Il y a 177 ans...

Vous n’êtes pas encore inscrit(e) sur le forum et vous avez des interrogations concernant l'Histoire napoléonienne ou vous pouvez apporter une réponse à l'un des sujets abordés ?
Vous pouvez le faire ici !

Modérateur : Général Colbert

Règles du forum
Ce forum est dédié aux visiteurs non inscrits.
Il vous permet de soumettre vos questions, donner vos avis ou encore apporter des réponses aux sujets traités.
N’hésitez pas à rédiger une ou plusieurs questions, l’équipe du forum procédera à la validation et notre communauté y répondra.
Au plaisir, l’équipe du forum Napoléon1er.net.
G. PEYRUSSE

Il y a 177 ans...

Message par G. PEYRUSSE » 23 mars 2019, 16:59

Le 23 mars 1842, à Paris, s'éteignait Henry BEYLE, plus connu sous le pseudonyme de "STENDHAL" et né à Grenoble (Isère) en 1783. L'auteur, entre autre, du "Rouge et le Noir" et de "La Chartreuse de Parme" était un grand utilisateur de pseudonymes puisqu'il en usa de près de 250 !

Rappelons que Stendhal fut, en son temps, fonctionnaire impérial et qu'il participa aux campagnes de 1809, 1812 et de 1813.

Avatar du membre
Soldat Inconnu
Soldat
Soldat
Messages : 76
Enregistré le : 06 sept. 2017, 20:30
Localisation : L'Élysée

Re: Il y a 177 ans...

Message par Soldat Inconnu » 23 mars 2019, 17:12

Merci pour ce rappel.
Êtes-vous le "Maréchal" Peyrusse du forum ? J'appréciais beaucoup ses interventions :cry:
Timeo danaos et dona ferentes

G. Peyrusse

Ce cher Stendhal...

Message par G. Peyrusse » 23 mars 2019, 19:32

J'ai écris plus haut que Beyle avait fait la campagne de Russie.

Voici une de ses lettres. Elle est adressée à l’un de ses amis de jeunesse, Félix Faure (1782-1859).
----------------------------
« Moscou, 4 octobre 1812.

J’ai laissé mon général [Mathieu Dumas] soupant au palais Apraxine. En sortant et prenant congé de M. Z. [Comte Martial Daru, son cousin] dans la cour, nous aperçûmes qu’outre l’incendie de la ville chinoise, qui allait son train depuis plusieurs heures, nous en avions auprès de nous ; nous y allâmes. Le foyer était très vif. Je pris mal aux dents à cette expédition. Nous eûmes la bonhomie d’arrêter un soldat qui venait de donner deux coups de baïonnette à un homme qui avait bu de la bière ; j’allai jusqu’à tirer l’épée; je fus même sur le point d’en percer ce coquin. Bourgeois le conduisit chez le gouverneur, qui le fit élargir.
Nous nous retirâmes à une heure, après avoir lâché force lieux communs contre les incendies, ce qui ne produisit pas un grand effet , du moins pour nos yeux ; De retour dans la case Apraxine, nous fîmes essayer une pompe. Je fus me coucher, tourment d’un mal de dents; il paraît que plusieurs de ces messieurs eurent la bonté de se laisser alarmer et de courir vers les deux heures et vers les cinq heures. Quant à moi, je m’éveillai à sept heures, fis charger ma voiture et la fis mettre à la queue de celles de M. Daru.
Elles allèrent sur le boulevard, vis-à-vis le club. Là, je trouvai Madame B… [Bursey, directrice du Théâtre français de Moscou], qui voulut se jeter à mes pieds ; cela fit une reconnaissance très ridicule. Je remarquai qu’il n’y avait pas l’ombre de naturel dans tout ce que me disait Madame B… [Bursey], ce qui naturellement me rendit glacé. Je fis cependant beaucoup pour elle, en mettant sa grasse belle-sœur dans ma calèche et l’invitant à mettre ses « droskis » à la suite de ma voiture. Elle me dit que madame Saint-albe lui avait beaucoup parlé de moi.
L’incendie s’approchait rapidement de la maison que nous avions quittée. Nous voitures restèrent cinq ou six heures sur le boulevard. Ennuyé de cette inaction, j’allai voir le feu et m’arrêtai une heure ou deux chez Joinville. J’admirai la volupté inspirée par l’ameublement de sa maison; nous y bûmes, avec Gillet et Busche, trois bouteilles de vin qui nous rendirent la vie.
J’y lus quelques lignes d’une traduction anglaise de « Virginie » qui, au milieu de la grossièreté générale, me rendit un peu de vie morale.
J’allai avec Louis [Joinville] voir l’incendie. Nous vîmes un nommé Savoye, canonnier à cheval, ivre, donner des coups de plat de sabre à un officier de la Garde et l’accabler de sottises. Il avait tort, et fut obligé de finir par lui demander pardon. Un de ses camarades de pillage s’enfonça dans une rue en flammes, où probablement il rôtit. […] Mon domestique était complètement ivre; il entassa dans la voiture les nappes, du vin, un violon qu’il avait pillé pour lui, et mille autres choses. Nous fîmes un repas de vin avec deux ou trois collègues. Les domestiques arrangeaient la maison, l’incendie était loin de nous et garnissait toute l’atmosphère, jusqu’à une grande hauteur, d’une fumée cuivreuse ; nous nous arrangions et nous allions enfin respirer, quand M. Daru, rentrant, nous annonce qu’il faut partir. Je pris la chose avec courage, mais cela me coupa bras et jambes. […] Nous sortîmes de la ville, éclairée par le plus bel incendie du monde, qui formait une pyramide immense qui avait, comme les prières des fidèles, sa base sur la terre et son sommet au ciel. La lune paraissait au-dessus de cette atmosphère de flamme et de fumée. C’était un spectacle imposant, mais il aurait fallu être seul ou entouré de gens d’esprits pour en jouir. Ce qui a gâté pour moi la campagne de Russie, c’est de l’avoir fait avec des gens qui auraient rapetissé le colisée et la Mer de Naples.
Nous allions, par un superbe chemin, vers un château nommé « Petrovski », où Sa Majesté était allé prendre un logement. Paf ! Au milieu de la route, je vois, de ma voiture, où j’avais trouvé une petite place par grâce, la calèche de M. Daru qui penche et qui, enfin, tombe dans un fossé. La route n’avait que quatre-vingt pieds de large. Jurements, fureur ; il fut fort difficile de relever la voiture.
Enfin, nous arrivons à un bivac ; il faisait face à la ville. Nous apercevions très bien l’immense pyramide formée par les pianos et les pyramides de Moscou, qui nous aurait donné tant de jouissance sans la manie incendiaire. Ce Rostopchine sera un scélérat ou un Romain; il faut voir comment cette action sera jugée. On a trouvé aujourd’hui un écriteau à un des châteaux de Rostopchine; il dit qu’il y a un mobilier d’un million, je crois, etc., etc., mais qu’il l’incendie pour ne pas en laisser la jouissance à des brigands. Le fait est que son beau palais de Moscou n’est pas incendié.
Arrivé au bivac, nous soupâmes avec du poisson cru, des figues et du vin. Telle fut la fin de cette journée si pénible, où nous avions été agités depuis sept heures du matin jusqu’à onze heures du soir. Ce qu’il y a de pire, c’est qu’à ces onze heures, en m’asseyant dans ma calèche pour y dormir à côté de cet ennuyeux de B… [Busche], et assis sur des bouteilles recouvertes d’effets et de couvertures, je me trouvai gris par le fait de ce mauvais vin blanc pillé au club. Conserve ce bavardage ; il faut au moins que je tire parti de ces plates souffrances, de m’en rappeler le comment. Je suis toujours bien ennuyé de mes compagnons de combat. Adieu, écris-moi et songe à t’amuser; la vie est courte. »

(STENDHAL, « Correspondance (1812-1816). IV », Le Divan, 1934, pp.70-80).




  • Sujets similaires
    Réponses
    Vues
    Dernier message
  • Jonathan, 185 ans...
    par Peyrusse » 26 nov. 2017, 12:50 » dans L'actualité napoléonienne
    1 Réponses
    83 Vues
    Dernier message par Cyril Drouet
    26 nov. 2017, 14:23
  • Nice il y a 220 ans
    par la remonte » 12 mai 2016, 11:25 » dans Monuments Napoléoniens
    2 Réponses
    687 Vues
    Dernier message par Pierremig
    21 mai 2016, 16:04
  • Il y a 200 ans, aujourd'hui...
    par Dominique T. » 06 mai 2015, 15:36 » dans L'actualité napoléonienne
    20 Réponses
    4573 Vues
    Dernier message par Joker
    11 mai 2015, 17:59
  • 15 août 1819 : Napoléon a 50 ans.
    par Joker » 13 août 2019, 19:47 » dans Salon Ier Empire
    2 Réponses
    73 Vues
    Dernier message par Joker
    15 août 2019, 18:35
  • Non-commémoration des 250 ans de Napoléon
    par C-J de Beauvau » 14 août 2019, 15:56 » dans L'actualité napoléonienne
    51 Réponses
    451 Vues
    Dernier message par Bernard
    18 août 2019, 19:33