Rêves orientaux de Bonaparte

Espace dédié aux discussions relatives au Consulat et au 1er Empire.

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barthelemy

Re: Rêves orientaux de Bonaparte

Message par barthelemy » 08 sept. 2017, 23:24

"Les objectifs militaires : influence sur la Méditerranée et possibilité de contrecarrer les intérêts anglais sur la route des Indes sont des mobiles bien supérieurs"

Cela me parait évident

on s'éloigne de l'entreprise d'une brutale colonisation décomplexée... ;)

Napoléon souffrant de spleen ? un spleen oriental sans doute :)

Après tout, il inspira les Romantiques du 19ème siècle, lesquels souffraient également de spleen ;)

Cyril Drouet
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Re: Rêves orientaux de Bonaparte

Message par Cyril Drouet » 09 sept. 2017, 07:22

L'âne a écrit :
08 sept. 2017, 19:50
Bonaparte nous fait part que la barbarie qui est à son comble. Peut-être est-ce là l'une des raisons des décisions cruelles qu'il a prise sur place ?
C’est à démontrer, mais je ne pense pas que le terme « barbarie » soit ici principalement une référence aux pratiques guerrières ennemies. A la date du 25 juillet, on ne peut pas vraiment parler de soulèvement des campagnes (avec toutes les mesures de répression allant avec), et les dangers (outre la lutte contre les Mamelouks qui se poursuit) sont représentés pour l’instant que par les tribus arabes.
Je penche donc plus pour sa vision de la population locale. Le même jour, il écrivait d’ailleurs au Directoire exécutif :
«Le Caire, qui a plus de 300 000 habitants, a la plus vilaine populace du monde.
[…]
Il est difficile de voir une terre plus fertile et un peuple plus misérable, plus ignorant et plus abruti. »

L'âne a écrit :
08 sept. 2017, 19:50
Certains historiens se rejoignent pour affirmer qu'il souffrait du "spleen".

Le mot a également été utilisé par Napoléon ; pas pour lui mais pour la troupe :
« L'armée était frappée d'une mélancolie vague que rien ne pouvait surmonter, elle était attaquée du spleen, plusieurs soldats se jetèrent dans le Nil pour y trouver une mort prompte. »
(Bertrand, Campagnes d’Egypte et de Syrie)

Dans ses discussions avec Gourgaud, la « mélancolie vague » prend des proportions plus inquiétantes :
« J’ai eu beaucoup de peine à ce sujet dans la route d’Alexandrie au Caire. On manquait de pain, et le mécontentement était extrême. Des régiments refusèrent de marcher ! Je me montrai ferme, je m’en pris à un général nègre, Dumas, que je menaçai de faire fusiller. »
(Gourgaud, Journal de Sainte-Hélène)

Colbert fils, dans son « Traditions et souvenirs ou Mémoires touchant le temps et la vie du général Auguste Colbert », nous conte ainsi le mécontentement touchant une partie des officiers du corps expéditionnaire :
« Les troupes goûtaient le charme du repos après de rudes fatigues, elles trouvaient l'abondance après de longues privations; les généraux étaient établis d'une manière fort tolérable dans les meilleures maisons de la ville, dans les palais des beys, et cependant le mécontentement fermentait dans l'armée. Cet exil au-delà des mers, loin de la patrie, ces mœurs étranges, ces usages bizarres au milieu desquels on se voyait tout à coup tombé, le vague dans lequel on était encore par rapport au but réel de l'expédition, avaient jeté le dégoût et le découragement dans les esprits. En un mot, c'était le mal du pays, qui, sous des formes diverses, tour mentait soldats et généraux, et qui ne tarda pas à se traduire en conciliabules et même en complots. Des corps s'envoyèrent des députations; quelques généraux concertèrent de demander tous à la fois de retourner en France, pensant mettre par là le général en chef dans un grand embarras.
Bonaparte était au courant de toutes ces menées. Il fit demander à dîner au général Dugua et le pria d'inviter plusieurs généraux qu'il lui désigna, ce qui fut fait [vraisemblablement dans la deuxième quinzaine d’août]. A la fin du repas, le général en chef demanda à ses convives comment ils se trouvaient en Égypte. Tous s'empressèrent de lui répondre qu'ils s'y trouvaient à merveille. « Tant mieux! dit-il, je sais que plusieurs généraux font les mutins et prêchent la révolte... Qu'ils y prennent garde : la distance d'un général et d'un tambour à moi est la même, et si le cas se présentait, je ferais fusiller l'un comme l'autre! » Un silence respectueux suivit cet avis amical
Ce peu de paroles et une autre petite leçon que donna le général en chef à la 9e légère, qui passait pour avoir le plus mauvais esprit, suffirent pour faire rentrer tout le monde dans le devoir. L'armée sortit d'ailleurs bientôt d'une oisiveté toujours funeste à des imaginations malades et retrouva, dans l'activité et en présence de nouveaux dangers, toute son énergie. »

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Re: Rêves orientaux de Bonaparte

Message par L'âne » 09 sept. 2017, 09:07

Cyril Drouet a écrit :
08 sept. 2017, 13:32
Sous la plume de Bourrienne (Mémoires) :
« Ce fut à Passeriano que, voyant approcher le terme de ses travaux en Europe, il porta sérieusement ses regards vers l'Orient. Pendant ses longues promenades du soir, à Passeriano, dans un parc magnifique, il se plaisait à rappeler toutes les célébrités de ces contrées, à parler de tant d'empires fameux, qui ont disparu après s’être bouleversés les uns les autres, mais dont le souvenir est encore dans la mémoire des hommes; il disait : L’Europe est une taupinière ; il n'y a jamais eu de grands empires et de grandes révolutions qu’en Orient, où vivent six cent millions d’hommes. »
Il ajoutait, ce qui est très curieux de sa part que « l’Orient est le berceau des toutes les extravagances métaphysiques ».
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Re: Rêves orientaux de Bonaparte

Message par Cyril Drouet » 03 déc. 2019, 12:46

En marge des rêves orientaux formulés après les faits par Napoléon, un "what-if ?" de Savary face au général Hutchinson, tel que conté par Joseph de Maistre dans sa lettre au chevalier de Rossi, le 4 septembre 1807 :
"Si l'Empereur avait envoyé une de ses bottes, elle vous aurait chassé d'Egypte."

Avec des si...

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