Méritocratie

Espace dédié aux discussions relatives au Consulat et au 1er Empire.

Modérateur : Général Colbert

boniface de la baffe

Avancement et méritocratie

Message par boniface de la baffe »

Salut,

Plus je lis de livres sur l'avancement par le mérite dans l'armée du 1er empire, plus j'en vois les limites !

La première est le manque de "stratégie"(l'art de gagner la guerre ou la gestion d'un corps d'armée) des officiers supérieurs. Ceux sont d'excellents tacticiens car ils montent du rang et ils sont donc habitués à gérer les formations et les hommes. Mais ils sont souvent à la rue quand il
sagit de gérer plus d'une division.
La deuxième limite est que la monté des grades se fait de façon subjective et donc certains progresses moins vite (car pas là au bon moment, exemple Marbot et Thiebault qui s'en plaignent régulièrement dans leurs mémoires). Cela cree des jalousies entre les généraux et les marchaux. Ils ne viennent pas aider leurs compatriotes pour pouvoir obtenir toutes la gloires aux champs d'honneur.

Avec le système de l'ancienneté et du passage d'examen dans l'armée, on
évite ce genre de problèmes. Mais on a des hommes du rang qui ne se reconnaissent pas dans leurs officiers supérieurs et ils ne sont pas tjs trés pramatiques au combat.

Maintenant j'en vois venir certains qui vont m'écrire que la méritocratie c'est bien blabla... Je n'ai pas dit que c'était bien ou pas bien, mais à chaque système sa limite.

A noter que Tsalhal fonctionne aussi par la méritocratie et souvent leurs officiers d'état major sont trés moyens voir pas trés bons (voir Pierre Razoux - Tsalhal).

Merci.
Matthieu Brevet

Message par Matthieu Brevet »

La méritocratie sous l'Empire n'est plus ce qu'elle était à la Révolution.

Sous l'Empire, l'hyper-centralisation des décisions militaires entre les mains de Napoléon fait que seul ceux qui se battent sous ses yeux ont de l'avancement au mérite, ceux exilés sur d'autres fronts (colonies, Espagne, ...) ne montent généralement que quand un supérieur laisse une place vacante (par mort ou départ).
De plus, Napoléon ayant tout pouvoir sur l'armée, l'avancement, ou plutôt l'absence d'avancement, est une arme pour punir les opposants: le cas de Gouvion Saint-Cyr en est sans doute l'un des plus marquants! Lui qui était déjà un talentueux chef de corps avant le 18 Brumaire n'est fait maréchal qu'en 1812, après s'être fait passer devant par des Bessières, Victor, Oudinot ou Macdonald.

A mon sens, la méritocratie sous l'Empire ne fonctionne que dans les grades d'officiers subalternes, peut-être jusqu'à celui de commandant au maximum. Napoléon ayant fait de l'avancement une arme politique, la méritocratie est alors subordonné à la courtisanerie.
Nous parlions il y a peu, sur ce forum, du fils de Lafayette qui ne dépassa jamais le grade de lieutenant ou capitaine, malgré une bravoure reconnue et plusieurs blessures. A l'inverse, Napoléon qui souhaite s'attacher l'ancienne noblesse les intègre comme cadet dans ses Vélites, Gendarmes d'ordonnance, et plus tard Gardes d'honneur, leur accordant directement des grades d'officiers que d'autres ont acquis sur les champs de bataille, ou au moins en passant par Saint-Cyr.

Les rescapés des expéditions coloniales de 1802, rentrés en France, se voient souvent refuser la reconnaissance de leur(s) grade(s) gagné(s) au cours de ces campagnes, et ce au profit d'officiers restés au dépôt et n'ayant pas fait campagne: Napoléon veut faire oublier les désastres coloniaux, et il punit ainsi les seuls témoins de ces fiascos.

La méritocratie dans l'armée française meurt avec le Directoire. On ne trouve plus par la suite d'officiers sortant du rang pour gravir en quelques années tous les échelons de la hiérarchie. Les seuls carrières fulgurantes sont celles d'officiers d'état-major, souvent nobles, qui partent déjà avec l'épaulette au moins de lieutenant, mais surtout avec de sérieuses recommandations et soutiens en poche ...

Matthieu
Drouet Cyril

Message par Drouet Cyril »

La méritocratie dans l'armée française meurt avec le Directoire.
Il faut quand même rappeler que de nombreux officiers nobles sous la Révolution, bien que méritants dans "l'art" de la guerre, payèrent cher leur naissance.
D'un autre côté, on a vu aussi de parfaits incompétants élévés aux grades les plus élévés, parce que bons sans-culottes.

Salutations respectueuses.
Matthieu Brevet

Message par Matthieu Brevet »

En effet, je ne prétend pas que les régimes précédents étaient exempts de défauts. Par contre, si on trouve toujours des nobliaux catapultés colonels sans servir ou des proches favorisés (les Clary, Tasher de la Pagerie, sans parler de Jérôme Bonaparte), on ne voit plus de trajectoire fulgurante comme celles de Lannes sous l'Empire.

Les seuls officiers talentueux faisant une carrière rapide sous l'Empire qui me viennent à l'esprit sont Schramm (fils) et Bugeaud. Toutefois, le premier avait l'avantage d'avoir un père dans la place, sous les ordres duquel il commença sa carrière. La carrière du second, de vélite à colonel en 10 ans, reste sans doute la plus fulgurante de l'Empire. Il aura quand même fallu qu'il s'agisse d'un vélite ...

Matthieu
Brigadier 4H

Message par Brigadier 4H »

C'est un sujet qui mérite d'être développé. Ce serait intéressant de chercher la promotion maximale au cours des 10 années qui suivirent, d'un engagé volontaire en 1805. Il est sûr que sous l'Empire, les gradés n'étaient pas élus... D'un autre côté, la carence de la période révolutionnaire était terminée, et les officiers étaient généralement aguerris et qualifiés.
boniface de la baffe

Message par boniface de la baffe »

Salut,

Quoi qu'il arrive, la progression des militaires était plus rapide sous le 1er empire que lors du 20ème siècle.

@+
Matthieu Brevet

Message par Matthieu Brevet »

Engagé volontaire en 1805 à 1815? Je pense que nous avons déjà la réponse: Bugeaud! En encore, comme je le disais, il part avec un petit "plus": il commence comme Vélite, autrement dit ce qu'on pourrait assimiler aux anciens cadets d'Ancien régime. En effet, de caporal dans la Garde, il passe directement sous-lieutenant dans la ligne l'année suivante ...

Personnellement, je n'en vois pas d'autre. Même Schramm (fils), le plus jeune général de l'Empire, s'était engagé dès 1799.

Après, il faut savoir jusqu'à quel grade on s'intéresse? En dessous de colonel, il sera difficile d'identifier qui que ce soit.

Matthieu
Willelmus

Message par Willelmus »

Bugeaud! En encore, comme je le disais, il part avec un petit "plus": il commence comme Vélite, autrement dit ce qu'on pourrait assimiler aux anciens cadets d'Ancien régime. En effet, de caporal dans la Garde, il passe directement sous-lieutenant dans la ligne l'année suivante ...

Personnellement, je n'en vois pas d'autre. Même Schramm (fils), le plus jeune général de l'Empire, s'était engagé dès 1799.
Et le général Sainte-Croix ?
Matthieu Brevet

Message par Matthieu Brevet »

J'y avais pensé, mais je l'ai rejeté car Escorches de Sainte-Croix entre directement comme officier dans l'état-major de Masséna, sans passer par les grades subalternes.
Willelmus

Message par Willelmus »

y avais pensé, mais je l'ai rejeté car Escorches de Sainte-Croix entre directement comme officier dans l'état-major de Masséna, sans passer par les grades subalternes.
Evidemment, si c'est le critère, il est très sélectif. Cela exclut les enfants de dignitaires (Coco Lefebvre et Cie)

Il est pourtant clair qu'on doit pouvoir détecter quelques belles carrières passant par certaines filières : les écoles (sans doute plus Polytechnique que l'ESM d'ailleurs), les vélites (fausse exception d'ailleurs : vu la nature du recrutement, c'est une population très proche des élèves des écoles, seule la méthode de formation diffère : pour simplifier disons théorie ou pratique) et les aides de camp.

Mais aucune n'équivaut à un avancement issu du rang en corps de troupe, d'autant qu'il y a des délais minimaux d'ancienneté à respecter en termes d'avancement de grade. Je doute qu'on puisse expérer plus que quelques majors issus de la conscription de l'an 7 ou des proches suivantes (je dois avoir un ou deux noms de côté).
S'agissant de Bugeaud, le personnage est remarquable et peut-être unique mais il faudrait dépouiller les colonels de Quintin pour être certain qu'il soit sans équivalent ('après les dates de naissance ?).
:cheval: