Marmont...

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Demi-solde
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Re: Marmont...

Message par Demi-solde » 13 janv. 2018, 19:03

Dans le numéro d’août-septembre-octobre 2017 de la revue Napoléon 1er, on trouve, sous la plume de Gaël Nofri, un article titré « Les trahisons de Marmont ». Et malgré ce titre à charge, malgré la une du magazine…

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... le jugement n’est pas si sévère :

« Mais face au refus des alliés de négocier avec lui et confronté au vote de la déchéance de l’Empereur par le Sénat influencé par Talleyrand, Napoléon envisage de poursuivre le combat. Marmont voit dans cette volonté un acte criminel et désespéré, il pense que le combat est perdu. Beaucoup ont émis des conjectures sur les raisons de la trahison de Marmont. On a avancé que l’orgueil et le goût des fastes de la cour lui avaient fait perdre, comme nombre d’autres dignitaires, la volonté de se battre. C’est oublier qu’à l’exception de sa convalescence de 1813, Marmont n’a jamais ou presque été à Paris, qu’il fut presque de toutes les campagnes et n’a jamais montré de découragement en Allemagne, même jusqu’au siège de Paris. La position que va prendre Marmont les 2 et 3 avril ne s’explique que par un constat, celui de l’impasse. Pour lui, après avoir vu les réactions des autorités civiles durant le siège de Paris, la position de l’Empereur est impossible à tenir car elle se détache désormais des intérêts de la France : c’est une négation des réalités de la guerre et une fuite en avant personnelle.
Là se trouvent sans doute les raisons de ce que l’histoire retiendra comme la trahison de Marmont. Trahison d’un ami, probablement ; trahison de sa conception des intérêts de la France, sûrement pas. Encore qu’il convienne de relativiser la trahison de l’ami, car lorsque le maréchal Marmont entre en contact avec le général Schwartzenberg, après avoir pendant plusieurs jours rejeté les propositions de Talleyrand et du Gouvernement provisoire, Marmont propose deux choses : la première est de faire passer son corps d’armée en Normandie où il demeurerait placé sous l’autorité du Gouvernement provisoire ; le second est de garantir à Napoléon une souveraineté sur un territoire restant à définir. Ces propositions, verbalement acceptées, sont-elles l’expression d’une trahison ? Rien n’est moins sûr.
 »


Cordialement

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Peyrusse
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Marmont, Augereau, Mortier...

Message par Peyrusse » 13 janv. 2018, 23:19

« Le 20 mars 1814, Augereau, l’ancien bretteur, jacobin fait duc avec un mot de Napoléon, Augereau avait livré Lyon à Bubna et Bianchi, qui firent leur entrée en vainqueurs dans cette ville consternée. Le lendemain 21, Bordeaux, par la trahison de son infâme maire, le comte de Lynch et de quelques misérables conseillers municipaux, ouvrait ses portes aux Anglais ; et, le 25, Raguse [Maréchal Marmont] et Trévise [Maréchal Mortier], des ducs [faits] par la grâce de Napoléon, fuyaient devant l’ennemi, après avoir vu se flétrir leurs blasons napoléoniens dans l’inconcevable déroute de La Ferté-Champenoise [Fère-Champenoise] ».

(J. Chautard, « L’Ile d’Elbe et les Cent-Jours. Livre de la démocratie napoléonienne », Paris, Ledoyen, Éditeur, 1851, p.50).
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« Un soldat, devenu maréchal d’Empire [Augereau] avait livré Lyon et son armée ; un autre soldat [Marmont], parvenu au même grade, après avoir abandonné Paris à l’Europe en armes, pour accélérer la paix du monde, pour le bonheur de la France et du monde entier, traversait les lignes des alliés avec sa division, qui ne pouvait le soupçonner de félonie. Abandonnant celui qui l’avait toujours traité come un ami fidèle, laissant un des flancs de l’armée sans défense, il osait encore stipuler pour la vie et la liberté de son général, de son Empereur »

(A.D.B. M*** [Monnier], lieutenant de grenadiers, « Une année de la vie de l’empereur Napoléon… », Paris, chez Alexis Emery, Libraire, 1815, pp.6-7).
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Bernard
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Re: Marmont...

Message par Bernard » 14 janv. 2018, 10:32

Merci Peyrusse pour ces échos.
L'attitude d'Augereau à Lyon est effectivement également très critique. Au moins n'a-t-il pas fait défection et son armée s'est-elle bien battue jusque-là.

barthelemy

Re: A propos de l'ouvrage de Rapetti...

Message par barthelemy » 14 janv. 2018, 13:07

Peyrusse a écrit :
12 janv. 2018, 09:19
« On doit également à Rapetti une réfutation des Mémoires du maréchal Marmont. Lorsque parurent les Mémoires du maréchal Marmont, duc de Raguse, l'opinion publique fut vivement impressionnée. On sait qu’apprenant à Fontainebleau la défection du 6ème corps à Essonnes, l'Empereur s'était écrié en parlant de Marmont : « L'ingrat il sera plus malheureux que moi. » Une grave accusation pesait donc sur le maréchal, et ses Mémoires devaient naturellement essayer de le laver de la trahison qu'on lui reprochait.

« Chargé de rendre compte de l'ouvrage du maréchal Marmont, dit Rapetti, dès la première page du premier volume, je ne saurais rendre autrement mon impression qu'en disant que je me suis tout à coup senti en présence de l'ennemi. »

Merci cher Peyrusse pour ce commentaire du comte Rapetti, dont j'avais posté en fait la photo de son ouvrage.... au demeurant certainement très intéressant à lire 8-)

barthelemy

Re: Marmont...

Message par barthelemy » 14 janv. 2018, 13:20

Bernard a écrit :
14 janv. 2018, 10:32
Merci Peyrusse pour ces échos.
L'attitude d'Augereau à Lyon est effectivement également très critique. Au moins n'a-t-il pas fait défection et son armée s'est-elle bien battue jusque-là.
il me semble qu'avec des effectifs militaires restreints, certaines troupes peu expérimentées, une Garde Nationale difficile à mobiliser.... le comportement d'Augereau est plus honorable que celui d'un Marmont

par contre, on peut sans doute lui reprocher une certaine pusillanimité, une lenteur dans la décision.... mais c'est un autre sujet

Néanmoins, le jugement sans appel de Napoléon tomba comme un couperet, celui-ci évoquant bien "deux traitres sortis de nos rangs"... (comprendre Marmont et Augereau)

barthelemy

Re: Marmont...

Message par barthelemy » 14 janv. 2018, 13:37

Joker a écrit :
12 janv. 2018, 18:18
Marmont était-il un traître ou a-t-il servi de bouc émissaire ?
C'est la polémique qui divise depuis des lustres le sérail napoléonien.
Toujours est-il que le terme "ragusade", bien qu'obsolète aujourd'hui est devenu synonyme de trahison.
Tout à fait, cher Joker ;)

Le mot "ragusade" est tombé dans l'oubli depuis bien longtemps, mais à l'époque il était lourd de sens... quand on voulait évoquer une trahison, on parlait ouvertement de ragusade

A la Restauration, la Maison du Roi fut reconstituée, notamment plusieurs compagnies de Gardes du corps et Mousquetaires du Roy, dont le commandement fut confié à plusieurs des maréchaux de l'Empire, ralliés aux Bourbons

Avant d'être licenciée (pour raisons budgétaires) lors de la seconde Restauration, celle que commandait Marmont était surnommée "la compagnie de Judas".... c'est tout dire !

William Turner

Re: Marmont...

Message par William Turner » 14 janv. 2018, 18:30

Demi-solde a écrit :
13 janv. 2018, 19:03
... le jugement n’est pas si sévère :
C'est une approche historique nuancée.

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Marmont et l'argent...

Message par Peyrusse » 14 janv. 2018, 19:55

Intéressant passage extrait du témoignage de Poumiès de la Siboutie.
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« Le maréchal Marmont, duc de Raguse, avait été sans contredit un des hommes les plus capables de l'Empire. On pouvait dire de lui qu'il connaissait toutes choses, qu'il savait tout. C'était aussi l'homme le plus prodigue, le plus dépensier du monde. Pendant qu'il gouvernait l'Illyrie, il tenait une véritable cour ; il avait cent domestiques à livrées, des chevaux, des voitures, des équipages de chasse, des meutes considérables. Ces détails m'ont été fournis par M. Heim, qui a été plusieurs années secrétaire général de son gouvernement [Alexandre-Gabriel Heim (1773-1836), nommé secrétaire général du gouvernement des Provinces Illyriennes par décret du 4 mars 1810]. En 1826, nommé ambassadeur extraordinaire à Saint-Pétersbourg pour représenter la France au sacre de l'empereur Nicolas 1er , Marmont reçut une indemnité de trois cent mille francs. Cette ambassade devait durer six semaines ou deux mois. Il dépensa plus d'un million. Une autre fois, une dame dont il était le chevalier témoigna le désir de voir un simulacre de guerre : il donna à Vincennes une fête à laquelle la cour assista et qui lui coûta quarante mille francs. En dehors de cet amour du faste et de cette magnificence royale, il se livra à des spéculations commerciales, à des entreprises industrielles, dans lesquelles il engloutit des capitaux énormes. Il était le plus souvent besogneux, dénué d'argent. A Paris, il était tellement connu que personne ne lui aurait fait crédit de la plus minime somme. M. Heim le rencontra, un jour, chaussé de socques, vêtu et coiffé à l'avenant. »

(Docteur POUMIES DE LA SIBOUTIE (1789-1863), « Souvenirs d’un médecin de Paris… », Plon, 1910, pp.187-188)
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Bastet

Re: Marmont...

Message par Bastet » 14 janv. 2018, 20:13

Beau portrait d'un personnage balzacien qui fait dans la démesure ou l' hybris en acte

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Re: Marmont...

Message par L'âne » 15 janv. 2018, 03:18

Jean TULARD "Napoléon ou le mythe du sauveur" :
"Faut-il faire intervenir la trahison, on dira « la ragusade », de Marmont ? Celui-ci, dans ses Mémoires, a fait retomber la responsabilité du malencontreux mouvement du corps de Souham sur ses subalternes. Procédé peu élégant. Napoléon l'accable dans le Mémorial, mais il a trouvé un biographe indulgent en Saint-Marc (1957). On ne peut nier toutefois ses tractations avec Schwarzenberg et l'effet de la défection de Souham sur l'esprit du tsar. Dès 1857, Laurent de l'Ardèche entreprenait une réfutation des Mémoires de Marmont."

Jean TULARD "Dictionnaire amoureux de Napoléon" :
"La gloire singulière de Marmont est d’avoir donné à la langue française le mot « raguser » , c’est-à-dire trahir, la trahison devenant une « ragusade » par allusion à son titre de duc de Raguse. La honte de Marmont est cette trahison du 5 avril 1814, inexplicable de la part d’un maréchal qui était lié à Napoléon depuis le siège de Toulon. Le 4 avril 1814, sous la pression de certains maréchaux, Napoléon abdique en faveur de son fils le roi de Rome. Arrivés à Paris, les envoyés de l’Empereur ébranlent le tsar Alexandre en lui affirmant la résolution de l’armée de défendre jusqu’au bout la dynastie impériale. Alexandre demande une nuit de réflexion. C’est au cours de cette nuit que l’avant-garde de l’armée de Napoléon installée à Essonnes, sous la conduite du général Souham, passe à l’ennemi. Les soldats se révoltent mais Marmont, prévenu, les harangue et les trompe sur le sens de ce mouvement. Averti de la défection de Marmont qui infirme les affirmations des plénipotentiaires de Napoléon au sujet du loyalisme de l’armée, Alexandre refuse une abdication conditionnelle de l’Empereur et renvoie les plénipotentiaires de l’Empereur. La défection d’Essonnes a pour conséquence l’abdication sans condition de Napoléon et le rétablissement de la monarchie."

Henry HOUSSAYE "1814' :
"Le triomphe fut d'un jour. L'expiation dura plus de trente années. Comme Marmont lui-même le dit à une heure de douloureux emportement, il garda du 1814 sur son uniforme. Dans le peuple, dans l'armée, à la cour, aucune injure, aucun outrage ne fut épargné au duc de Raguse. Sous la première Restauration, on disait ragusade pour trahison, et l'on appelait la compagnie de gardes du corps que commandait Marmont : la compagnie de Judas. En 1819, Napoléon flétrit comme traître son ancien compagnon d'armes et le radia de la liste des maréchaux. En 1830, le duc d'Angoulême dit du commandant malheureux de l'armée de Paris : Il nous a trahis comme il a trahi l'autre ! La clameur de la conscience publique poursuivit Marmont jusque dans l'exil. À Venise, quand le vieux maréchal, songeant à la France où il aurait voulu aller mourir, passait tristement sur la riva dei Schiavoni, les enfants du peuple le montraient au doigt et criaient : "Ecco colù ga tradi Napoleon ! Voici celui qui a trahi Napoléon !"
Aurea mediocritas

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