Méritocratie

Espace dédié aux discussions relatives au Consulat et au 1er Empire.

Modérateur : Général Colbert

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L'âne
 
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Re: Méritocratie

Message par L'âne »

Damiette99 a écrit :
(même Bonaparte avec le frère de Robespierre, et Barras )
D'abord son frère Lucien.
mais surtout grâce aux possibilités offertes par la révolution
Je me demande même si Napoléon, tel que nous le connaissons, eut été possible sans Robespierre...
Le briquet a écrit :
Mais malgré tout, dès son entrée dans le service il profite de passe-droit
Aujourd'hui nous pâtissons des passe-droits, je l'admets. Nous appelons ça vulgairement "le piston".
Je me demande si à l'époque il ne s'agissait pas plutôt de cooptation ? Imaginez la pression d'être recommandé si vous n'avez pas les qualités requises...Et les conséquences pour ceux qui ont signalé la personne afin de la faire nommer dans un grade et une fonction...
Ne peut-on pas imaginer, sans se faire trop d'illusion, que la différence, dans la majorité des cas, se faisait à qualité, compétence égale ?
Je ne me souviens pas avoir lu de nombreuses plaintes relatives à des injustices au niveau avancement.
Modifié en dernier par L'âne le 04 août 2017, 23:07, modifié 2 fois.
Aurea mediocritas
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Cyril Drouet
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Re: Méritocratie

Message par Cyril Drouet »

Damiette99 a écrit :
04 août 2017, 15:44
Je crois d'ailleurs de mémoire qu'un militaire lors d'une revue à interpellé l'empereur pour faire valoir ses propres mérites et que Napoléon demandant au maréchal qui l'accompagnait si cela était vrai lui donna la croix !
Voilà qui me fait penser à cette amusante anecdote contée par Parquin dans ses Souvenirs :

"Quand le capitaine Lion se présenta, n'ayant qu'une ancienneté de sept ans de grade de capitaine, l'Empereur dit :
-Trop jeune.
Mais le colonel prit alors la parole :
-Permettez-moi, Sire, de faire observer à Votre Majesté que le capitaine Lion paraît jeune auprès des capitaines à qui vous venez d'accorder de l'avancement, et qui se trouveraient être très anciens.
L'Empereur, qui avait déjà fait un pas pour continuer sa revue, s'arrêta à cette observation fort juste ; et ayant aperçu une large cicatrice sur la figure du capitaine Lion, il lui adressa la parole en ces termes :
-Où as-tu reçu le coup de sabre que tu portes à la figure ?
-A Ulm, Sire.
Le capitaine fut fait à l'instant chef d'escadron pour passer au 14e Chasseurs. Ce qu'il y a de remarquable dans cette réponse, qui valut de l'avancement à cet officier, c'est qu'elle était vraie quant à la lettre, mais fausse quant au sens. L'Empereur comprit, en effet, que cette blessure avait été reçue à l'affaire d'Ulm, tandis qu'elle provenait d'un duel que le capitaine Lion avait eu étant au bivouac à Ulm."
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Cyril Drouet
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Re: Méritocratie

Message par Cyril Drouet »

Saint Clair a écrit :
03 août 2017, 22:35
On peut considérer que Napoléon s'est appuyé davantage sur ce concept et se l'est approprié au point de nous (me) faire accroire qu'il est le corollaire nécessaire et contemporain de l'Empire.
En voici un qui est conquis :
« Le mérite était un à ses yeux, et récompensé de même ; aussi voyait-on les mêmes titres, les mêmes décorations atteindre également l'ecclésiastique, le militaire, l'artiste, le savant, l'homme de lettres ; et il est vrai de dire que jamais nulle part, chez aucun peuple, à aucune époque, le mérite ne fut plus honoré, ni le talent plus magnifiquement récompensé. Ses intentions là-dessus étaient sans bornes. Il dit un jour: « Si Corneille vivait, je le ferais prince. » »

Sacré Las Cases... ;)
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Joker
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Re: Méritocratie

Message par Joker »

Sacré Las Cases...
Il n'était pas en effet à une flatterie près !
Dans son cas, cela relève sans doute plutôt de l'opportunisme.
Chacun tente d'exploiter ce en quoi il excelle... ;)
« L'usage nous condamne à bien des folies ; la plus grande est celle de s'en faire l'esclave. »
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Re: Méritocratie

Message par Mathieu Dampierre »

Un peu avant Tilsit, Alexandre et Napoléon passaient en revue les soldats de la vieille garde et Napoléon s'arrêta devant un grognard dont le visage était maculé de cicatrices. Se tournant vers le tsar russe, il lui dit, fier:
- Que pensez-vous d'un homme qui survit à de telles blessures?
Le tsar lui répond en souriant:
- Que pensez-vous de ceux qui lui ont faites?
Alors le grenadier de la vieille garde, jusque là impassible, intervient:
- Ceux-là sont morts.

;)
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Re: Méritocratie

Message par L'âne »

Jean-Baptiste GUINDEY mourra à Hanau en 1813 (lieutenant dans les Grenadiers à cheval ?). Peut-être qu'il valait mieux que sa vie s'achève ainsi, lui qui ne rêvait que plaies et bosses...
Je crois que Napoléon lui fit la remarque selon laquelle il l'aurait fait officier sur le champ s'il lui avait livré prisonnier le Prince. Et Jean Baptiste GUINDEY aurait répondu : "Sire, il n'était pas d'humeur à se rendre !". Effectivement, on peut voir, à la lecture du certificat médical, qu'il était décidé à vaincre ou périr.
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Cyril Drouet
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Re: Méritocratie

Message par Cyril Drouet »

Mathieu Dampierre a écrit :
05 août 2017, 17:42
Un peu avant Tilsit, Alexandre et Napoléon passaient en revue les soldats de la vieille garde et Napoléon s'arrêta devant un grognard dont le visage était maculé de cicatrices. Se tournant vers le tsar russe, il lui dit, fier:
- Que pensez-vous d'un homme qui survit à de telles blessures?
Le tsar lui répond en souriant:
- Que pensez-vous de ceux qui lui ont faites?
Alors le grenadier de la vieille garde, jusque là impassible, intervient:
- Ceux-là sont morts.

;)
L'anecdote est rapportée dans "Journal d'un valet de chambre au service de l'Empereur". A la suite de l'histoire, Jérôme aurait rétorqué : "Jamais un grenadier n'aurait parlé sous les armes".
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Re: Méritocratie

Message par L'âne »

Jérôme aurait rétorqué : "Jamais un grenadier n'aurait parlé sous les armes".
Ben voyons...
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Le Briquet

Re: Méritocratie

Message par Le Briquet »

Question de flèche et de gouttières, comme dit plus haut.
Frederic

Re: Méritocratie

Message par Frederic »

Pour revenir au sujet initial, je pense que Napoléon était pour cette méritocratie, mais qu'il n'ignorait pas quelques impératifs politiques. Il était avant tout pragmatique... et assez sensible aux courtisaneries.

On sait combien l'arrivée comme officiers des gendarmes d'ordonnance dissous, avait irrité dans les régiments, dans la mesure où cela perturbait le jeu normal de l'avancement qui se faisait à l'ancienneté. Or l'un et l'autre de ces systèmes vont contre le principe de mérite. L'ancienneté que l'on associe automatiquement à "l'expérience" est un système qui ignore le mérite... et que dire de ces jeunes de familles nobles devenus officiers pour attacher au régime leurs parents reconnaissants.
Le fait d'avoir créé des écoles d'officiers, montre que la compétence et le savoir, priment aussi sur le courage et d'autres qualités plus spectaculaire, mais peut-être plus conjoncturelles. Napoléon a progressé par sa science de la guerre (et son sens politique) plus que par son courage physique.

Quelques remarques sur ce qui a pu être dit plus tôt en comparant certains généraux à Marbot. Les exemples pris en comparaison avec lui sont des officiers qui ont bénéficié de circonstances antérieures aux services de Marbot:
Michel Marie Claparède, Il s'engage en 1792, Général de brigade en 1802
Louis Charles Antoine Desaix nommé général de division à 25 ans,le 20 octobre 1793

Je pense qu'il n'y a rien de comparable entre les promotions sous l'Empire et celles sous la Révolution. C'est la révolution, avec le système électif particulièrement, qui permit des ascensions fulgurantes (et quelques têtes tranchées pour ceux montés trop vite).
Sous l'Empire les choses sont bien plus contrôlées. Le système révolutionnaire a effectivement montré ses limite en confondant les talents. Le soldat admire le charisme, la gouaille, le courage, l'engagement républicain aussi, le sens de l'organisation parfois et quelques choix heureux au combat. Il n'est pas en mesure d'apprécier le champ des compétences à posséder pour atteindre certains grades et peut aussi être influencé par le clientélisme et les beaux-parleurs.
La Légion d'Honneur que l'on évoque, permet de récompenser le courage sans forcément promouvoir l'individu. Ainsi par ce biais on offre une possibilité de récompenser des personnes aux qualités parfois insuffisantes pour accéder à des fonctions supérieures.

Enfin concernant cette remarque:
Je ne me souviens pas avoir lu de nombreuses plaintes relatives à des injustices au niveau avancement.
Je trouve au contraire que le sujet revient très souvent dans les mémoires. Les motifs de récriminations sont assez nombreux, entre les prétendues erreurs liées à des homonymies ou au profit de parents (cela a même valu une erreur sur son mentor à Marbot), à des promotions de "fils de" (généraux ou anciens aristocrates), ou des injustices reprochées aux règles d'ancienneté justement...
Je pense aussi que nos mémorialistes se voient parfois plus beaux qu'ils n'étaient (le général Thiébaut en est un bel exemple) ou n'ont pas tout à fait vécu ce qu'ils rapportent (Marbot encore). Cela reste assez humain. Le fait que l'on s'attache à eux par leurs écrits ne doit pas nous interdire un certain recul et considérer qu'ils aient pu avoir le parcours qu'il méritaient, au milieu d'autres plus anonymes et non moins méritants voire talentueux.