Généraux : Le général Danselme investit Nice

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C-J de Beauvau
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Généraux : Le général Danselme investit Nice

Message par C-J de Beauvau »

Je viens de retrouver dans une vielle malle , une gravure représentant l'armée du Var ,du général Danselme entrant dans la ville de Nice et dixit la légende de cette gravure , au fond l'armée piémontaise en fuite suivie de 4 000 émigrés.

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A la tête de 12 à 15 000 hommes, il passa le Var le 28 septembre 1792, et le lendemain, s'empara du comté de Nice, alors province du royaume de Sardaigne, du fort du mont Alban et du château de Villefranche-sur-Mer, malgré la résistance acharnée des troupes sardes du général niçois Thaon de Revel. Cette importante conquête lui livra cent pièces d'artillerie, 5 000 fusils, un million de cartouches, une frégate et une corvette armées de leurs canons, qui se trouvaient dans le port, et un arsenal de marine bien fourni. Il fut nommé commandant en chef de l'armée établie à Nice le 7 novembre... le désordre régna dans l'armée, qui n'observait plus aucune discipline, et se livrait à toutes sortes de violences et de déprédations envers les habitants du comté de Nice. Ces exactions firent apparaître les barbets, ces paysans et bergers défenseurs de la foi catholique et des libertés de leurs terroirs....sur le rapport de Collot d'Herbois, pour le pillage de la ville de Nice, il fut aussitôt mis en prison. Privé de ses papiers, de sa correspondance et de ses registres d'ordre qui avaient été mis sous scellés à Apt ... selon Wp
Avez vous des témoignages et documents sur le saccage de cette ville de Nice et ses environs ?
:salut:
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Cyril Drouet
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Re: Généraux : Le général Danselme investit Nice

Message par Cyril Drouet »

Dénonciation portées par le 18e Dragons à la Convention, le 27 décembre 1792 :
« Citoyens, quand la République est menacée; quand ses ennemis, de toute espèce, s'élèvent autour d'elle et dans son sein, le soldat doit les combattre tous : les uns doivent tomber sous nos coups, et les autres sous le glaive de la loi. Non, nous saurons vaincre et frapper les premiers; mais les seconds appartiennent à votre justice, et notre devoir est de vous les indiquer : nous vous dénonçons le général Anselme comme traître à la patrie et coupable des plus grands crimes.
Un peuple bon et paisible appelle la liberté; la France entend sa voix, et vos armées entrent dans le territoire de Nice. Bientôt le despote et ses satellites ont disparu, et les Alpes s'abaissent pour recevoir la bannière tricolore, leurs rochers s'entrouvrent pour embrasser l'arbre de la liberté: les habitants célèbrent leur délivrance; ils contemplent avec allégresse la douce perspective de la jouissance paisible de leurs propriétés; leur reconnaissance éclate; et dans ce moment leurs maisons sont pillées, leur liberté est violée, le sang coule..., et ce spectacle n'est pas odieux au tyran Anselme !
Il est l'auteur ou le protecteur de ces excès; il insulte les victimes, et il sauve les assassins. C'est lui seul qui est responsable de cette infraction faite au droit des gens, car il n'a fait aucune démarche, il n'a dit aucune parole qui ait montré son intention de s'y opposer.
Savez-vous, citoyens, ce que faisait Anselme ? La consigne des gardes placés dans la ville de Nice, les obligeait à arrêter le pillage; eh bien, voyait-il, lui Anselme, une sentinelle devant une maison menacée, il la faisait retirer. Nous, dragons, nous nous sommes vus au nombre de 50 sur la place de la République, ne pouvant contenir la multitude avide, et, sur l'avis de notre impuissance donnée au général, n'en recevoir que ces paroles froides et insultantes : « Croyez-vous qu'un général n'ait à s'occuper d'autres choses que du pillage. »
Il restait immobile, le cruel, tandis que des vieillards menant à ses pieds des enfants, et des femmes éplorées sollicitaient de lui des secours contre le pillage et tant d'autres horreurs. « Prenez des cartes et amusez-vous, leur disait-il ».
Il ne craignait pas d'insulter à des malheureux qu'il souffrait à genoux devant lui. En vain des familles ruinées lui faisaient entendre les cris de la justice et de la misère; il était sourd, rien ne le frappait qu'un intérêt sordide. Au même moment il faisait afficher sur les portes de quelques citoyens, des sauvegardes imprimées qui semblaient livrer au brigandage les maisons voisines qui n'avaient pas le même privilège.
Anselme a fait enlever des bestiaux, attaqué des propriétés de vive force et n'en a payé qu'une très faible partie. Il est allé chez des citoyens niçois que la peur avait éloigné de leur paisible demeure; il s'est approprié leur mobilier; il a éventré des malles qu'avaient abandonné des fugitifs; il a fait son lot parmi ces dépouilles.
Nous ne venons pas imprudemment ou témérairement affliger vos cœurs; nous obéissons au cri de notre civisme ; nous attaquons courageusement le traître, et nous portons nos têtes aux pieds de la loi : nous déposons sur le bureau le détail des attentats d'Anselme; ordonnez à votre Comité de vous faire un prompt rapport, et que la vengeance nationale tombe sur les calomniateurs ou sur le coupable.
Nous tairons les injures et les violations qu'Anselme s'est permises envers le 18e régiment, mais nous dirons tous ses crimes; nos officiers supérieurs ont disparu, lorsque nous combattions, et ils ne sont pas encore remplacés. Anselme nous a renvoyés dans l'intérieur, pour nous enlever la faculté d'élire dans le corps. Rendez-nous ce droit, législateurs ; nous osons dire que nos efforts près de Sospello nous en rendent dignes; ordonnez au pouvoir exécutif de faire exécuter la loi à notre égard; permettez-nous de choisir nos chefs, et avec eux la bannière de la République planera bientôt sur tous les bords de la Méditerranée. »

Lettre des commissaires de la Convention à Nice en date du 27 décembre 1792, et lue à la Convention le 5 janvier suivant :
« Lé général Anselme étant parti pour Paris, nous devons à la Convention compte de notre conduite à l'égard de ce général, afin de prévenir les interprétations trompeuses qui pourraient être faites pour surprendre la bonne foi de la représentation nationale.
Huit jours après notre arrivée, nous fûmes fermement convaincus, d'après les renseignements les plus exacts, et qui nous vinrent de toutes parts, que tous les désordres dont le pays de Nice avait été le théâtre, n'étaient dus qu'à la faiblesse, à l'insouciance et au défaut de mesures de la part du général Anselme. Nous vîmes dans sa conduite une abnégation totale des principes, d'où résultèrent les procédés les plus répréhensibles. Un examen impartial, mais attentif, nous donna la conviction intime que si Anselme conservait le commandement, l'armée du Var, qu'il laissait sans ordre et sans discipline, était désorganisée et perdue.
Dès lors nous résolûmes de suspendre ce général. Nous allions prononcer la suspension, lorsque nous apprîmes, du général même, qu'il venait de recevoir des instructions relatives à une prompte expédition.
Cette nouvelle dut arrêter l'exécution de notre projet. Sa suspension, prononcée dans un semblable moment, pouvait avoir les conséquences les plus désastreuses et mettait sur nos têtes toute la responsabilité; nous différâmes.
Cinq à six jours après, nous allions porter le coup. Le général n'avait rien fait pour l'expédition : il avait manifesté l'intention de ne pas l'entreprendre encore ; si elle manquait, ce n'était pas la suspension du général qui en était cause : ce n'était plus nous qui en étions responsables. Ce premier obstacle levé, il s'en présenta un autre qui fut aussi levé.
Au moment où nous allions faire promulguer et exécuter notre arrêté portant suspension d'Anselme, et expédier notre courrier, Anselme vint lui-même le lundi matin 25, nous communiquer l'ordre qu'il avait reçu du ministre de la guerre de se rendre sur-le-champ à Paris, et de laisser le commandement au plus ancien officier général. Dès Lors, nous l'envisageâmes comme suspendu de fait.
Nous croyons de notre justice de ne pas laisser plus longtemps l'honneur de l'armée du Var compromis: la très grande majorité de cette armée a toujours été bonne, les crimes commis ne sont pas les siens; loin de s'y livrer, elle en a gémi; elle en a été indignée: ces crimes ne sont l'ouvrage que de quelques scélérats qui n'osaient tout, que parce que le général n'empêchait rien.
Depuis notre arrivée dans ce pays, les choses ont pris chaque jour une tournure moins affligeante; aujourd'hui elles se présentent sous un aspect très consolant. Le respect des lois a ramené l'ordre, les inquiétudes sont dissipées, la confiance s'est rétablie, la tranquillité règne, les propriétés sont respectées, les citoyens du pays fraternisent avec les Français, et commencent de croire à la liberté ; d'un autre côté, le général Brunet, qui remplace provisoirement Anselme, se livre avec zèle aux moyens de pourvoir, et à l'ordre intérieur de l'armée, et à la défense extérieure. Il multiplie tes postes : il établit de nouvelles batteries, se donne tout autre mouvement que son prédécesseur, et prend toutes les mesures de sûreté que celui-ci avait négligées. Nous n'avons que.des augures favorables à tirer de la disposition actuelle des esprits et des choses. L'amour de la liberté prendra, de l'ordre rétabli, un caractère plus vif et plus capable d'imposer silence aux intrigues, aux menées et aux suggestions perfides des ennemis du nouveau régime, et déjà tout porte à croire que là comme en France, les droits de l'homme triompheront des passions et des intérêts individuels. »

Dénonciation du 2e bataillon de l’Aude, le 14 février 1793 à la Convention :
« Représentants du peuple, un grand coupable a échappé, jusqu'à ce jour à la vengeance nationale : celui qui a été envoyé pour procurer la vérité aux Niçois, je veux parler d'Anselme, ex-général de l'armée du Var.
Nous l'accusons d'avoir foulé aux pieds les droits de l'homme et d'avoir vexé le peuple niçois. Nous l'accusons d'avoir négligé la défense des bords du Var ; nous l'accusons de s'être vanté d'avoir pris Nice, tandis qu'au contraire cette ville a ouvert ses portes. Nous l'accusons d'avoir trompé la Convention nationale lorsqu'Anselme lui envoya des drapeaux qu'il dit avoir pris de vive force, tandis qu'ils lui ont été remis volontairement ; d'avoir autorisé le pillage de Nice, d'avoir saisi les malles des émigrés, et les avoir fouillées sans inventaire, d'en avoir enlevé l'argenterie ; d'avoir chassé de sa maison le maître de l'hôtellerie dite la Maison Jaune et de lui avoir volé tous ses biens.
Nous accusons Anselme d'avoir fait enlever les bestiaux sans indemniser les citoyens, sous le prétexte vain que l'armée était dans le besoin ; d'avoir laissé manquer le maréchal de camp Boral de munitions de guerre et de poudre et, par là, d'avoir compromis le salut de la République; de s'être amusé à perdre un temps utile et de n'être sorti de Nice que le 18 novembre dernier.
Enfin nous l'accusons d'avoir calomnié indignement et impunément, devant la Convention nationale, les volontaires du 2e bataillon du département du Lot; de l'avoir laissé pendant trois jours sans pain ni tente ; d'avoir fait assassiner quatre prisonniers piémontais en les livrant, sans armes, à une multitude animée contre eux au lieu de les protéger et d'être l'auteur de tous les malheurs qui sont arrivés à Nice.
Nous demandons vengeance contre cet ex-général assassin. »
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Cyril Drouet
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Re: Généraux : Le général Danselme investit Nice

Message par Cyril Drouet »

Rapport de Collot d’Herbois, le même jour :
« Citoyens, en prononçant la réunion du ci-devant comté de Nice à la République française, vous avez fait en un instant plus de bien à ces contrées impatientes de la liberté que les commissaires n'avaient pu leur en faire espérer pendant tout le temps de leur mission: cette réunion devait être la conclusion naturelle du rapport, trop longtemps ajourné qu'ils ont à vous faire: aujourd'hui prononcée, elle en est devenue l'exode, mais comme ce rapport tient essentiellement à la gloire de nos armées, à la confiance et aux droits des peuples, à la conservation de vos principes ; vos commissaires pensent qu'il n'en sera pas moins digne de votre attention.
Vous n'avez pas oublié, citoyens, dans quelles circonstances vos commissaires sont partis pour le pays de Nice: le désordre y était au comble, le pillage avait dévasté les habitations du riche et le viol avait déshonoré la chaumière du pauvre; les habitants fuyaient épouvantes; le nom français n'offrait plus ni sauvegarde ni consolation ; tous les liens de la société étaient rompus.
Un petit nombre d'hommes avait causé tant de maux ; nous nous hâtons de le déclarer, la majorité de l'armée avait conservé la vertu ; mais les chefs qui tantôt laissent dormir les lois, tantôt leur donnent une action dure et violente, qui trop souvent provoquent une rigueur excessive, ou propagent une impunité scandaleuse, suivant qu'il convient à leurs intérêts, ou à leurs passions, n'avaient laissé aux vrais soldats de la liberté que l'autorité des bons exemples.
Ils sont bien coupables, ces chefs qui ne protègent les plus horribles excès que pour avoir moyen de se créer des esclaves au milieu des hommes libres, qui toujours esclaves eux-mêmes de leur orgueil, de leur ambition, de leur cupidité, calomnient par leur conduite le caractère national ; foulant aux pieds les principes de la liberté et de l'égalité, ils portent la désolation et le désespoir chez les nations qui nous tendent les bras; ils voudraient mesurer, limiter les droits des peuples au gré de leurs intérêts, et resserrer les grands événements qu'ils dirigent, dans le cercle de leurs intrigues.
Ces réflexions sont les premières qu'ont faites vos commissaires à l'armée du Var, vous jugerez, d'après les faits qu'ils vont soumettre à votre attention, si le général Anselme qui la commandait, mérite qu'on lui en fasse l'application.
Lorsque cette armé est entrée à Nice, les habitants l'ont reçue comme on reçoit des libérateurs, ils avaient député au-devant d'elle, ils avaient porté leur clé au général, en se rendant caution que non-seulement il ne trouverait pas de résistance, mais que nulle part les Français n'avaient de meilleurs amis ; il en eut bientôt la preuve ; de son côté, il leur promit de protéger les propriétés, et cependant, douze heures après son arrivée, une partie de leurs maisons fut livrée au pillage : on avait donné des sauvegardes pour quelques-unes, ce qui semblait autoriser à piller les autres. Ce pillage dura trente heures au bout desquelles le général fit enfin pour l'arrêter une proclamation à peu près insignifiante, puisqu'elle n'indiquait aucune mesure répressive, et qu'aucune intention de restituer ne s'y faisait apercevoir; aussi ces dévastations furent-elles continuées partiellement à la vérité, mais toujours impunément pendant plus de deux mois.
Le général a dit à vos commissaires, pour se disculper, qu'il y avait eu pillage avant son arrivée, et véritablement la colère du peuple s'était dirigée vers quelques maisons d'émigrés; ce mouvement lui-même indiquait combien les habitants étaient disposés en notre faveur ; il avait tellement accéléré la fuite des troupes sardes et des émigrés, que ces derniers n'eurent pas le temps de prendre les choses qui leur étaient les plus nécessaires, l'argent monnayé même qu'ils pouvaient avoir; et d'ailleurs, la question n'était pas de savoir si on avait pillé à Nice la veille de l’arrivée de l'armée française, mais si on avait pillé après son arrivée ; ils sont unanimes à dire que les maisons des meilleurs citoyens avaient été dévastées le lendemain, par des hommes armés, je ne dis pas des soldats; le général ne pouvait donc avoir aucun doute à cet égard, et sa proclamation elle-même était une preuve des faits qu'il voulait contredire.
De bien plus déplorables excès encore furent bientôt commis sur ce malheureux territoire, et particulièrement dans la montagne; là, sous les yeux du général Barrai, et d'après les ordres donnés par le général Anselme, des hommes féroces ont violé tous les droits de l'hospitalité, de la pudeur et de l'humanité, là des familles entières de laboureurs se virent enlever les seuls et chétifs bestiaux qui les nourrissaient, et ce fut sans aucun fruit pour l'armée, car on en a laissé périr la plus grande partie; là, Férus, commissaire des guerres, aidé de Masséna, capitaine des guides, investissaient les villages, fouillaient les maisons et chargeaient les mulets à leur suite de tout ce qu'ils pouvaient emporter; malheur à l'homme laborieux ou économe auquel ils soupçonnaient une somme d'argent: le sabre sur la gorge, ils lui faisaient avouer où reposait le fruit de ses épargnes et de ses travaux; ils l'arrachaient avec violence, et se glorifiaient de ces honteuses captures : les généraux avaient, au nom de la discipline, forcé des gardes nationales à protéger ces barbares exécutions, tous les bataillons qui y ont été employés, ont fait parvenir à vos commissaires le cri de leur indignation: elle seule a dicté les nombreuses démissions qui furent données le 1er décembre dernier ; ils voulaient bien servir la patrie, disaient-ils, mais dans une autre armée; ils fuyaient les scènes dont une obéissance passive les avait forcés d'être témoins, et de ceux-là nos sollicitations n'ont pu retenir qu'un très petit nombre.
Cependant les coupables, aussi effrayés de notre arrivée et des dispositions du décret qui nous avait envoyés, profitèrent de cette même époque pour fuir et se soustraire à un trop juste châtiment.
L'armée en fut purgée, il est vrai; mais cependant depuis cet instant les montagnards irrités nous font une guerre cruelle, et les Français, restés fidèles à leurs drapeaux, qui combattent aujourd'hui, tombent chaque jour victimes de l'implacable ressentiment qu'ont allumé tant de barbaries: c'est donc à ceux qui les ont commises, à ceux qui les ont laissées impunies, qu'il faut reprocher et les démissions des volontaires indignés, et le sang de nos frères trop souvent répandu depuis ces fatales expéditions.
Dès que vos commissaires ont eu la certitude de ces faits, ils ont mis le capitaine Masséna en arrestation. Férus, dénoncé depuis longtemps au général, n'avait pas été destitué; il s'éloignait seulement de temps à autre, avec des passeports de l'état-major, qui l'a fait évader sous nos yeux au moment où nous avions donné l'ordre de l'arrêter. Le payeur de l'armée a fait une étrange déclaration ; c'est que Férus n'avait jamais été breveté ni employé sur les états de l'armée; cependant, il est prouvé, comme vous venez de l'entendre, qu'il a reçu des ordres directs du général pour diriger des opérations importantes.
Il est bien vrai que le général seul avait créé toutes les autorités civiles et militaires: administration, tribunaux, état-major, officiers de marine, municipalité même en grande partie, sa toute puissance avait tout produit un très petit nombre de fonctionnaires avaient une origine légitime, le général avait épargné au peuple de Nice et au conseil exécutif de notre République, le soin de cette organisation.
Aussi toutes ces autorités ne formaient-elles qu'un monstrueux chaos; elles ne gouvernaient pas, elles tyrannisaient, entièrement dévouées au général, chaque jour donnait un nouveau résultat d'imprévoyance et d'injustice dans l'administration civile, de trouble, de discorde et d'une indiscipline fomentée à dessein dans les administrations militaires.
Mais avant d'appeler votre attention sur ces administrations créées par le général, nous articulerons les griefs qui portent sur le général lui-même.
Nous lui reprocherons d'avoir préparé la dissolution certaine de l'armée, et cela en fomentant de continuelles divisions; nous en fûmes souvent témoins : il distribuait le blâme et la louange d'une manière perfide, il exaltait avec emphase ou humiliait durement; il prodiguait aux bataillons de ligne et de volontaires, contradictoirement en quelque sorte, des reproches ou des félicitations toujours en calculant tellement, ou la publicité, ou les circonstances qu'il ne pouvait avoir d'autres intentions que d'irriter les esprits. Caressant avec affectation, favorisant ouvertement et uniquement ceux qui montraient un attachement décidé à ses intérêts ou à sa personne; il maltraitait, il destituait, il bannissait arbitrairement les hommes courageux qui se déclaraient contraires à ce honteux dévouement. Nous lui reprochons de n'avoir rien fait pour arrêter les progrès du plus redoutable fléau des armées : le duel, l'horrible duel, cruel enfant de toutes les divisions ainsi alimentées, et dont nous trouvions de nouvelles et nombreuses victimes chaque fois que nous visitions les hôpitaux.
Se pouvait-il autrement, citoyens, lorsque tant de soldats impétueux et bouillants se voyaient condamnés à la plus révoltante oisiveté; car ce ne fut qu'après notre arrivée qu'il y eut une suite d'exercices et d'évolutions militaires journellement pratiquées. Jusqu'alors on avait négligé les avantages du climat, on avait méprisé l'impatience du soldat à cet égard; elle est belle, cette ardeur de nos jeunes républicains; leur désir est vif de s'instruire, de se former et de s'aguerrir; nos volontaires ne voudraient jamais être séparés de leur fusil avec lui, tous les regrets, toutes les privations, tous les mécontentements disparaissent, ils seraient nus qu'ils ne s'en apercevraient pas; le fusil sur l'épaule, rien ne leur manque; alors un regard fier, une attitude mâle et imposante, donne à leurs habits délabrés quelque chose d'auguste et d'attendrissant. N'ayez pas peur qu'en cet état, ils songent à se quereller. Entre leur courage ainsi réveillé et une mauvaise action, il y a un intervalle immense, l'oisiveté seule peut en faire le rapprochement. C'est dans les tavernes que lés jalousies, les rivalités les attendent, que les mécontentements s'irritent. C'est dans les tavernes que l'habitude des plaintes et des querelles se perpétue. Vos commissaires reprochent donc amèrement au général cette oisiveté dans laquelle une grande partie de ceux qui furent les plus coupables ne l'auraient peut-être jamais été.
Eh ! citoyens, par un étrange contraste, le croiriez-vous, lorsque tant d'hommes oisifs soupiraient après l'instant où ils joindraient l'ennemi, ceux qui étaient aux prises avec lui tous les jours ne pouvaient apporter au général les plus légitimes réclamations sans être rebutés avec rudesse. Un jour les chasseurs corses qui, depuis deux mois, à demi vêtus, dans les rochers, au milieu des neiges, déployaient une bravoure, une patience à toute épreuve, vinrent solliciter quelques soulagements, ils étaient affligés, ils avaient conduit plusieurs des leurs à l'hôpital, ils exposaient au général que peut-être vaudrait-il mieux faire reposer alternativement une compagnie sur le tout, que de voir ainsi leurs compagnons vaincus parles maladies, qui seules pouvaient les vaincre. D'Anselme leur répondit avec colère qu'il les ferait tous repousser de l'autre côté du Var, et se tournant vers quelques officiers présents. S'ils raisonnent, dit-il, je les ferai charger par Vermandois. Il faut savoir que les Corses avaient eu, peu auparavant, à Barcelonnette, une malheureuse querelle avec Vermandois, laquelle avait nécessité la séparation des deux régiments. Cet imprudent général envoya, en effet, peu de jours après, Vermandois à l'avant-garde, vers un poste occupé par les Corses : déjà les officiers qui avaient apaisé la première querelle, s'effrayaient de la rencontre, mais le bon esprit du soldat français triompha de cette fatale circonstance. Les grenadiers de Vermandois sautèrent au col des premiers Corses qu'ils rencontrèrent; ils marchèrent ensemble à l'ennemi, le battirent et vinrent ensuite au nom de la patrie sceller une éternelle réconciliation.
Ce n'est pas la seule fois que cet esprit de vengeance, qui tient particulièrement au caractère de ce général, jeta l'inquiétude et l'effroi dans l'armée. Le second bataillon de l'Aude qui, par une activité soutenue et vraiment exemplaire, par un courage plusieurs fois éprouvé devant l'ennemi, avait mérité l'estime générale, fut si injurieusement traité que le général malgré sa colère se trouva forcé de rétracter des inculpations déshonorantes et démenties par l'armée entière, le 18e régiment de dragons fut aussi arbitrairement renvoyé de l'armée; et c'est au moment où il aurait fallu pousser en avant sur le territoire ennemi et se rendre maître du pays de Nice tout entier, ce qui était très facile, que le général affaiblissait son armée de plusieurs bataillons; qu'il les repoussait au delà du Var, uniquement pour satisfaire à son ressentiment. Ce fatal bannissement au delà du Var était impérieusement prononcé contre tous ceux qui articulaient quelques mots de franchise ou de vérité ; pour colorer ses persécutions le général désignait sous le nom de Fayettistes tous ceux qui doutaient de ses vertus, et assurément on ne peut trouver une épithète plus avilissante que celle-là, lorsqu'elle est bien appliquée ; mais en supposant qu'elle pût convenir à quelques individus, était-ce une raison pour que des corps entiers disparussent, frappés de la vengeance despotique du général ? Et d'ailleurs pourquoi ne condamnait-il pas la conduite de cet infâme Lafayette aussi énergiquement par les actions que par les discours ? N’était-ce pas au contraire se rapprocher de lui, n'était-ce pas lui ressembler tout à fait, par exemple, que de faire colporter dans l'armée, par ses affidés, une adresse apologétique, adresse qui fut envoyée devant nous à tous les chefs de bataillon avec une lettre anonyme qui invitait toutes les chambrées à donner leurs signatures, adresse qui serait arrivée à la Convention si, d'après notre indignation hautement prononcée, le général n'en avait redouté les suites, et n'avait envoyé à Avignon un courrier extraordinaire pour la retirer, car elle était déjà partie ? Et remarquez, citoyens, comme les officiers colporteurs de pareilles adresses, soit qu'ils agissent pour Lafayette, soit qu'ils agissent pour Anselme, ont les mêmes allures. Une comparaison d'écritures nous fît reconnaître l'auteur de la lettre anonyme ; c'était Lecointre, l'intime du général, adjudant à l'état-major. Nous lui reprochâmes cet acte de servitude, expressément réprouvé par la loi ; il nia effrontément en présence de plusieurs officiers, forcés de produire la pièce de comparaison, nous la mettons sous ses yeux; il pâlit et nous demanda grâce. Voyez dans quelle abjection profonde les généraux ambitieux plongent les nommes qui leur sacrifient et leur honneur et leur conscience.
Il n'y en a que trop autour des généraux d'armées, de ces humbles et dévoués satellistes, qui les irritent contre toutes les vérités utiles qu'on veut leur faire parvenir. 5 ou 6 de ces adjudants de cour étaient journellement envoyés du salon du général au club patriotique, le seul endroit où l'on pouvait donner de l'énergie à l'esprit public : ils le corrompaient, ils le dirigeaient eu sens inverse de toutes nos opérations : ils éloignaient la formation des assemblées primaires parce qu'ils voyaient qu'à cette époque finiraient tous les pouvoirs illégitimes ; dès que nous étions absents, ils venaient armés et faisaient prendre aux habitants désarmés des délibérations forcées et toujours au gré des passions du général : c'est ainsi qu'ils firent décider un jour que les députés extraordinaires de Nice qui sont actuellement à Paris n'avaient pas la confiance de leurs concitoyens ; vous observerez que les officiers qui firent cette proposition, qui fut désavouée de toute la commune, n'avaient aucun droit de cité ; rien n'était plus favorable aux agents de la cour de Turin qui redoutaient fort la réunion demandée par les députés du pays de Nice, que cette délibération ; rien n'était mieux imaginé pour mettre vos commissaires en opposition avec une partie de l'armée, dont on voulait absolument égarer l'opinion. Ces mêmes officiers courtisans, pour y arriver plus sûrement, avaient dirigé contre nous un pamphlet, qu'ils portèrent à l'impression, dans lequel ils disaient que se défier des vertus du général, toucher à sa renommée, c'était vouloir détruire la République tout entière.
Vous voyez, citoyens, que ce n'est pas sans peine que nous avons pu remporter quelques victoires sur les préjugés ; que ce n'est pas sans obstacles que le vœu libre du peuple pour la solennelle déchéance du roi de Sardaigne, prononcé d'abord dans le club patriotique et confirmé ensuite par les assemblées primaires, a pu se manifester ; ce club lui-même avait eu de violents combats à soutenir. Le général avait menacé de le dissoudre à coups de fusil ; il en est convenu devant nous, et voici la profession de foi sortie de sa bouche à cette occasion, relativement à ces utiles sociétés : c'est qu'on ne doit les tolérer qu'autant qu'elles maintiennent une confiance aveugle pour les fonctionnaires publics et surtout pour les généraux d'armée.
Nous vous avons parlé dans notre correspondance de l'éminent danger où se trouva un jour le citoyen Giraudi ; nous ne savons pas comment on avait pu faire entendre à une partie de l'armée que Giraudi avait insulté les Français; car aux assemblées primaires, qui furent retardées par cet événement, il avait uniquement attaqué les fanatiques et les privilégiés, en réclamant, pour tous les citoyens, le droit de voter, quel que fût leur état ou leur culte; irrité par des murmures, il avait injurié plusieurs de ses concitoyens, qu'il voyait à regret trop arriérés de son opinion ; nous fûmes très surpris, après que nous l'eûmes sauvé, de voir tout à coup les affidés du général, devenir ses plus chauds défenseurs. L'information des faits était commencée; ils forcèrent le juge de paix à l'interrompre et à mettre Giraudi en liberté, quoique suivant notre opinion, et pour sa propre tranquillité, il était à propos que le tribunal rendît un jugement définitif; mais les aides de camp du général voulaient seuls opérer cette délivrance. Nous la désirions aussi, plus légalement à la vérité, et comme le juge de paix, cédant à leur réquisition, avait prononcé, nous crûmes devoir respecter sa décision.
Mais l'empressement tardif de ces .aides de camp était d'autant plus étonnant que nous ne les avions pas vus autour de nous au moment du danger. Le général lui-même tarda beaucoup trop longtemps à nous joindre; il nous laissa plus de trois quarts d'heure en face de 3 000 hommes attroupés qui demandaient avec rage la tête de Giraudi. Nous étions presque seuls en première ligne de la faible escorte qui était accourue avec nous; à la vérité, nous fûmes toujours respectés, car le plus grand nombre ne s'étant irrite qu'en supposant la nation française outragée, il n'aurait pas permis qu'on insultât ses représentants; mais nous étions pressés, entourés par un grand nombre d'hommes suspects, qui, soudoyés sans doute par la cour de Turin, agitaient sous leurs habits des instruments de mort, et n'étaient retenus que par l'incertitude de se voir soutenus par le peuple. Le général était instruit de notre situation, et il ne se pressait pas ; il aurait voulu, nous le pensons bien, recevoir de nous des ordres pour user des plus violentes mesures. C'est entre ces deux écueils où il nous tenait serrés que nous conservions une altitude ferme ; nous étions certains que les moyens de persuasion et le développement d'une force médiocre seraient suffisants ; lorsque le général vint enfin, il a pu s'en convaincre, car avec moins de 30 hommes de cavalerie, il dissipa l'attroupement; il aurait pu tout aussi facilement prévenir les scènes déplorables qui avaient précédé notre arrivée.
Ces horribles scènes, dont je vous rappelle avec peine le souvenir, vous avaient été dénoncées, la sévérité de votre décret donnait à cet égard de vives inquiétudes au général ; il ne pouvait oublier que, le 6 octobre, 50 furieux avaient égorgé le geôlier de la prison et massacré 4 prisonniers de guerre, presque sous ses yeux puisqu'il avait passé là, tout auprès, et qu'après avoir considéré froidement ce qui se préparait, il avait tourné la bride de son cheval vers une promenade voisine pour ne reparaître qu'après que l'événement fut consommé.
L'armée indignée lui rappelait sans cesse cet affreux événement ; dès lors, il calcula que si des événements pareils se représentaient sous les yeux de vos commissaires, ces affreuses récidives redeviendraient pour lui une sorte de justification ; cette étonnante spéculation n'était pas combinée delà veille; car déjà sous les yeux de trois de nos prédécesseurs un homme avait été égorgé, et dans le sein de la société patriotique où ils étaient présents ; on avait essayé d'en pendre un autre, uniquement parce qu'il s'exprimait sur le compte du général avec une sorte de courage qui nous a paru n'appartenir qu'à celui qui dit la vérité.
De tous les dangers dont vos commissaires envoyés aux armées marchent entourés, celui de rencontrer un général qui a d'aussi graves reproches à se faire est le plus grand. Rien d'aussi pénible que d'éclairer le dédale de tant de manœuvres dans lesquelles tous ceux dont il dispose se trouvent impliqués, le flambeau tombe des mains à chaque pas ; nous n'en pouvions sortir, lorsque Anselme est venu décider nos irrésolutions : il est venu se trahir lui-même par une de ces indiscrétions forcées qui paraissent des précautions sages à ceux qui nourrissent de coupables intentions. Persuadé qu'une catastrophe encore plus frappante que tout ce qui était arrivé pouvait le mettre à l'abri de tout reproche, il nous fit pressentir qu'elle était prochaine. Bientôt, nous dit-il un jour, il y aura une forte jugulade (nous conservons ses propres expressions); je ne sais comment cela arrivera, je ferai ce que je pourrai pour l’empêcher, mais je n’y réussirai pas ; cela sera vigoureux. Étonnés, doutant si nous avions bien entendu, nous lui dîmes que nous comptions sur la majeure partie de l'armée, dans les bons sentiments de laquelle il ne paraissait pas avoir assez de confiance. Il ne répondit que par un sourire et nous abandonna à nos réflexions. Cet avertissement fut pour nous un trait de lumière jeté sur sa conduite passée.
On vint nous dire quelques jours après, à la nuit tombante, que 800 Marseillais que le général nous avait assuré la veille ne devoir arriver que trois ou quatre jours après, n'étaient point logés. On les avait laissés sous les armes depuis le matin; on voulait profiter de ce malaise pour irriter leur impétuosité méridionale. Déjà on avait persuadé à plusieurs fie leurs officiers, qu'ils devaient s'en prendre à nous ; des malveillances se glissaient dans leurs rangs, et semaient les plus méchantes idées.
Enfin l'état-major du général allait leur signifier de se loger à la craie, c'est-à-dire comme ils le pourraient. En cet état de choses, si jamais l'opinion que vos commissaires ont de leurs frères d'armes eût pu variée, la confidence précédemment faite par le général ne les aurait pas laissés sans inquiétude. Mais les soldats de la liberté et les hommes honorés de la confiance du peuple s'entendent facilement : deux mots de ce langage du cœur, qui donne à la vérité tant de force et de persuasion, ont suffi pour nous mettre d'accord; les officiers marseillais et le bataillon entier furent éclairés sur le piège qui leur était tendu. Nous fîmes vœu de ne prendre de repos que tous ensemble. La municipalité, trop tard avertie, stimulée par nous, redoubla d'activité. L'état-major du général vraiment coupable en cette affaire, fut contraint d'aider les opérations municipales. Deux heures après, les Marseillais étaient logés et la tranquillité bien assurée.
Observez, citoyens, que depuis cet instant, le général Anselme, qui semblait n'avoir mandé les bataillons de Marseille que pour hâter l'expédition de Sardaigne, la laissa indécise ; l'état-major des Marseillais, d'abord accueilli par lui avec les démonstrations d'une bienveillance extraordinaire en fut traité froidement, et le respectable citoyen d'Hilaire, qui en est commandant, fut particulièrement en butte aux plus dures humiliations.
Et cependant, tandis que ces choses se passaient à Nice, les émissaires du général avaient obtenu de la société populaire de Marseille une délibération qui déclarait que sa réputation devait être à l'abri de toute atteinte, et que les Marseillais qui se trouvaient dans l'armée avaient en lui une pleine confiance. La société d'Antibes fut plus loin encore; elle voua à l'exécration publique tous ceux qui élèveraient des doutes sur les vertus et le patriotisme de ce général.
Ces délibérations mendiées décelaient une intrigue nouvelle; de bons citoyens avaient pu les croire utiles au succès des opérations de l'armée, mais les agents du général, qui les avaient surprises, les combinaient avec les événements qu'ils présumaient avoir lieu à Nice; ils voulaient aussi les opposer à des opinions contraires exprimées dans d'autres sociétés, et notamment à Toulon. Ils ne tendaient en cela à rien moins qu'à diviser les deux départements. Mais encore cette fois les artisans de discorde furent couverts de honte. Les sociétés populaires, fidèles aux principes qui proscrivent l'idolâtrie des individus, se sont ralliées au sentiment du bien public et au seul amour de la patrie. Un des plus vifs regrets que nous ayons sentis fut de ne pouvoir, pressés comme nous l'étions par les événements et par nos devoirs, assister au nouveau pacte de fraternité que ces bienfaisantes et républicaines sociétés viennent de renouveler entre elles.
Le général Anselme, poussé par son caractère, à toutes ces intrigues, paraît y avoir été entraîné par le jugement qu'il porta d'abord de l'armée qui lui était confiée. Ce jugement qui ne paraît avoir été précédé ni suivi d assez de réflexion, se trouve consigné dans une lettre du général au ministre de la guerre, écrite le 26 novembre. Il disait que les cantons d'Avignon, de Carpentras, d'Arles, de Toulon, de Marseille, ne jouissaient de quelque tranquillité que depuis qu'il avait rejeté de son armée tous les hommes sans frein et sans principes qui avaient causé les malheurs auxquels ces villes avaient été en proie. Si le général reconnaissait avoir dans son armée des nommes véritablement propagateurs de toute espèce de désordres, pourquoi n'a-t-il pas d'abord secondé le zèle de plusieurs bataillons tels que ceux de Barrois, des Bouches-du-Rhône, qui, proscrivèrent et marquèrent du sceau de l'ignominie plusieurs individus reconnus coupables? Pourquoi n'avoir pas fait une proclamation plus expressive que la première, ainsi qu'il en a été requis plusieurs fois par les bataillons du Rhône-et-Loire, d'Artillerie, du Var et de Hainault? Pourquoi, dans les moments de trouble, s'être refusé à cette mesure naturelle qui lui était indiquée par tous les officiers de l'armée, de faire battre la générale afin de rallier les bons soldats auprès de leurs drapeaux, et reconnaître ainsi dans l'absence des autres quels étaient les vrais coupables? Nous avons les preuves, au contraire, qu'il leur a accordé, surtout les premiers temps, une véritable protection, une tolérance injurieuse pour l'armée entière ; il a cru par là se faire un parti. Il ne leur a fourni tant de facilités à se dégrader que pour les asservir; il a dit hautement plusieurs fois: « S'ils ne peuvent piller ici, je les mènerai piller plus loin. » Il croit la perspective du pillage toujours nécessaire. La guerre sans pillage ne lui paraît pas bien faite. On a pillé à la suite de toutes les affaires qui ont eu lieu à Rerra, à Lentosca, à Sospello, on a pillé jusqu'aux effets des hôpitaux. Les officiers français eux-mêmes ont été pillés par nos déplacements, et nous aimons à le dire, on en a vu plusieurs indifférents sur ce qui leur appartenait, tirer de l'argent de leur bourse pour racheter les effets des Piémontais chez lesquels ils étaient logés ; ils rachetaient aussi, en quelque sorte, par ces actes généreux, l'honneur de nos armes et servaient dignement la cause de la liberté.
Et l'incendie aussi est un moyen qu'Anselme a regretté de ne pouvoir employer souvent. Nous avons un ordre signé de lui pour incendier et détruire les maisons de quelques particuliers qui n'avaient pas rapporté leurs armes. Eussent-ils été plus désobéissants, comment justifier de pareils ordres ? Il faut que les circonstances où ce général déjà signalé de grade en grade par un système d'orgueil et de cruauté, avant et pendant qu'il fut major d'infanterie, s'est instruit dans l'art de la guerre aient été bien cruelles. Si elles se représentaient, si de noires trahisons mûries par quelque tyran provoquaient d'implacables vengeances, si une affreuse nécessité nous forçait à d'horribles représailles, s'il fallait disputer de barbarie avec les infâmes émigrés ou avec ces hordes hyperboréennes qui ont une fois, pour la dernière sans doute, souillé notre territoire ; alors seulement comme rien n'est effrayant à prévoir dans la situation où nous sommes, nous pensons qu'Anselme pourrait avoir un poste à remplir ; mais il ne sait pas conquérir un peuple à la liberté ; secondé par la fortune, aidé par le vœu des citoyens, ne trouvant aucune résistance, il a moins avancé dans le pays de Nice, que ne firent autrefois les généraux du despotisme, avec bien plus d'obstacles et forcés de livrer des batailles a chaque pas. Nous laissons à ceux qui devront juger ses travaux militaires, à le suivre dans ses premières opérations au delà du Var ; nous les invitons à ne pas perdre de vue les pertes immenses pour la nation, des plus précieuses munitions péries ou avariées au camp de la Brague, uniquement par l'entêtement et l'irréflexion de ce général. Environné de moyens forts et de ressources inépuisables, entouré d'un rempart de 30 000 soldats de la liberté, bien disposés à combattre, nous l'avons entendu dire qu'il ne répondait pas de conserver les postes qu'occupait notre armée. « Le chemin de Turin est beau, nous disait-il, pour que les Piémontais arrivent et nous repoussent. » Et voyant notre étonnement à de telles paroles, il y joignait un commentaire aussi inconcevable. Jamais il n'a bien connu les forces qui lui étaient confiées, et plusieurs échecs éprouvés peu de jours avant sou départ, le 20 et 23 décembre, et causés par son imprévoyance, nous avaient trop convaincus qu'il manquait un général à cette armée.
Faut-il vous dire que dès qu'il apprit la nomination de Kellermann au commandement de l'armée des Alpes, il nous déclara ne pouvoir se concerter avec lui pour la campagne d'Italie, ne devant pas, disait-il, lui être subordonné? Faut-il observer que, bien loin de faciliter les bons effets de vos décrets, et notamment celui relatif aux déserteurs, il n'a rien fait pour les répandre : que non seulement cette exhortation spartiate adressée aux volontaires qui préparaient leur démission était presque inconnue à notre arrivée; mais que le général avait accrédite l'opinion que la patrie n'était plus en danger, du moment où les ennemis avaient évacué notre territoire ? Dirons-nous que dans l'intérieur de sa maison cet homme dur par habitude, effréné dans ses passions, conserve toute la corruption, toutes les formes de l'ancien régime ; qu'il est sans cesse entouré de complaisants et d'hypocrites, qu'on voit battre des mains à tous ses propos, et capter servilement la bienveillance? Ne devons-nous pas remarquer, en avouant toutefois que cela nous mettait fort à l'aise pour notre satisfaction particulière, que les honneurs dus à la représentation nationale ne nous étaient jamais rendus lorsque nous marchions seuls ensemble, quoique bien connus ; mais seulement, et avec trop d'appareil peut-être, lorsque nous marchions avec le général ; conséquent en cela dans ses principes, il était persuadé que puisque les lois n'avaient de force que suivant sa volonté, les législateurs ne devaient avoir de dignité que par sa présence.
Le conseil exécutif qui a mandé ce général devra vous dire comment il y a eu désobéissance formelle de sa part à des ordres importants; pourquoi l'expédition de Sardaigne, toujours avancée par l'amiral Tuguet, a toujours été retardée parle général de l'armée du Var, retard qui pendant deux mois a fait consommer en pure perte d'immenses préparatifs et d'énormes dépenses. On vous dira comment toutes les relations qui vous sont parvenues de cette armée ont été mensongères, comment pour attribuer au général une gloire fausse et inutile la Convention a été continuellement trompée. Vous saurez que ce général a osé vous faire présenter comme des trophées enlevées à l'ennemi de vieux drapeaux qu'il a seulement dérobés à la poussière et à l'oubli, auxquels d'anciennes milices réformées les avaient condamnés au fond d'un vieux monument. Vous saurez que le fort Montalban a capitulé et s'est rendu à deux de nos volontaires nommés Débordé et Girard, dont l'audace fut aussi heureuse qu'incroyable, et que ces volontaires n'ont jamais été cités par le général, qui a voulu faire de ce succès une grande expédition à son profit. On vous dira que nos convois sont tous les jours attaqués, souvent enlevés parce qu'aucun des guides qu'on a employés n'a pu obtenir le moindre salaire; quoique les généraux ayant des fonds considérables à leur disposition pour cet objet, vos commissaires n'ont pu refuser quelques secours à un de ces guides nommé Honoré Laurent. Il était muni des meilleures attestations pour des services rendus à divers détachements et n'avait reçu du général que des paroles brutales eu paiement de ses services. Ces mauvais procédés nous avaient amenés au point de n'avoir pas un seul espion qui pût donner un avis utile; tous avaient été rebutés, et jamais payés. La misérable vanité des chefs disputait aux espions mêmes l'utilité de leurs travaux, et tâchaient suivant l'occasion d'en tirer quelques avantages en s'appropriant le fruit de leurs découvertes.
La suspension du général d'Anselme, entre nous plusieurs fois résolue, fut retardée ainsi que vous l'a dit notre correspondance, par différentes considérations dont la principale était l'impossibilité de le remplacer sans nuire à d'importantes opérations que le général-Brunet, le seul qui pût le suppléer, devait conduire. Cette suspension allait cependant être définitivement proclamée, lorsqu'Anselme reçut ordre du conseil exécutif de se rendre à Paris. Dans cette circonstance, il trouva moyen de laisser à l'intrigue une force qu'elle semblait devoir prendre à son départ. Il publia et fit dire à l'ordre qu'on l'appelait à Paris pour lui confier le ministère de la guerre; ainsi pour écarter de nous les renseignements qu'il avait à craindre, il faisait agir deux ressorts efficaces : la crainte qu'ont toujours les hommes faibles d'un ennemi puissant, et l'espérance qui fait dévorer d'avance aux hommes ambitieux toutes les faveurs ministérielles. Ces insidieuses précautions ont échoué devant la vérité qui leur est toujours supérieure. Anselme avait semé les mêmes bruits en continuant sa route; il s'en était écarté à Avignon pour aller à Apt où il demeure; il nous parut d'abord naturel qu'il eût désiré visiter en passant son habitation, mais instruits à Orange qu'après huit jours d'intervalle non seulement il n'avait pas repris la route mais qu'il avait fait revenir un de ses aides de camp qui l'attendait à quelques postes en avant; averti précédemment à Fréjus qu'un assez grand nombre de mulets chargés avaient précédé le général qui déjà nous avait été dénoncé à son départ de Nice pour avoir enlevé de son logement plusieurs effets qui ne lui appartenaient pas, nous avons cru que pour être fidèles à notre mission.et aux intentions de votre dernier décret, nous devions donner des ordres à l'administration du district d'Apt et au commandant de la gendarmerie nationale pour faire partir le général d'Anselme et pour que les scellés soient apposés chez lui, en accordant toutefois cette mesure sévère avec l'humanité dans le cas où il serait malade, et avec la justice quant à la jouissance de la partie du logement nécessaire à la citoyenne Rose d'Anselme, sa soeur, qui habite avec lui. Ces ordres ont été exécutés, et le général est actuellement à Paris.
Nous le quitterons pour vous parler de l'état-major de l’armée, c'est-à-dire du commissaire ordonnateur Eyssautier et de l'adjudant général Lecointre, qui le gouvernaient en entrant dans le pays de Nice.
Nous reprochons à cet état-major deux grandes fautes : il n'a pris aucune des précautions qui maintiennent entre les habitants et l'armée une confiance réciproque. Aucune espèce de règlement n'avait été publiée, relativement aux logements. Les citoyens et l'armée étaient également tourmentés sur ce point essentiel. Les volontaires occupaient plusieurs chambres, quelques-uns même emportaient les clés en détachement pendant que leurs frères d'armes étaient forcés de coucher sur la paille ou dans la rue. L'hospitalité était continuellement en souffrance et souvent outragée ; avec d'innombrables moyens de casernement, puisqu'on aurait pu loger ainsi 12 ou 15 000 hommes dans de vastes et commodes édifices, ce qui est d'un grand avantage pour le rassemblement des bataillons; aucune précaution n'avait été prise pour en profiter; dans quelques endroits ou l'on avait essayé d'en user, on semblait avoir laissé brûler exprès et les portes et les fenêtres et toutes les fournitures qui avaient été faites par la municipalité, pour avoir un prétexte de ne plus y revenir. La police la plus ordinairement pratiquée dans les places de guerre, celle que le salut de tous rend indispensable, semblait absolument ignorée : des coups de fusil se croisaient à chaque pas dans les rues et sur les places; et dans les premiers temps un plus grand nombre d'hommes a été tué ou blessé de cette manière que par les coups de l'ennemi. On nous a avoué que plus de 600 000 cartouches avaient été ainsi brûlées inutilement, et cependant souvent les détachements qui marchaient à l'ennemi en étaient dépourvus. L'insouciance était telle sur cet objet qu'un jour nous trouvâmes un dépôt considérable de barils de poudre et de balles dans un bâtiment dont la porte était battante et sans aucun moyen de fermeture ; on y fumait la pipe. Le général et son état-major avaient passé vingt fois devant ce petit édifice sans apercevoir cette invigilance. Aucune des lois militaires souvent ignorées des bataillons nouvellement formés n'avait été ni distribuée ni proclamée; et l'inexactitude sur tous les points était si monstrueuse qu'en feuilletant le livre d'ordres de l'état-major, seul mémorial sincère et fidèle des opérations journalières, nous avons remarqué des lacunes considérables, ce qui nous a empêché de constater les dates ou les circonstances de plusieurs événements. Les négligences d'un autre genre ont souvent donné un caractère de mauvaise foi à plusieurs opérations : par exemple, l'état-major avait proposé d'échanger du sel dont on était surchargé avec du foin dont la disette se faisait et se fait encore sentir. Plusieurs citoyens apportèrent ce qu'ils avaient de foin, et le sel ne leur fut pas délivré quand ils vinrent le réclamer.
One quantité prodigieuse d'épées, de pistolets, de couteaux de chasse avaient été portés à l'état-major lors du désarmement des habitants; nous n'avions jamais pu deviner ce que ces effets étaient devenus : le commandant de l'artillerie qu'on nous avait désigné pour en être le dépositaire nous ayant déclaré que les seuls fusils de munition ou propres à faire le service lui avaient été délivrés.
Enfin, le service des fournitures de l'avant-garde n'a jamais été fait régulièrement; les bataillons les plus fatigués étaient souvent les plus mal pourvus; les seuls lits qu'ils pouvaient avoir, c'est-à-dire la paille fraîche, n'y arrivaient que lorsque l'ancienne était en putréfaction. La viande y venait rarement et souvent le pain y a manqué. Ce désordre est d'autant plus inconcevable que les charrois et mulets à loyer coûtent des sommes immenses. Jamais la nation n'a été plus généreuse envers ceux qui dirigent toutes ces parties d'administration; et jamais fonctions n'ont été plus négligées. Cependant les chefs de la direction des charrois et les conducteurs obéissent exactement, mais les ordres qui les font mouvoir sont rarement donnés comme l'exige la régularité et l'infaillibilité du service.
Les administrateurs civils avaient-ils balancé par une gestion sage, par un régime paternel les abus du despotisme militaire? il nous serait doux de pouvoir le dire, mais la vérité nous le défend.
Cette administration commença par une proclamation peut-être nécessaire, mais effrayante et mal mesurée, surtout ayant le temps et les moyens de la rendre ce qu'elle devait être, c'est-à-dire*utile, juste et raisonnable. Elle ordonnait sous peine de rébellion à tous ceux qui auraient en leur pouvoir ou connaîtraient au pouvoir d'autrui des effets d'émigrés niçards ou français de les dénoncer et faire transporter sous un bref délai dans les dépôts indiqués. Vous pensez bien que cet ordre fut exécuté promptement; mais il résulta de la promptitude même de l'exécution un tel engorgement qu'il fut impossible d'établir aucun ordre dans les dépôts. Aucune précaution ne fut prise, pas même celle de séparer les propriétés nationales d'avec les propriétés particulières; ce qui provenait des émigrés du pays ne fut point séparé non plus de ce qui appartenait aux émigrés français; rien ne fut inventorié. L'ouverture de plusieurs malles précieuses s'est fait avec un mystère qui a donné lieu à de graves soupçons. Une telle inconduite a amené vers nous un grand nombre de réclamations sur lesquelles il était difficile de prononcer, tant le juste et l'injuste se trouvaient confondus. Nous n'avons reconnu clairement dans toutes ces opérations qu'une voie large et facile ouvertes à des déprédations de tous genres. Des effets de grande valeur ont été aperçus un instant pour ne plus reparaître et nulle responsabilité n'était établie. Ce trésor immense de tant de propriétés mobilières qui pouvait aider efficacement la conquête de la liberté ne sera que d'une faible ressource. D'énormes abus de confiance, des soustractions considérables nous ont été dénoncées; on a accusé le général d'avoir retiré et conservé chez lui des malles qui ne devaient pas y être portées ; plusieurs agents de l'administration sont aussi très gravement compromis; mais au milieu de tant de dénonciations, il n'y a qu'une information rigoureusement suivie devant les tribunaux qu'il nous aurait été impossible de compléter mais dont nous fournirons les bases, qui pourra mettre les faits en évidence. Il nous a été pénible, malgré nos efforts, de n'être en cette occasion ni désabusés ni convaincus ; ce qui nous a été bien prouvé, c'est que plusieurs administrateurs n'ont pas observé ce qu'ils devaient au caractère des fonctions qui leur étaient confiées; c'est qu'ils ont trop négligé ces précautions prudentes et délicates qui éloignent le soupçon des hommes purs, et qu'ils ont évité la publicité qui les rend irréprochables.
JSTous vous avons cité les faits qui nous ont paru les plus déterminants pour l'opinion que vous devez former. Une longue série de faits pareils ou relatifs que vous n'épuiseriez pas en plusieurs séances sera jointes à notre rapport ; nous y joindrons tout ce qui vient à l'appui, «c'est-à-dire les déclarations, les témoignages et
{ les interrogatoires que nous avons reçus; nous attesterons nous-mêmes tout ce que nous avons entendu ou ce qui s'est passé sous nos yeux; l'évidence et la notoriété publique donnent un degré d'autorité de plus encore à une grande partie de ces témoignages, qui portent sous un caractère de sincérité; mais l'entière conviction résulte aussi très souvent de l'absence des moyens qui pouvait prévenir les maux et les désordres dont nous vous avons fait le tableau, et alors les faits se prouvent par eux-mêmes.
Notre sévérité envers le général d'Anselme ne peut nuire aux généraux qui se sont conduits d'une autre manière; c'est au contraire qu'en comparant leurs actions, que celui-là seul qui s'est écarté des principes paraîtra condamnable; il sera pour le juger un moyen bien simple : ce sera de mettre ce qu'il a fait en opposition avec ce qu'il aurait dû faire, c'est-à-dire avec les dispositions de votre décret du 15 décembre dernier qui sera, quoi qu'on en puisse dire, le régénérateur de tous les peuples qui veulent être libres. Si vos commissaires ont pu calmer de grands maux, s'ils ont pris des mesures certaines pour rétablir l'ordre, c'est parce que ces mesures se sont trouvées d'accord avec la sagesse de vos intentions, et nous pouvons dire que lorsque votre décret est arrivé, il était exécuté d'avance.
Vous voyez, citoyens, que vous aurez à prononcer sur plusieurs objets extrêmement intéressants. L'examen de la conduite du général ou plutôt l'acte d'accusation porté contre lui, les mesures répressives contre ceux qui ont adopté ses principes doit vous être présenté par votre comité militaire, auquel nous fournirons toutes les pièces, nécessaires, le conseil exécutif devra lui fournir aussi tout ce qui prouve l'exécution de plusieurs ordres donnés; vos comités de législation et de finances devront vous indiquer promptement les moyens de prononcer sur toutes les indemnités réclamées par tous les citoyens dont les propriétés ont été dévastées, ou les personnes maltraitées ; nous leur avons inspiré une pleine confiance dans notre justice. Comme citoyens français, nous avons même distribué quelques secours dans la montagne pour qu'il soit bien connu qu'aucun de nous ne peut approuver les horreurs qui y ont été commises, en qualité de commissaires de la Convention, nos pouvoirs nous ayant interdit de prononcer en définitif sur toutes ces demandes, nous n'avons pu, par conséquent, prononcer sur aucune ; c'est un devoir pressant que celui de satisfaire à ces indemnités, pour que vos principes soient notifiés à tous les peuples par un grand acte de justice; et le produit des biens des émigrés offre des moyens certains à cet égard. Les mêmes comités devront statuer sur les créances dont ces biens sont chargés et aussi sur l'état civil de plusieurs Français établis à Nice, devenu incertain d'après quelques dispositions de l'ancienne Constitution; ils examineront la conduite de l'administration vicieuse que nous vous avons dénoncée; nous leur recommandons de porter leurs regards sur plusieurs Français qui furent livrés, avant l'entrée de l'armée, aux plus terribles persécutions pour s'être déclarés en faveur de notre Révolution; un d'eux, après avoir subi de longues tortures avait été plusieurs fois menacé du dernier supplice et jeté ensuite aux galères. Une si grande infortune a fixé notre attention : après avoir vérifié les faits nous avons cru, d'accord avec l'administration, devoir sans préjudicier à ses autres réclamations, lui faire restituer la valeur d'une malle qui lui avait été volée par ses juges ou plutôt par les bourreaux qui l'avaient condamné, et se trouvaient en état d'émigration. Aujourd'hui que les Niçois sont devenus Français, l'influence de la liberté fera disparaître tous les maléfices entretenus par celle du despotisme; et quand nous sommes partis, déjà beaucoup d'inquiétudes étaient moindres, ce qui nous en avait de très sérieuses l'état des subsistances, était alors extrêmement satisfaisant; la caisse de l'armée, longtemps en détresse, était aussi bien fournie qu'elle pouvait l'être. Nous observerons que le citoyen Chaubry, payeur, a souvent trouvé des ressources pour que le service ne fût pas interrompu, ce qui serait arrivé, parce que le payeur général qui était à l'armée des Alpes n envoyait que les fonds qui lui étaient pour ainsi dire surabondants; le même vice d'administration se faisait sentir pour la fourniture des armes et des munitions de guerre, et nous sommes convaincus que c'est une très mauvaise mesure que d'annexer ainsi l'une à l'autre deux armées séparées par une grande distance.
Les vaisseaux de guerre et les transports destinés à l'expédition de Sardaigne ont mis à la voile le jour même de notre départ; les troupes étaient pleines d'ardeur et se promettaient d'achever leur quartier d'hiver à Cagliari. Les contrariétés qu'ils ont éprouvées sont une suite naturelle du retard causé par le général d'Anselme, mais elles ne feront qu'irriter leur courage. D'excellentes dispositions avaient été prises par le général Brunet qui a remplacé d'Anselme. En peu de jours il a rassemblé l'artillerie, les armes, les munitions qui manquaient à l'expédition de Sardaigne, il a serré tous les postes de l'avant-garde, auparavant tellement distants qu'il fallait sept heures pour la secourir lorsqu'elle était attaquée. Il a fortifié la tête du pont du Var, qui n'était pas à l'abri d'une insulte ou d'un coup de main; il a établi une batterie sur le point des montagnes le plus éminent qu'on appelle Mont-gros. Cette précaution était indiquée par la nature et conseillée par tous les gens de l'art, et pour cela même rejetée par d'Anselme. Elle a rompu tous les projets de l'ennemi qui semblait vouloir l'enhardir. Le général Brunet est un bon et franc soldat, ignorant l'intrigue, mais sachant bien son métier; il ne fait point étalage à table ou dans des occasions préparées d'un langage faux et séducteur, mais ses actions sont toujours au niveau des principes de la Révolution qu'il soutient fort et ferme.
Nous avons eu la satisfaction, avant de partir, de voir un régiment entier habillé de neuf, et l'habillement de plusieurs autres commencé; il est arrivé aussi un grand nombre de capotes. Les premières Venues ont été envoyées a nos frères, qui étaient dans les montagnes. Cependant, beaucoup de choses manquent toujours et le dénuement est encore affligeant. Mais, citoyens, ne perdez pas de vue les chemins qui approximent nos armées. A 40 lieues de rayon clé celle du Var, les chemins sont si mauvais que les transports sont plus longtemps pour les faire que pour faire 100 lieues sur une autre route. Les fournitures qui sont arrivées ont été retardées plus d'un mois par cette raison. Enfin, citoyens, nous croyons que l'état des choses est resté d'autant meilleur depuis notre départ qu'aucune des nouvelles qui arrivent de ce pays ne nous a fait connaître que le bon ordre ait été troublé; la tranquillité, le plus sûr garant d'une confiance universellement répandu s'y maintient; l'esprit public, si longtemps tourmenté, est revenu à ce point naturel, d'où la seule défiance avait pu l'éloigner. Le despotisme militaire avait effrayé, consterné les esprits ; le général l'avait rendu plus dur pour les habitants qui ne le fut le despotisme du tyran de Sardaigne lui-même. La douce fraternité, si fertile en bonnes actions, va naître de la réunion des cœurs que le général avait divisés. Dans l'instant où je parle, ce bienfait est déjà sorti de votre dernier décret, et puisque nous, faibles interprètes de vos intentions, nous avons pu conduire par l'espérance à d'aussi grandes résolutions, ce peuple nouveau, jugez de ce que les décrets de la Convention vont faire. Ils lui donneront toute la force dont il a besoin pour secouer les restes de quelques antiques préjugés ; ils compléteront sa régénération en effaçant jusqu'au souvenir des maux qu'il a soufferts.
Nous demandons que, d'après les pièces que nous déposerons, le comité militaire soit chargé de vous faire un rapport sur la conduite du général d'Anselme et de plusieurs autres officiers ou administrateurs militaires.
Que vos comités de législation et de finances réunis vous fassent également un rapport sur les réclamations en indemnités ; sur la conduite de l'administration provisoire du pays de Nice, sur les différentes réclamations relatives aux biens des émigrés, et sur le sort de plusieurs Français établis à Nice avant l'entrée de l'armée ou persécutés à la même époque pour s'être déclarés en faveur de la Révolution.
Nous demandons que lé conseil exécutif soit tenu de mettre le général d'Anselme en arrestation jusqu'au temps où sera fait le rapport du comité militaire. »
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C-J de Beauvau
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Re: Généraux : Le général Danselme investit Nice

Message par C-J de Beauvau »

Merci beaucoup pour ces textes et rapports sur les événements, je constate qu'un capitaine Masséna à pris part de manière active aux exactions,et a été mis aux arrêts. Il s’agirait bien du futur Maréchal , Il est pourtant né à Nice ! Cela colle bien à sa future réputation d'homme avide d'argent et sans scrupule.
:salut:
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Cyril Drouet
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Re: Généraux : Le général Danselme investit Nice

Message par Cyril Drouet »

C-J de Beauvau a écrit :
27 sept. 2018, 06:54
Merci beaucoup pour ces textes et rapports sur les événements, je constate qu'un capitaine Masséna à pris part de manière active aux exactions,et a été mis aux arrêts. Il s’agirait bien du futur Maréchal , Il est pourtant né à Nice ! Cela colle bien à sa future réputation d'homme avide d'argent et sans scrupule.
:salut:
Avant d'incriminer Masséna, il convient de rappeler que ce dernier était lieutenant-colonel du 2e bataillon du Var.
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Cyril Drouet
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Re: Généraux : Le général Danselme investit Nice

Message par Cyril Drouet »

Si je ne m'abuse, il doit s'agir du capitaine François Masséna, cousin du futur maréchal.
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C-J de Beauvau
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Re: Généraux : Le général Danselme investit Nice

Message par C-J de Beauvau »

Très bien, mais un illustre inconnu de ma part
Pour ce qui est de André Masséna, selon Wp je site :
La Révolution ayant instauré la formation de gardes nationales dans les villes, Masséna est nommé instructeur de celle d'Antibes en raison de son expérience militaire. Il montre à ce poste une grande efficacité et est directement élu capitaine instructeur du 2e bataillon de volontaires du Var le 14 septembre 1791. Il passe ensuite lieutenant-colonel en second le 1er février 1792 et lieutenant-colonel en premier le 1er août suivant... Donc il était bien lieutenant-colonel en 1792, mais :
..Lorsque le général Jacques Bernard d'Anselme pénètre dans la ville de Nice le 29 septembre 1792 à la tête des troupes françaises d'occupation du comté de Nice, Masséna participe aux exactions et à la répression du mouvement barbet contre-révolutionnaire....
Quid du capitaine François Masséna par la suite ? Connaissez vous sa carrière ? Ou bien serait-ce une erreur sur le grade à lépoque du futur maréchal dans le texte évoqué ?
Merci
:salut:
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Re: Généraux : Le général Danselme investit Nice

Message par Cyril Drouet »

C-J de Beauvau a écrit :
27 sept. 2018, 11:26
serait-ce une erreur sur le grade à lépoque du futur maréchal dans le texte évoqué ?
Vu les accusations, ce serait peu vraisemblable ; d'autant plus que l'erreur ne reposerait pas seulement sur le grade mais également sur le corps de troupes.

C-J de Beauvau a écrit :
27 sept. 2018, 11:26
Quid du capitaine François Masséna par la suite ? Connaissez vous sa carrière ?
François Masséna, arrêté pour ses agissements dans les environs de Nice, fut incarcéré à Marseille. Il parvint cependant à s'évader fin janvier 1793 (les autorités en furent averties le 21) et fila vers Italie.
Rayé de la liste des émigrés, il devint par la suite commissaire des guerres. Accusé de concussion, il fut finalement destitué.

Quelques informations tirées d'une lettre d'un Commissaire du Directoire exécutif près l’Administration centrale du département des Bouches-du-Rhône :
« Cet individu est natif de Nice, fabricant de savon sous l’ancien régime. Lors de l’entrée des Français, il fut envoyé par le général d’Anselme pour servir de guide au général de Barral et au commissaire des guerres Ferrus dans les communes des montagnes de ce département, qu’ils parcoururent dans tous les sens sans aucune résistance, étant au contraire, très bien reçus partout, mais la conduite qu’ils tinrent à Utelle, Lantosque, la Bollène, Belvedère, Roquebillère fut cause que les habitants de ces communes et autres environnantes prirent les armes pour défendre leurs femmes et leurs propriétés, , les en chassèrent et les poursuivirent jusqu’à Utelle.
Depuis cette époque s’est formée l’armée des Barbets qui ont tant inquiété les troupes françaises par leurs brigandages. Le Conseil général de la commune de Nice, instruit de ces horreurs invita le général d’Anselme à retirerà François Masséna sa confiance, qu’il n’aurait jamais dû lui donner, mais loin de là, il le nomma capitaine des
guides.
Un mois environ après sa nomination, la quantité des dénonciations qui venaient des communes ci-dessus désignées, l’horreur générale que lesdits Masséna et Ferrus inspiraient, força d’Anselme à donner les ordres nécessaires pour les faire arrêter. Masséna le fut, et Ferrus s’évada.
L’Accusateur public instruisit le procès. La Convention nationale des marseillais fut invitée, dans un jour d’enthousiasme, de faire grâce au détenu Masséna, mais cette assemblée indignée, ordonna à l’Accusateur public de poursuivre les prévenus sans relâche. Ce fait doit être consigné dans les procès-verbaux de ladite Convention déposés aux archives de cette administration centrale.
Quelques jours après, Masséna s’évada et son évasion fut attribuée aux soins de l’avocat Galli, son beau-frère, alors juge du tribunal criminel. Il se retira à Livourne, pays ennemi de la République où il s’établit et a encore une fabrique de savon, nonobstant que depuis deux ans environ, il soit au service de la République française comme commissaire des guerres.
Tels sont, citoyen Commissaire, les renseignements que j’ai pu me procurer sur cet individu par des personnes dignes de foi et dont la plupart sont de notoriété publique.
Salut et Fraternité »
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C-J de Beauvau
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Re: Généraux : Le général Danselme investit Nice

Message par C-J de Beauvau »

Merci pour ces informations
:salut:
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Cyril Drouet
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Re: Généraux : Le général Danselme investit Nice

Message par Cyril Drouet »

En réponse aux graves et multiples accusations le concernant, le général d'Anselme écrivit un mémoire. Ce dernier ne lui fit cependant pas échapper à l'incarcération. Je retranscris ici les passages, puisque c'était votre demande, propres aux pillages :

« Dès l'instant que la ville de Nice fut évacuée par les troupes sardes, l'absence de toute force armée occasionna le pillage; le peuple niçard et les étrangers vagabonds dont les grandes villes abondent se portèrent dans les maisons des émigrés.
Lorsque les français furent arrivés, ces mêmes hommes, intéressés à séduire des soldats pour faire retomber sur eux tout le blâme, leur désignèrent les maisons que, certes, ils n'auraient pas devinées.
En arrivant dans Nice, après les dispositions militaires et la reddition de Montalban, avant d'envoyer les troupes dans leurs logements, j'avais fait un discours patriotique à l'armée, et je lui rappelais des devoirs sacrés, dont les bases étaient qu'on devait traiter les Niçards en frères, et respecter leurs personnes et leurs propriétés. Le défaut des casernes fit que le seul municipal resté dans Nice, le baron de Jacobi, plaça des soldats dans des maisons où étaient logés des émigrés ; et on assure que ces soldats manquant de tout, et trouvant quelques malles, prirent des chemises et des culottes. Ce fait, quoique non constaté, malgré les recherches qu'on a pu faire, paraît assez vraisemblable.
Mais au milieu de la première nuit, pendant que je faisais les dispositions pour attaquer Villefranche, on vint me dire qu'on pillait dans une maison un petit magasin d'armes. J'envoyais sur-le-champ un officier général qui fit rendre les effets et qui rétablit le bon ordre.
Lorsque je partageais mes soins entre les ordres importants à donner pour la possession des villes et postes du comté de Nice, on vint me dire qu'il se commettait des désordres dans la campagne; j'envoyai des patrouilles de dragons: je fis une proclamation contre les fauteurs et instigateurs du pillage, qui fut sur-le-champ imprimée et affichée. A cette mesure, je joignis celle d'ordonner des patrouilles multipliées pour arrêter les pillards et les effets avec des ordres rigoureux, et qui ont été exécutés, puisqu'un grenadier du 91e régiment, et un dragon du 18e, ci-devant du roi, ont été tués en flagrant délit, 13 envoyés dans les cachots du fort carré d'Antibes, et 4 dans les tribunaux des districts voisins. Ce sont là je crois des preuves que ni moi ni l'armée ne voulions autoriser les brigands. Ce qu'on ne dit pas et qu'on a même grand soin de dissimuler, c'est que le lendemain de mon entrée dans Nice l'ordre et la confiance y étaient si parfaitement rétablis, qu'en parcourant la ville je fis remarquer à plus de 20 personnes qui étaient avec moi, que toutes les boutiques étaient ouvertes, et notamment toutes celles des orfèvres et des bijoutiers, qui étalaient aux yeux du public une prodigieuse quantité d'argenterie et de bijoux en or, et que les soldats y faisaient paisiblement leurs emplettes de gré à gré avec la monnaie sonnante, car aucun marchand ne prenait des assignats. Ce fait est de toute notoriété.
Mais les effets retrouvés ou arrêtés des émigrés se multipliaient, il fallait les déposer dans quelque lieu sûr; il n'existait plus aucune autorité que celle du militaire, qui a toujours repoussé par un sentiment de délicatesse les fonctions administratives qui entraînent une responsabilité. La fuite des administrations piémontaises avait laissé cette ville de près de 40 000 âmes sans fonctionnaire civil. Dans cette position, ayant auprès de moi le citoyen Barras, commissaire du département du Var, député à la Convention nationale, revêtu par conséquent des pouvoirs faits pour exciter la confiance, j'adhérai à la proposition qu'il me fit de former un directoire de district et une municipalité provisoires, sous la ratification de la Convention nationale ; comme je ne connaissais point les sujets qui étaient susceptibles de ces places, je crus ne pouvoir mieux faire que de le charger de cette opération. Il fut lui-même président du directoire, ce qui me donnait plus de faculté pour m'occuper de la partie militaire qui, j'ose le dire, était alors assez compliquée.
Je pensai que cette mesure était la plus convenable, en attendant que le peuple eût pu exprimer son vœu d'une manière légale.
On a depuis blâmé cette administration du peu d'ordre qu'il y a eu dans le rassemblement des effets des émigrés, et de n'en avoir pas fait faire un inventaire à l'instant même qu'ils étaient apportés. Les administrateurs seront, je crois, peu en peine de prouver par le simple exposé des faits que cette mesure était moralement et physiquement impossible; les improbateurs conviendront alors eux-mêmes qu'il n'eussent pu mieux faire pour les intérêts de la nation; d'ailleurs le résultat de la vente, qui passera vraisemblablement un million, prouvera qu'on a mis quelques soins à empêcher toute dilapidation qu'on a pu éviter.

Il y a eu quelques désordres dans les campagnes, notamment à Lévens et à Sospello et dans les environs; j'en ai manifesté mon mécontentement au général Barral qui commandait à Lévens; je l'ai puni de n'avoir point employé son autorité pour les prévenir; et pour réparer des démarches contraires à mes principes, j'ai engagé l'administration à faire une proclamation qui pût rassurer les habitants, en leur annonçant que les denrées et bestiaux qui leur avaient été pris leur seraient payés de gré à gré, ou rendus.
Ma prévoyance m'avait porté à étendre les patrouilles jusque dans les campagnes. Plusieurs rois dans des reconnaissances militaires, j'ai envoyé mon escorte qui était de quatre dragons à la poursuite des coupables dont on m'indiquait les traces, et j'en ai fait arrêter deux des quatre qui ont été traduits devant les tribunaux criminels.
Quelque ruineuse que soit la manière dont les Français font la guerre, j'ai eu l'avantage de suivre les principes de la Convention nationale à cet égard ; le général Brunet, commandant l'avant-garde à Sospello, se plaint des habitants de Brélio qui favorisaient les entreprises de l'ennemi; ce poste pris et repris plusieurs fois est enfin menacé par le général Brunet, en vertu des droits de la guerre, d'être incendié ; il se croit autorisé à demander des otages d'une contribution de 25 000 livres en compensation: il promet cette somme à ses troupes, instruit de ce fait par le compte qui m'en est rendu, je désapprouve le général, et sur la contribution et sur l'emploi en faveur d'une petite partie de l'armée; je lui défends de rien exiger, et lui ordonne de relâcher les otages: ce qui a été exécuté. Ces principes ont augmenté nos difficultés; car on sait que guerre et pitié ne s'accordent guère.
On pense que c'est assez prouver que le désordre des campagnes peut m'être aussi peu imputé que celui des villes; mais poursuivons cette tache pénible. »
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