La nouvelle de la mort

Doit-on exhumer Napoléon aux fins d'analyses scientifiques ? Se trouve-t-il bien aux Invalides ? A-t-il été empoisonné ? En pleine vague napoléonienne, ces questions ressurgissent.
Piré chouan fidèle

La nouvelle de la mort

Message par Piré chouan fidèle » 30 août 2008, 10:03

Bonjour à tous,

L'un d'entre-vous pourrait-il me préciser quel jour précisément (ou approchant) a été connue en France la nouvelle de la mort de Napoléon ?
Et par quel intermédiaire ? Un journal anglais ?

Cordialement,
:salut:

C.C.

Message par C.C. » 30 août 2008, 11:59

Voici ce que j'ai:

En Angleterre, la mort du prisonnier d'Hudson Lowe produisit une impression plus générale et plus profonde. Dès le 7 juillet, à Londres, des placards affichés dans les rues invitaient « tous ceux qui admirent le talent et le courage de l'adversité » à prendre le deuil à l'occasion de la mort prématurée de Napoléon Bonaparte. Plusieurs Anglais de marque, et, notamment, Sir Robert Wilson, ainsi que quelques Français résidant à Londres, avaient été les premiers à se conformer à cette invitation. Et le comte de Caraman, dans une longue missive au baron Pasquier, observait que « l'espèce d'intérêt qui s'attache aux destinées extraordinaires avait paru se réveiller à la nouvelle certaine de la mort de Napoléon. Ses ennemis les plus constants et les plus déclarés s'en étaient montrés frappés comme d'un événement remarquable ». Le Morning Chronicle avait consacré à Napoléon un long article. Partout, pendant quelques jours, il avait été question de cette agonie· et de cette fin. Des détails sur la mort et sur l'inhumation rapportés de Sainte-Hélène par un voyageur avaient longuement fait les frais des conversations au Royal Society Club. A l'India House, lorsque le président annonça le décès à l'assemblée, un M. Lowndes se permit de dire : « Alors, monsieur le président, félicitons-nous. » Mais les murmures désapprobateurs de ses collègues montrèrent vite à, l'interrupteur qu'il eût agi plus sagement en gardant le silence, et même, dans un généreux mouvement de révolte, un membre de la compagnie se dressa pour faire cette déclaration: « Il est peu humain et peu généreux de se réjouir de la mort d'un homme qui ne joue plus depuis longtemps un rôle politique. » Il est donc vrai de dire que la nouvelle sèche et officielle de cet événement, pourtant considérable, fit peu de bruit en France, tandis qu'elle provoquait en Angleterre une certaine émotion dans différents milieux. Cependant, nulle part, l'annonce de cette disparition n'eut alors le retentissement que nous imaginerions volontiers aujourd'hui où nous commémorons son centenaire. La légende impériale n'était pas encore née. Il lui manquait le recul de l'histoire, et, dès le mois de juillet 1821, un notable anglais, Sir James Mackintosh, cité par Lord Broughton, pouvait justement dire: « Quelle émotion cet événement aurait soulevée il y a neuf ans, et quelle émotion il soulèvera encore dans neuf cents ans d'ici! »

La veuve de Napoléon, Marie-Louise, souveraine de Parme, apprit par la Gazette de Piémont la mort de l'Empereur, que lui confirma, le 20 juillet seulement, une lettre officielle du baron de Vincent, ambassadeur d'Autriche à Paris : « J'avoue, écrit-elle à Mm. de Crenneville, que j'en ai été extrêmement frappée. Quoique je n'aie jamais eu de sentiment vif d'aucun genre pour lui, je ne puis oublier qu'il est le père de mon fils, et que loin de me maltraiter, comme le monde le croit, il m'a toujours témoigné tous les égards, seule chose que l'on puisse désirer dans un mariage politique. J'en ai donc été très affligée, et quoiqu'on doive être heureux qu'il ait fini son existence malheureuse d'une façon chrétienne, je lui aurais désiré bien des années de bonheur et de vie, pourvu que ce fût loin de moi. »
La cour de Parme prit le deuil pour trois mois, du 25 juillet au 24 octobre. « Par suite - dit la note nécrologique rédigée par Neipperg, et qui parut non bordée de noir, le 24 juillet, dans la Gazette de Parme - de la mort du sérénissime époux de notre auguste souveraine - arrivée à l'île de Sainte-Hélène le 5 mai dernier - Sa Majesté, les chevaliers et les dames qui composent le service intérieur de la cour, le personnel de la maison ducale et la livrée, prendront le deuil pour trois mois, à commencer de demain 25 du courant, jusqu'au 24 octobre inclus.» Marie-Louise commanda mille messes à Parme, autant à Vienne. Dans la chapelle de sa villa de la Sala elle assista, avec toute sa cour, à un service à la mémoire de Napoléon. Sur le sarcophage, aucun signe de dignités impériales, aucun chiffre ne permettaient d'identifier le défunt. Dans la tribune souveraine, Marie-Louise suivit distraitement la cérémonie, tandis que ses voiles de veuve dissimulaient opportunément son état de grossesse. Neuf jours après, elle devenait mère d'un fils du comte de Neipperg, le futur prince de Montenuovo, le second des trois enfants qui naquirent de cette union secrète et jusqu'alors adultère.
On apprit aussi - il le fallait bien - la mort de Napoléon à son fils, l'ancien roi de Rome, le petit duc de Reichstadt. Oh! ce fut très simple. La nouvelle, apportée à Vienne par un courrier de M. de Rothschild, fut communiquée à l'enfant par un de ses sous-gouverneurs autrichiens, le capitaine Foresti. Aucune tendresse de la famille viennoise ne s'ingénia à adoucir sur l'instant la cruauté de l'impression. Le duc de Reichstadt - il avait dix ans - pleura longuement et Foresti, qui avait du cœur et du tact, fut le seul témoin attendri de cette douleur enfantine.


Hélas je n'ai aucune mention de la source. :oops:

C.C.

Message par C.C. » 30 août 2008, 12:04

Quelques réactions à l'annonce de la mort:

En France

En Angleterre

Piré chouan fidèle

Message par Piré chouan fidèle » 30 août 2008, 15:37

5 mai - 7 juillet (pour le moins) : il se serait donc écoulé deux mois entre le décès de Napoléon et sa publicité sur le continent.
Une question me tarabuste : les Anglais ont-ils cherché à cacher ce décès, craignant une vive émotion en Europe, ou bien l'ont-ils divulgué comme pour n'importe quel de leurs prisonniers ?
Cordialement,

:salut:

Piré chouan fidèle

Message par Piré chouan fidèle » 30 août 2008, 15:39

J'ai oublié de vous remercier pour votre éclairage. :oops:
Mille pardons

:salut:

Bicentenaire

Message par Bicentenaire » 30 août 2008, 15:53

Merci pour ces documents, C.C.

Bicentenaire

Joker

Message par Joker » 30 août 2008, 18:42

il se serait donc écoulé deux mois entre le décès de Napoléon et sa publicité sur le continent.
N'oubliez pas que les communications de l'époque n'étaient pas ce qu'elles sont aujourd'hui et que c'était le délai nécessaire pour effectuer la traversée de Sainte-Hélène jusqu'en Europe.
En outre, vouloir cacher la nouvelle de ce décès aurait été stupide et inutile.
Les autres exilés se seraient empressés de répandre la nouvelle lors de leur retour sur le continent et ce "non-événement" comme le qualifia Talleyrand était plutôt de nature à rassurer les anti-bonapartistes de tous poils.
Les Anglais avaient donc tout intérêt à lui donner toute la publicité voulue.
Ils ne pouvaient alors imaginer que la légende allait prendre son envol...

Gisou80

Message par Gisou80 » 30 août 2008, 19:18

Sur le retentissement de l'annonce de la mort de Napoléon :

La gazzetta di Milano l'annonçait le 16 Juillet. L'écrivain Alessandro Manzoni l'apprit le 17 et composa en 3/4 jours une ode intitulée "Cinque Maggio" . Ce poème eut une large diffusion européenne grâce à Goethe qui le fit publier dans une revue allemande.

N'en trouvant pas de satisfaisante, j'ai fait un amalgame de plusieurs traductions pour cet extrait, le plus connu et qui évoque la célèbre silhouette de Ste Hélène :
"Ah que de fois, dans le déclin muet d'une journée inerte, baissant son regard étincelant, les bras croisés sur la poitrine, il s'arrêta, assailli par le souvenir des jours passés" Emouvant. :fleur3:
Le début de la légende déjà ...

:salut:

Drouet Cyril

Message par Drouet Cyril » 31 août 2008, 11:21

5 mai - 7 juillet (pour le moins) : il se serait donc écoulé deux mois entre le décès de Napoléon et sa publicité sur le continent.
La nouvelle de la mort de Napoléon était connue en Angleterre depuis la 4 juillet.
Pour mémoire, le voyage Sainte-Hélène/Spithead des compagnons de l'Empereur (partis seulement le 27 mai) dura 65 jours.

Piré chouan fidèle

Message par Piré chouan fidèle » 31 août 2008, 13:43

Merci à tous.

Nouvelle connue en Angleterre dès le 4 juillet : des autorités ou de l'opinion publique britanniques ?

Sait-on également qui, en France, a été le premier informé du décès ? Le roi lui-même, par l'intermédiaire d'un de ses ministres ? Un fidèle de l'Empereur ?

Cordialement,
:salut:

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