Napoléon et la mer

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Joker
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Napoléon et la mer

Message par Joker » 09 août 2019, 19:34

Disponible sur la chaîne Youtube du Musée de l'Armée, cette conférence de Michèle Batesti, responsable de programmes à l'IRSEM - Institut de Recherche Stratégique de l'Ecole Militaire avait évoqué, en marge de l’exposition "Napoléon et l'Europe" (2013), les relations entre Napoléon et la mer.

👉 à écouter ici : https://bit.ly/2Y2v4pz (durée : 1'17")

« L'usage nous condamne à bien des folies ; la plus grande est celle de s'en faire l'esclave. »
Napoléon Bonaparte ; Maximes et pensées

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Demi-solde
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Re: Napoléon et la mer

Message par Demi-solde » 11 août 2019, 18:57

Synthèse intéressante, sans grande découverte toutefois. Trois petites remarques personnelles :

- Dire que les plans d'invasion de l'Angleterre ont marché avec César et avec Guillaume le Conquérant est erroné puisque, si César a bien posé le pied deux fois en Angleterre, on ne peut pas dire qu'il ait alors envahi l'Angleterre... La conquête de la Bretagne par les Romains se déroula au siècle suivant, initiée par Claude en 43.

- Michèle Battesti rappelle la référence napoléonienne à la bataille d'Actium par laquelle l'Empereur espérait terrasser l'Angleterre. Ce choix de bataille, certes navale et décisive, est somme toute curieux.

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- Enfin, Michèle Battesti conteste la thèse selon laquelle "Trafalgar annonce Waterloo", puisque "Napoléon fera beaucoup d'erreurs après, l'Espagne, la Russie". Certes, Napoléon a pris de nombreuses décisions après Trafalgar, des bonnes, des plus discutables évidemment. Mais un certain nombre des maladresses et des erreurs napoléoniennes ne sont-elles pas nées de la volonté et la nécessité d'instaurer, de propager et/ou d'imposer un blocus continental ? Hormis une soumission claire et nette à l'Angleterre, quelle autre possibilité se présentait ? Le blocus (et la course) était, semble-t-il, la seule solution dont disposait Napoléon pour atteindre économiquement cette Angleterre hostile qu'il ne pouvait plus combattre directement en Grande-Bretagne, ni même sur mer. L'affaiblissement catastrophique de la marine française a rendu l'Angleterre militairement invulnérable. Les puissances continentales, elles, combattaient avec le risque d'être atteintes, de perdre indépendance, leur territoire. Napoléon est entré à Vienne, à Berlin, à Moscou ; Aboukir et Trafalgar lui interdisaient purement et simplement d'espérer entrer à Londres. De plus, l'hégémonie maritime britannique offrait la possibilité à l'Angleterre de combattre au Portugal, en Espagne ou en Belgique, qui plus est avec un atout exceptionnel : elle pouvait se permettre le luxe de combattre dos à la mer, de retraiter vers la Corogne sans peur d'être anéanti ou de s'enfermer derrière les lignes de Torres Vedras sans craindre les affres d'un hypothétique siège. La surpuissance maritime britannique était un atout stratégique loin d'être négligeable et un handicap pour Napoléon dont il n'a pas su se dépétrer.
Aboukir et Trafalgar sont les éléments déclencheurs de la tragédie napoléonienne.


Cordialement

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Bernard
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Re: Napoléon et la mer

Message par Bernard » 14 août 2019, 08:33

Demi-solde a écrit :
11 août 2019, 18:57
Certes, Napoléon a pris de nombreuses décisions après Trafalgar, des bonnes, des plus discutables évidemment. Mais un certain nombre des maladresses et des erreurs napoléoniennes ne sont-elles pas nées de la volonté et la nécessité d'instaurer, de propager et/ou d'imposer un blocus continental ? Hormis une soumission claire et nette à l'Angleterre, quelle autre possibilité se présentait ? Le blocus (et la course) était, semble-t-il, la seule solution dont disposait Napoléon pour atteindre économiquement cette Angleterre hostile qu'il ne pouvait plus combattre directement en Grande-Bretagne, ni même sur mer. L'affaiblissement catastrophique de la marine française a rendu l'Angleterre militairement invulnérable. Les puissances continentales, elles, combattaient avec le risque d'être atteintes, de perdre indépendance, leur territoire. Napoléon est entré à Vienne, à Berlin, à Moscou ; Aboukir et Trafalgar lui interdisaient purement et simplement d'espérer entrer à Londres. De plus, l'hégémonie maritime britannique offrait la possibilité à l'Angleterre de combattre au Portugal, en Espagne ou en Belgique, qui plus est avec un atout exceptionnel : elle pouvait se permettre le luxe de combattre dos à la mer, de retraiter vers la Corogne sans peur d'être anéanti ou de s'enfermer derrière les lignes de Torres Vedras sans craindre les affres d'un hypothétique siège. La surpuissance maritime britannique était un atout stratégique loin d'être négligeable et un handicap pour Napoléon dont il n'a pas su se dépétrer.
Aboukir et Trafalgar sont les éléments déclencheurs de la tragédie napoléonienne.
Oui et non. Le blocus n'était peut-être pas le seul choix.
Napoléon était conscient des difficultés financières britanniques. Non seulement les Anglais devaient défendre leurs territoires outre-Atlantique et aux Indes (où étaient engagées leurs meilleures troupes), mais ils finançaient en plus les pays qui s'élevaient contre l'Empereur. C'était beaucoup pour un seul pays !
On oublie souvent de prendre en compte la faiblesse de l'armée terrestre britannique. Si la marine ne posait pas de problème de recrutement (car on faisait de force un marin de n'importe quel bougre recruté plus ou moins régulièrement lors de rafles), il était plus difficile de recruter des soldats. Les Britanniques n'étaient guère motivés par le service des armes et l'organisation dépassée de leur armée ne favorisait guère le recrutement.
En ne permettant pas aux Britanniques de poser le pied en Europe, Napoléon avait sans doute plus de chance de réduire l'influence anglaise. De ce point de vue, le Portugal a été un échec majeur. Si Napoléon avait renvoyé à son île Wellington lors de la troisième invasion de 1810-1811 comme il l'avait fait pour les troupes de Moore en 1809, la situation aurait sans doute été bien différente. Pour moi, c'est un point déterminant pour la suite.
Le Blocus est certes une décision ambitieuse mais elle se heurte aux réalités du terrain. Il a fait la fortune des Rothschild (entre autres) mais pas le bonheur de l'Empereur qui, pour l'appliquer, s'est laisser entraîner jusqu'au fin fond de la Russie. Que cette décision ait été prise à cause d'Aboutir et de Trafalgar est évident ; Napoléon a aussi essayé de construire une marine mais, lui aussi, a été limité par les difficultés du recrutement : cette difficulté est constante dans tous les écrits d'Anvers à Toulon.

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Re: Napoléon et la mer

Message par Cyril » 14 août 2019, 11:40

Bernard a écrit :
14 août 2019, 08:33
Napoléon a aussi essayé de construire une marine mais, lui aussi, a été limité par les difficultés du recrutement : cette difficulté est constante dans tous les écrits d'Anvers à Toulon. [/justify]
Les difficultés de recrutement sont également doublées de grandes difficultés à former et entrainer nos marins, les britanniques surveillant de très près nos ports empêchant tout appareillage. Le blocus était également dans le sens vers l'empire pour ce qui était des approvisionnements navals.
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Re: Napoléon et la mer

Message par Demi-solde » 20 août 2019, 00:08

Bernard a écrit :
14 août 2019, 08:33
En ne permettant pas aux Britanniques de poser le pied en Europe, Napoléon avait sans doute plus de chance de réduire l'influence anglaise. De ce point de vue, le Portugal a été un échec majeur. Si Napoléon avait renvoyé à son île Wellington lors de la troisième invasion de 1810-1811 comme il l'avait fait pour les troupes de Moore en 1809, la situation aurait sans doute été bien différente. Pour moi, c'est un point déterminant pour la suite.
Pour imposer le blocus continental, l'Empereur s'est laisser entraîner jusqu'au fin fond de la Russie comme il s'était déjà laissé entrainer jusqu'au fin fond de la péninsule ibérique. Et, à mon sens, c'est dès 1808 voire 1809 qu'il aurait fallu rejeter les Anglais à la mer. L'économie, comme la guerre, est une question de psychologie, et si dès 1808, Wellesley et ses troupes avait dû rembarquer et aller expliquer à Londres que les armées impériales étaient invincibles et que l'argent de l'expédition avait été dépensé en pure perte, les cordons de la bourse se seraient immanquablement resserrés. La peur rend pingre, l'espoir rend prodigue. Mais en 1808, comme en 1809, les Français ont échouer à décourager la perfide Albion.

En 1810-1811, il était déjà trop tard ; les positions étaient solides, il ne restait plus à Wellesley qu'à attendre et à laisser le glacis de terre brûlée et l'insurrection latente user les troupes françaises. D'autant plus que les Anglais pouvaient se permettre ce qui était interdit à Junot en 1808, se laisser assiéger dans Lisbonne ; la suprématie navale des Britanniques traçait des routes inaccessibles à leurs adversaires et leur permettait de ravitailler ou d'évacuer sans la moindre opposition.

Quant à la faiblesse de l'armée britannique, elle est somme toute relative ; ses effectifs étaient nécessairement limités par la démographie, mais sa discipline, sa rigueur et sa solidité au feu étaient parmi les meilleures.

Cyril a écrit :
14 août 2019, 11:40
Les difficultés de recrutement sont également doublées de grandes difficultés à former et entrainer nos marins, les britanniques surveillant de très près nos ports empêchant tout appareillage. Le blocus était également dans le sens vers l'empire pour ce qui était des approvisionnements navals.
Les "murailles de bois", évoquées par Michèle Battesti, n'étaient pas un ultime et fragile rempart dressé tout autour des îles britanniques, au contraire elles enserraient l'Europe continentale.


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Re: Napoléon et la mer

Message par Bernard » 20 août 2019, 07:06

Demi-solde a écrit :
20 août 2019, 00:08
Et, à mon sens, c'est dès 1808 voire 1809 qu'il aurait fallu rejeter les Anglais à la mer. L'économie, comme la guerre, est une question de psychologie, et si dès 1808, Wellesley et ses troupes avait dû rembarquer et aller expliquer à Londres que les armées impériales étaient invincibles et que l'argent de l'expédition avait été dépensé en pure perte, les cordons de la bourse se seraient immanquablement resserrés. La peur rend pingre, l'espoir rend prodigue. Mais en 1808, comme en 1809, les Français ont échouer à décourager la perfide Albion.
Mais cela a été fait ! Le 18 janvier 1809, à La Corogne, le maréchal Soult a obligé l'armée du général Moore à rembarquer pour l'Angleterre. John Moore est même décédé durant cet affrontement. La suite est moins glorieuse.

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Re: Napoléon et la mer

Message par Demi-solde » 20 août 2019, 08:52

Bernard a écrit :
20 août 2019, 07:06
Mais cela a été fait ! Le 18 janvier 1809, à La Corogne, le maréchal Soult a obligé l'armée du général Moore à rembarquer pour l'Angleterre. John Moore est même décédé durant cet affrontement. La suite est moins glorieuse.
Oui, mais le maréchal Soult a échoué face à l'armée du général Wellesley au Portugal.

En n'achevant pas le travail, en ne parvenant pas à forcer Wellesley à abandonner Lisbonne et à rembarquer pour l'Angleterre, les Français ont laissé les Anglais et la gangrène s'installer durablement au Portugal. Les faiblesses affichées en 1808 comme en 1809, ces deux échecs consécutifs ont conforté les Britanniques.


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Re: Napoléon et la mer

Message par Cyril » 20 août 2019, 10:18

Ce n'est pas l'avis de Mr Nicola TODOROV qui dans "La Grande Armée à la conquête de l’Angleterre" (auteur du mois novembre 2017) pose l’hypothèse que l'Empereur aurai d'une certaine façon préféré laisser une armée anglaise importante en péninsule ibérique, car cette armée était de fait, loin de l’Angleterre et donc en incapacité de la défendre.

Je pense malgré cette hypothèse que si les troupes françaises avaient conquis le Portugal en rejetant de manière franche les britanniques, non seulement le moral anglais aurait été affecté mais les espagnols ce seraient sans doute tenus plus tranquilles.
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Re: Napoléon et la mer

Message par Bernard » 20 août 2019, 10:41

Cyril a écrit :
20 août 2019, 10:18
Ce n'est pas l'avis de Mr Nicola TODOROV qui dans "La Grande Armée à la conquête de l’Angleterre" (auteur du mois novembre 2017) pose l’hypothèse que l'Empereur aurai d'une certaine façon préféré laisser une armée anglaise importante en péninsule ibérique, car cette armée était de fait, loin de l’Angleterre et donc en incapacité de la défendre.

Je pense malgré cette hypothèse que si les troupes françaises avaient conquis le Portugal en rejetant de manière franche les britanniques, non seulement le moral anglais aurait été affecté mais les espagnols ce seraient sans doute tenus plus tranquilles.
Sur le premier point, c'est une théorie très personnelle... très discutable.
Sur le second, ce n'est pas aussi simple car le climat entre les Portugais et les Espagnols n'était pas des meilleurs et les Anglais se sont beaucoup appuyés sur l'armée portugaise. En réalité, lors de la deuxième invasion du Portugal (février à mai 1809), Soult et ses troupes ont surtout été vaincus par le manque d'approvisionnement et les maladies...

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Re: Napoléon et la mer

Message par Cyril Drouet » 20 août 2019, 18:34

Bernard a écrit :
20 août 2019, 10:41
Cyril a écrit :
20 août 2019, 10:18
Ce n'est pas l'avis de Mr Nicola TODOROV qui dans "La Grande Armée à la conquête de l’Angleterre" (auteur du mois novembre 2017) pose l’hypothèse que l'Empereur aurai d'une certaine façon préféré laisser une armée anglaise importante en péninsule ibérique, car cette armée était de fait, loin de l’Angleterre et donc en incapacité de la défendre.

Je pense malgré cette hypothèse que si les troupes françaises avaient conquis le Portugal en rejetant de manière franche les britanniques, non seulement le moral anglais aurait été affecté mais les espagnols ce seraient sans doute tenus plus tranquilles.
Sur le premier point, c'est une théorie très personnelle... très discutable.
Pour étayer son hypothèse, Todorov avance notamment cette lettre de Napoléon à Clarke du 4 juillet 1811 :
« Je ne suis point du tout éloigné de faire au mois d'octobre une expédition de 30 000 hommes et de 4 000 chevaux en Irlande, si je suis assuré d'y trouver un parti et si l'Angleterre continue à se dégarnir pour envoyer des troupes en Portugal. »

Ou encore ce passage des Mémoires de Caulaincourt :
« Il chercha à me persuader qu'il finirait là [« les affaires d’Espagne] quand il voudrait, mais qu'alors les Anglais l'attaqueraient ailleurs et peut-être même en France. Il en tira la conclusion qu'il valait autant et peut-être mieux qu'ils fussent en Portugal.
" Grâce aux prisonniers. Bonchamps le veut. Bonchamps l'ordonne ! " (d'Autichamp)

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