Régiments de Gardes d'honneur

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Modérateurs : Général Colbert, Cyril

lutzen 1813

Régiments de Gardes d'honneur

Message par lutzen 1813 » 09 juil. 2015, 10:59

JOUSBERT DU LANDREAU

Au début de 1813 le général de Ségur reçut la mission d'organiser le 3e régiment de Gardes d'Honneur à Tours. La chose n'alla pas sans difficultés. Une partie de ces Gardes venait de l'Ouest en particulier de la région connue sous le nom de "Vendée militaire" et certains portaient des noms célèbres de chefs de l'insurection de 1793. La roche Saint André, Marigny, Sapinaud, D'Elbée, Charrette; sans compter quelques dizaines d'autres, partageant avec ceux là les mêmes opinions et les mêmes sentiments, c'est à dire l'hostilité à Napoléon l'Usurpateur, leur attachement au retour de la monarchie et le souvenir des membres de leurs familles tués, fusillés ou massacrés.

Ségur aborde longuement dans ses Mémoires les difficultés qu'il eut avec ces hommes puisqu'il échappa même de justesse à une tentative d'assassinat.

Dés leur arrivée il comprit à leur attitude hautaine, leur hostilité larvée, que ça n'allait pas être facile. "Nous nous mesurâmes; je me redressais, mais devins pensif ".

Il remarqua en particulier l'un d'entre eux, Marie Eugène Jousbert du Landreau, arrivé avec d'autres le 5 juin. "un homme de vingt cinq ans, de cinq pieds sept pouces (1mètre quatre vingt) le plus
remarquable d'entre eux par sa vigueur, celui dont le regard m'avait paru le plus fier, le plus ardent, que le détachement avait reconnu pour chef..." Il parvint à entrer en contact avec lui et à l'inviter " d'un air plus grave que gracieux" à venir diner chez lui, du Landreau accepta.

" Je lui parlais la langue de son pays, celle du cœur et l'engageais à en faire autant. Du Landreau s'y prêta sans peine, étant au dedans comme au dehors, son extérieur haut, franc et prononcé, se trouvant être la forme visible de son caractère. Mais tout cela était royaliste et il en convint.

Je lui dis que impériale ou royale, c'était toujours la même patrie et qu'il s'agissait de la défendre, qu'à la vérité les opinions étaient libres mais pas les actions, que son uniforme, que sa cocarde étaient des engagements sacrés avec l'armée; que en les prenant, il s'était rallié à notre drapeau et que l'honneur voulait qu'il y fut fidèle; quant à son intérêt, ne valait-il pas mieux, les premiers pas étant faits, achever de bonne grâce, afin de tirer de sa position le meilleurs parti possible ? Qu'au reste il était dénoncé (Ségur avait reçu un rapport de police sur des propos séditieux de ce groupe) et que sans doute l'ordre de l'envoyer à Paris allait arriver; mais que sa parole me suffirait pour que, à tout risque, je prisse sur moi de désobéir; que je le garderais donc près de moi, qu'enfin je répondrais de lui corps pour corps, s'il me promettait en retour, de me répondre de son détachement (ses camarades proches) dont alors il serait sur-le- champ nommé sous- officier et bientôt officier sans doute". Landreau fut
ému. "Je lui tendis une main amie, en ajoutant: Est-ce convenu ? Ce geste acheva de le gagner, il y répondit, promit tout, et tint parole. Seulement , à diner, lorsque, en le regardant fixement, je portais à la santé de l'Empereur, et qu'il ne put s'empêcher de me faire raison, ce fut avec une telle crispation de muscles, que son verre en retomba brisé sur la table". Le général de Ségur tint parole. Le 16 juin Jousbert du Landreau fut nommé brigadier, le 20 juin maréchal des logis chef et le 22 juillet lieutenant .

Il fit les campagnes de 1813 et de 1814, Au cours des combats Ségur le remarqua, particulièrement lors du combat de Reims."L'un de ceux, écrit-il, dont l'audace me frappa le plus fut un jeune vendéen, le lieutenant du Landreau. C'était un de nos plus beaux hommes de guerre..."

( en revanche, du Landreau n'accepta pas du tout le retour de l'Empereur. Demander le contraire eût été beaucoup et il y a des limites à tout. Il se lança dans l'insurrection en Vendée et forma lui-même à ses frais un corps de 300 cavaliers avec lequel il combattit les troupes impériales )

CONSPIRATION et TENTATIVE D'ASSASSINAT.

Ségur n'eut pas le même succès avec d'autres Gardes.

Le 3e régiment de Gardes d' Honneur était organisé à 10 escadrons chacun de 250 cavaliers. Ces escadrons devant rejoindre successivement l'armée. Au début du mois d'octobre, 2000 Gardes étaient déjà partis. Trois escadrons, à peu près 800 homme restaient encore à Tours et parmi eux beaucoup de Vendéens et de Bretons. Jusque là tout s'était bien passé Ségur ayant mis toute son attention à faire
respecter son autorité et à se faire apprécier, lorsqu'il reçut l'ordre de faire arrêter cinq Gardes, en plusieurs jours, très discrètement, et de les envoyer à Paris. Arrêter cinq Gardes à l'insu de leurs camarades pouvait difficilement rester secret ! Cependant, quatre l'avait déjà été successivement sans remous. Il restait le cinquième, Hypolite Frotier de La Côte. Ségur avait donné des ordres en conséquence mais cette arrestation, le 8 octobre, se passa mal suite à la maladresse peut-être pasinnocente du colonel de Briançon- Belmont. Frotier de La Côte fut arrêté de telle façon que ce fut
connu immédiatement de tous ses camarades. Ségur avait mis ce Garde chez lui, décidant d'attendre le soir pour le faire emmener par la Gendarmerie. Inquiet de ce qui pouvait se passer il fit venir un sous-officier et deux gendarmes et attendit la nuit. Brusquement, sa porte fut ouverte avec fracas et deux Gardes, Paul Isidore Hay des Nétumières, que Ségur avait déjà repéré comme une tête folle, et Julien Barguain firent irruption dans la pièce, Nétumières en tête, pâle, l'air furieux, égaré, son sabre nu pendant à son poignet par la dragonne et à la main un pistolet qu'il porta brusquement à la figure de Ségur en criant "Général rendez moi La Côte ! " Ségur eut à peine le temps de lui dire de se retirer que le coup partit, la balle lui blessa l'oreille gauche et les grains de poudre lui criblèrent le visage. Un combat au corps à corps puis au sabre s'ensuivit, Barguain venant à l'aide de Nétumieres en tirant à deux reprises, le coup ratant à chaque fois ! Quant à La Côte il ne bougea pas se contentant de crier "Ah mon Dieu ! est-il possible ? quelle horreur ! Les gendarmes, réagissant un peu tardivement,
blessèrent Barguain, pendant que Ségur réussit à désarmer son adversaire. Celui-ci soudainement dégrisé, s'écria " Ah mon Dieu vous êtes couvert de sang, je vous ai assassiné, moi qui vous aimais, je suis un scélérat, tuez-moi, je vous en conjure tuez-moi donc !

Aucun autre Garde n'intervint, rien d'autre ne se passa.

Hay des Nétumières, Barguain et Frotier de La Côte furent arrêtés et mis à la disposition du Ministre de la police. (quelqu'un sur le Forum saurait-il quelles furent les suites ? ils risquaient la peine de mort, mais Ségur écrit que l'Empereur fut clément).

Quant aux noms célèbres cités par Ségur voici leurs parcours.

De La ROCHE SAINT ANDRE, il y en a deux au Registre Matricules du 3e Gardes d'Honneur, Louis Anne et Alexandre (cette famille avait fourni trois chefs vendéens) L'un et l'autre firent les Campagnes de 1813 et 1814.

BERNARD de MARIGNY Jules Antoine (de la famille du général vendéen) Il fut de ceux arrêtés au mois d'octobre.

SAPINAUD de BOISHUGUET Jules (de la famille du général vendéen) nommé lieutenant
au régiment le 8 octobre 1813. Fit les campagnes de 1813 et 1814. Ségur ayant reçu de L'Empereur quatre Légion d'Honneur à distribuer aux plus méritants, Sapinaud en fut l'un des bénéficiaires. Lors du combat de Reims ce brave jeune homme, écrit Ségur," se fit, à bout portant, briser son étoile sur la poitrine par une balle russe, blessure dont il revint, mais qui le laissa pour mort sur le champ de ce combat assez digne de mémoire ".

GIGOST d'ELBEE Louis Joseph, il fut blessé et fait prisonnier à Hanau, il mourut des suites de ses blessures. Il était le fils du général d'Elbée, fusillé en 1794 à Noirmoutiers, sa mère le fut quelques temps après.

CHARETTE de la CONTRIE Louis Athanase Urbain, fils de Louis, tué en 1796 et neveu de Charrette fusillé à Nantes en 1796. Fit les Campagnes de 1813 et 1814.

Finalement ces fils de l'aristocratie, et pas n'importe laquelle, celle qui s'était farouchement battue contre la République et en avait payée le prix, se révélèrent loyaux au drapeau qu'ils avaient accepté de défendre. Le prestige de l'Empereur et les qualités de chef de Ségur n'y furent certainement pas
étrangers. :salut: Sources: Mémoires du général comte de Ségur et Registre Matricules du 3e régiment de Gardes d'Honneur ( dont les cases "Date et sortie du corps....." ne sont généralement pas remplies )

Georges Housset aborde la question des Gardes du 3e dans son ouvrage "La Garde d'Honneur 1813-

1814" Edition Giovanangeli - 2009.

Peyrusse

Régiments de Gardes d'honneur

Message par Peyrusse » 19 juil. 2017, 21:01

« Les Gardes d’Honneur pendant la campagne de 1813-1814 », Librairie Historique Teissèdre, 2000, 108 p.

La première partie de ce livre est composée par le témoignage du jeune Stanislas Girard (né en 1790), du 2ème régiment des Gardes d’Honneur. Son récit fut publié la première fois, en volume, en 1920 mais il y avait eu une prépublication fragmentaire dans la « Nouvelle Revue Rétrospective en 1903/1904 (ce que n’indique pas la Bibliographie de J. Tulard).Son témoignage couvre en grande partie la campagne de 1813. Il est présent notamment lors de la bataille de Leipzig. Fin décembre 1813, Girard se dirige vers la France. La campagne de 1814 vient de commencer. Mais il ne prend part à aucun combat.

Néanmoins son récit, pour ces deux campagnes, est détaillé et intéressant. La réédition de ce texte est donc une bonne initiative. Le témoignage de Stanislas Girard est suivi par des extraits du « Livre d’ordres du 2ème régiment de Gardes d’honneur », formation à laquelle il appartenait. On y trouve essentiellement des ordres du jour.

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