Pertes de l'armée de terre sous le premier Empire

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C-J de Beauvau
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Pertes de l'armée de terre sous le premier Empire

Message par C-J de Beauvau »

Pertes de l'armée de terre sous le premier Empire, d'après les registres matricules


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Extraits :

Première évaluation.La première, digne de ce nom (1842), est due à
un certain Pouillet, qui utilisa l'excédent féminin au recensement de 1836, pour évaluer les pertes <le la Révolution et de l'Empire à 1 300 000 ou 1 400 000 hommes. En 1859, dans une communication à l'Académie des Sciences, H. P. Passy les fixa à 1 700 000 hommes, sous l'Empire seulement (1). Comme ce chiffre lui avait été indiqué, en 1832, par le chef du bureau du recrutement sous l'Empire, Hargenvilliers, il inspira confiance et, repris par Taine, puis par Lavisse et Rambaud, figura longtemps dans les manuels d'histoire.
A la fin du XIXe siècle, divers publicistes, peut-être influencés par l'anti-bonapartisme qui suivit Sedan, augmentèrent encore ces pertes. G. Lagneau les arrondit à deux millions, chiffre repris par Charles Richet qui précisa, en outre, que 950 000 Français avaient péri du fait de l'ennemi.
Le record d'exagération semble cependant revenir à l'anthropologue raciste Vacher de Lapouge, qui parle de 2 600 000 soldats français et 3 500 000 étrangers morts sous l'Empire .
Comme on le voit, une confusion, difficilement évitable, entre soldats morts au combat et soldats morts ou disparus sous l'Empire permettait des affirmations d'autant plus fantaisistes que, même pour les pertes de l'armée française, il était difficile <le distinguer les Français nés en France, dans ses frontières de 1815, des Belges, Italiens, Rhénans et Hollandais nés dans les départements annexés entre 1792 et 1811.

Dès cette époque pourtant, certains auteurs exhortaient les historiens à la prudence. C'est ainsi que I'Anglais W.E. Hickson, dans son Essay on the principle of Population in refutation of the theory of the Reo, T. R. Malthus, écrivait en 1849 :
« Les pertes en vies humaines provoquées par la guerre ont toujours été fortement exagérées. A la bataille de Waterloo, les pertes sur le champ de bataille (sans compter les blessés et les disparus) semblent, d'après le récit du capitaine Siborne, avoir été les suivantes : Anglais 1 334; Allemands 1 007; Hollandais et Belges 246; Prussiens 1 203, soit au total 3 790. En admettant que, du côté français, les pertes aient été le double on n'arrive qu'à un total de 11 370 hommes, alors qu'à Paris, au cours dlu mois d'avril 1832 seulement, le choléra fit 12 733 victimes ».

Bodart et Levasseu r. V ers 1900, quelques chercheurs s'intéressèrent à la question. Bodart qui, malgré son nom français, publia son ouvrage « Kriegslexikon » à Vienne, s'efforça de préciser les pertes en vies humaines, sur les champs de bataille, depuis le xvnv siècle, en dressant la liste de tous les combats de quelque importance, avec le nombre des morts, des blessés et, parfois, des prisonniers de chaque nation. Il en tira des statistiques sur les pays le plus souvent victorieux. Malheureusement, il ne distingue guère les morts des blessés et ne précise pas où il a puisé sa documentation. Son étude fournit, sur les pertes réelles, des ordres de grandeur et permet des comparaisons entre pays et époques mais il serait hasardeux de vouloir en tirer des renseignements.
Dans la Population française,
E. Levasseur s'est abstenu de toute affirmation. Il indique, cependant, les excédents des décès masculins sur les féminins, année par année, de 1800 à 1817. Leur somme atteint 431 000. En admettant un excédent normal de 3 000 décès masculins par an, il y aurait eu 377 000 décès militaires transcrits à l'état civil. Mais tous ne l'ont pas été, notamment parmi les morts au combat et les disparus en Espagne et en Russie. Une loi de janvier 1817 a d'ailleurs statué sur les militaires disparus, sans qu'un acte de décès ait été dressé. C'est pourquoi Levasseur ne rejette pas le chiffre de 1 700 000 morts, transmis par les historiens.

La question est reprise en 1930 par Albert Meyrnier, dans un article de la Revue des études napoléoniennes, Il a tenté de confirmer les chiffres de Bodart et de Levasseur, grâce à une méthode originale mais bien hasardeuse. V ers 1900, un Français, Martinien, avait constitué un fichier de tous les officiers blessés ou tués sous l'Empire et évalué à 15 000 le nombre de ces derniers. Grâce à quelques sondages, sur la nature desquels il se montre assez discret, Meynier estime qu'il y avait 28,5 fois plus de soldats que d'officiers dans l'armée impériale. A mortalité égale dans ces deux groupes, il y aurait eu 15 000 X 28,5 = 427 500 tués, mais comme elle semble avoir été supérieure d' 1/17e chez les officiers, Meynier estime à environ 400 000 morts les pertes de l'Empire, chiffre légèrement supérieur à celui tiré de l'excédent <le la mortalité masculine (selon Levasseur); cette différence tiendrait aux décès non transcrits.
Cet article fut bien accueilli par les admirateurs de Napoléon, mais ses détracteurs reprochent à Meynier de ne pas avoir tenu compte des prisonniers non revenus. Dans une réédition, il ajouta une note destinée à réparer cette regrettable omission. Citant un rapport présenté par Malartic et Pastoret à la Chambre des Pairs en 1817, il concéda que le total des pertes devait atteindre un million pour la période 1800-1815 et 900 000 pour 1805-1815. Cette correction importante semble être passée à peu près inaperçue, bien qu'elle retire beaucoup de leur valeur à ses estimations précédentes.
On peut d'ailleurs s'étonner de son mutisme sur les morts à l'hôpital car les officiers périrent beaucoup moins de maladie que les troupiers.

La question est reprise en 1930 par Albert Meynier, dans un article de la Revue des études napoléoniennes, Il a tenté de confirmer les chiffres de Bodart et de Levasseur, grâce à une méthode originale mais bien hasardeuse. V ers 1900, un Français, Martinien, avait constitué un fichier de tous les officiers blessés ou tués sous l'Empire et évalué à 15 000 le nombre de ces derniers. Grâce à quelques sondages, sur la nature desquels il se montre assez discret, Meynier estime qu'il y avait 28,5 fois plus de soldats que d'officiers dans l'armée impé¬riale. A mortalité égale dans ces deux groupes, il y aurait eu 15 000 X 28,5 = 427 500 tués, mais comme elle semble avoir été supérieure d' 1/17e chez les officiers, Meynier estime à environ 400 000 morts les pertes de l'Empire, chiffre légèrement supérieur à celui tiré de l'excédent <le la mortalité mascu¬line (selon Levasseur); cette différence tiendrait aux décès non transcrits.

Cet article fut bien accueilli par les admirateurs de Napoléon, mais ses détracteurs reprochent à Meynier de ne pas avoir tenu compte des prisonniers non revenus. Dans une réédition, il ajouta une note destinée à réparer cette regrettable omission. Citant un rapport présenté par Malartic et Pastoret à la Chambre des Pairs en 1817, il concéda que le total des pertes devait atteindre un million pour la période 1800-1815 et 900 000 pour 1805-1815. Cette correction importante semble être passée à peu près inaperçue, bien qu'elle retire beaucoup de leur valeur à ses estimations précédentes.
On peut d'ailleurs s'étonner de son mutisme sur les morts à l'hôpital car les officiers périrent beaucoup moins de maladie que les troupiers.

31 millions de Français et d'étrangers servirent sous l'Empire et nombre d'entre eux ayant été mutés d'un régiment à un autre, c'est à peu près trois millions de matricules qu'il faudrait analyser pour évaluer les pertes. Nous avons fait un sondage au 1/S()()e dans tous les registres, ce qui, pour l'ensemble des troupes, doit permettre d'estimer les pertes avec une marge d'erreur assez faible (1).
Nous nous limiterons d'abord à l'analyse des registres pour la période allant de l'an XII à avril 1814. Pour certaines armes (cavalerie et artillerie), les registres de la période antérieure ont continué à servir jusque vers 1806. Les soldats sortis de l'armée avant l'an XII ont été éliminés de nos calculs.
Soldats français. Les résultats généraux de cette exploitation ont déjà
été partiellement publiés (Z) mais non le tableau I qui distingue les générations.
Malgré les instructions détaillées reproduites au début de chaque volume sur la nécessité d'indiquer clairement les destins, la colonne qui leur est consacrée n'est pas toujours scrupuleusement remplie. Les sorts « incertains» sont de plus en plus nombreux dans les générations jeunes. Il est difficile de préciser le sort des soldats qui battent en retraite.
Avec les prisonniers, nous avons classé, peut-être trop hâtivement, les soldats « restés en arrière ». Cette expression peut désigner des hommes tombés au pouvoir de l'ennemi, et aussi des déserteurs. Nous avons groupé les « rayés à l'hôpital » et "rayés pour longue absence » car ces deux expressions sont souvent employées ensemble, « rayé pour longue absence, étant à l 'hôpital depuis le ... ». Pour les désertions, nous avons distingué celles qui se produisirent après l'abdication de Fontainebleau, le 10 avril 1814, car elles ne constituent pas forcément une dérobade au devoir. Du point de vue qui nous intéresse ici, c'est-à-dire l'évaluation des pertes, on peut, d'autre part, être assuré que les hommes qui rentrèrent chez eux après la fin des hostilités ne périrent pas du fait de la guerre, alors que certains déserteurs des années antérieures furent peut-être repris par la gendarmerie et versés dans d'autres unités. Enfin, nous avons éliminé de ces calculs les soldats mutés à d'autres régiments (13 % de l'ensemble). Il est bien difficile de les retrouver, car les tables alphabétiques ne tiennent compte que de la première lettre des noms. De toute façon, en utilisant les destins de ces hommes, nous aurions risqué d'en faire figurer certains plus de deux fois dans notre échantillon.

A lire ou télécharger en PDF
https://www.persee.fr/doc/pop_0032-4663 ... 27_1_15097

:salut:
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Turos M. J.
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Re: Pertes de l'armée de terre sous le premier Empire

Message par Turos M. J. »

Encore une fois, je Vous remercie beaucoup pour ce lien.
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