ÉCONOMIE : Les manufactures de guerre

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C-J de Beauvau
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Re: ÉCONOMIE : Face à la crise

Message par C-J de Beauvau » 07 nov. 2017, 14:58

intéressants parallèles :)

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Cyril Drouet
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Re: ÉCONOMIE : Face à la crise

Message par Cyril Drouet » 07 nov. 2017, 15:25

[quote="L'âne" post_id=7762 time=1510061524 user_id=52]
Catherine DUPRAT "Le temps des philanthropes" :
"La crise de 1812 entraînant une explosion de cet effort avec 4,342 millions de portions distribuées en une année."
[/quote]

Décret du 24 mars 1812 :
« Titre Ier. De la distribution des secours.
Art. 1er. Il sera fait, à compter du 1er avril prochain jusqu'au 1er septembre, une distribution journalière et gratuite de deux millions de soupes , dites à la Rumfort.
Art. 2. Les soupes devront être composées d'une telle quantité de légumes, que deux soupes équivalent à au moins une livre de pain.
Art.3. Cette quantité de deux millions de soupes à la Rumfort sera répartie entre les départements.
Art. 4. Les quantités allouées à chaque département seront réparties par les préfets entre les cantons de leur département, vingt-quatre heures après la réception du présent décret. Cette répartition sera indépendante des secours ordinaires affectés au soulagement de la classe indigente.
Art. 5. Les villes formant plusieurs cantons ne seront comprises que pour un seul article dans cette répartition, mais en raison de leur population , et en proportion de leurs besoins.

Titre 2. Des fonds.
Art. 6. Une somme de vingt-deux millions cinq cent mille francs, présumée nécessaire pour subvenir à cette dépense, sera mise à la disposition des préfets. Art. 7. Dans les vingt-quatre heures qui suivront la réception du présent décret, les préfets feront la répartition des sommes par canton, en proportion de la quantité des soupes allouées à chacun par la répartition que prescrit l'article 4 ci-dessus, et mettront, chaque mois, le cinquième de cette somme à la disposition des maires, ou des comités de bienfaisance établis ci-après.
Art. 8. Il sera pourvu aux fonds nécessaires,
1 ° Par l'emploi de ce qui reste disponible sur le budget des communes ;
2° Par un emprunt que les communes feront à la caisse d'amortissement, et qui sera égal au quart du produit net de leur octroi ;
3° Par l'emploi des fonds restant disponibles sur le vingtième du revenu des communes, affecté aux compagnies de réserve, sur le fonds de non-valeurs, sur les centimes variables et facultatifs ;
4° Enfin, par une addition de nouveaux centimes sur les contributions directes, soit en prenant les centimes variables qui n'auraient pas été imposés, soit en prenant les centimes facultatifs qui n'auraient pas été imposés , soit en imposant de nouveaux centimes.
Art. 9. Dans le cas où l'on imposerait de nouveaux centimes, ils ne pourront excéder le nombre de trois pour cette année.

Titre 3. Des comités de bienfaisance.
Art. 10. Les sous-préfets nommeront, par chaque canton de leur arrondissement, un comité comoosé,
Du juge-de-paix, président ;
De deux maires des principales communes ;
Art. 11. Le comité se réunira sur-le-champ au chef lieu de canton, et fera la distribution des soupes affectées au canton, en les subdivisant en autant de sections qu'il y a de principales communes, et en formant des sections de la réunion des communes moins considérables.
Art. 12. Dans les villes ayant plus de dix mille francs de revenu, ce comité sera composé,
Du maire, président ;
De deux notables ;
D'un curé ;
Du président du comité de bienfaisance de la ville.
Art. 13. Les notables et le curé seront désignés par le préfet.
Art. 14. Les comités de bienfaisance feront établir sur-le-champ le nombre de fourneaux nécessaires pour la préparation des soupes.
Art. 15. Si, par quelque cause que ce soit, il y avait des difficultés à donner les secours en soupes à la Rumfort, et qu'il fût jugé plus économique et plus avantageux, vu les usages et les localités, de convertir ces secours en d'autres espèces d'aliments, les comités sont autorisés à faire ce qu'ils jugeront le plus utile. Leurs délibérations seront exécutées pendant les quinze premiers jours d'avril ; passé ce temps, ils exécuteront ce qui sera ordonné par les préfets.
Art. 16. Les préfets, maires et comités de bienfaisance sont autorisés à profiter de l'établissement des fourneaux pour faire faire une plus grande quantité de soupes aux légumes, que celle qui devra être distribuée gratuitement , afin de les délivrer au prix coûtant à tous ceux des habitants qui auront les moyens de les payer.
Art. 17. Les comités de bienfaisance rendront compte, chaque mois, de l'emploi des fonds mis à leur disposition.
Art. 18. Les comptes seront arrêtés par le sous-préfet de l'arrondissement, et adressés au préfet, qui en fera l'objet d'un rapport général qu'il adressera à notre ministre de l'intérieur.

Titre 4. De la levée des centimes additionnels.
Art. 19. Dans les départements où il sera nécessaire de lever des centimes additionnels, pour pourvoir au complément de cette dépense, ainsi qu'il est prescrit par l'article 8 ci-dessus, les conseils généraux de département seront convoqués sans délai; les centimes seront perçus par émargement, et les receveurs pourront être autorisés par notre ministre du Trésor, s'il y a lieu, à en faire l'avance. Si les trois centimes n'étaient pas suffisants, il y sera pourvu par le moyen d'un emprunt, dont la demande sera faite par le conseil général du département , avec la clause du remboursement en 1813 et 1814.

Titre 5. De l'emprunt.
Art. 20. Les maires des communes souscriront des bons de remboursement des sommes qui seront prêtées par la caisse d'amortissement : ces sommes seront remboursées, moitié en 1813, et moitié en 1814, par douzième chaque mois. Ils seront de cinq mille francs, et porteront la date de leur remboursement : ils seront signés du receveur de la commune, visés par le maire et le préfet.
Art. 21. Ces bons seront versés dans la caisse du receveur du département, qui les enverra à la caisse d'amortissement.
Art. 22. Le directeur général de la caisse d'amortissement prendra les mesures pour faire parvenir sans délai, au chef-lieu du département, le cinquième de la somme à prêter à chaque commune , afin d'assurer la distribution des secours pendant le mois d'avril, et avant d'avoir reçu lesdits bons.
Art. 23. Le second cinquième ne sera envoyé par le directeur général de la caisse d'amortissement, que lorsque les bons des communes, remboursables moitié en 1813 et moitié en 1814, lui auront été adressés ; mais il ne suspendra l'envoi des fonds que pour les communes en retard.
Art. 24. Le remboursement des bons sera porté au premier article du budget de la commune en 1813 et 1814. »
[/justify]

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Cyril Drouet
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Re: ÉCONOMIE : Face à la crise

Message par Cyril Drouet » 07 nov. 2017, 15:57

L'âne a écrit :
07 nov. 2017, 14:32
Pierre BRANDA "Joséphine - Le paradoxe du cygne" :
"Ainsi, pour faire face à la crise économique de 1810, il [Napoléon] fit commander aux soieries de Lyon plus de 80 kilomètres de tapisseries pour remeubler Versailles."


« Sa Majesté étant dans l’intention de venir au secours des fabriques de Lyon qui sont dans l’embarras en ce moment, désire leur faire des commandes pour une somme de deux millions, payables dans les trois ou quatre premiers mois de 1811, et même en deux mois si cela est nécessaire pour mettre en activité un plus grand nombre de métiers qui se trouvent sans occupation.
Sa Majesté désire qu’à cet effet vous réunissiez d’abord les négociants de Lyon qui sont ici avec les employés de son garde-meuble, afin de s’entendre pour les commandes à faire qui pourront servir en grande partie pour Versailles et en partie pour ce qui reste à meubler dans les autres palais de Sa Majesté.
Sa Majesté désire surtout que l’on fasse ce qu’il faut pour que son but soit bien atteint, mais qu’en même temps ses intérêts ne soient pas lésés, que l’on soit assuré que les étoffes seront bien conditionnées et composées avec des couleurs solides ; que les prix soient bien fixés d’avance ; pour chaque article, on fera fabriquer de belles choses et des choses ordinaires.
Si l’on pouvait faire autant d’effet avec moins d’argent, cela serait préférable »
(Duroc à Daru, 20 décembre 1810)

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Re: ÉCONOMIE : Face à la crise

Message par C-J de Beauvau » 07 nov. 2017, 17:11

L'âne a écrit :
07 nov. 2017, 14:32
Pierre BRANDA "Joséphine - Le paradoxe du cygne" :
"Ainsi, pour faire face à la crise économique de 1810, il [Napoléon] fit commander aux soieries de Lyon plus de 80 kilomètres de tapisseries pour remeubler Versailles - ils ne furent pas utilisés, si bien que les administrations françaises en furent dotées jusque dans les années 1950."
Il était bien gentil et social, car lors de révolte des canuts, à Lyon , et la perte de leurs emplois du fait de l'arrivé métier Jacquard , le maréchal Soult, se met à la tête d’une armée de 20 000 hommes pour reconquérir la ville. la garde nationale qui avait pactisé avec les ouvriers est dissoute, le tarif minimum abrogé et le préfet révoqué. En 1834, les canuts vont remettre le couvert et cette fois ci, c’est Thiers, qui va se charger de la sale besogne. 600 morts et 10 000 arrestations. A la chambre des députés, Casimir Perier, président du Conseil, s’exclame: « Il faut que les ouvriers sachent qu’il n’y a de remède pour eux que la patience et la résignation. »
Moins social pour sûr

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Re: ÉCONOMIE : Face à la crise

Message par Cyril Drouet » 07 nov. 2017, 17:21

C-J de Beauvau a écrit :
07 nov. 2017, 17:11
lors de révolte des canuts, à Lyon
Pour rester dans la période du forum, et en rapport avec la crise 1811, on peut rappeler l'émeute de Caen en mars 1812 :

Lundi, 2 mars. Les voûtes séculaires de la halle aux grains de Caen, ci-devant église Saint-Sauveur-du-Marché, tremblent sous le tumulte. En ces lieux autrefois voués à la prière et au recueillement, les têtes et les gorges s’échauffent. Les mains manquent de labeur et les ventres autant que les bourses sont vides. A l’heure de la crise et de la disette, miséreux et crève-la-faim réclament du travail et du pain.
La gronde ne tarde pas à se faire entendre sous les dorures. Accourent, accompagnés du colonel Guérin et de deux gendarmes, le préfet Méchin et le maire Lentaigne de Logivière. La rencontre tourne court. Au milieu des menaces et des insultes, Logivière est renversé sans ménagement sur un sac de blé. Les pièces jetées par le préfet ne font qu’augmenter le désordre. La halle s’est transformée en chaudron que la prudence exige de quitter. La foule suit les deux magistrats. Devant les bâtiments de la préfecture, aux injures s’ajoutent quelques pierres ; des carreaux sont brisés.

Du château, le colonel Guérin revient à la tête d’un détachement de vingt-cinq soldats de la compagnie de réserve. La halle est évacuée, fermée et gardée.
La foule pourtant ne s’est pas dispersée, et sur la place Saint-Sauveur, les esprits, malgré la troupe qui fait face, sont loin d’être apaisés.
Les émeutiers descendent à présent vers l’Orne. La cible est toute désignée : le moulin de Montaigu. Une nouvelle fois, Guérin tente de s’interposer. En vain. L’édifice est pillé et ravagé.
La nuit ramène enfin le calme, mais à la préfecture, on s’affaire. La garde nationale et la garde d’honneur sont convoquées, des renforts sont demandés à Cherbourg et le ministre de la Police est prévenu.

Lendemains de tempête. Caen ne bouge pas, et les rues ne résonnent plus que des patrouilles qui sillonnent la ville.
5 mars. Deux cents hommes du 113e régiment d’infanterie pénètrent dans une cité froide et silencieuse. Avant-goût d’une tout autre troupe : 4 000 hommes de la Garde impériale menés par le général Durosnel. La main de l’Empereur vient de se refermer sur la cité normande.

Les arrestations peuvent commencer. Sont jetés dans les cachots du château et de la prison du palais de justice cinquante-neuf prévenus (dont vingt femmes, le plus jeune n’a que treize ans).
Sur ordre de Napoléon, Durosnel met en place une commission militaire. L’instruction entamée le 7 mars s’achève le 13. Le lendemain, les verdicts, d’une sévérité exemplaire, tombent :
Onze sont acquittés, vingt-cinq sont condamnés à cinq ans de surveillance de haute police (dix d’entre eux seront désignés pour être envoyés à l’armée), neuf à cinq ans de réclusion, huit à huit ans de travaux forcés. C’est la mort qui est réservée pour les huit derniers.

Le 15 mars au matin, Auguste Samson, équarrisseur, dix-neuf ans, Nicolas Lhonneur, maître d’école, quarante-et-un ans, François Barbanche, marin, trente-trois ans, Jacques Vesdy, blanchisseur, cinquante-et-un ans, Catherine Provost, dentellière, quarante-huit ans et Françoise Gougeon, dentellière, vingt-huit ans (la fille Trilly et la femme Retour ont été condamnées par contumace) sortent du château par la porte de Bon-Secours et marchent vers leur destin.


Voici comment l’émeute de Caen et la répression qui l’a suivie furent rapportées dans le Journal de l’Empire du lundi 23 mars 1812 :

« Il y a eu ces jours derniers dans cette ville un rassemblement tumultueux, dont les subsistances étaient le prétexte, mais dont le pillage était le véritable but. Quelques mauvais sujets ont attroupé des femmes, et, s’étant portés avec violence chez des propriétaires de grains, se sont contentés d’y voler du linges et des effets. Les autorités ont fait preuve de prudence et de fermeté. Les principaux factieux ont été remarqués, et l’on s’est borné à s’assurer du lieu de leur domicile. Pendant ce temps, les troupes qui avaient été appelées se sont réunies, les chefs ont été arrêtés, et tout est rentré dans l’ordre.

Une commission militaire s’est assemblée le 4 mars au château de Caen, et les prévenus, au nombre de 61, ont été traduits devant elle.
Les nommés Lhonneur (Nicolas-Jean-Baptiste), maître d’école ; Samson (Auguste), excoriateur ; Barbanche (François), marin ; Vesdy (Jacques), blanchisseur ; fille Gougeon (Françoise), dentellière ; femme Prévost, née Guyot, dentellière ; fille Trilly (contumace) ; la femme Retour, filassière (contumace) ; ayant été convaincus d’avoir été les auteurs et les instigateurs d’un rassemblement séditieux d’où partaient des cris de menace contre les magistrats,et dont le but était de porter la dévastation dans la ville de Caen, ont été condamnés à la peine de mort, conformément à l’article XCI du paragraphe 2, section 2 du chapitre 1er, titre 1er, livre 3 du Code des délits et des peines. Huit individus ont été condamnés à la peine de huit années de travaux forcés, et dix autres à cinq ans de réclusion conformément aux articles 440 et 441 du même Code.

Le 15 mars, à dix heures du matin, le jugement a reçu son exécution. Cet acte de sévérité doit apprendre aux malveillants et aux factieux que toutes leurs tentatives échoueront contre la fermeté des magistrats chargés de veiller au maintien de l’ordre et au respect des propriétés. »


Moins de deux mois plus tard, Napoléon quittait Paris et marchait vers le Niémen.


Pour mémoire, les condamnés à la réclusion pour cinq ans furent libérés de centre de détention de la Maladrerie (prison située à un kilomètre de Caen), le 17 avril 1814, sur ordre du Duc de Berry lors de son passage dans la ville.
A cette occasion, il écrivit cette lettre :

"Je me suis fait rendre compte de la condamnation encourue par quelques individus qui, le 2 mars 1812, se sont portés à des excès condamnables. Mais ils les ont expiés par une peine sévère et prolongée. Je désire que ma présence dans cette ville les délivre, qu'ils jouissent provisoirement de leur liberté, à charge de se représenter à la première réquisition ; je n'excepte pas les deux femmes condamnées à mort par contumace [elles vivaient depuis 1812 dans la clandestinité] et les détenus au bagne de Cherbourg." (Révolte à Caen 1812)

Six femmes et cinq hommes bénéficièrent de l'ordre de libération. Parmi eux, les quatre femmes condamnées à huit ans de travaux forcés (les hommes condamnés en même temps qu'elles avaient été transférés au bagne d'Anvers).
Marie Dubois et Marie Sautier manquaient à l'appel. Agée respectivement de 53 et 60 ans, elles n'avaient pas survécu à l'hiver 1812.


Quand le duc fut assassiné six ans plus tard, les Caennais se souvinrent de la clémence du prince et firent ériger place Monseigneur des Hameaux un obélisque portant aujourd'hui ces inscriptions :
"Cet obélisque fut érigé en souvenir du séjour à Caen du duc de Berry. Neveu de Louis XVIII, après la chute du Premier Empire en avril 1814 le duc fit libérer en cette occasion un certain nombre de prisonniers condamnés à la suite des émeutes de 1812. Les plaques de bronze apposées à cet emplacement pour rappeler cet évènement furent ôtées par l'occupant en 1942."

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ÉCONOMIE : Napoléon et le négoce.

Message par Joker » 23 févr. 2019, 20:23

Napoléon et l'#agriculture : "Il disait souvent que l’agriculture c’est « l’âme, la base première de l’Empire », comme Sully, Louis XIV, Louis XV et Louis XVI!
L’agriculture restait la principale activité économique et la propriété foncière la source essentielle de la richesse."
... mais comment ces "mamelles de la France" et la politique du négoce allaient-elles se combiner sous le Consulat puis l'Empire ?
👉 Vous serez incollable sur la question après avoir lu cet article d'André Conquet sur "Napoléon et le négoce" : https://www.napoleon.org/histoire-des-2 ... le-negoce/

- Peinture : Jean-Louis Demarne (1752-1829) - "La fontaine près d'un gros chêne", dit aussi "La halte près de la fontaine", Huile sur panneau - © Fondation Napoléon, INV 391.

« L'usage nous condamne à bien des folies ; la plus grande est celle de s'en faire l'esclave. »
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ÉCONOMIE : Les manufactures de guerre

Message par C-J de Beauvau » 02 déc. 2019, 19:05

Napoléon et l'économie de guerre
Chapitre 1
Armes à feu individuelles
La France du début du XIXe siècle ne s'est pas encore à proprement parler lancée dans la révolution industrielle qui a déjà commencé en Angleterre et « le paysage industriel reste encore marqué plus par les petits ateliers que par les usines » : ainsi, la Manufacture d'armes de Charleville est-elle constituée de divers ateliers dispersés dans la région de Charleville, différents bourgs de la vallée de la Meuse ou au fond de celle de la Goutelle. Dans l'armurerie liégeoise, une des plus réputées et des plus importantes de l'époque et qui passe au service de l'effort de guerre français à la suite de la seconde annexion française des États de Belgique, « il n'y a pratiquement pas d'armurier proprement dit mais des ouvriers qui s'adonnent à des taches répétitives à domicile dans des petits ateliers, souvent simple pièce équipée d'une baie vitrée, chacun produisant une pièce spécifique de l'aube au coucher du soleil13 ». La fabrication des armes est organisée en une cascade de sous-traitances qui « commençait par le fabricant (qui ne fabriquait rien) mais prenait une commande d'un prince ou d'un pays. Il confiait la fabrication des canons aux « fèvres » (forgerons) qui réalisaient la soudure du canon et qui confiaient ce dernier en sous-traitance aux émouleurs puis aux foreurs, au banc d'épreuve (banc d'essai) et enfin aux brunisseurs avant de le livrer aux garnisseurs. Le garnisseur lui aussi confiait en sous-traitance la réalisation de différents éléments aux monteurs à bois, aux platineurs le mécanisme de mise à feu qui sous-traitaient eux aussi aux limeurs chaque pièce… on travaillait « à l'œil » c'est-à-dire en copiant sur un modèle confié par le « fabricant » le plus souvent à la suite d'une demande d'un armurier ou d'une manufacture étrangère, sans calibre ni étalon. La première standardisation (toute relative) viendra avec la demande française de fabrication du modèle 1777 qui imposera une norme de réception. Cette dernière fit franchir à une grande partie de l'industrie armurière un seuil technologique »
A suivre...
Source WP
Modifié en dernier par C-J de Beauvau le 02 déc. 2019, 22:11, modifié 4 fois.

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Re: ÉCONOMIE : Les manufactures de guerre

Message par la remonte » 03 déc. 2019, 09:01

parfait , un bon sujet .
quelle que soit l'activité militaire ou civile , à tous niveaux on utilise ses mains , de la brodeuse à la charpente : l'intelligence manuelle est sollicitée, ce qui différencie notre époque :salut:

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Cyril Drouet
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Re: ÉCONOMIE : Les manufactures de guerre

Message par Cyril Drouet » 03 déc. 2019, 10:15


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Re: ÉCONOMIE : Les manufactures de guerre

Message par C-J de Beauvau » 03 déc. 2019, 14:22

Artillerie
Depuis la fin des années 1770, l'artillerie française est organisée selon le système mis en place par Jean-Baptiste Vaquette de Gribeauval. Outre les avantages strictement militaires, le « système Gribeauval » permet également une certaine standardisation dans la fabrication des pièces d'artillerie, qui permet d'accroître la quantité et la qualité des pièces produites. Le système assure également une standardisation des calibres permettant là aussi de rationaliser la production et l'approvisionnement. « Ce matériel était disponible lorsque la guerre éclata en 1792, mais il apparut rapidement insuffisant, et, nonobstant l'activité quelque peu irrégulière qui couvrait le territoire national d'usines, de fonderies et d'arsenaux improvisés, les armées françaises dépendaient alors, pour leur approvisionnement, des prises faites à l'ennemi ». En 1803, à la suite des travaux d'études réalisés par le « Comité de l'artillerie » qu'il a institué le 29 décembre 1801, présidé par le général François Marie d'Aboville, Napoléon décide de simplifier le système Gribeauval en limitant encore le nombre de calibres utilisés. Il établit la même année la fonderie de canons de Liège, qui se spécialise notamment dans la production de pièces d'artillerie navale et côtière (cfr infra). L'artillerie anglaise ayant introduit l'usage du shrapnel en Espagne, Napoléon, artilleur de formation, mit ce nouveau type de munition à l'essai à la suite de la capture de caissons britanniques.
En 1794 paraît, sous la plume de Gaspard Monge, une « Description de l'art de fabriquer des canons : faite en exécution de l'arrêté du Comité de salut public, du 18 pluviôse de l'an II de la République française, une et indivisible ». Dans cet ouvrage technique, l'auteur décrit très précisément la fabrication des pièces d'artillerie à l'époque des guerres napoléoniennes, depuis la fonte des métaux destinés à leur fabrication - le fer pour l'artillerie de marine et le bronze, plus léger, pour les canons de l'armée - jusqu'au banc d'épreuve avant la réception des pièces, en passant par la fabrication des poudres depuis le lavage des terres à salpêtre destiné à en extraire ce sel constituant la base de la poudre noire. Comme pour les armes individuelles, les pièces sont fabriquées à partir d'un modèle en laiton fourni au fabricant. « Les travaux des fonderies des canons consistent principalement, 1°. dans la confection des moules ; 2°. dans la conduite des fourneaux et le coulage des pièces ; 3°. dans le forage ; 4°. dans les opérations de percer la lumière et de réparer les imperfections de la coulée ; 5°. enfin, dans les visites et épreuves qui peuvent assurer la bonté des pièces ».
La fonte des pièces se fait sur base de deux types de moules. Le système le plus ancien et le plus long est celui du moule en terre, qui nécessite la fabrication d'un maître-modèle (« master ») centré sur une tige de bois autour duquel la forme du tube est façonnée en foin et en argile et à usage unique puisqu'il doit être détruit avant la coulée du métal. L'autre, plus moderne et productif, est le moule en sable, utilisant pour master un assemblage démontable et réutilisable de pièces détachées. Les pièces rapportées, comme les anses pour les pièces terrestres ou le bouton de culasse (boule située à l'arrière du canon), sont vissées sur les moules de fûts. Les pièces sont ensuite coulées « pleines » puis les tubes sont forés, le canon tournant autour d'un foret fixe, système plus précis mis au point par le mécanicien suisse Jean Maritz, assurant que l'âme de la pièce est parfaitement centrée et alésée, la limaille de bronze étant immédiatement rechargée dans le fourneau tandis que celle de fer doit être refondue. Vient ensuite le perçage de la « lumière », orifice par lequel on boute le feu à la charge de poudre. Les pièces sont ensuite inspectées puis passées au « banc d'épreuve » où l'on teste sa résistance à la poudre avant réception.
WP
:salut:

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