François Ribes, chirurgien de l'Empereur

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Joker
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François Ribes, chirurgien de l'Empereur

Message par Joker »

Ribes est né à Bagnères-de-Bigorre le 4 septembre 1765.
Moins connu que Larrey, Percy, Yvan. Ribes fut chirurgien dans la grande armée .
Sa vie va être rythmée par ses fonctions à l’Hôtel des Invalides où il entre sur propo­sition de Sabatier comme sous-aide-major en septembre 1792, et surtout par les campagnes militaires de la Révolution et de l’Empire.
Ribes est nommé chirurgien par quartier de la Maison de l’Empereur mais, surtout, sa vie sort de l’ordinaire puisqu’il devient, en 1805, un des chirurgiens de la 1ère division d’ambulance auprès de l’Empereur à la suite des armées dans le cadre d’un supplément de service de santé. Cette division est appelée la division du champ de bataille, dont le chef est Yvan .
Il y est présent de 1805 à 1813 , excepté en 1809 pendant la campagne d’Autriche se terminant à la bataille de Wagram.

Préalablement, Ribes n’avait pas pris part à l’expédition d’Égypte malgré les souhaits de Larrey : il s’y serait pris trop tard, selon Triaire. Pendant l’absence de Larrey, Ribes s’est occupé de la santé fragile de madame Larrey. Les lettres entre Dubois, Larrey et Ribes montrent à quel point ces trois personnes sont liées d’amitié.

De ses nombreuses années comme officier de santé, malheureusement Ribes n’a écrit que quarante pages de souvenirs publiés en 1845.

On y retrouve la description technique assez saisissante de l’embaumement du colonel Morland, mort à Austerlitz. On frémit, lorsqu’en compagnie de Larrey, dans une ferme entre Golymin et Pultusk, et n’ayant pas leur matériel, ils trouvent “une bonne scie de menuisier et font très bien l’amputation avec cet instrument”. À Eylau, à l’ambulance de la garde, il prête main forte à Larrey, ce qui lui vaudra, ainsi qu’à d’autres officiers de santé, “la croix”. Après Friedland, même le comte Daru aide Boyer à faire plusieurs opérations ! En 1808, Ribes se rend deux fois en Espagne et se trouve présent lors du fameux épisode de Somo sierra. Les cavaliers polonais arrivent à s’emparer des bouches à feu dans ce défilé sous la mitraille. Il porte secours à Philippe de Ségur. Ce dernier, comme on le sait, survécut à ses blessures et aux saignées. À la Moskowa, à la suite de la mort de plusieurs généraux, l’empereur missionne Rapp qui est renversé de son cheval. Dans ses mémoires, le général Rapp, aide de camp de Napoléon, se rappelle qu’il fut pansé par le chirurgien de Napoléon “qui vint lui-même me faire visite…”. Il est conduit à l’hôpital établi au couvent de Kolotskoïé. À Moscou, Ribes évite que le commandant de génie de la garde impériale Giraud “bénéficie” du trépan suite à un grave traumatisme crânien avec plaie et enfoncement d’une partie du pariétal. Cet homme survécut puisque, six ans après, il est à Perpignan comme principal officier de génie.

Lors de la retraite, Ribes est pris par la tristesse poignante des grenadiers alors qu’ils repassent sur le champ de bataille de la Moskowa, plusieurs semaines plus tard : “j’ai vu couler des larmes des yeux de plusieurs grenadiers, dernier et touchant adieu de ces braves aux mânes de leurs vieux camarades qu’ils avaient laissés sur ce champ de bataille”. Au moment du passage de la Bérézina, Yvan est malade. Ribes suit l’escadron de service et aide Larrey à faire toutes les amputations et notamment celle du général Zayonscheck. Après la Bérézina, le froid s’intensifie encore : “le docteur Castel, marchant tranquillement, tout à coup, en portant un petit morceau de biscuit à sa bouche, eut les doigts gelés. Notre confrère, le docteur Therrin perdit aussi plusieurs phalanges par le froid et presque en même temps, un jeune pharmacien, en allant à la garde-robe, eut les parties génitales gelées. Il périt dans les plus affreuses souffrances”.

À la suite de cette retraite de Russie, Ribes mit longtemps à se rétablir. Dans ses mémoires, Larrey dit : “Depuis notre départ de Wilna, je n’avais vu mon ami Ribes. J’en étais inquiet lorsqu’à l’approche de Kowno, je le rencontrais par hasard au milieu de la foule mobile. Son faciès était frappé de tous les signes du dernier degré d’épuisement de ses forces physiques et témoignait de sa faiblesse mentale. Un peu de pain, de sucre et quelques gouttes de rhum qui me restaient l’aidèrent à arriver à la ville. Je le conduisis à l’hôpital où l’on m’avait réservé une petite chambre que l’on réchauffa difficilement ; mais il y avait un lit dont mon ami profita. Quelques bouillons et du vin sucré chaud que je m’étais procurés le ranimèrent et le mirent en état de pouvoir continuer sa route sur mon cheval, qu’il ne pouvait conduire lui-même”.

En 1813, Ribes fait sur le champ l’amputation des deux cuisses du général Bruyères près de Reichenbach, mais il décédera. Larrey a ce trait sévère, oubliant peut-être ses propres échecs : “C’est la première et dernière opération majeure que ce docteur ait prati­quée aux champs de bataille où il s’était trouvé. Cette dernière fut malheureuse” . Peu de temps après, il assiste à la mort du général Kirgener et à la blessure mortelle du grand maréchal du palais Duroc, touché au ventre. Ribes reste auprès de lui pendant les longues heures d’agonie.

Ribes évoque la mort du général Moreau “puni pour avoir tiré l’épée contre les Français et pour n’avoir pas su oublier un instant les torts de son oublieuse patrie. Mais les fautes de ce malheureux Moreau sont loin des horreurs qu’a commises Bernadotte à la bataille de Leipzig. Lorsque nos malheureux soldats, épuisés de fatigue, se jetaient dans la rivière Elster, pour éviter l’épée des Russes, lui, au lieu de leur tendre la main, les faisait poursuivre à coup de fusil par les Suédois, pour les empêcher de sortir de l’eau. Après cet exploit, il est revenu en France avec nos ennemis pour déchirer sa mère patrie”.(?)

En 1814 : “je ne fus pas témoin des malheurs de ma patrie” ; “je rentrai à Paris le 21 janvier 1814… très affaibli par les fatigues et les privations. Le 25 janvier 1814, je reçus l’ordre de me rendre à Fontainebleau et d’en partir le lendemain matin avec le Saint-Père pour l’accompagner dans ses États”. Le décès de ce pape, Pie VII, en très mauvaise santé, alors en conflit avec Napoléon, n’aurait pas manqué de créer bien des rumeurs.

Pendant les Cent-jours, Ribes n’accompagne pas Napoléon en Belgique et pourtant, comme l’atteste une lettre datée du 25 avril 1815 , Corvisart l’informe que l’em­pereur l’a nommé chirurgien par quartier de la Maison et de l’infirmerie impériale. Dans le désordre administratif de l’époque, y a-t-il eu une faille ou plutôt Ribes n’y a-t-il pas répondu en raison de ses engagements envers Louis XVIII ?

Par la suite il deviendra médecin “ordinaire” breveté aux Invalides de 1828 à 1836, puis médecin principal en 1841 et principal de 1ère classe de 1841 à 1842.
En 1842, il est admis d’office par décision royale à la retraite à l’âge de 77 ans.

Si Ribes est un chirurgien discret, il n’en est pas moins considéré comme un des meil­leurs anatomistes de son temps. Déjà, en 1850, on disait que Ribes, médecin aussi modeste que distingué, est mort peu connu de ses contemporains, et son nom sera rare­ment prononcé plus tard.

Pour terminer, cet homme, “à qui on ne connaissait pas d’ennemi”, est également l’ami de Portal. Il devient chirurgien par quartier du roi Louis XVIII dès octobre 1814, puis de Charles X. Il est nommé officier de la Légion d’honneur à l’époque de l’épidé­mie de choléra en 1832. François Ribes s’éteint le 21 février 1845. Sa sépulture se trouve au cimetière du Montparnasse.

(Source: Benoît VESSELLE et Guillaume VESSELLE)

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Modifié en dernier par Joker le 28 mai 2020, 18:41, modifié 1 fois.
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L'âne
 
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Re: François Ribes, chirurgien de l'Empereur

Message par L'âne »

Joker a écrit :
27 mai 2020, 20:01
Ribes est né à Bagnères-de-Bigorre le 4 septembre 1765.[...]
En 1813, Ribes fait sur le champ l’amputation des deux cuisses du général Bruyères près de Reichenbach, mais il décédera. Larrey a ce trait sévère, oubliant peut-être ses propres échecs : “C’est la première et dernière opération majeure que ce docteur ait prati­quée aux champs de bataille où il s’était trouvé. Cette dernière fut malheureuse” . Peu de temps après, il assiste à la mort du général Kirgener et à la blessure mortelle du grand maréchal du palais Duroc, touché au ventre. Ribes reste auprès de lui pendant les longues heures d’agonie.
Je ne pense pas que Larrey soit sévère à ce propos dans la mesure où voici ce qu'il écrit :

« C'est après la bataille de Wurtzchen et de Bautzen que Bruyère eut les deux jambes emportées, et c'est mon ami, le docteur Ribes, qui lui fit la double amputation. C'est la première et dernière opération majeure que ce docteur ait pratiquée aux champs de bataille où il s'était trouvé. Cette dernière fut malheureuse
Extrait de "Larrey - Paul TRIAIRE"
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Turos M. J.
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Re: François Ribes, chirurgien de l'Empereur

Message par Turos M. J. »

"...On frémit, lorsqu’en compagnie de Larrey, dans une ferme entre Golymin et Pultusk, et n’ayant pas leur matériel, ils trouvent “une bonne scie de menuisier et font très bien l’amputation avec cet instrument”...".
Cher Joker.
Plus précisément, cela s'est produit dans la chapelle de Kacice, à environ 7 kilomètres de Pułtusk, où D. J. Larrey est arrivé tard dans la nuit.
Fr. Ribes s'y est réfugié et, plus tard, il s'est avéré - lorsque l'obscurité a cédé - qu'il était presque au centre du champ de bataille.
:salut:

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la remonte
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Re: François Ribes, chirurgien de l'Empereur

Message par la remonte »

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Re: François Ribes, chirurgien de l'Empereur

Message par Soldat Inconnu »

"Le premier médecin Corvisart n'est venu qu'une seule fois à l'armée ; je me rappelle l'avoir vu à Schœnbrünn au moment où la guerre de Wagram finissait. Le premier chirurgien Boyer n'a fait qu'une campagne ou deux. Yvan a fait toutes les campagnes. On le voyait toujours à cheval derrière l'Empereur ; il semblait attaché à son ombre comme Roustan. Ses auxiliaires habituels étaient les docteurs L'Herminier, Ribes, Jouan et Vareliaud."(Mémoires baron Fain)
:salut:
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