Méritocratie

Espace dédié aux discussions relatives au Consulat et au 1er Empire.

Modérateur : Général Colbert

Matthieu Brevet

Message par Matthieu Brevet »

On parlait de progression de simple engagé, du rang, à des grades d'officiers supérieurs non déterminés en 1815. Si Bugeaud a "triché" en passant par les vélites, au moins a-t-il eu à subir les manoeuvres, porter le fusil et le sac. Escorches de SC, lui, est entré directement dans l'armée comme officier.
Brigadier 4H

Message par Brigadier 4H »

Je pense qu'il faudrait rechercher jusqu'aux grades de Major et Colonel.
A suivre...
Porucznik M.

Message par Porucznik M. »

Je crois que pour qui sort de sa campagne et entre comme lignard, et qui progresse jusq'au grade de Lieutenant, voir de Capitaine, le chemin est enorme.

Si on ne considère que les officiers supperieurs, alors on se leure. La meritocratie ne signifit pas des galons en feuilles de chêne pour tous...
Brigadier 4H

Message par Brigadier 4H »

Bien sur, comme le sergent bourgogne, Coignet etc...
Mais justement, le propos est de faire le parallèle entre la révolution et l'Empire. Voyez par exemple le fabuleux destin de Murat, qui "sortait de sa campagne"...
Willelmus

Message par Willelmus »

Je crois que pour qui sort de sa campagne et entre comme lignard, et qui progresse jusq'au grade de Lieutenant, voir de Capitaine, le chemin est enorme.
Si on ne considère que les officiers superieurs, alors on se leure. La meritocratie ne signifit pas des galons en feuilles de chêne pour tous...
Exact. Même si les gueux ayant accédé à l'épaulette sont en fait à peu près tous des troupiers de la génération de la Révolution, ce qui ne correspond pas tout à fait aux termes de notre débat.
Soit ils ont bénéficié de circonstances exceptionnelles de départ (épaulette rapide généralement suivie d'une stagnation absolue), soit ils se sont instruits sous les drapeaux (c'est le cas Coignet), soit ils ont gagné à l'usure un avancement tardif vers 1813, lorsque la pénurie de cadres a imposé ces anciens peu doués comme officiers par défaut

Ce sont d'ailleurs ces gens-là qui sont pilonnés par les revues d'inspection du grand licenciement de 1814-1815 : leur savoir par l'expérience ne compense plus leur indignité sociale, leurs mauvaises manières et leurs lacunes culturelles majeures (certains étant même analphabètes, en dépit du réglement, mais nécessité avait fait loi comme en 1793).


Boniface a gravement souligné par ailleurs que :
Quoi qu'il arrive, la progression des militaires étaient plus rapide sous le 1er empire que lors du 20ème siècle.
De fait, le caractère démocratique des périls de guerre joue un peu le rôle d'un providence accélératrice d'avancement ! :lol:


Pour prolonger la mini-controverse avec Mattieu, la distinction écoles/vélites me parait d'autant plus artificielle qu'il pouvait y avoir des élèves boursiers du gouvernement dans les écoles (fils d'officiers tués ou de bonnes familles ruinées par ex), tandis que les familles des vélites devaient, elles, verser une pension à l'état pour l'entrtien de leurs chérubins... Quant au sac, au fusil et aux manœuvres, même si ce n'était pas sous le feu de l'ennemi, Cyrards et Cie y ont aussi goûté sous la férule de leurs féroces instructeurs :) :)

S'agissant du débat initial sur la méritocratie militaire, il me semble que nous avons tout de même négligé une des données de l'équation. A la base, après tout, la légion d'honneur a aussi été utilisée pour distinguer les mérites des valeureux serviteurs inaptes aux responsabilités.

Sinon, afin de contribuer au grand jeu du promu express, je peux verser au dossier le cas de Louis Lamarre, né en 1781 et engagé dès 1799. Il devient officier en 1806 et major en 1813. La Restauration en fera un colonel, puis la monarchie de Juillet un maréchal de camp. Combattant valeureux (3 blessures) et chef de qualité, le personnage avait tout de même un capital social initial grâce à des origines petites bourgeoises.

Voili-voilà mon petit tour d'horizon bouclé...
:cheval: :cheval: :cheval:
Brigadier 4H

Message par Brigadier 4H »

D'accord avec cette analyse.
Un autre phénomène est d'être ou pas sous les yeux de l'Empereur. La bravoure est souvent directement récompensée. Pour les autre en Espagne, en Italie (1814) ou simplement sous les ordres d'un chef"mineur", c'est quand même beaucoup plus dur.
A partir de mai 1805, dans les 2/3 des grades, les sous-lieutenants nommés doivent avoir au minimum 6 ans de service dont 4 comme sous-officiers...Le 1/3 restant est à la bonne disposition de l'Empereur!
Bernard Coppens

Méritocratie

Message par Bernard Coppens »

Méritocratie au royaume d'Espagne
Lasalle60 a écrit :Et la progression (pour les haut grade) "au mérite" dans les monarchie oligarchique est à mon avis très très rare voisine du zéro
On ne se méfie jamais assez des idées reçues :

Boyseau (Pierre), marquis de Chateaufort, un des meilleurs généraux de Philippe V, roi d’Espagne, était né en 1668 à Nismes, sur l’Eau Noire, près de Couvin [Belgique]. Il fut d’abord gardien de pourceaux et ne dut sa brillante fortune qu’à son mérite et à ses talents militaires. Enrôlé volontairement en 1685 dans un régiment de cavalerie espagnole, il ne tarda pas à se faire remarquer de ses chefs et obtint de bonne heure le brevet d’officier. Il se trouva à Steinkerque, à Nerwinde et se distingua devant Charleroi. Lorsque la guerre de succession éclata, Boyseau servit sous les drapeaux de Philippe V et devint colonel de dragons dans la campagne de 1765. Il commandait l’arrière-garde à la journée de Ramillies et se trouva à Malplaquet. Il eut plus tard, en Espagne, le commandement général des dragons, sous les ordres du duc de Berwick, fit la guerre en Sicile, y devint lieutenant général, et servit dans les expéditions contre les Maures, sous le marquis de Lede, chevalier de la Toison d’Or et vice-roi de Sicile. L’ordre de Calatrava et le titre de marquis de Chateaufort récompensèrent ses services. Il fit encore la guerre sur les côtes d’Afrique et au royaume de Naples, de 1732 à 1734, devint capitaine général de la Vieille-Castille et mourut à Zamora, dans le royaume de Léon, en 1741. Le marquis de Chateaufort ne chercha jamais à déguiser l’obscurité de sa naissance. Un grand d’Espagne l’ayant un jour traité avec une morgue offensante, Boyseau dit à ses amis « Cet homme fait bien de s’applaudir de sa naissance, car s’il avait été porcher comme moi, nul doute qu’il le serait encore. »
Biographie générale des Belges morts et vivants, Bruxelles, 1849, p. 35.

Cordialement


:salut:
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Cyril Drouet
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Méritocratie

Message par Cyril Drouet »

Saint Clair a écrit :
02 août 2017, 22:16
J'arrive un peu tard et Joker me l'a pris de la bouche : méritocratie.
Quand il m'arrive de parler de Napoléon à des gens qui n'y connaissent pas grand chose, je développe toujours ce thème et personne ne me contredit.


Et ceux qui y connaissent un peu plus que « pas grand-chose », à défaut de vous contredire, nuancent-ils le propos ?


Un peu de Tulard (Napoléon ou le mythe du sauveur) :

« L'ascension d'un Murat, fils de cabaretier, devenu roi de Naples, ou celle de la maréchale Lefebvre, populaire Madame Sans-Gêne, ont pu faire croire à une très grande mobilité sociale sous l'Empire; en réalité, les grosses fortunes foncières sont le plus souvent d’origine ancienne ; elles ont traversé la révolution sans accroc ou ont été reconstituées après 1800 ; les plus récentes datent de la Révolution.
[…]
La conquête de l’Europe ne profitent finalement qu’aux privilégiés ; gratifications provenant du domaine extraordinaire pour les généraux, les hauts fonctionnaires, puis les membres de la vieille noblesse ; profits commerciaux pour les manufacturiers et les négociants.
En deçà, l’ascension sociale est difficile.
[…]
Encore la promotion sociale par l’armée doit-elle être nuancée. Le passage de simple soldat au rang d’officier devient difficile sous l’Empire.
[…]
La giberne des grognards ne renfermait aucun bâton de maréchal […] Tout au plus, en dehors de la Légion d’honneur, à laquelle était attaché un traitement, le soldat a-t-il l’espoir de finir lieutenant, et la solde qu’il touchera non sans difficultés lui fera une situation supérieure à ses camarades restés paysans.
[…]
La fonction publique n’a pas été, contrairement à ce que l’on a écrit, un facteur d’ascension sociale […] Dans l’administration comme dans l’armée, s’établit, après les brusques promotions qui ont suivi 1789, une stricte hiérarchie qui ralentit les chances d’avancement.
[…]
Le caractère « élitaire » du régime s’est trouvé renforcé par la création, le 17 mars 1808, de l’Université impériale qui vise à former dans un même moule la jeunesse bourgeoise
[…]
Les chances d’accéder à l’élite administrative sont désormais réservées à une ploutocratie enrichie par la Révolution ou encore à l’ancienne aristocratie. La société napoléonienne est celle du retour à l’ordre au profit des notables. »
Le Briquet

Re: Méritocratie

Message par Le Briquet »

Ces nuances sur la méritocratie peuvent aussi être mises au regard des grands mémorialistes que nous connaissons tous.
L'avancement est-il si simple pour un simple conscrit ?
Il y a déjà plus de chances pour un vélite ou un fusilier de la Garde de la première heure, mais là encore la chance joue. Un Barrès monte plus vite qu'un Bourgogne. Est-ce une question de mérite ?
Enfin un Marbot, profitant du réseau de son père, grille les étapes...
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Bernard
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Re: Méritocratie

Message par Bernard »

Ce serait alors une méritocratie dévoyée (et limitée au champ de vision de l'intéressé car il était bien plus difficile de monter en grade lorsqu'on combattait loin des yeux de l'Empereur !)
Croyez-vous que Bonaparte soit devenu empereur à cause de ses mérites ? Moi, j'y vois plutôt le fruit de ses audaces...