant la campagne de Russie…

Message par Cyril Drouet »

C-J de Beauvau a écrit :
19 oct. 2017, 17:38
Oui en effet ce doit être cela , dans les mémoires de JR Coignet . vous pensez que c'est exagéré ?
Les conditions climatiques, les longues et pénibles marches ainsi que les difficultés à trouver du ravitaillement de qualité expliquent en partie l'hécatombe :

« La pluie tombant par torrents, accablait les hommes et les chevaux qui n’avaient point d’abris; les premiers résistèrent, mais la difficulté des chemins acheva d’anéantir les derniers. Autour de nos bivouacs on les voyait tomber par centaines ; enfin, sur la route, on ne trouvait plus que chevaux morts, voitures renversées, bagages dispersés; et c’était au mois de juillet qu’on éprouvait le froid, la pluie et la disette ! »
(Labaume, Relation complète de la campagne de Russie, en 1812)

« Le froid a commencé le 7 [novembre]; dès ce moment, chaque nuit nous avons perdu plusieurs centaines de chevaux, qui mouraient au bivouac. Arrivés à Smolensk, nous avions déjà perdu bien des chevaux de cavalerie et d'artillerie.
[…]
Le froid qui avait commencé le 7, s'accrut subitement et du 14 au 15 et au 16 le thermomètre marqua 16 et 18 degrés au-dessous de glace. Les chemins furent couverts de verglas ; les chevaux de cavalerie, d'artillerie, de train, périssaient toutes les nuits, non par centaines mais par milliers, surtout les chevaux de France et d'Allemagne. Plus de trente mille chevaux périrent en peu de jours ; notre cavalerie se trouva toute à pied ; notre artillerie et nos transports se trouvaient sans attelages. »
(29e Bulletin, 3 décembre 1812)

Peyrusse

Météorologie maussade.

Message par Peyrusse »

Cyril a tout à fait raison de rappeler les mauvaises conditions atmosphériques de ce début de campagne. Nombre de mémorialistes les relevèrent dans leurs écrits.
--------------------
« Le 23 juin [1812], nous reçûmes l’ordre de nous rendre sur les bords du Niémen ; nous fîmes des marches forcées pour y arriver. Le 24, dans la nuit, toute l’armée y arrivait et prenait place devant le fleuve. La gendarmerie et des colonnes mobiles étaient aussi en activité pour faire suivre les traînards et les maraudeurs… Nous n’attendions que le signal pour franchir le Niémen. Après le passage, notre cavalerie, sous les ordres du Roi de Naples [Murat], prit position sur la droite, le long et en avant de la rivière, en attendant le passage de l’armée, et nous formâmes l’avant-garde. La journée du 26 ne fut point encore suffisante pour le passage de l’armée, car la Garde Impériale ne passa que le 27. Ce jour-là, nous nous mîmes en marche, toute l’armée réunie sur six colonnes, qui occasionnèrent une poussière qui nous fut très incommode. Après six heures de marche, toujours au trot, nous prîmes position sous les murs de Kowno, où nous nous préparâmes pour une revue de l’Empereur, qui n’eût point lieu, car il survint un orage qui dura plusieurs heures. Nous passâmes la nuit dans un bivouac trempé ; il ne nous fut point possible d’y allumer le feu pour faire la soupe, et cette nuit, malgré que nous fussions en été, fut malheureux pour nous. Le 28, la pluie continua ; nous marchâmes depuis le matin jusqu’au soir, dans des chemins très mauvais, pour arriver à une lieue de Vilna, où nous restâmes en position dans l’eau pendant quatre heures. »

(« Souvenirs militaires de Pierre Auvray » publiés dans le « Carnet de la Sabretache » en 1914. L’auteur était sous-lieutenant au 23ème régiment de dragons).

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Re: Le destin des chevaux durant la campagne de Russie…

Message par L'âne »

Charles ZORGBIBE "Le choc des Empires" :
"Les 450 000 hommes de la Grande Armée ont mis quatre jours, à partir du 24 juin, à franchir le Niémen. La confiance règne : la Russie n'est pas l'Espagne mais une autre Allemagne, par avance soumise. Une paix victorieuse sera rapidement conclue. Pourtant, la machine militaire géante, montée par Napoléon, se dérègle. L'empereur n'a pas tenu compte du climat russe, du soleil écrasant, de la pluie continue. Les soldats manquent de pain, volent les provisions des officiers. Les chevaux meurent d'épuisement, en grand nombre - leur disparition contraint à abandonner des éléments d'artillerie."
Aurea mediocritas

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Bernard
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Re: Le destin des chevaux durant la campagne de Russie…

Message par Bernard »

Cette campagne est une opération énorme, la plus importante de tous les temps au moins jusqu'à la guerre de 1870-1871. Déplacer plus de 500 000 hommes sur une aussi grande distance est littéralement monstrueux. Même si tous les détails avaient été prévus (ce qui n'est pas certain en dépit de l'incroyable minutie de sa préparation), restait l'incertitude ! La météo évidemment mais aussi les inévitables erreurs, les acheminements incorrects, les unités perdues, les approvisionnements souvent défaillants, les problèmes de communication et les difficultés de se repérer sur des cartes pas toujours très précises. Pour ma part, je suis admiratif de la logistique déployée. Je trouve extraordinaire qu'à tout moment les corps constitués aient été en mesure de se battre avec efficacité. En dépit de tous les problèmes rencontrés, les forces engagées dans la bataille de la Moskova montrent que les unités n'avaient rien perdu de leurs capacités offensives. L'ensemble est étonnamment brillant. Reste la fin tellement prévisible...

Peyrusse

Logistique…

Message par Peyrusse »

La notice qui suit a été rédigée par Arthur Chuquet ( « 1812. La Guerre de Russie. Notes et Documents. Troisième série », Fontemoing et Cie, Editeurs, 1912, pp.308-311).
------------------
L’administration de l’armée française [durant la campagne de Russie] d’après les généraux Mathieu Dumas et Ségur…

Au mois de mars 1830, Cuvier demandait à Philippe de Ségur des renseignements sur l'administration de l'armée pendant la campagne de Russie et notamment sur les opérations relatives aux subsistances. Ségur consulta Mathieu Dumas, Intendant général de l'armée en 1812, et Dumas lui envoya une note. Ségur communiqua cette note à Cuvier et y joignit une lettre qui traitait le même sujet. Ces documents méritent d'être connus et nous en reproduisons les points essentiels.

Arthur CHUQUET

------------------------

I. Note de Dumas.

L'abondance des ressources, la régularité des distributions, l'organisation des transports militaires ne laissèrent rien à désirer jusqu'après le passage du Niémen. Mais nous perdîmes vingt mille chevaux entre Kowno et Vilna et cette perte fut irréparable. On forma sur quelques points principaux de la ligne d'opérations, tels que Gloubokoïé, Vitebsk, Doubrovna, Minsk, des magasins de réserve et des établissements d'hôpitaux ; nos équipages militaires fournirent des convois de biscuit. Toutefois, quand on eut dépassé Smolensk, le service devint plus difficile et celui des hôpitaux eut surtout beaucoup plus à souffrir, parce que l'armée russe qui se retirait déviant nous ravageait les campagnes, incendiait les habitations et nous entraînait dans un véritable désert. Après la bataille de la Moskowa qui consomma nos plus précieuses ressources, j'eus beaucoup de peine à soutenir le service des hôpitaux. La conquête de Moscou qui devait être le terme de nos anxiétés ne fit que les accroître ; nous trouvâmes, nous conservâmes, à la vérité, au milieu de l’incendie, des approvisionnements que les Russes n'avaient pas eu le temps de détruire; mais, si notre séjour se prolongeait au delà d'un mois, ils devaient être entièrement consommés. Néanmoins, on avait formé des magasins à Smolensk, à Vitebsk, à Vilna et sur d'autres points intermédiaires, et on les alimentait de Königsberg par la navigation des canaux, par celle du Niémen et de la Vilia. Attaqué d'une fluxion de poitrine, je fus remplacé par le comte Daru. Ma tâche avait été pénible : celle du comte Daru devenait presque impossible. Il fallait reprendre une route déjà épuisée par le passage des deux armées et des convois. Pendant les premières marches, les vivres de toute espèce qu'on avait pu recueillir dans les ruines de Moscou suffirent pour soutenir le soldat. Mais, aux approches de Smolensk, la disette se fit sentir. Daru redoubla de vigilance et d'activité; il fît venir au-devant de l'armée les subsistances qu'on put tirer de Smolensk, et pendant le court séjour que l'armée fit dans cette ville, des distributions régulières eurent lieu. Mais ce soulagement n'était suffisant que pour quelques marches jusqu'au passage du Dnieper, à Orcha. Le comte Daru envoya de nombreux agents pour recueillir à tout prix et faire porter sur la route les subsistances qu'on pourrait se procurer entre le Dniéper etla Bérézina. Ilhâta les convois qu'il avait fait partir de Minsk et de Vilna. Mais une partie seulement de ces convois put atteindre l'armée avant la prise et l'incendie du pont de Borisov, et les magasins de Minsk tombèrent au pouvoir de l'ennemi. L'armée eut donc beaucoup à souffrir pendant le passage dela Bérézina. Après ce dernier événement, un convoi, parti de Vilna, justifia la prévoyance du comte Daru et celle du duc de Bassano. Ce ne fut point le manque de vivres, mais bien la rigueur excessive du froid qui, aux accès de Vilna, causa la plus grande perte d'hommes. Les magasins de Vilna et de Kowno alimentèrent tout ce qui pouvait encore se mouvoir. Ceux de Gumbinnen et de Königsberg ne furent pas même épuisés par les débris dela Grande Armée.
-----------------

II. Lettre de Ségur.

J'ajouterai que les ordres donnés de trop loin et dans un pays désert furent souvent mal exécutés; que ce fut le choc rude et indécis de Malojaroslavets qui décida subitement à la retraite et que la nécessité et l'ennemi, plutôt que la volonté et la prévoyance de l’Empereur, en dictèrent la direction; qu'on n'eut donc pas le temps de préparer tout ce qui eût été indispensable, sur une aussi longue route, pour un aussi grand passage; que la distribution des vivres, dans le petit nombre de villes où nous en trouvâmes, fut faite incomplètement, irrégulièrement et qu'elle ne pouvait l'être mieux, puisque les régiments avaient perdu leur ensemble. En effet, à qui les délivrer, lorsque la plus grande partie des soldats de toutes les armes marchait confusément, pêle-mêle, et ne pouvait recevoir de secours des magasins qu'en les pillant ? D'ailleurs, la retraite fut si souvent précipitée que, depuis Smolensk, surtout à Vilna et Kowno, une grande partie des magasins tomba au pouvoir de l'ennemi. Ni Dumas ni Daru ne peuvent être accusés de nos malheurs. L'entreprise était surhumaine par sa grandeur par sa rapidité et par la nature du pays. Le désordre, de tous les maux le plus contagieux, s'étant mis dans les troupes, l’administralion n'en put préserver ses employés. Une de nos plus grandes difficultés était la longueur infinie de ces grandes routes, ou désertes, ou dévastées par les deux armées, leur nature tantôt marécageuse, tantôt sablonneuse. Or l'administration qui ne peut marcher sans traîner après elle de grands et lourds convois, surmonta une partie de ces obstacles. Remarquons aussi que les corps restés en seconde ligne, tels que ceux de Baraguey d'Hilliers et du duc de Bellune, dévoraient la plus grande partie de ces subsistances, à mesure qu'elles arrivaient. Que le grand magasin de Minsk nous fut enlevé à l’instant où nous allions l'atteindre par la marche hardie de Tchitchagov. Qu'enfin le défaut de fourrage, de ferrage à glace, de repos ou de séjours, que les alternatives de gelée et de dégel, les mouvements de l'ennemi et la négligence de l'état-major causèrent, dès nos premiers pas, la perte de la plupart de nos fourgons.

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Cyril Drouet
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Re: Le destin des chevaux durant la campagne de Russie…

Message par Cyril Drouet »

Dans le genre, rien ne se perd tout se transforme :

« Cependant l'armée s'écoulait dans un grave et silencieux recueillement, devant ce champ funeste [Borodino], lorsqu'une des victimes de cette sanglante journée y fut, dit-on, aperçue vivante encore, et perçant l'air de ses gémissements. On y courut : c'était un soldat français. Ses deux jambes avaient été brisées dans le combat; il était tombé parmi les morts ; il y fut oublié. Le corps d'un cheval éventré par un obus fut d'abord son abri ; ensuite, pendant cinquante jours, l'eau bourbeuse d'un ravin où il avait roulé, et la chair putréfiée des morts, servirent d'appareil à ses blessures et de soutien à son être mourant. Ceux qui disent l'avoir découvert affirment qu'ils l'ont sauvé. »
(Ségur, Histoire de Napoléon et de la Grande Armée pendant l’année 1812)


« Du temps qu'on traversait ce champ de bataille, nous entendîmes de loin un malheureux qui appelait à son secours. Touché par ses cris plaintifs, plusieurs s'approchèrent, et à leur grand étonnement virent étendu par terre un soldat français, ayant les deux jambes fracturées. J'ai été blessé, dit-il, le jour de la grande bataille, et me trouvant dans un endroit écarté, personne n'a pu venir à mon secours. Pendant plus de deux mois, ajouta cet infortuné, me traînant aux bords d'un ruisseau, j'ai vécu d'herbes, de racines, et de quelques morceaux de pain trouvés sur des cadavres. La nuit, je me couchais dans le ventre des chevaux morts, et les chairs de ces animaux ont pansé ma blessure aussi bien que les meilleurs médicaments. Aujourd'hui, vous ayant vus de loin, j'ai recueilli toutes mes forces , et me suis avancé assez près de la route, pour que ma voix fût entendue. Etonné d'un pareil prodige, chacun en témoignait sa surprise, lorsqu'un général, informé de cette particularité, aussi singulière que touchante, fit placer dans sa voiture le malheureux qui en était l'objet. »
(Labaume, Relation circonstanciée de la campagne de Russie)


"Le même jour, le bruit courut qu'un grenadier français avait été trouvé sur le champ de bataille, vivant encore : il avait les deux jambes coupées, et, pour abri, la carcasse d'un cheval dont il s'était nourri de la chair, et, pour boisson, l'eau d'un ruisseau rempli de cadavres. L'on a dit qu'il fut sauvé : pour le moment, je le pense bien, mais, par la suite, il aura fallu l'abandonner, comme tant d'autres."
(Bourgogne, Mémoires)

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