Les chaussures de soldats

Partagez autour de l’armement, de l’équipement et des pratiques des soldats des guerres napoléoniennes.

Modérateurs : Général Colbert, Cyril

Route Napoleon

[CHAUSSURES] TROUPE

Message par Route Napoleon »

Comment ça marche ?

A pied,
mais avec quelles chaussures ?
Pas des godillots, car contrairement à ce que pense notre bon scénariste Didier Decoin dans ses feuilletons télévisés, Monsieur Godillot n'apparaît que sous le Second Empire
( Alexis Godillot: 1816-1893 )

On peut tout savoir sur la chaussure militaire, en relisant le règlement du général Bardin :

La paire de chaussure pèse 1 livre 3 onces 7 gros et 54 grains c'est à dire 0 kg 611 .
Ce poids laisse rêveur car une paire actuelle de chaussure de marche pèse environ 1 kg 200 kg.

On peut donc penser que les grognards marchaient avec des mocassins de bal.

Les chaussures se présentent comme un modèle très simple, tout ce qu' il y a de plus simple :

D' abord c' est un soulier bas, bout carré et uni-pied, c' est à dire gauche et droite identiques.
Fermé par un laçage d' une lanière cuir. Un seul trou et pas d'oeillet. Le tout est « en peau de veau ou de vache corroyée en huile et employée la chair en dehors »

Trois tailles : Grande taille - moyenne taille - petite taille, avec des longueurs internes de respectivement 300 mm, 270 mm, 240 mm

L' empeigne et le quartier sont extérieurement noircis et cirés au suif.
La semelle est en « cuir de vache tanné à la jusée »( liqueur acide obtenue par macération du tan )
Les clous sont de l' espèce clous à vis, chaque semelle comportera suivant la taille 70, 60, ou 50 clous. Le talon sera renforcé de 30 chevilles en fer de 15 mm.

Moyenne horaire : 3,9 kms avec une pause toutes les 3 heures, le temps d' une pipe...

Une paire de chaussures s' usait de Fontainebleau à Poitiers ( Coignet )

voltigeur54

Re: [CHAUSSURES] TROUPE

Message par voltigeur54 »

C'est aussi le lieu de naissance d'un maréchal mal connu.
Mais le soulier en question avait "le bout carré ", pour éviter que les soldats ne soient tentés de les vendre à des civils. Malheur au pékin qui portait des chaussures à bout carré. En plus. cela pouvait aussi signaler les déserteurs. Un jour, on cherchait Drouot, et on l'a trouvé en train d'autopsier une chaussure pour en repèrer les défauts de fabrication et actionner le fournisseur. Admirable Moine-Soldat! :salut: :salut:

Route Napoleon

Re: [CHAUSSURES] TROUPE

Message par Route Napoleon »

C' est le maréchal Victor qui est de La Marche, dans les Vosges...(et, jeune tambour à Grenoble).

Les soldats marchaient en moyenne de 20 à 30 kms par jour, voire 40 kms !
On se souvient que le 3° corps de Davout avait parcouru 160 Kms en 36 heures la veille de la bataille d' Austerlitz.
Le havresac pesait environ 30 kgs,
sans parler du fusil 4kgs500, la baïonnette et la giberne.
Dans le shako, on mettait parfois un gigot ou une bouteille de mirabelle...

Image

Drouet Cyril

Re: [CHAUSSURES] TROUPE

Message par Drouet Cyril »

Hommage de Bonaparte à une marche forcée célèbre (Vérone, 18 janvier 1797) :

« Toutes les demi-brigades se sont couvertes de gloire, et spécialement les 32e,57e et 18e de ligne que commandait le général Masséna, et qui, en trois jours, ont battu l’ennemi à Saint-Michel, à Rivoli et à Roverbello. Les légions romaines faisaient, dit-on, 24 milles par jour (35 km) ; nos brigades en font trente (44 km), et se battent dans l’intervalle. »

Napoléon ne disait-il pas, paraphrasant en cela le maréchal de Saxe : « Le meilleur soldat n’est pas tant celui qui se bat que celui qui marche. »


P.S. Les 160 km en 36 heures me paraissent bien exagérés. J’ai lu pour ma part 112 km en 44 heures, ce qui est déjà tout à fait exceptionnel.

Salutations respectueuses.

lukian54

Re: [CHAUSSURES] TROUPE

Message par lukian54 »

:salut:
J'ai du mal à croire l'histoire des 160 kms en 36 heures Passe encore pour des marathoniens, mais pour des soldats portant des sacs de plus de trente kilos et avec un fusil assez lourd, cela parait invraisemblable.

GARCINION

Re: [CHAUSSURES] TROUPE

Message par GARCINION »

Bonjour,

Mon cher Lukian, je suis d'accord avec vous, d'autant plus que les chaussures du soldat moyen étaient "unipied" (toutes droites donc, sans différencier le pied droit du gauche!), et en plus plates à l'intérieur... :-|

Cordialement,

Route Napoleon

Re: [CHAUSSURES] TROUPE

Message par Route Napoleon »

Pour vérifier, j' ai été au plus simple Georges Blond : La Grande Armée, pages 48 et 49 Titre du Chapitre : La Victoire en Marchant.
La division Friand, que tout le monde sait être le beau-frère du maréchal Davout,
fait 40 lieues en 36 heures pour arriver sur la champ de bataille d'Austerlitz.
Le reste du 3° corps de Davout est éparpillé sur plus de 50 kms et rejoindra dans la nuit. A l' aube du 2 décembre le coprs entier aura rallié (page 74).

Un mot sur Georges Blond : né à Marseille, officier de marine, marchande, puis dans la royale durant la guerre 39/40. Il fait naufrage et il est repéché après un bain nocturne de 12 heures...
Il devient journaliste après la guerre et écrit de nombreux livres sur
- la mer (rande aventure des Baleines),
- la guerre ( Verdun, La Marne, Le Débarquement )
- et sur l' empire ( La grande Armée , Les Cent-Jours, seul contre tous...)

Ce sujet sur la chaussure et la marche est plus important qu' il n' y parait.
Les soldats disaient " le petit Tondu gagne les batailles avec nos jambes "

Toujours dans G. Blond :
- " La Grande Armée marchait tambour battant, il y avait des tambours en tête et en queue de bataillon. Contrairement à ce que beaucoup croient, nombre de routes françaises et de grands itinéraires étaient larges à l' époque. La troupe marchait sur les côtés, laissant libre le milieu. Même consigne pour les cavaliers. Les généraux ( en voiture), les colonels ( à cheval) s' avancaient en tête de leurs unités.
Vitesse horaire 3,900 kms = une lieue de poste, " halte des pipes "( c'est l' appellation...)toutes les 3 heures et halte de 5 mn toutes les heures. Cent pas de distance entre les bataillons.
On quittait l' étape tôt le matin pour arriver à l' étape suivant tôt dans l' après-midi et les soldats par groupe de trois ou quatre, allaient cantonner dans les fermes ou les habitations prévues...."
Georges Blond souligne que c' est en théorie...

Drouet Cyril

Re: [CHAUSSURES] TROUPE

Message par Drouet Cyril »

Bonsoir,

Après vérification, la performance de la division Friant reste bel et bien impressionnante.

L’ordre de concentration fut reçu par le chef d’état-major du 3e corps, Daultanne, le 29 novembre, à 15 heures.
La brigade Heudelet partit la première, suivie du reste de la division qui quitta ses cantonnements à 21 heures.
Après avoir bivouaqué à Nicolsburg, Friant arriva à Brünn dans la matinée du 1er décembre, soit environ 36 heures après son départ. Durée qu’il lui fallut pour parcourir un peu moins de 130 km.

Salutations respectueuses.

lukian54

Re: [CHAUSSURES] TROUPE

Message par lukian54 »

:salut:
C'étaient tout de même de bons marcheurs ces soldats.
Pour moi la marche la plus impressionnante reste la retraite de Moscou au Niemen. Avec une température si basse que l'on se demande comment ces braves ont pu survivre. cela force le respect.
:fou: :Ane:

voltigeur54

Re: [CHAUSSURES] TROUPE

Message par voltigeur54 »

:salutJ'ai lu quelque part que Friant , pour relancer le moral de ses soldats qui tombaient de fatigue, a fait plusieurs fois devant, fait donner le canon, pour faire croire qu'il fallait d'urgence repartir soutenir au combat.Je ne voudrais pas aujourd'hui , non plus, oublier les Glorieux de la Rothière.A 13 heures, le brave Duhesme était seul , en avant de ses fantassins,devant La Rothière figé comme une statue. La neige opportunément gênait la visibilité,et masquait aux Prussiens, -environ 100 000-la faiblesse du rideau Français. Entre les fantassins , la cavalerie tentait de masquer les intervalles, jusqu'au pont de Dienville, sur l'Aube tenu par Gérard, contre Giulay. A gauche, adossé au bois d'Ajou , Marmont tient Morvillers : il vient juste de rejoindre. Pourtant, en face de Wrède veut sa revanche du lendemain de Hanau! Au centre Victor à la Giberie soutiendra un combat féroce contre le prince de Wurtemberg qui appelle des renforts. On verra Victor , à 50 ans charger à la baîonnette, avec ses soldats... Vous connaissez la suite et l'inquiètude de Napoléon, qui reste au chateau de Brienne jusqu'au milieu de la nuit, derrière une fenêtre , hanté de voir les Prussiens déclencher une attaque sur notre faible arrière garde en retraite... Si vous passez par Lesmont négligez le nouveau pont et allez voir les vestiges de l'ancien , rive gauche, en prenant le chemin prés de l'église , qui va au camping au bord de l'Aube. Avec quelques dizaines de grenadiers , le Rougeaud a fait là,le coup de feu le lendemain, pour en défendre l'accès , puis le brûler. Un peu plus loin Marmont servait de leurre, pour faire croire aux prussiens que les français partaient par Rosnay -l'hopital, sur la Voivre. En fait l'Empereur gagnait Piney. Mais là, c'est une autre histoire! :salut: :salut:

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