La nouvelle de la mort

Doit-on exhumer Napoléon aux fins d'analyses scientifiques ? Se trouve-t-il bien aux Invalides ? A-t-il été empoisonné ? En pleine vague napoléonienne, ces questions ressurgissent.
Albertuk

Message par Albertuk » 31 août 2008, 16:34

Bonjour

La nouvelle a d'abord été connue à Londres le 4 juillet, puis à Paris le 11 juillet, à Vienne le 13 juillet et dans le reste de l’Europe à partir de mi-juillet 1821. Il est aussi vrai que, le temps aidant, le sort de Napoléon ne soulevait plus autant d'émotion à Paris comparé à 1814-1815. La comtesse de Boigne qui se trouvait à Paris lors de l'arrivée de la « nouvelle » raconta :

J’ai entendu crier par les colporteurs des rues :- « La mort de Napoléon Bonaparte pour deux sols ; son discours au général Bertrand pour deux sols ; le désespoir de Mme Bertrand pour deux sols » sans que cela fit plus d’effet dans les rues que l’annonce d’un chien perdu. Je me rappelle encore combien nous fûmes frappées, quelques personnes un peu plus réfléchissantes, de cette singulière indifférence.

Le "mur du çon" a été franchi par Marie-Louise et Neipperg qui, de leur duché de Parme, décrétèrent très officiellement un deuil de trois mois:

Par suite de la mort du sérénissime époux de notre auguste souveraine, Sa Majesté, les chevaliers et les dames qui composent le service intérieur de la cour, le personnel de la maison ducale et la livrée prendront le deuil pour trois mois, à commencer de demain 25 du courant jusqu’au 24 octobre inclus.

Drouet Cyril

Message par Drouet Cyril » 31 août 2008, 21:22

Journal des débats, du 7 juillet :

« On a reçu par voie extraordinaire les journaux anglais du 4 courant. La mort de Bonaparte y est officiellement annoncée. Voici dans quels termes le Courrier donne cette nouvelle : Buonaparte n'est plus : il est mort le samedi 5 mai à 6 heures du soir d'une maladie de langueur qui le retenait au lit depuis plus de 40 jours. Il a demandé qu'après sa mort son corps fût ouvert afin de reconnaître si sa maladie n'était pas la même que celle qui avait terminé les jours de son père, c'est-à-dire un cancer à l’estomac. L’ouverture du cadavre a montré qu’il ne s’était pas trompé dans ses conjectures. Il a conservé sa connaissance jusqu’au dernier moment, et il est mort sans douleur. »

Joker

Message par Joker » 31 août 2008, 22:57

Le "mur du çon" a été franchi par Marie-Louise et Neipperg qui, de leur duché de Parme, décrétèrent très officiellement un deuil de trois mois
La Cour de Vienne semblait bien être passée maîtresse en hypocrisie.
Brel aurait pu chanter : "Chez ces gens-là, Monsieur, on ne pleure pas, on b.... !" :fou:

Piré chouan fidèle

Message par Piré chouan fidèle » 31 août 2008, 23:11

Merci pour toutes ces précisions.
On peut donc imaginer qu'un provincial se trouvant à Paris a pu avoir connaissance dès le 7 juillet de la mort de Napoléon. Qu'il pouvait dès lors colporter cette nouvelle à son retour - à moins qu'entretemps il n'ait été "grillé" par le journal de sa région.
Cordialement,
:salut:

Drouet Cyril

Message par Drouet Cyril » 03 sept. 2008, 15:01

L'annonce de la mort de Napoléon dans le numéro 722 (11 juillet 1821) de L'Ami de la religion et du Roi :

"Ce conquérant dont on pouvait dire, comme l'Ecriture le dit d'Alexandre, que la terre s'était tue devant lui, ce ravageur de royaumes, ce fléau de Dieu ; celui qui avait couronné les désastres de la révolution par un règne si meurtrier ; et qui a consommé à lui seul plus d'hommes que la convention, les massacres et les échaffauds, Buonaparte est mort à Sainte-Hélène le 5 mai dernier. Il était depuis six semaines atteint d'une maladie de langueur, qui lui lui a laissé sa connaissance jusqu'au dernier moment. Il a demandé qu'après sa mort son corps fut ouvert, afin qu'on pût s'assurer si sa maladie n'était pas la même que celle à laquelle son père avait succombé. Sa conjecture s'est trouvée vraie ; un cancer était formé dans l'estomac. On croit qu'il a laissé un testament qui sera envoyé en Angleterre avec tous ses papiers. Il a dû être enterré avec les honneurs de général, seule qualité que les Anglais lui reconnussent. Nous voudrions pouvoir annoncer qu'il a montré à la mort quelque sentiment de religion. On sait qu'un prélat, qui tient à Buonaparte par les liens du sang, lui envoya, il y a quelques années, un ecclésiastique italien pour qu'il pût avoir dans sa retraite les secours de la religion ; mais l'ex-empereur ne goûta point cet envoyé qui est revenu dit-on en Europe. On assure que depuis le gouvernement anglais avait demandé qu'un prêtre français allât résider à Sainte-Hélène ; ce projet ne parait pas avoiré été exécuté, puisque l'on rapporte que Buonaparte avait souhaité dans sa maladie s'entretenir avec un ecclésiastique profondément instruit. Qui sait, disait-il, si je ne me ferais pas devot ? Il est fort remarquable que Dieu lui a refusé à la mort les secours qu'il avait refusés lui-même au malheureux duc d'Enghien."


Salutations respectueuses.

vélite

Message par vélite » 02 juin 2011, 21:32

Bonjour,

selon une note de bas de page relative à la lettre qu'écrivit Planat de la Faye à l'un de ses amis le 11 juillet 1821, la mort de Napoléon fut connue le 6 juillet à Paris.
La nouvelle fut rude pour celui qui n'avait pu l'accompagner à Sainte-Hélène en 1815 et qui s'activait toujours six ans plus tard afin de pouvoir l'y rejoindre.

Planat écrivit ainsi :
"Mon cher Eugène, ,'attendez plus de moi ces lettres où je me livrais sans contraintes à tous les caprices d'une imagination bizarre et d'un esprit bavard. Tout est fini pour moi; j'ai perdu tout ce qui faisait ma force, tout ce qui donnait du prix à mon existence.
Depuis deux mois, une seule pensée, un seul objet occupait toutes les facultés de mon âme; j'avais retrouvé le feu sacré. Les six années qui se sont écoulées depuis le Bellérophon s'étaient effacées de ma mémoire comme un songe pénible ou comme une obscure végétation, vivre t mouriri pour le plus grand et le meilleur des hommes état l'ibjet de mes voeux les plus ardents. J'allais lire dans cette âme si noble et si généreuse; il m'aurait initié aux mystères de ces sublimes conceptions que la multitude ne voit encore qu'à travers un nuage. J'étais sûr que mes soins auraient adouci son horrible captivité; car j'avais fait une abnégation totale de moi-même....Telles étaient les pensées qui m'absorbaient entièrement lorsque nous reçûmes l'affreuse et accablante nouvelle de sa mort ! Comment vous peindre mon désespoir et ma stupeur en apprenant cette horrible catastrophe ? Où trouver des dédommagements pour une perte semblable ? Je serais tombé dans l'accablement, dans le découragement le plus complet, si la rage et l'indignation ne soutenait mon existence. Car il est mort assassiné, et c'est en vain qu'on prétendrait éloigner l'idée de ce crime. Ceux qui depuis six ans l'ont torturé de mille manières passeront toujours aux yeux de l'Europe et de la postérité pour ses assassins; il n'y a qu'un cri là-dessus à Paris, et telle est la force de la conviction et de l'indignation générale que personne n'ose contredire cette opinion. Les ultras et les transfuges, qui sont ses ennemis les plus acharnés, ne peuvent s'empêcher eux-mêmes de laisser percer un doute accusateur.
La nouvelle de cette mort a répandu une consternation générale; les marchands quittaient leurs boutiques, les ouvriers abandonnaient leurs travaux pour s'entretenir de ce grand événement. Partour la douleur et l'indignation étaient peintes sur les visages. Le souvenir de tout ce qu'il fit pour la gloire et la prospérité de la France se réveillait dans tous les coeurs et les pénétrait de reconnaissance et d'attendrissement. Ses fautes mêmes disparaissaient devant ses infortunes, et l'horreur qu'on a pour ses bourreaux donne de nouvelles forces aux sentiments d'amour et de vénération qu'inspire sa mémoire. Bien des personnes ont pris spontanément le deuil. Les femmes surtout, passionnées pour ce qui est grand et noble, se sont montrées admirables dans ces tristes moments. Si quelque chose peut adoucir le chagrin d'une perte aussi grande, c'est de penser que l'Empereur n'a jamais démenti son caractère, qu'il s'est montré plus grand peut-être dans les fers qu'aux jours de sa prospérité, et qu'enchaîné qur un rocher au mileiu des mers, il imposait encore à ses lâches persécuteurs, dont la rage tourne encore au profit de sa gloire
[...]"
:salut:

vélite

Message par vélite » 26 sept. 2014, 17:20

Bonjour,

C’est bien le 6 juillet que la nouvelle du décès parvint aux autorités françaises à Paris –et qu’elle filtra tout aussitôt comme le révèle le montre la lettre de Planat, citée ci-dessus-.
Connue le 4 à Londres, elle fit l’objet de cette lettre –il s’agit d’un original- de Caraman, écrivant selon toute vraisemblance à Pasquier (le destinataire n’est pas formellement désigné) :

« Londres ce 4 juillet à 2 heures après midi
Monsieur le Baron,
Je viens de recevoir les dépêches ci-incluses de Mr de Montchenu et je ne perds pas un instant pour informer Votre Excellence de la mort de Buonaparte survenue à Ste Hélène le 5 mai à 6 heures moins dix minutes du soir. Votre Excellence trouvera ci-joint les détails de sa maladie et des circonstances qui ont accompagné et suivi sa fin. J’envoie le baron Decazes à Paris en lui recommandant de faire toute la diligence possible, désirant vivement que Votre Excellence puisse être informée la première de cette importante nouvelle.
Je suis avec respect, monsieur le Baron, de Votre Excellence, le très humble et très obéissant serviteur.
»

Aussitôt, la nouvelle fut répercutée auprès d'ambassades françaises par une missive dont voici la copie (j'ai respecté l'orthographe telle que figurant sur le document) :

« Paris le 6 juillet 1821
M.M. le marquis de Caraman – Vienne
Coulomb – Munich
Cte Montlezun – Carlsruhe
De Beaucou – Stutgardt
Cte de la Feronnaye – Petersburg
Cte de Caux – Berlin

M. je reçois à l’instant des lettres de Ste Hélène, en date du 6 mai qui m’informent que Bonaparte était mort la veille à 6 heures ½
[sic] du soir, sa santé s’était sensiblement altérée depuis quelque tems ; mais son état avait pris subitement, le 2 mai, un caractère allarmant, et depuis ce jour, jusqu’à sa mort, il avait presque toujours été sans connaissance. D’après le désir qu’il en avait témoigné précédemment, on a ouvert son corps et l’on a reconnu que la maladie était un cancer à l’estomach auquel se joignais un engorgement au pilore. Je m’empresse de vous communiquer cette nouvelle dont vous voudrez bien (pourrez) informer le Gouvernement près duquel vous êtes accrédité.
Agréez etc.
»

:salut:

vélite

Message par vélite » 08 déc. 2014, 19:10

Bonjour,

Voici la lettre écrite par Montholon à Lowe dix minutes après le décès de Napoléon (copie conservée aux archives du ministère des A.E.) :

« Longwood ce 5 mai 1821
6 heures du soir

Monsieur le Gouverneur,
L’Empereur Napoléon est mort aujourd’hui 5 mai 1821 à six heures moins dix minutes, à la suite d’une longue et pénible maladie.
J’ai l’honneur de vous en faire part.
Il m’a autorisé à vous communiquer, si vous le désirez, ses dernières volontés.
Je vous prie de me faire savoir quelles sont les dispositions prescrites par votre Gouvernement pour le transport de son corps en Europe, ainsi que celles relatives aux personnes de sa suite.
J’ai l’honneur d’être, etc.
Signé : le Cte de Montholon »


Montchenu, sachant la fin proche, avait pris ses dispositions pour annoncer la nouvelle au gouvernement français.
Voici sa missive, non datée, commencée le 1er mai et terminée le 6, nous y trouvons les écritures de de Gors et de Montchenu :

« Monseigneur,
[suit ce qui est écrit par de Gors pour le compte de Montchenu : santé déclinante de Napoléon, les nouvelles connues chaque jour, etc.
Montchenu reprend à la suite -j'ai conservé l’orthographe et la graphie originelles-] :

« le même jour, il est mort à six heures moins dix minutes du soir. vous pouvez tenir la nouvelle pour certaine et je la certifie pour l’avoir vue. je n’ai jamais vu un cadavre aussi peu défiguré ; tous les traits étoient parfaitement conservés, et sans la paleur, on aurait cru qu’il dormait. il étoit entré dans son lit le 5, a cinq heures du matin, sans parole et sans connaissance, et il n’a pas bougé de la place qu’il avoit prise. on lui a fait avaler dans la nuit du 4 au 5 , sept cuillerées de gelée de veau et cinq de vin. ce qu’il y a de singulier, c’est que sur cinq médecins, il n’y en a pas un qui sache de quoi il est mort. on procédera bientôt à l’ouverture, et à l’inhumation qui aura lieu ici. j’aurai l’honneur d’en rendre compte à Votre Excellence plus tard, car le vaisseau qui porte la nouvelle de sa mort, part ce soir, 6 mai 1821.
d’après la permission que m’avait donnée Monsieur le Duc de Richelieu, je partirai le plus tôt possible ma présence n’étant plus nécessaire ici. si je suis assez heureux pour arriver de bonne heure en Europe, j’aurai encore tems d’aller prendre des eaux fortifiantes dont j’ai le plus grand besoin pour rétablir ma santé qui en a grand besoin. Vous verrez, Monsieur le Baron, par mon bavardage et mon griffonage combien je suis faible encore. Mais je suis si pressé que je ne peux pas recommencer ; d’ailleurs le tremblement que j’éprouve dans les mains, me rend l’écriture très pénible. j’apprends dans le moment que l’ouverture a été faite. il avoit un cancer dans l’estomac et il étoit perçé à jour ; le pylore étoit entièrement obstrué. son cœur étoit un peu flétri mais toutes les autres parties nobles très saines. il étoit conformé sur de très petites dimensions dans tout l’intérieur. c’est lui qui a demandé à être ouvert parceque son père est mort de la même maladie et qu’il veut en préserver son fils.
je m’étois aperçu que quelque tems après la naissance de Monseigneur le Duc de Bordeaux, il avoit commencé à baisser. votre excellence sera informée de tout ce qui se passera. je tacherai aussi de savoir quels sont les projets de ses grands officiers, et surtout du contenu du testament qui n’est pas encore ouvert. le vaisseau met à la voile et je n’ai que tems de fermer ma dépêche.
daignez Monsieur le Baron agréer l’assurance du respect avec lequel j’ai l’honneur d’être de votre Excellence le très humble et obéissant serviteur.
Signé : Montchenu »

:salut:

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