Palais des Tuileries.

MONUMENTS NAPOLEONIENS a pour objet de mettre en avant le patrimoine napoléonien par et pour les internautes eux-mêmes.

Modérateur : Cyril

Percier

Message par Percier » 24 juil. 2016, 09:08

Je poursuis la réalisation des pièces secondaires grâce à nouveaux éléments tirés des archives.

L'inventaire de 1809 mentionne une garde robe (ou cabinet de chaise), située près du corridor noir qui passe derrière le second salon et le cabinet de travail de l'empereur. L'empereur passant beaucoup de temps dans ce cabinet, il devait disposer, comme Louis XV à Versailles, d'un cabinet de chaise à proximité.
Il existe un espace de 1,20 m de large sur 2,60m de long entre le second salon et le cabinet de travail, accessible de chacun de ces salons par une porte, et également par le couloir. Il existe depuis l'Ancien Régime (il servait de passage entre les alcôves de la grande et la petite chambre de la Reine) et est attesté en 1860 avec un dessin figurant une chaise d'affaire. Le voici en rouge sur ce plan :
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Je pense que cet espace correspond donc à ce cabinet de chaise du cabinet de travail. Il était accessible depuis le cabinet par une porte dissimulée dans le lambris, porte datant des aménagements de Louis XIV, ce qui explique sans doute pourquoi les bibliothèques en retour d'angle laissent ce lambris dégagé (disposition attestée par les dimensions des bibliothèques placées dans le modèle et dans le dessin de Gérard posté plus haut). La porte ouverte sur le corridor permettait ainsi aux valets de vider la chaise sans avoir à déranger l'empereur.

Le cabinet avec la porte dans le lambris ouverte. On remarquera à gauche que la porte donnant sur le petit escalier est plus basse que dans les vues précédentes du cabinet de travail : en effet, un mémoire du menuisier Fayard que j'ai récemment consulté indique la hauteur de la porte en question, 2,70m, ce qui correspond à la hauteur du panneau du bas et du panneau central des portes du cabinet.
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détail sur l'accès au cabinet :
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Le mur derrière les portes à droite est plein, il n'est donc pas possible de les utiliser comme communication, ce qui explique que l'un des deux bas de bibliothèque ait pu être placé devant. Le registre 36DD6 indique d'ailleurs "fausse porte" pour cet emplacement.

Le cabinet depuis la porte donnant sur le corridor noir. Il était meublé d'une chaise d'affaire en noyer, d'une cruche en grès et de deux balais, un en crin et l'autre en chiendent. J'ai installé un parquet "Versailles", le portrait de Louis XVIII dans le cabinet de travail le montrant parqueté ainsi.
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Bastet

Message par Bastet » 24 juil. 2016, 11:05

Un magnifique travail d'érudition,vrai travail de bénédictin c'est magnifique :salut:

Joker

Message par Joker » 24 juil. 2016, 18:32

Décidément, aucun recoin ne vous échappe, mon cher Percier !
Votre travail est vraiment digne du plus complet des érudits.
Ce dont nous nous régalons à chaque fois... :salut:

Percier

Message par Percier » 24 juil. 2016, 21:46

Une érudition servie par la manie de l'administration française (et impériale) de (presque) tout conserver. Songez que l'on a jusqu'à la couleur des cuirs des soufflets des cheminées, qui sont bien évidemment chacune en harmonie avec la couleur des salons. Vive l'Empereur! :salut:

Maria Kel

Message par Maria Kel » 24 juil. 2016, 21:49

Pour une fois que c'est utile :mrd: :cobra:

J'adore votre travail. Continuez :aime2:

Percier

Message par Percier » 24 juil. 2016, 22:11

Merci ;-)

Je pensais attendre un peu, mais pour changer des pièces secondaires, j'ai commencé l'appartement de l'impératrice : voici donc les volumes et l'essentiel du décor du Second ou Grand Salon de Sa Majesté l'Impératrice et Reine (au rez de chaussée sous le second salon de l'empereur), garni de son brocart argent et bleu, dont tous les éléments sont conservés au Mobilier National et ont donc permis cette reconstitution. Les dessus de porte étaient tendus également de tissu.
La cheminée en marbre vert antique a été réalisée sur la base du mémoire de livraison de la cheminée par le bronzier Forestier.
Vue depuis le fond du salon, avec la fenêtre à arcade ouvrant sur le jardin.
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L'aménagement de la pièce avec ce renfoncement à pans coupés date de l'époque de Marie Antoinette : il avait été réalisé par la comtesse de La Mark qui occupait cet appartement avant la Révolution. C'est dans cette pièce que se trouve sous Joséphine puis Marie Louise un mobilier de salon dont des éléments (2 canapés et 4 fauteuils) sont maintenant dans la chambre de la Reine des Belges à Trianon. La grande console livrée par Jacob, face à la cheminée, est maintenant au Louvre, voisinant avec le trône de l'empereur et les vases de la Galerie de Diane.

Vue des pans coupés où se trouvaient au centre un grand canapé et sous les miroirs des pans coupés les deux canapés maintenant à Trianon. L'effet "miroir" est en cours de réalisation.
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Détail sur le brocart "argent et bleu, à couronnes de myrthe et de lierre" commandé en 1802 à Camille Pernon pour le Grand salon de Joséphine à Saint Cloud, non utilisé, et imposé par l'empereur à Joséphine pour la décoration de son grand salon aux Tuileries en 1808. Le mémoire du doreur Chaise montre que la boiserie d'encadrement des miroirs est la même que dans le premier salon de l'empereur, et on la retrouve également dans le premier salon de l'impératrice.
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Ce sera tout pour ce soir :salut:

Maria Kel

Message par Maria Kel » 24 juil. 2016, 22:18

Rien de tel que voir cette merveille avant d'aller au lit :aime: :lol:

Joker

Message par Joker » 25 juil. 2016, 17:50

Détail sur le brocart "argent et bleu, à couronnes de myrthe et de lierre" commandé en 1802 à Camille Pernon pour le Grand salon de Joséphine à Saint Cloud
Contrairement à une opinion largement répandue, le vert et le rouge n'étaient donc pas les seules couleurs prisées par l'Empereur.
Encore une découverte que votre minutieux travail m'a permis de faire. :salut:

Maria Kel

Message par Maria Kel » 25 juil. 2016, 17:58

Oui, il semblait aimer le bleu et le jaune (comme ici)

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Mais après tout, le bleu et le jaune font du vert :mrd:

Percier

Message par Percier » 27 juil. 2016, 22:52

Il est certain en tout cas que le Premier Empire est friand de couleurs très variées et parfois violemment contrastées. Les appartements impériaux de Compiègne, qui sont pour moi le plus bel exemple de mobilier et décor "Empire", témoigne de cette diversité qui tranche avec les tons pastels de la fin du XVIII e s.

Je poursuis, à petit rythme, les dernières pièces de l'appartement de l'empereur. On va donc pouvoir en faire, grâce aux Archives Nationales, le tour complet!

Cette dernière partie de l'appartement est constitué par un ensemble de petites pièces comprises entre le cabinet du secrétaire particulier de l'empereur et la chambre à coucher de Sa Majesté et destinées au service de l'empereur. Elles sont en rouge sur ce plan :
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Une partie de ces pièces existait avant 1808 et datait d'avant la Révolution, les autres ont été créées sur l'emprise du cabinet du roi. Ce sont des pièces très étroites (2.40m de large) et pour la plupart sans fenêtres. J'ai pu en identifier les fonctions grâce à différents mémoires, notamment du menuisier et de l'entrepreneur chargé de la mise en couleur des parquets.
Les cloisons d'avant 1808 sont en rouge sur le plan ci-dessous.
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La première pièce que l'on rencontre en venant du cabinet du secrétaire particulier de l'empereur est le "passage entre le second cabinet et la chambre à coucher". Il fait 2.40 m sur 2.00 m et 3.5 m de haut.
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Il a été créé sur une partie du cabinet du roi. Le registre 36DD6 permet de connaître la composition du décor boisé réalisé en 1808, avec en complément les habituels mémoires du menuisier, du doreur et du peintre. Il comprend deux portes sur l'enfilade, décalées l'une part rapport à l'autre, car la chambre est dans le pavillon "Bullant" qui est en légère avancée par rapport au bâtiment qui comprend les pièces précédentes. La porte donnant sur la chambre est donc décalée sur la gauche quand on vient du cabinet du secrétaire.
Une fenêtre a été percée (sans doute en 1808) dans la niche entre colonnes qui décore la façade sur jardin, et face à elle on trouve trois battants de porte, deux feints et un vrai, installés sur une "cloison hourdée" créée également en 1808 par Fayard.
Vue de la fenêtre percée dans la niche.
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Le décor est composé de panneaux de baguettes dorées par Chaise, complétées pour les lambris de hauteur par des panneaux d'arabesques. La diversité des décors mentionnés par Moench laisse entendre qu'il s'agit sans doute de remplois des pièces qui se trouvaient là.

Au plafond figure un tableau ovale représentant un génie tenant une trompette et une couronne, évoqué ici par une équivalence du salon doré du palais du Luxembourg.
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Très anodin, ce passage est cependant d'une importance historique fondamentale : Viollet le Duc, dans sa notice sur les Tuileries, destinée au visiteur de 1849 (Gallica), indique p 20 que c'est dans cette pièce, une partie de l'ancien cabinet du roi, "qu'était la cachette que Louis XVI avait fait faire en 1792 dans l'épaisseur de la muraille, et que l'on a nommée depuis l'armoire de fer. Elle était derrière le panneau de la boiserie à gauche près de la fenêtre, du côté du jardin".

Le menuisier Fayard indique que la porte percée dans la cloison face aux fenêtres ouvre sur une garde robe, dite "de la chambre à coucher" dans l'inventaire de 1809.
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Celle-ci est très étroite : elle fait 2.40 m sur 1.40 m sur environ 2.80 m de haut. On y trouve cependant : 2 chaises en acajou, une petite table à écrire, une table de nuit ovale en acajou et un feu de cheminée en fer poli. La cheminée sur laquelle j'ai placé les deux flambeaux mentionnés par l'inventaire, réutilise sans doute le conduit de celle du cabinet du roi dont elle occupe une partie de l'emprise. Un lit pliant devait sans doute compléter le mobilier. Son décor est simplement mouluré et peint en gris.
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Ce passage permettait à l'empereur de circuler entre sa chambre et son cabinet de travail. Il n'est "meublé", d'après l'inventaire de 1809, que d'une moquette tigrée, ici reproduite sur le modèle réalisé par le Mobilier National évoqué plus haut.
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Les murs de la chambre étaient scandés par des portes qui desservent toutes des pièces secondaires. Derrière le mur sud, que nous voyons ci-dessous, se trouvaient de gauche à droite :
-derrière la porte à gauche, un passage "noir" menant au grand cabinet, à l'escalier "noir" qui dessert tous les étages, et à l'escalier menant aux petits appartements de l'empereur
-derrière le miroir et le panneau de tissu à sa gauche, l'escalier des petits appartements. S'y trouvait un escalier avant la Révolution, mais semble-t-il d'un plan différent
-derrière le panneau à droite du miroir, la garde robe de la chambre à coucher que nous venons de voir
-derrière la porte à droite le passage.
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Nous continuerons demain avec les pièces "noires".

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