ÉCONOMIE : Les manufactures de guerre

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Cyril Drouet
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Re: ÉCONOMIE : Face à la crise

Message par Cyril Drouet » 07 nov. 2017, 15:57

L'âne a écrit :
07 nov. 2017, 14:32
Pierre BRANDA "Joséphine - Le paradoxe du cygne" :
"Ainsi, pour faire face à la crise économique de 1810, il [Napoléon] fit commander aux soieries de Lyon plus de 80 kilomètres de tapisseries pour remeubler Versailles."


« Sa Majesté étant dans l’intention de venir au secours des fabriques de Lyon qui sont dans l’embarras en ce moment, désire leur faire des commandes pour une somme de deux millions, payables dans les trois ou quatre premiers mois de 1811, et même en deux mois si cela est nécessaire pour mettre en activité un plus grand nombre de métiers qui se trouvent sans occupation.
Sa Majesté désire qu’à cet effet vous réunissiez d’abord les négociants de Lyon qui sont ici avec les employés de son garde-meuble, afin de s’entendre pour les commandes à faire qui pourront servir en grande partie pour Versailles et en partie pour ce qui reste à meubler dans les autres palais de Sa Majesté.
Sa Majesté désire surtout que l’on fasse ce qu’il faut pour que son but soit bien atteint, mais qu’en même temps ses intérêts ne soient pas lésés, que l’on soit assuré que les étoffes seront bien conditionnées et composées avec des couleurs solides ; que les prix soient bien fixés d’avance ; pour chaque article, on fera fabriquer de belles choses et des choses ordinaires.
Si l’on pouvait faire autant d’effet avec moins d’argent, cela serait préférable »
(Duroc à Daru, 20 décembre 1810)

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Re: ÉCONOMIE : Face à la crise

Message par C-J de Beauvau » 07 nov. 2017, 17:11

L'âne a écrit :
07 nov. 2017, 14:32
Pierre BRANDA "Joséphine - Le paradoxe du cygne" :
"Ainsi, pour faire face à la crise économique de 1810, il [Napoléon] fit commander aux soieries de Lyon plus de 80 kilomètres de tapisseries pour remeubler Versailles - ils ne furent pas utilisés, si bien que les administrations françaises en furent dotées jusque dans les années 1950."
Il était bien gentil et social, car lors de révolte des canuts, à Lyon , et la perte de leurs emplois du fait de l'arrivé métier Jacquard , le maréchal Soult, se met à la tête d’une armée de 20 000 hommes pour reconquérir la ville. la garde nationale qui avait pactisé avec les ouvriers est dissoute, le tarif minimum abrogé et le préfet révoqué. En 1834, les canuts vont remettre le couvert et cette fois ci, c’est Thiers, qui va se charger de la sale besogne. 600 morts et 10 000 arrestations. A la chambre des députés, Casimir Perier, président du Conseil, s’exclame: « Il faut que les ouvriers sachent qu’il n’y a de remède pour eux que la patience et la résignation. »
Moins social pour sûr
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Re: ÉCONOMIE : Face à la crise

Message par Cyril Drouet » 07 nov. 2017, 17:21

C-J de Beauvau a écrit :
07 nov. 2017, 17:11
lors de révolte des canuts, à Lyon
Pour rester dans la période du forum, et en rapport avec la crise 1811, on peut rappeler l'émeute de Caen en mars 1812 :

Lundi, 2 mars. Les voûtes séculaires de la halle aux grains de Caen, ci-devant église Saint-Sauveur-du-Marché, tremblent sous le tumulte. En ces lieux autrefois voués à la prière et au recueillement, les têtes et les gorges s’échauffent. Les mains manquent de labeur et les ventres autant que les bourses sont vides. A l’heure de la crise et de la disette, miséreux et crève-la-faim réclament du travail et du pain.
La gronde ne tarde pas à se faire entendre sous les dorures. Accourent, accompagnés du colonel Guérin et de deux gendarmes, le préfet Méchin et le maire Lentaigne de Logivière. La rencontre tourne court. Au milieu des menaces et des insultes, Logivière est renversé sans ménagement sur un sac de blé. Les pièces jetées par le préfet ne font qu’augmenter le désordre. La halle s’est transformée en chaudron que la prudence exige de quitter. La foule suit les deux magistrats. Devant les bâtiments de la préfecture, aux injures s’ajoutent quelques pierres ; des carreaux sont brisés.

Du château, le colonel Guérin revient à la tête d’un détachement de vingt-cinq soldats de la compagnie de réserve. La halle est évacuée, fermée et gardée.
La foule pourtant ne s’est pas dispersée, et sur la place Saint-Sauveur, les esprits, malgré la troupe qui fait face, sont loin d’être apaisés.
Les émeutiers descendent à présent vers l’Orne. La cible est toute désignée : le moulin de Montaigu. Une nouvelle fois, Guérin tente de s’interposer. En vain. L’édifice est pillé et ravagé.
La nuit ramène enfin le calme, mais à la préfecture, on s’affaire. La garde nationale et la garde d’honneur sont convoquées, des renforts sont demandés à Cherbourg et le ministre de la Police est prévenu.

Lendemains de tempête. Caen ne bouge pas, et les rues ne résonnent plus que des patrouilles qui sillonnent la ville.
5 mars. Deux cents hommes du 113e régiment d’infanterie pénètrent dans une cité froide et silencieuse. Avant-goût d’une tout autre troupe : 4 000 hommes de la Garde impériale menés par le général Durosnel. La main de l’Empereur vient de se refermer sur la cité normande.

Les arrestations peuvent commencer. Sont jetés dans les cachots du château et de la prison du palais de justice cinquante-neuf prévenus (dont vingt femmes, le plus jeune n’a que treize ans).
Sur ordre de Napoléon, Durosnel met en place une commission militaire. L’instruction entamée le 7 mars s’achève le 13. Le lendemain, les verdicts, d’une sévérité exemplaire, tombent :
Onze sont acquittés, vingt-cinq sont condamnés à cinq ans de surveillance de haute police (dix d’entre eux seront désignés pour être envoyés à l’armée), neuf à cinq ans de réclusion, huit à huit ans de travaux forcés. C’est la mort qui est réservée pour les huit derniers.

Le 15 mars au matin, Auguste Samson, équarrisseur, dix-neuf ans, Nicolas Lhonneur, maître d’école, quarante-et-un ans, François Barbanche, marin, trente-trois ans, Jacques Vesdy, blanchisseur, cinquante-et-un ans, Catherine Provost, dentellière, quarante-huit ans et Françoise Gougeon, dentellière, vingt-huit ans (la fille Trilly et la femme Retour ont été condamnées par contumace) sortent du château par la porte de Bon-Secours et marchent vers leur destin.


Voici comment l’émeute de Caen et la répression qui l’a suivie furent rapportées dans le Journal de l’Empire du lundi 23 mars 1812 :

« Il y a eu ces jours derniers dans cette ville un rassemblement tumultueux, dont les subsistances étaient le prétexte, mais dont le pillage était le véritable but. Quelques mauvais sujets ont attroupé des femmes, et, s’étant portés avec violence chez des propriétaires de grains, se sont contentés d’y voler du linges et des effets. Les autorités ont fait preuve de prudence et de fermeté. Les principaux factieux ont été remarqués, et l’on s’est borné à s’assurer du lieu de leur domicile. Pendant ce temps, les troupes qui avaient été appelées se sont réunies, les chefs ont été arrêtés, et tout est rentré dans l’ordre.

Une commission militaire s’est assemblée le 4 mars au château de Caen, et les prévenus, au nombre de 61, ont été traduits devant elle.
Les nommés Lhonneur (Nicolas-Jean-Baptiste), maître d’école ; Samson (Auguste), excoriateur ; Barbanche (François), marin ; Vesdy (Jacques), blanchisseur ; fille Gougeon (Françoise), dentellière ; femme Prévost, née Guyot, dentellière ; fille Trilly (contumace) ; la femme Retour, filassière (contumace) ; ayant été convaincus d’avoir été les auteurs et les instigateurs d’un rassemblement séditieux d’où partaient des cris de menace contre les magistrats,et dont le but était de porter la dévastation dans la ville de Caen, ont été condamnés à la peine de mort, conformément à l’article XCI du paragraphe 2, section 2 du chapitre 1er, titre 1er, livre 3 du Code des délits et des peines. Huit individus ont été condamnés à la peine de huit années de travaux forcés, et dix autres à cinq ans de réclusion conformément aux articles 440 et 441 du même Code.

Le 15 mars, à dix heures du matin, le jugement a reçu son exécution. Cet acte de sévérité doit apprendre aux malveillants et aux factieux que toutes leurs tentatives échoueront contre la fermeté des magistrats chargés de veiller au maintien de l’ordre et au respect des propriétés. »


Moins de deux mois plus tard, Napoléon quittait Paris et marchait vers le Niémen.


Pour mémoire, les condamnés à la réclusion pour cinq ans furent libérés de centre de détention de la Maladrerie (prison située à un kilomètre de Caen), le 17 avril 1814, sur ordre du Duc de Berry lors de son passage dans la ville.
A cette occasion, il écrivit cette lettre :

"Je me suis fait rendre compte de la condamnation encourue par quelques individus qui, le 2 mars 1812, se sont portés à des excès condamnables. Mais ils les ont expiés par une peine sévère et prolongée. Je désire que ma présence dans cette ville les délivre, qu'ils jouissent provisoirement de leur liberté, à charge de se représenter à la première réquisition ; je n'excepte pas les deux femmes condamnées à mort par contumace [elles vivaient depuis 1812 dans la clandestinité] et les détenus au bagne de Cherbourg." (Révolte à Caen 1812)

Six femmes et cinq hommes bénéficièrent de l'ordre de libération. Parmi eux, les quatre femmes condamnées à huit ans de travaux forcés (les hommes condamnés en même temps qu'elles avaient été transférés au bagne d'Anvers).
Marie Dubois et Marie Sautier manquaient à l'appel. Agée respectivement de 53 et 60 ans, elles n'avaient pas survécu à l'hiver 1812.


Quand le duc fut assassiné six ans plus tard, les Caennais se souvinrent de la clémence du prince et firent ériger place Monseigneur des Hameaux un obélisque portant aujourd'hui ces inscriptions :
"Cet obélisque fut érigé en souvenir du séjour à Caen du duc de Berry. Neveu de Louis XVIII, après la chute du Premier Empire en avril 1814 le duc fit libérer en cette occasion un certain nombre de prisonniers condamnés à la suite des émeutes de 1812. Les plaques de bronze apposées à cet emplacement pour rappeler cet évènement furent ôtées par l'occupant en 1942."

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ÉCONOMIE : Napoléon et le négoce.

Message par Joker » 23 févr. 2019, 20:23

Napoléon et l'#agriculture : "Il disait souvent que l’agriculture c’est « l’âme, la base première de l’Empire », comme Sully, Louis XIV, Louis XV et Louis XVI!
L’agriculture restait la principale activité économique et la propriété foncière la source essentielle de la richesse."
... mais comment ces "mamelles de la France" et la politique du négoce allaient-elles se combiner sous le Consulat puis l'Empire ?
👉 Vous serez incollable sur la question après avoir lu cet article d'André Conquet sur "Napoléon et le négoce" : https://www.napoleon.org/histoire-des-2 ... le-negoce/

- Peinture : Jean-Louis Demarne (1752-1829) - "La fontaine près d'un gros chêne", dit aussi "La halte près de la fontaine", Huile sur panneau - © Fondation Napoléon, INV 391.

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ÉCONOMIE : Les manufactures de guerre

Message par C-J de Beauvau » 02 déc. 2019, 19:05

Napoléon et l'économie de guerre
Chapitre 1
Armes à feu individuelles
La France du début du XIXe siècle ne s'est pas encore à proprement parler lancée dans la révolution industrielle qui a déjà commencé en Angleterre et « le paysage industriel reste encore marqué plus par les petits ateliers que par les usines » : ainsi, la Manufacture d'armes de Charleville est-elle constituée de divers ateliers dispersés dans la région de Charleville, différents bourgs de la vallée de la Meuse ou au fond de celle de la Goutelle. Dans l'armurerie liégeoise, une des plus réputées et des plus importantes de l'époque et qui passe au service de l'effort de guerre français à la suite de la seconde annexion française des États de Belgique, « il n'y a pratiquement pas d'armurier proprement dit mais des ouvriers qui s'adonnent à des taches répétitives à domicile dans des petits ateliers, souvent simple pièce équipée d'une baie vitrée, chacun produisant une pièce spécifique de l'aube au coucher du soleil13 ». La fabrication des armes est organisée en une cascade de sous-traitances qui « commençait par le fabricant (qui ne fabriquait rien) mais prenait une commande d'un prince ou d'un pays. Il confiait la fabrication des canons aux « fèvres » (forgerons) qui réalisaient la soudure du canon et qui confiaient ce dernier en sous-traitance aux émouleurs puis aux foreurs, au banc d'épreuve (banc d'essai) et enfin aux brunisseurs avant de le livrer aux garnisseurs. Le garnisseur lui aussi confiait en sous-traitance la réalisation de différents éléments aux monteurs à bois, aux platineurs le mécanisme de mise à feu qui sous-traitaient eux aussi aux limeurs chaque pièce… on travaillait « à l'œil » c'est-à-dire en copiant sur un modèle confié par le « fabricant » le plus souvent à la suite d'une demande d'un armurier ou d'une manufacture étrangère, sans calibre ni étalon. La première standardisation (toute relative) viendra avec la demande française de fabrication du modèle 1777 qui imposera une norme de réception. Cette dernière fit franchir à une grande partie de l'industrie armurière un seuil technologique »
A suivre...
Source WP
Modifié en dernier par C-J de Beauvau le 02 déc. 2019, 22:11, modifié 4 fois.
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Re: ÉCONOMIE : Les manufactures de guerre

Message par la remonte » 03 déc. 2019, 09:01

parfait , un bon sujet .
quelle que soit l'activité militaire ou civile , à tous niveaux on utilise ses mains , de la brodeuse à la charpente : l'intelligence manuelle est sollicitée, ce qui différencie notre époque :salut:

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Re: ÉCONOMIE : Les manufactures de guerre

Message par Cyril Drouet » 03 déc. 2019, 10:15


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Re: ÉCONOMIE : Les manufactures de guerre

Message par C-J de Beauvau » 03 déc. 2019, 14:22

Artillerie
Depuis la fin des années 1770, l'artillerie française est organisée selon le système mis en place par Jean-Baptiste Vaquette de Gribeauval. Outre les avantages strictement militaires, le « système Gribeauval » permet également une certaine standardisation dans la fabrication des pièces d'artillerie, qui permet d'accroître la quantité et la qualité des pièces produites. Le système assure également une standardisation des calibres permettant là aussi de rationaliser la production et l'approvisionnement. « Ce matériel était disponible lorsque la guerre éclata en 1792, mais il apparut rapidement insuffisant, et, nonobstant l'activité quelque peu irrégulière qui couvrait le territoire national d'usines, de fonderies et d'arsenaux improvisés, les armées françaises dépendaient alors, pour leur approvisionnement, des prises faites à l'ennemi ». En 1803, à la suite des travaux d'études réalisés par le « Comité de l'artillerie » qu'il a institué le 29 décembre 1801, présidé par le général François Marie d'Aboville, Napoléon décide de simplifier le système Gribeauval en limitant encore le nombre de calibres utilisés. Il établit la même année la fonderie de canons de Liège, qui se spécialise notamment dans la production de pièces d'artillerie navale et côtière (cfr infra). L'artillerie anglaise ayant introduit l'usage du shrapnel en Espagne, Napoléon, artilleur de formation, mit ce nouveau type de munition à l'essai à la suite de la capture de caissons britanniques.
En 1794 paraît, sous la plume de Gaspard Monge, une « Description de l'art de fabriquer des canons : faite en exécution de l'arrêté du Comité de salut public, du 18 pluviôse de l'an II de la République française, une et indivisible ». Dans cet ouvrage technique, l'auteur décrit très précisément la fabrication des pièces d'artillerie à l'époque des guerres napoléoniennes, depuis la fonte des métaux destinés à leur fabrication - le fer pour l'artillerie de marine et le bronze, plus léger, pour les canons de l'armée - jusqu'au banc d'épreuve avant la réception des pièces, en passant par la fabrication des poudres depuis le lavage des terres à salpêtre destiné à en extraire ce sel constituant la base de la poudre noire. Comme pour les armes individuelles, les pièces sont fabriquées à partir d'un modèle en laiton fourni au fabricant. « Les travaux des fonderies des canons consistent principalement, 1°. dans la confection des moules ; 2°. dans la conduite des fourneaux et le coulage des pièces ; 3°. dans le forage ; 4°. dans les opérations de percer la lumière et de réparer les imperfections de la coulée ; 5°. enfin, dans les visites et épreuves qui peuvent assurer la bonté des pièces ».
La fonte des pièces se fait sur base de deux types de moules. Le système le plus ancien et le plus long est celui du moule en terre, qui nécessite la fabrication d'un maître-modèle (« master ») centré sur une tige de bois autour duquel la forme du tube est façonnée en foin et en argile et à usage unique puisqu'il doit être détruit avant la coulée du métal. L'autre, plus moderne et productif, est le moule en sable, utilisant pour master un assemblage démontable et réutilisable de pièces détachées. Les pièces rapportées, comme les anses pour les pièces terrestres ou le bouton de culasse (boule située à l'arrière du canon), sont vissées sur les moules de fûts. Les pièces sont ensuite coulées « pleines » puis les tubes sont forés, le canon tournant autour d'un foret fixe, système plus précis mis au point par le mécanicien suisse Jean Maritz, assurant que l'âme de la pièce est parfaitement centrée et alésée, la limaille de bronze étant immédiatement rechargée dans le fourneau tandis que celle de fer doit être refondue. Vient ensuite le perçage de la « lumière », orifice par lequel on boute le feu à la charge de poudre. Les pièces sont ensuite inspectées puis passées au « banc d'épreuve » où l'on teste sa résistance à la poudre avant réception.
WP
:salut:
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Re: ÉCONOMIE : Les manufactures de guerre

Message par C-J de Beauvau » 03 déc. 2019, 14:28

Armes blanches et armes d'apparat
« Le plus grand désordre régnait en matière d’armes blanches sous la Révolution. Napoléon Bonaparte, alors Consul, décida non seulement de réorganiser la fabrication, mais aussi de fixer un modèle de sabre pour sa cavalerie. Le sabre An IX semble directement s’inspirer du sabre qui équipait les Gardes du Corps et les Grenadiers à Cheval de la Maison du Roi en 1786. Ceci se vérifierait à travers le modèle que le fabricant Liorard ( artisan parisien et important producteur d’armes blanches sous la Révolution ) de Paris propose à la Commission des armes de l’An VIII (commission organisée à l’initiative du Général Gassendi, alors Chef de la Division d’Artillerie au Ministère de la Guerre) et qui sera accepté par les Commissions de l’An IX [...] 15 199 unités sortiront des manufactures. » Établie en 1730 sur ordre de Louis XV, la manufacture d'armes blanches de Klingenthal, en Alsace, est la principale pourvoyeuse d'armes de ce type des armées françaises sous la Révolution et l'Empire20 : à l'époque impériale, le « village-manufacture » ne compte pas moins d'une quarantaine de forges. Les frères Jacques et Julien Coulaux en sont les directeurs. En 1803, Julien Coulaux assure l'administration pour le compte de son frère qui crée la manufacture d'armes à feu de Mutzig. En 1804, la manufacture de Klingenthal devient « Manufacture Impériale d'armes blanches » .
Un premier atelier d’armes est installé à Versailles le 7 octobre 1793, qui devient la manufacture d'armes de Versailles le 1er février 1794. Nommé par le Directoire « Directeur Général des Manufactures d’armes et Ateliers des réparations de France » le 19 novembre 1798, Nicolas-Noël Boutet assure toutefois principalement l’administration de la manufacture. À l'époque impériale, « la manufacture impériale de Versailles, qui produisait à l'origine des armes de guerre, se spécialisa dans la production d'armes de luxe, destinées surtout à la récompense d'officiers distingués » et en particulier de sabres d'apparat. « Ces dernières vont être usinées avec tant de précision dans les décors, dans les ciselages, dans les plaquages d’or, dans leurs références historiques que ces armes vont devenir des chefs-d'œuvre. En effet, Nicolas-Noël Boutet fera appel à des maîtres d’œuvre d’orfèvrerie afin d’obtenir des pièces d’une immense élégance tant leurs finitions seront soignées. L’Empereur Napoléon 1er, attaché à ses armées, honorera le travail de cette Manufacture. ».

Les effets militaires sont l'ensemble des pièces de vêtements et d'équipement individuel - buffleterie, havresac, etc - constitutifs de l'uniforme et des impédiments du soldat.
La fourniture et la fabrication des uniformes et effets militaires étant du ressort des dépôts des unités, travaillant dans leurs propres ateliers et avec l'artisanat et la petite industrie civile (notamment drapiers, tailleurs, fabricants de boutons et d'articles de mercerie), permirent à la fois le développement des petits fabricants locaux et un véritable commerce national d'articles militaires.
L'histoire de la compagnie de Réserve départementale du Puy-de-Dôme, étudiée par l'historien local Fabien Pacaud, donne un aperçu sur la manière dont fonctionnait la fourniture d'effets militaires aux armées. « En ce qui concerne l’équipement à fournir aux hommes le Préfet reçoit le 3 thermidor An XIII (22 juillet 1805) des instructions du ministre de la Guerre, il confie cette mission à un vieux militaire clermontois en retraite, le capitaine Lallemand, qui contacte dans tout l’Empire les sociétés aptes à lui fournir de quoi équiper la compagnie ». Le besoin en équipement militaire des Préfectures, chargées de mettre sur pied ces unités de réserve et de dépôt « fait l’aubaine des vendeurs par correspondance qui proposent leurs produits en laissant des brochures, envoyées par courrier ou peut être par un voyageur de commerce. La compagnie, ayant tout au long de son existence besoin de nouveau matériel, ne cessera d’être l’objet de ces publicités. Ainsi reçoit-elle les offres sur courrier imprimé de l’entreprise Janillion et Cie, installée rue Saint-Honoré à Paris, pour la fourniture de tout matériel pour l’équipage des chevaux des officiers de toutes armes et de la gendarmerie, ainsi que pour l’habillement et l’équipement des compagnies de Réserve départementale. Elle reçoit également l’offre pour tout équipement militaire de la manufacture de Pierre Sébastien Perrelle, rue de la Coutellerie, N°10, à Paris [...] pour tout ce qui est grand équipement la compagnie ne trouve pas de manufactures locales et doit faire appel à celles de Paris, ainsi un certain David de Paris fournit 115 gibernes avec leur porte giberne, autant de bretelles de fusils, baudriers, deux colliers de tambours dont un avec plaque, un havresac, un col de lin doublé et une cocarde en cuir verni. Un autre marchant parisien, Bellanger Boisselier, fournit les tambours et la librairie : deux caisses de cuivre montées en peau de veau, avec leurs baguettes, douze livres de théorie en deux volumes, deux livres de comptabilité et trois livres de règlements de service ».
Concernant le petit équipement, Pacaud précise :
« Le petit équipement est lui beaucoup plus disponible dans la capitale auvergnate. Ainsi boutons, agrafes, boucles, souliers, bas de laine, guêtres, cols noirs, sacs de toile et chemises sont apparemment fournis par des commerces clermontois […] La multiplicité des contrats passés souligne la présence à Clermont d’une abondance de petits artisans. Pour soutenir l’activité économique de son département, et peut être aussi pour diminuer les frais de port, le Préfet (assisté du capitaine Lallemand) laisse majoritairement le marché aux artisans clermontois. Ainsi de nombreuses commandes sont passées : de draps (bleu de ciel, aurore, blanc…) d’aunes de toile, de tricot, de galons, de toile à caleçon pour les sous-officiers, d’habits complets, de chapeaux, de pompons aurore, de bonnets de police, de guêtres, de boutons en tout genre [...] Autrement dit les fournitures pour la nouvelle compagnie sont un marché important, ne serait-ce que pour ces divers effets textiles la Préfecture a déboursé 10 879,68 francs. Ces sommes ont été pour ainsi dire réinvesties dans la société et le commerce local. »
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Re: ÉCONOMIE : Les manufactures de guerre

Message par C-J de Beauvau » 03 déc. 2019, 14:31

Uniformes

Corps de soldats de la Grande Armée dépouillés de leur équipement. « Nécessité faisant loi », les soldats n'hésitaient pas à récupérer armes et équipements sur les cadavres et les prisonniers pour remplacer l'équipement usé, endommagé ou manquant.
Sous l'Empire, la taille et la confection des uniformes de la troupe sont réalisées principalement par le biais de deux « filiales » : « au dépôt du régiment par un corps de métier spécialisé attaché à l'état major ou par des tailleurs civils ayant des contrats avec l'armée […] Chaque conseil d’administration [des régiments], avec l’accord du colonel, passe des marchés avec les fabricants. Les couleurs de drap sont fixées par les décrets et ordonnances, les prix sont établis par l’Administration générale de la Guerre. En mars 1810, du fait de la dissémination des bataillons et escadrons d’un même régiment, l’Empereur prend la décision de grouper les fournitures dans des magasins d’État répartis sur toute l’étendue de l’immense territoire soumis à son autorité ».
Du fait des problèmes pratiques touchant la mise en œuvre de cette mesure, « Napoléon, en octobre 1811, autorise de nouveau les conseils d’administration de régiments à passer des marchés en limitant ceux-ci à la fabrication de 200 uniformes, le reste étant livré par les magasins d’État ». La fourniture du drap, des tissus et passementeries se fait aux magasins des régiments. « Là, ils sont utilisés ou envoyés auprès des bataillons ou escadrons de guerre dans le petit dépôt où se trouve le conseil d’administration du régiment […] À la réception de ces textiles, voyageant en ballots marqués, un membre du conseil d’administration du régiment, le sous-inspecteur aux revues et le commissaire des guerres de la place vérifient la qualité du drap […] Avec le blocus et les approvisionnements toujours plus conséquents, la qualité des tissus employés tend à être de plus en plus médiocre, les fabricants tirant sur le tissu pour augmenter leur production ». Cette situation entraîne de plus en plus régulièrement des litiges : « généralement, les textiles sont refusés car ils ne correspondent pas aux échantillons envoyés. Ils sont de mauvaise qualité : mal teints et faibles pour la confection d’uniforme ». « Après acceptation des matières premières par les régiments, ce sont les ouvriers régimentaires qui entrent en œuvre […] Les habits sont fabriqués suivant des patrons et des modèles fournis par l’administration centrale […] déclinés en trois tailles : petit, moyen, grand. Ils peuvent être, par la suite et suivant le vœu du colonel réajustés. Pour les sous-officiers, les habits sont faits par les tailleurs régimentaires, sur mesures et avec un drap plus fin et de meilleure qualité ».

Teinture bleue tirée de l’Isatis tinctoria, le « pastel des teinturiers » qui remplacera l’indigo dans la teinture des uniformes de l'armée française.
Aux côtés des pièces confectionnées par les ouvriers spécialisés des régiments et par les tailleurs civils sur commandes des conseils d’administration des régiments, « une partie de la production sort d’ateliers d’État ou tout du moins de dépôt militaires. C’est le cas pour les chemises, dont les fabrications sont générées par l’inspecteur général de l’habillement et pour les chaussures […] Avec la fourniture d’uniformes fabriqués par l’État, les conseils d’administration voient leurs exigences en matière qualitative très diminuées […] Toutefois, lorsqu'un régiment ne possède pas de tailleurs ou ne reçoit pas d’uniforme de l’État, le colonel ou le major peut faire appel au savoir faire de tailleurs civils pour confectionner des uniformes. C’est ce qui arrive, en 1811, aux hommes du 126e régiment d'infanterie de ligne […] Si en garnison, le conseil d'administration du régiment prend en charge l'habillement et l'équipement des soldats, en campagne, même si les régiments sont pourvus de maîtres tailleurs et de maîtres bottiers, il arrive très souvent que les soldats aient à remplacer eux mêmes des effets abîmés ou les choses qui leur manquent avec des fournitures souvent de provenance locale » ou prises sur l'ennemi. Dans ses mémoires, le capitaine Godet signale ainsi qu'après la bataille d'Ulm, les soldats français, dépourvus de manteaux, dépouillèrent leurs prisonniers autrichiens de leurs capotes.
En 1806, à la suite d'une pénurie de teinture indigo, l'armée française reçoit par décret un uniforme blanc. « Les industriels français ayant découvert un « ersatz » de l'indigo dans une plante indigène : le pastel, le décret fut abrogé en 1807 ». En octobre 1810, Napoléon adresse à Eugène de Beauharnais, vice-roi d'Italie, ses « encouragements » pour la production du pastel destiné à remplacer l'indigo .
La guerre c'est le massacre de gens qui ne se connaissent pas au profit de gens qui se connaissent et ne se massacrent pas
Paul Valéry

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