Pillages

Espace dédié aux discussions relatives au Consulat et au 1er Empire.

Modérateur : Général Colbert

barthelemy

Re: Pillages

Message par barthelemy » 14 sept. 2017, 23:57

Cela me fait songer à une toute autre époque, et pourtant.... les situations peuvent avoir des similitudes

En Egypte, lorsque l'Ancien Empire s'est effondré et que le pays a sombré dans le chaos (pillage des tombes royales, destruction des temples, etc...) on note un protagoniste (je cite de mémoire, sauf erreur cela figure sur un papyrus) faisant cet aveu :

"on a pillé les cimetières, et j'en ai fait autant"...
:shock:

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Cyril Drouet
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Re: Pillages

Message par Cyril Drouet » 15 sept. 2017, 18:06

L'âne a écrit :
13 sept. 2017, 17:06
Malheureusement les exemples d'ordre donné par les chefs de piller sont légion.
Pour ce qui est de Napoléon (puisque votre phrase pourrait le laisser penser), les exemples d'écrits ou de paroles ordonnant explicitement le pillage ne doivent pas bien être nombreux. Hormis Pavie (et encore, ici on est plus dans la promesse) et la campagne d'orient, je n'en vois pas (on pourrait citer la fureur en marge de l'affaire Wintzingerode, mais c'est un cas un peu particulier où d'ailleurs le mot pillage n'est pas clairement donné). Au contraire, ce sont plus les ordres (qui ne doivent pas pour autant faire oublier les multiples cas où on le toléra) défendant et réprimant le pillage (et ce, même en Egypte) qui sont nombreux.

Ainsi, deux jours avant Pavie, Bonaparte notifiait (en conformité avec ses ordres fermes donnés les jours précédents) au Directoire exécutif : « le pillage est réprimé ».

De la même manière, deux mois avant le pillage sanglant d'A'lqàm, Bonaparte proclamait :
« Le pillage n’enrichit qu’un petit nombre d’hommes; il nous déshonore, il détruit nos ressources, il nous rend ennemis les peuples qu‘il est de notre intérêt d’avoir pour amis. »

Et trois mois avant la dévastation ordonnée à Kléber des environs de Jaffa lors de la retraite de Syrie, Bonaparte prévenait ce même Kléber arrivant pour la première fois sur le territoire de cette même Jaffa :
« Si vous entrez dans la ville, prenez toute les mesures pour empêcher le pillage »

L'âne a écrit :
13 sept. 2017, 17:06
C'est la cas par exemple du pillage suivi du massacre des soldats Républicains, et des civils, à Saint-Christophe de Ligneron, où Charette, présent, n'intervient pas.
Pouvez-vous nous en dire plus sur cette affaire s'il vous plait ?

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Re: Pillages

Message par L'âne » 15 sept. 2017, 18:12

Cyril Drouet a écrit :
15 sept. 2017, 18:06
L'âne a écrit :
13 sept. 2017, 17:06
C'est la cas par exemple du pillage suivi du massacre des soldats Républicains, et des civils, à Saint-Christophe de Ligneron, où Charette, présent, n'intervient pas.
Pouvez-vous nous en dire plus sur cette affaire s'il vous plait ?
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Re: Pillages

Message par Bernard » 15 sept. 2017, 18:29

Ordre ou pas ordre, il faut se mettre à la place de tous ces sans-grade, cette chair à canon (littéralement et j'ai toujours lu avec effarement ces histoires d'unités entières supportant sans bouger le pilonnage de l'artillerie ennemie jusqu'à ce que tombe l'ordre d'attaquer) qui a également des besoins que ne satisfait pas une logistique défaillante. Le quotidien du soldat, c'est aussi et surtout la survie. Alors, quand l'occasion se présente...
Cette remarque n'est pas faite pour les excuser mais pour bien comprendre !

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Re: Pillages

Message par Cyril Drouet » 15 sept. 2017, 18:35

L'âne a écrit :
15 sept. 2017, 18:12
Cyril Drouet a écrit :
15 sept. 2017, 18:06
L'âne a écrit :
13 sept. 2017, 17:06
C'est la cas par exemple du pillage suivi du massacre des soldats Républicains, et des civils, à Saint-Christophe de Ligneron, où Charette, présent, n'intervient pas.
Pouvez-vous nous en dire plus sur cette affaire s'il vous plait ?
Histoire des batailles, sièges et combats, des Français, de 1792 à 1815
Ce n'est pas (comme votre phrase pourrait le laisser entendre) le village vendéen de Saint-Christophe-du-Ligneron qui fut pillé par les Vendéens de Charette lors de l'affaire du 15 septembre 1794, mais le camp retranché républicain de Fréligné. Il s'agissait de l'un des quinze camps bleus ceinturant le pays insurgé. De forme carrée, entouré de trois côtés par des palissades et des fossés, le camp en question était installé entre les communes de Touvois et Falleron. Placé sous le commandement de Prat, le camp était défendu par près de 2 000 hommes.
Le camp fut en effet pris d'assaut et près de 1200 soldats républicains périrent lors des combats. Le camp fut logiquement pillé et brûlé par la suite.

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Re: Pillages

Message par William Turner » 15 sept. 2017, 19:02

Cyril Drouet a écrit :
15 sept. 2017, 18:06
Pour ce qui est de Napoléon (puisque votre phrase pourrait le laisser penser), les exemples d'écrits ou de paroles ordonnant explicitement le pillage ne doivent pas bien être nombreux.
Dans la célèbre proclamation du 27 mars 1796, il y a un mot qui suggère implicitement l'idée que la guerre peut être l'occasion de s'enrichir. Or comment un soldat peut-il s'enrichir s'il ne se sert pas lui-même ? :?
« Soldats vous êtes nus, mal nourris ; le Gouvernement vous doit beaucoup, il ne peut rien vous donner. Votre patience, le courage que vous montrez au milieu de ces rochers, sont admirables ; mais ils ne vous procurent aucune gloire, aucun éclat ne rejaillit sur vous. Je veux vous conduire dans les plaines les plus fertiles du monde. De riches provinces, de grandes villes seront en votre pouvoir ; vous y trouverez honneur, gloire et richesses. Soldats d'Italie, manqueriez-vous de courage ou de constance ? »

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Re: Pillages

Message par Cyril Drouet » 15 sept. 2017, 19:58

William Turner a écrit :
15 sept. 2017, 19:02
Dans la célèbre proclamation du 27 mars 1796
Attention, célèbre certes, mais apparaissant pour la première fois bien des années plus tard dans le Mémorial de Sainte-Hélène...

William Turner

Re: Pillages

Message par William Turner » 15 sept. 2017, 20:53

Même si le texte de cette proclamation est apocryphe, on peut quand même supposer que l'allusion aux richesses de l'Italie a été faite par le général Bonaparte à ce moment pour remotiver ses troupes, peut-être de manière moins élégante, sinon pourquoi Napoléon l'aurait-il mentionnée à Sainte-Hélène ? Il y a d'ailleurs d'autres éléments qui plaident en faveur de l'idée qu'une partie des soldats français ne s'est pas contentée d'admirer placidement ces richesses, y compris leur général.

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Re: Pillages

Message par L'âne » 15 sept. 2017, 21:03

William Turner a écrit :
15 sept. 2017, 20:53
Même si le texte de cette proclamation est apocryphe, on peut quand même supposer que l'allusion aux richesses de l'Italie a été faite par le général Bonaparte à ce moment pour remotiver ses troupes, peut-être de manière moins élégante, sinon pourquoi Napoléon l'aurait-il mentionnée à Sainte-Hélène ? Il y a d'ailleurs d'autres éléments qui plaident en faveur de l'idée qu'une partie des soldats français ne s'est pas contentée d'admirer placidement ces richesses, y compris leur général.
La proclamation n'est pas réelle et pourtant elle l'est éminemment, traduisant le caractère de celui qui l'a donnée pour historique.
Je pense que Bonaparte s’inscrit dans la droite ligne de Carnot, qui n’hésitait pas à faire appel à la convoitise, donnant pour consigne à Jourdan en 1794 :
« Montrez à vos hommes les richesses de l’Allemagne à leur portée ».
À l'époque les chefs, de tous les pays, agissaient sur deux mobiles pour galvaniser leurs soldats : l'ambition et l'intérêt.
Imaginer que la grande majorité des soldats se battent pour un idéal, pour des principes, surtout à partir de 1792, c'est se bercer d'illusions.
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Re: Pillages

Message par Demi-solde » 16 sept. 2017, 12:32

Après, dans le pillage, il est très difficile de déterminer ce qui relève :

- de la fureur immédiate, presque folle, consécutive de la violence de l’assaut, de la peur, de la mort (« le soldat effréné pille, brûle et tue tout ce qu'il rencontre » écrit Peyrusse), violences par essence très difficilement contrôlables (Cyril Drouet a cité Napoléon : « le premier moment de fureur passé, il revient à lui-même. ») par les généraux, comme à Badajoz,
- de la satisfaction de "besoins" immédiats ; trouver à boire, à manger, voler des valeurs voire violer, violences condamnables mais tolérées pour acheter la paix sociale et entretenir la soldatesque que l’intendance peine à payer,
- d’actes plus tardifs, plus réfléchis, dans l’espoir vain de s’enrichir (il me semble me souvenir de soldats surchargés quittant Moscou et de ces biens abandonnés petit à petit tout au long du chemin du retour…).

Cordialement