Les Français et l'Empire (1799-1815) - Natalie PETITEAU

Sur cet espace nous vous proposons la lecture d'un livre.
Son auteur nous fait l'honneur de répondre à nos questions.

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L'âne
 
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Les Français et l'Empire (1799-1815) - Natalie PETITEAU

Message par L'âne » 25 sept. 2017, 12:34

Bonjour,

Natalie PETITEAU nous fait l'honneur d'accepter d'être l'auteure du mois d'octobre.
Elle répondra à nos questions d'ici un mois.
Bonne lecture !


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Cyril
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Re: Les Français et l'Empire (1799-1815) - Natalie PETITEAU

Message par Cyril » 06 oct. 2017, 21:57

Bonjour;

Tout d'abord je suis très honoré de pouvoir vous poser directement des questions.
Vous voudrez bien excuser si cela peut sembler brouillon, mais j'ai préféré garder mes interrogations en état brut de peur de les galvauder.

1) En premier lieu des questions sur le travail de recherche:

Vous écrivez en introduction "il existe donc bien alors des français qui se prononcent sur le régime" Comment savoir si telle ou telle opinion exprimée dans une source est courante dans la population ou particulière à une poignée d’individus plus bruyants et plus visibles que la majorité dite « silencieuse » ? Est-ce que seules les plus exacerbées ont traversé les années ? ou peut -être même juste attiré d'avantage votre intérêt ? Vous citez souvent les rapports de police, eux aussi n'avaient-ils pas vocation ou intérêt à ne rapporter que ce qui est contre le régime?
Comment deviner, définir "l'état d'esprit" de cette masse qui par définition silencieuse n'a pas du laisser beaucoup de trace ?
Je me pose la question en pensant à un historien qui se penchera sur l'année 2017 où nous voyons que les plus bruyants et virulents ne sont pas forcément représentatif de la nation. Comment avez vous fait?

2) Les Français de l'Empire :
P142:"... le peuple rend le souverain ou son gouvernement responsable des situation de disette..." ne voyez vous pas une réalité historique depuis la nuit des temps jusqu’à même ce matin? (certes plus la disette mais le manque de travail, etc..). Le peuple semble rechercher la paix et la prospérité, s’enthousiasmer pour des victoires...nos ancêtres seraient donc comme nous aujourd'hui?

3)Vous semblez partir du postulat que rien n'ai mieux que la démocratie? Au moment où le général Bonaparte prend le pouvoir ne pensez vous pas que la démocratie n'était peut être pas le régime le plus adapté à la situation? je parle de la démocratie telle qu'elle pouvait être mise en oeuvre à cette époque.
Le régime le plus adapté n'est-il pas celui qui rend "heureux", la majorité de sa population?


Cordialement
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Bernard
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Re: Les Français et l'Empire (1799-1815) - Natalie PETITEAU

Message par Bernard » 15 oct. 2017, 09:17

Bonjour Madame Petiteau
J'aimerais poser les questions suivantes :
- On écrit souvent que le premier Empire était un Etat policier et que les libertés étaient rudimentaires. Pourtant, la lecture des mémoires ne donne pas cette impression. Qu'en dites-vous ?
- Comment étaient traitées, à cette époque, la misère d'une part, et les famines d'autre part ?
- Dans la France du premier Empire, il restait des bastions royalistes (la Vendée bien sûr mais aussi le Midi). Comment étaient-il maîtrisés ? (je n'évoque pas les guerres ou la réduction militaire des poches de rébellion mais la vie au quotidien).
- Dans la population rurale, en dépit des levées de cosncrits, l'Empereur devient très vite une sorte de demi-dieu. Cette dévotion me semble durer au-delà de l'Empire. Etes-vous d'accord ?

William Turner

Re: Les Français et l'Empire (1799-1815) - Natalie PETITEAU

Message par William Turner » 24 oct. 2017, 22:52

Bonjour madame Petiteau,

Ma première question porte sur le titre de votre livre. Pourquoi l'avoir intitulé Les Français et l'Empire (1799-1815) plutôt que Les Français et Napoléon ? Le choix de ce titre est en effet un peu surprenant, notamment à cause de l'ajout des dates qui donne l'impression d'une erreur de chronologie. Mais il est surprenant aussi parce que, d'un point de vue commercial, il semble probable que le titre Les Français et Napoléon vous aurait permis d'en vendre plus d'exemplaires. La lecture de votre livre n'aide d'ailleurs pas à comprendre ce choix, dans la mesure où il met en évidence que l'Empire n'a pas de réalité en dehors de la personne de Napoléon.

Ma seconde question découle en partie de la première. Dans votre introduction, vous rappelez que "l'historiographie de l'Empire a été largement monopolisée par l'histoire des guerres" (et j'ajouterai pour ma part par une histoire strictement politique centrée sur un personnage principal et ceux qui gravitent autour de lui). Même si votre livre renouvelle en partie cette approche, il ne sort cependant pas tout à fait de ce schéma. Votre étude porte en effet à peu près exclusivement sur la vision politique des Français de l'Empire et leur attitude face au gouvernement ou plutôt face à Napoléon, le gouvernement ne semblant pas avoir de réalité pour les Français, même quand Napoléon est occupé à faire la guerre au loin. S'agit-il d'un choix délibéré ou sont-ce les sources que vous avez utilisées qui vous ont amenée dans cette direction ?

Dans votre introduction, vous évoquez également "les innovations multiples d'un XIXe siècle qui n'en finit pas de mettre en pratique les héritages de la Révolution, plus ou moins rapidement selon qu'il s'agit du champ politique, social ou culturel", mais vous n'y revenez pas par la suite (du moins dans les chapitres que j'ai lus jusqu'à présent, mais les titres des chapitres que je n'ai pas encore lus ne laissent pas penser que vous allez y revenir, en tout cas pas pour de longs développements). Cela a pour résultat de faire penser que la spécificité de l'Empire se résume à la concentration des pouvoirs dans les mains du seul Napoléon et à ses guerres. Est-ce aussi votre conclusion ?
Le livre d'Arlette Farge, Dire et mal dire, que vous mentionnez à diverses reprises, semble vous avoir servi en partie de modèle. Mais à la différence d'Arlette Farge, qui ne peut se limiter aux "mal dire" politiques, parce que beaucoup trop rare dans les sources d'Ancien Régime, vos sources semblent beaucoup plus abondantes dans ce domaine. Est-ce pour cela que vous n'avez pas intégré dans votre étude des mauvaises paroles qui n'avaient pas de caractère directement politiques ou parce que cette mauvaise parole avait cessé d'intéresser la police et avait donc été remplacée par la seule mauvaise parole à caractère politique dans vos sources ?

Dans la lecture du chapitre sur le gouvernement des esprits, une chose m'a étonnée : c'est cette volonté des autorités d'essayer de susciter voire de forcer une adhésion de la population en organisant des célébrations, en contrôlant étroitement la presse ou en tenant de longs discours qui font l'apologie du régime. C'est une démarche, qui, me semble-t-il, n'avait pas vraiment d'équivalent sous l'Ancien Régime. Une telle démarche pourrait se comprendre dans une société où le gouvernement dépend de résultats électoraux et où l'adhésion de la population est indispensable à la pérennité du pouvoir. Dans l'Empire, ce n'était pas vraiment le cas. Comment expliquer une telle démarche qui ne semble pas avoir d'utilité véritable ?

Dans votre introduction toujours, vous avez écarté le recours à l'histoire quantitative (en citant notamment de manière un peu étonnante Michel Vovelle, alors qu'il est l'un des auteurs qui a poussé le plus loin l'usage de l'histoire quantitative pour l'étude des mentalités avec son livre Piété baroque et déchristianisation en Provence au XVIIIe siècle en analysant de manière statistique les testaments des Provençaux). Il est évidemment impossible avec les sources dont on dispose d'établir des statistiques d'adhésion ou de non-adhésion à l'Empire. Parfois cependant quelques données chiffrées permettraient de donner un certain éclairage sur votre corpus documentaire. Ainsi quand vous citez le discours tenu à Roquebrussane en 1810, j'aurais souhaité savoir s'il s'agissait d'un document unique et exceptionnel ou s'il s'agissait d'un document parmi beaucoup d'autres.

Un autre point : vous parlez des Français, mais de qui s'agit-il ? Englobez-vous dans ces Français une partie de mes ancêtres (je suis Belge) qui, certes, à l'époque vivaient dans des territoires rattachés à la France, mais qui ne se considéraient peut-être pas comme vraiment Français et qui ne le sont en tout cas pas restés ?

Dans votre livre, vous parlez (assez peu) des Français qui adhèrent au régime, beaucoup plus de ceux qui expriment une opinion hostile, mais ceux qui ne se situent pas (à mon avis, l'immense majorité) sont les grands absents. Il est vrai qu'il est difficile de parler longuement des gens qui ne s'expriment pas, mais cette absence n'aboutit-elle pas à donner une vision un peu déformée de la société française où le politique occuperait une place déterminante alors qu'elle était probablement très loin des préoccupations des gens ordinaires ? Votre livre n'apporte-t-il pas dans une certaine mesure sa pierre à l'idée (en grande partie fausse à mon avis) que Napoléon ne laisse personne indifférent, qu'on l'aime ou qu'on le déteste ?

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Espagne
 
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Re: Les Français et l'Empire (1799-1815) - Natalie PETITEAU

Message par Espagne » 28 oct. 2017, 22:10

Bonjour madame Petiteau.
Avant de poser mes questions, je dois dire que ce livre, tout comme votre "Lendemain d'Empire-Les soldats de Napoléon dans la France du XIXe siècle", lu il y a quelques années, est vraiment complet du point de vue support d'archives et autres écrits (mémoires, ...), ce qui rend crédible vos analyses, même si le lecteur peut avoir un autre point de vue, car vous n'affirmez rien, mais vous dégagez des grandes lignes. Enfin, c'est mon ressenti, même si mal exprimé.
Et de là, découle ma première question ...

- Avez-vous une équipe qui vous aide dans votre regroupement du "matériel" nécessaire, fonction des sujets, ou, avez-vous principalement glané ces informations au fur et à mesure de vos lectures et études ?

Passons maintenant plus particulièrement à votre ouvrage, s'il vous plaît.

- Vous citez de nombreux exemples laissant penser que le Consulat, puis l'Empire, ne furent pas appelés des vœux de la majorité des français, avec comme exemple la faible participation au plébiscite pour la nouvelle Constitution, après Brumaire, où seul 25% de l'électorat semble avoir adhéré (page 38). Mais de nos jours, est-ce mieux pour un Macron qui recueillit 24% des votes au premier tour (je suis un peu malhonnête ;) , car de nos jours, le choix est multiple, ce qui crée de la volatilité au niveau des voix) ? Combien de nos politiques ne rêveraient-ils pas d'un score de 50%, chiffre que vous donnez pour le vote sur le Consulat à vie (période de stabilité aidant à ce résultat à l'époque) ?
Finalement, les choses sont-elles si différentes de nos jours ; comme à cette époque, le français est versatile : un coup Napoléon, un coup "gros Louis", ce que l'on appelle l'alternance, à notre époque. Peut-on y voir, hier comme aujourd'hui, le résultat d'une quelconque analyse politico-philosophique des votants ? [Je me demande même s'il est sain de laisser le droit de vote à des ânes (je suis à des années lumières de ma pensée de jeunesse, là :oops: ). Qui décidera de qui est un âne, me direz-vous ? J'veux bien essayer moi !]

- En page 77, on lit que les journaux comptaient quelques centaines d'abonnées, ce qui représentait tout au plus, 30 000 lecteurs potentiellement concernés par la censure. La vrai censure n'étaient-elle pas de laisser des millions de français dans l'ignorance de la lecture et du savoir ? Peut-on accuser Napoléon (et la Révolution avant lui) d'avoir négligé l'éducation de la masse ? Je ne pense pas. Au sujet de la censure et du besoin de surveillance, qu'exprime Roederer en 1802 (page 58), cela ne me semble pas trop éloigné de ce qui existe de nos jours, via Internet et les réseaux sociaux, à la différence notable, que nous (idiots :roll: ?) offrons cette possibilité de surveillance, elle ne nous est pas réellement imposée. Quoi que l'on puisse considérer un "besoin", espèce de vente forcée, comme une forme d'imposition, non ? Qu'en pensez-vous : mon parallèle, entre ces deux époques, n'est-il point osé, voir idiot ?
De même, censurer la "littérature" (au sens très large) d'opposants jacobins ou royalistes (parfois plus des criminels, un couteau à la main, que des lettrés), ne peut-il pas se concevoir, voir se justifier, quand de nos jours, la place laissée libre à des écrits "fachos", qu'ils soient nazis ou intégristes religieux (et je mets toute forme d'intégrisme religieux dans le même sac), donne ce que l'on sait, et que l'on commence à savoir ce qu'il nous en coûte, et encore plus, nous en coûtera probablement ?

- Concluez-vous de votre analyse des données, que finalement et à grosses mailles, les paysans et ouvriers, ainsi que la classe moyenne (si cela a un sens pour l'époque) étaient plutôt favorables à l'Empire, eux qui n'avaient rien à perdre, sauf leur vie sur le champ de bataille, et que les opposants au régime napoléonien, se trouvaient plutôt du côté des jacobins, qui avaient perdu la "bonne" place, des nobles, courant après leur fortune et leur pouvoir perdus, des curés, faisant de même, au travers de chouans et autres vendéens, bras armé de ces deux entités (noble et curé), rejoint au fil du temps par ces nouveaux riches de la bourgeoisie, souvent engraissés par la Révolution, qui eux, voulaient juste continuer à prospérer, parfois sur le dos des autres, comme à Bordeaux, où spéculant sur les denrées coloniales, les négociants passèrent franchement dans l'opposition après le blocus. Tout cela ne vous semble-t-il pas finalement très normal, pour ces opposants, de décrier "leur" empêcheur de tourner en rond ? [Tout cela n'est-il pas aussi un perpétuel recommencement, quand on sait que les grands industriels allemands (principalement dans l'armement, mais pas que) se sont bien adaptés à Hitler, et que, d'après une thèse très "hollywoodienne" de par sa provenance, les "assassins" de JFK viendraient eux aussi de ce même milieu, ayant la crainte de perdre des millions de dollars, si la guerre au Vietnam prenait fin.]

- Concernant l'adhésion à l'Empire, n'est-il pas compliqué de tirer des certitudes, voir des tendances, d'écrits d'époque, parfois très/trop serviles, car provenant de gens qui recherchaient des récompenses (ou avaient déjà été bien servis), et, parfois trop hargneux/vindicatifs, car provenant de gens qui avaient à se plaindre, financièrement souvent, de leur sort ? En page 142, j'ai eu l'impression que les "administratifs" se servant, en quelque sorte, dans la caisse, étaient rangés par votre analyse dans les opposants au système (j'ai peut-être mal compris, lu, analysé votre propos, pardon). Ne sont-ils pas plutôt à ranger dans la famille universelle et intemporelle des "truands" et prévaricateurs ?

- Quand on voit le peu de joie au retour des Bourbons, avec un enthousiasme pour 10% (les vrais) à 40% (les "par la force des choses") de la population (page 234), et l'admiration/le respect toujours présent pour la Vieille Garde, comme le disent certains nobles (page 235), mais aussi des récits côté alliés (Löwenstern et Rochechouart), pensez-vous que l'on puisse affirmer que, finalement la grande majorité des français de l'époque avait une préférence pour l'un ou l'autre des systèmes politiques, qui se succédèrent en une trentaine d'années ? [En effet, pour le "peuple", quelle différence faire entre des formes proches de droits divins, des formes d'impôts variées mais toutes aussi impopulaires (quel homme d'état français a dit :" les français ont les idées à gauche, mais le portefeuilles à droite" ?).]
Pensez-vous qu'il faille apporter du crédit à des gens, écrivains, mémorialistes, ou même un simple lambda, qui dirent du bien ou du mal de l'Empire et de Napoléon, suivant que l'on était en pleine la Restauration, en République, ou sous le second Empire ? N'y a-t-il pas plus de gloire, et même de "vrai noblesse", à le faire en période non propice, par rapport à ce que l'on dit ou écrit, tel un Girod de l'Ain ou certains petits nobles de l'Ouest, qui tous défendaient leurs idées, plus que quelque chose de matériel, et cela à des époques qui leurs valurent des déboires ?

- Peut-on dire, sans trop se tromper, que le Sud et l'Ouest, religieux et plus attachés à la noblesse, ainsi que le Sud-Ouest, plus commerçant (Bordeaux) et déjà plus régionaliste (les basques par exemple), étaient les places fortes de l'opposition à l'Empire, comparées au Nord et à l'Est (et au Limousin, dans le Centre, mais pas au Bourbonnais, bien sûr), qui eux étaient plutôt attachés à l'Empire, comme ils le furent à la Révolution, car étant aux premières loges en cas d'invasion ?

Voilà. J'espère ne pas vous avoir "saoulé" avec mes questions, pas toujours très claires.
J'attends d'avoir le plaisir de vous lire à nouveau, sur d'autres sujets concernant cette époque, Révolution et Empire, qui fut probablement la plus "grandiose" (à de nombreux points de vue et par de nombreux aspects très différents) de notre Histoire.
Cordialement.
Philippe
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Re: Les Français et l'Empire (1799-1815) - Natalie PETITEAU

Message par Auteurdumois » 01 nov. 2017, 09:22

Bonjour,
Ce travail est un travail d'historien, c'est donc moi qui vais aux archives, qui les lis, qui écris. Quand par bonheur je peux utiliser un mémoire réalisé par l'un de mes étudiants, je le cite (voyez notamment les mentions renvoyant à Mademoiselle Claude Allègre).
Les conditions de vote ne sont guère identiques à celles d'aujourd'hui : les archives que j'ai pu voir lors des plébiscite montrent que certains maires, par exemple, font voter leurs administrés comme un seul homme. Reste que je ne minore pas du tout l'adhésion des Français, j'ai même consacré un chapitre entier à cela et mis en exergue les adresses spontanées d'adhésion. J'ai bien souligné que les textes que je cite proviennent justement de gens qui ne demandent rien... D'autres auraient totalement biaisé la question. Sur la géographie des adhésions, selon l'échelle que l'on utilise, on verra des choses différentes et tailler largement Sud et Ouest d'un côté/ Nord et Sud de l'autre est aller trop vite et ne sert pas à grand chose. Songez aux villes républicaines de l'Ouest.
Pardon, je ne réponds pas à tout mais je manque vraiment de temps.
Bien cordialement
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Bernard
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Re: Les Français et l'Empire (1799-1815) - Natalie PETITEAU

Message par Bernard » 01 nov. 2017, 10:27

Voilà qui nous laisse sur notre faim. Dommage ! Il nous reste un auteur très exigeant qui fait un superbe boulot et des livres formidablement bien charpentés et documentés. Bravo pour ce que vous faites, Mme Petiteau.

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Re: Les Français et l'Empire (1799-1815) - Natalie PETITEAU

Message par Auteurdumois » 03 nov. 2017, 23:42

cyril a écrit :
06 oct. 2017, 21:57
1) En premier lieu des questions sur le travail de recherche:
Vous écrivez en introduction "il existe donc bien alors des français qui se prononcent sur le régime" Comment savoir si telle ou telle opinion exprimée dans une source est courante dans la population ou particulière à une poignée d’individus plus bruyants et plus visibles que la majorité dite « silencieuse » ? Est-ce que seules les plus exacerbées ont traversé les années ? ou peut -être même juste attiré d'avantage votre intérêt ? Vous citez souvent les rapports de police, eux aussi n'avaient-ils pas vocation ou intérêt à ne rapporter que ce qui est contre le régime?
Comment deviner, définir "l'état d'esprit" de cette masse qui par définition silencieuse n'a pas du laisser beaucoup de trace ?
Je me pose la question en pensant à un historien qui se penchera sur l'année 2017 où nous voyons que les plus bruyants et virulents ne sont pas forcément représentatif de la nation. Comment avez vous fait ?
** Notez que je me suis contentée, pour ce que vous citez, de dire « il existe »…. Je ne parle ni de proportion ni de coloration, l’important est que l’on ait les preuves que des Français se sont exprimés en toute spontanéité pour ce qui est des textes que je cite. Quant à la police, oui bien sûr, elle ne surveille que ce qui inquiète, mais ne saisit pas tous les propos hostiles. L’historien fait avec les échos qu’il a et les traite prudemment… d’où ma fromulation « il existe »…
2) Les Français de l'Empire :
P142:"... le peuple rend le souverain ou son gouvernement responsable des situation de disette..." ne voyez vous pas une réalité historique depuis la nuit des temps jusqu’à même ce matin? (certes plus la disette mais le manque de travail, etc..). Le peuple semble rechercher la paix et la prospérité, s’enthousiasmer pour des victoires...nos ancêtres seraient donc comme nous aujourd'hui ?
Mon but était là justement de dire que même si Napoléon n’est pas souverain de droit divin, les réflexes politiques demeurent les mêmes…
3)Vous semblez partir du postulat que rien n'ai mieux que la démocratie? Au moment où le général Bonaparte prend le pouvoir ne pensez vous pas que la démocratie n'était peut être pas le régime le plus adapté à la situation ? je parle de la démocratie telle qu'elle pouvait être mise en oeuvre à cette époque.
Le régime le plus adapté n'est-il pas celui qui rend "heureux", la majorité de sa population ?
"La démocratie est le plus mauvais des régimes à l’exception de tous les autres", dit le proverbe. Votre question est étrange.
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Re: Les Français et l'Empire (1799-1815) - Natalie PETITEAU

Message par Auteurdumois » 03 nov. 2017, 23:47

Bernard a écrit :
15 oct. 2017, 09:17
- On écrit souvent que le premier Empire était un Etat policier et que les libertés étaient rudimentaires. Pourtant, la lecture des mémoires ne donne pas cette impression. Qu'en dites-vous ?
De quels mémoires parlez-vous ? S’il s’agit des mémorialistes sur lesquels j’ai écrit, bien sûr qu’ils ne parlent guère de cette situation, elle est dans la normalité du temps…
- Comment étaient traitées, à cette époque, la misère d'une part, et les famines d'autre part ?
On a créé d’une part des dépôt de mendicité, d’autre part des halles pour stocker des réserves de grains.
- Dans la France du premier Empire, il restait des bastions royalistes (la Vendée bien sûr mais aussi le Midi). Comment étaient-il maîtrisés ? (je n'évoque pas les guerres ou la réduction militaire des poches de rébellion mais la vie au quotidien).
Une surveillance policière plus prononcée.
- Dans la population rurale, en dépit des levées de cosncrits, l'Empereur devient très vite une sorte de demi-dieu. Cette dévotion me semble durer au-delà de l'Empire. Etes-vous d'accord ?
Non, c’est plus compliqué, ne vous laissez pas abuser par Balzac. Il faut avoir une approche nuancée, avec le recul, certains ont regretté l’Empire, qui paraissait un temps de prospérité et de gloire par rapport à la Restauration. Sur la légende telle qu’elle a été construite, je vous renvoie à mon livre Napoléon, de la mythologie à l’histoire.
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Re: Les Français et l'Empire (1799-1815) - Natalie PETITEAU

Message par Auteurdumois » 03 nov. 2017, 23:58

William Turner a écrit :
24 oct. 2017, 22:52
Bonjour madame Petiteau,
Ma première question porte sur le titre de votre livre. Pourquoi l'avoir intitulé Les Français et l'Empire (1799-1815) plutôt que Les Français et Napoléon ? Le choix de ce titre est en effet un peu surprenant, notamment à cause de l'ajout des dates qui donne l'impression d'une erreur de chronologie. Mais il est surprenant aussi parce que, d'un point de vue commercial, il semble probable que le titre Les Français et Napoléon vous aurait permis d'en vendre plus d'exemplaires. La lecture de votre livre n'aide d'ailleurs pas à comprendre ce choix, dans la mesure où il met en évidence que l'Empire n'a pas de réalité en dehors de la personne de Napoléon.
J’ai justement voulu sortir du seul rapport à Napoléon, m’interroger sur la perception de ce mode de gouvernement dans lequel préfets, maires etc jouent un rôle pour ce qui est de la perception par les Français !
Tant pis en effet pour le nombre d’exemplaires vendus…
Ma seconde question découle en partie de la première. Dans votre introduction, vous rappelez que "l'historiographie de l'Empire a été largement monopolisée par l'histoire des guerres" (et j'ajouterai pour ma part par une histoire strictement politique centrée sur un personnage principal et ceux qui gravitent autour de lui). Même si votre livre renouvelle en partie cette approche, il ne sort cependant pas tout à fait de ce schéma. Votre étude porte en effet à peu près exclusivement sur la vision politique des Français de l'Empire et leur attitude face au gouvernement ou plutôt face à Napoléon, le gouvernement ne semblant pas avoir de réalité pour les Français, même quand Napoléon est occupé à faire la guerre au loin. S'agit-il d'un choix délibéré ou sont-ce les sources que vous avez utilisées qui vous ont amenée dans cette direction ?
Oui, les sources ramènent beaucoup à Napoléon, mais je crois avoir répondu plus haut.
Dans votre introduction, vous évoquez également "les innovations multiples d'un XIXe siècle qui n'en finit pas de mettre en pratique les héritages de la Révolution, plus ou moins rapidement selon qu'il s'agit du champ politique, social ou culturel", mais vous n'y revenez pas par la suite (du moins dans les chapitres que j'ai lus jusqu'à présent, mais les titres des chapitres que je n'ai pas encore lus ne laissent pas penser que vous allez y revenir, en tout cas pas pour de longs développements). Cela a pour résultat de faire penser que la spécificité de l'Empire se résume à la concentration des pouvoirs dans les mains du seul Napoléon et à ses guerres. Est-ce aussi votre conclusion ?
J’aborde les champs politique, social et culturel en divers endroits du livre.
Le livre d'Arlette Farge, Dire et mal dire, que vous mentionnez à diverses reprises, semble vous avoir servi en partie de modèle. Mais à la différence d'Arlette Farge, qui ne peut se limiter aux "mal dire" politiques, parce que beaucoup trop rare dans les sources d'Ancien Régime, vos sources semblent beaucoup plus abondantes dans ce domaine. Est-ce pour cela que vous n'avez pas intégré dans votre étude des mauvaises paroles qui n'avaient pas de caractère directement politiques ou parce que cette mauvaise parole avait cessé d'intéresser la police et avait donc été remplacée par la seule mauvaise parole à caractère politique dans vos sources ?
Mon chapitre 4 est entièrement consacré aux refus anonymes.
Dans la lecture du chapitre sur le gouvernement des esprits, une chose m'a étonnée : c'est cette volonté des autorités d'essayer de susciter voire de forcer une adhésion de la population en organisant des célébrations, en contrôlant étroitement la presse ou en tenant de longs discours qui font l'apologie du régime. C'est une démarche, qui, me semble-t-il, n'avait pas vraiment d'équivalent sous l'Ancien Régime. Une telle démarche pourrait se comprendre dans une société où le gouvernement dépend de résultats électoraux et où l'adhésion de la population est indispensable à la pérennité du pouvoir. Dans l'Empire, ce n'était pas vraiment le cas. Comment expliquer une telle démarche qui ne semble pas avoir d'utilité véritable ?
SI, certaines pratiques existaient, de plus un souverain de la facture de Napoléon est préoccupé de recueillir l’adhésion des populations.
Dans votre introduction toujours, vous avez écarté le recours à l'histoire quantitative (en citant notamment de manière un peu étonnante Michel Vovelle, alors qu'il est l'un des auteurs qui a poussé le plus loin l'usage de l'histoire quantitative pour l'étude des mentalités avec son livre Piété baroque et déchristianisation en Provence au XVIIIe siècle en analysant de manière statistique les testaments des Provençaux). Il est évidemment impossible avec les sources dont on dispose d'établir des statistiques d'adhésion ou de non-adhésion à l'Empire. Parfois cependant quelques données chiffrées permettraient de donner un certain éclairage sur votre corpus documentaire. Ainsi quand vous citez le discours tenu à Roquebrussane en 1810, j'aurais souhaité savoir s'il s'agissait d'un document unique et exceptionnel ou s'il s'agissait d'un document parmi beaucoup d'autres.
Un document parmi d’autres, et dans une note du chapitre 4 je crois, je cite des données chiffrées.
Un autre point : vous parlez des Français, mais de qui s'agit-il ? Englobez-vous dans ces Français une partie de mes ancêtres (je suis Belge) qui, certes, à l'époque vivaient dans des territoires rattachés à la France, mais qui ne se considéraient peut-être pas comme vraiment Français et qui ne le sont en tout cas pas restés ?
Vous avez raison, je me suis ici limitée à la France d’aujourd’hui.
Dans votre livre, vous parlez (assez peu) des Français qui adhèrent au régime, beaucoup plus de ceux qui expriment une opinion hostile, mais ceux qui ne se situent pas (à mon avis, l'immense majorité) sont les grands absents. Il est vrai qu'il est difficile de parler longuement des gens qui ne s'expriment pas, mais cette absence n'aboutit-elle pas à donner une vision un peu déformée de la société française où le politique occuperait une place déterminante alors qu'elle était probablement très loin des préoccupations des gens ordinaires ? Votre livre n'apporte-t-il pas dans une certaine mesure sa pierre à l'idée (en grande partie fausse à mon avis) que Napoléon ne laisse personne indifférent, qu'on l'aime ou qu'on le déteste ?
Je consacre un chapitre entier aux adhésions des anonymes…
Mais je pense qu’il y avait en effet des indifférents, des fatalistes, des peu informés.
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    par Eric LM » 25 sept. 2017, 15:54 » dans BIBLIOTHÈQUE EMPIRE - L'actualité du livre napoléonien
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    par Loïc Lilian » 06 oct. 2017, 17:15 » dans Livres - Revues - Magazines
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  • sceau de l'empire francais
    par marelle31 » 22 avr. 2019, 09:37 » dans Espace visiteurs
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    par Joker » 23 mars 2019, 18:59 » dans Salon Ier Empire
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