[LÉGION IRLANDAISE]

Partagez autour de l’armement, de l’équipement et des pratiques des soldats des guerres napoléoniennes.

Modérateurs : Général Colbert, Cyril

O neills

Message par O neills »

les trois pièces (plaque hausse col et sabre semblent venir de la même famille... à vérifier :salut:

Monnet de Lorbeau

Légion irlandaise à Flessingue

Message par Monnet de Lorbeau »

Quelques avis sur les Irlandais extraits de la correspondance du général Monnet. Ce général de division commande cette unité de 304 hommes à Flessingue en juillet 1809.

- alcool
Monnet doit lutter contre l’opportunisme des soldats du bataillon irlandais qui revendent leurs rations de vin aux débits de boisson. Le général leur impose désormais de le boire à la caserne (20 juin 1809)
- origine
Le régiment irlandais comprend effectivement des Irlandais réfugiés, des Polonais et des volontaires d’autres pays (8 octobre 1807)
- état d'esprit
Monnet est réservé sur le bataillon irlandais à cause de la mentalité des officiers hostiles à leur chef non irlandais et en raison de leur mauvais esprit général. Les soldats du bataillon, en grande majorité non irlandais, doivent être employés avec “prudence” (1809)
- comportement au feu
"Le bataillon irlandais s’est distingué le 31 juillet [1809]. Le lieutenant O’Reilly est fait capitaine provisoire, le sergent Guilleme[…] est fait lieutenant provisoire et le sergent major Thuillier est fait fait sous-lieutenant provisoire" (12 août 1809)

Monnet de Lorbeau

Courage des Irlandais à Flessingue

Message par Monnet de Lorbeau »

1809, 13 novembre.
Lettre du chef du 1er bataillon irlandais au ministre de la guerre sur l’affaire de Flessingue .
.A. Original sur papier, 7 pages, SHAT, GR 7 Yd 383.


Monseigneur
Conformément aux ordres de Votre Excellence, j’ai l’honneur de lui rendre compte de ce qui est arrivé à mon bataillon pendant le siège de Flessingue, et de ce qui me regarde personnellement, depuis la capitulation jusqu’à mon arrivée à Paris.
Je suis parti de landau le 22 juillet, pour prendre le commandement du 1er bataillon du régiment irlandais. Etant arrivé à Bruxelles, j’appris la descente des Anglais dans l’île de Walcheren : l’idée de trouver l’occasion de montrer mon zèle pour le service de S. M. I., et de prouver à Votre Excellence que je n’étais pas indigne de la confiance qu’elle venait de m’accorder ; je ne perdis pas un instant pour me rendre à mon poste. La suite a justifié mon empressement puisque parvenu au lieu de l’embarquement, je me suis apperçu par les mouvements de la flotte ennemie, que la communication avec le continent allait être coupée, ce qui effectivement, eut lieu la même nuit.
Arrivé à Flessingue, M. Petrezzoli m’apprit, en me remettant le commandement, que le bataillon fort de 450 hommes à peu près ; faisait partie du camp de West Cappel ; que dans la retraite précipitée que firent les troupes du camp le jour du débarquement de l’ennemi, le bataillon montra un sang froid remarquable et notamment la compagnie des voltigeurs qui a couvert la retraite faite avec assez de désordre. Dans cette journée, le bataillon essuya quelque perte.
Le 1er août, dans une attaque faite par l’ennemi avec l’intention de s’approcher de la ville, le bataillon a considérablement souffert : il perdit en tués ou blessés le tiers de son monde. Les capitaines Dowdall et mac-Cann, les lieutenants Martin et Zelinski, ont été blessés. Le régiment aura longtems à regretter la perte des deux premiers, morts à la suite de leurs blessures.
La conduite distinguée de MM. Oreilly lieutenant, Gillmer sous-lieutenant, & Thuilliet sergent-major, leur a valu de l’avancement et des louanges annoncées dans un ordre du jour infiniement honnorable et pour eux et pour le corps. Ces louanges du général en chef ont été applaudies par tous les officiers de l’armée qui avaient eu l’occasion de voir de plus près la conduite du bataillon et devaient être d’autant plus flatteuses pour nous, que le général Monnet, ne nous avait jamais témoigné de la partialité.
Un détachement de 100 hommes, chargé dans cette journée d’occuper une ferme, s’y est maintenu contre une force infiniement supérieure, depuis 10 heures du matin, jusqu’à six heures du soir, et l’ennemi qui avait déjà, pendant deux heures, employé contre ce poste deux pièces de campagne, n’a pu l’en débusquer qu’en y mettant le feu au moyen des obus. Le lieutenant Oreilly, qui commandait ce détachement, eut son chapeau et son habit criblé de coups. C’est un officier qui promet beaucoup, et par son talent, et par son activité, et qui se distinguera un jour dans la carrière militaire. Le sergent-major Goodchild, les sergents Foster & Karpinski, les fourriers Keogh & Fléchié, les caporaux Hepner, Smith & Kent, et tous les soldats de la compagnie de voltigeurs, se sont distingués par leur intrépidité.
Si je ne craignais de tomber dans une trop grande prolixité, je citerai des exemples nombreux de courage individuel : je me bornerai à en exposer deux ou trois.
Le nommé Barrington, grièvement blessé par une balle qui lui perça l’œil, étendu par terre, priait ses camarades de finir ses jours, plutôt que de le laisser tomber entre les mains de l’ennemi. Je soupçonne que cet homme est le même qui, en traversant l’Escaut dans une barque, avec d’autres blessés, menaça le patron de le tuer pour avoir voulu se rendre à un bâtiment anglais qui tirait sur eux.
Le nommé Hood, ayant reçu dans la matinée du 1er août, une balle dans le bras droit, n’a jamais voulu le laisser panser par un chirurgien de crainte d’être envoyé à l’hôpital, et ne pouvant se servir de son fusil, il a continué de suivre ses camarades, et de leur distribuer toute cette journée des cartouches. Ce militaire, ainsi que le précédent doivent être actuellement au dépôt.
Le nommé Norton, se trouvant seul dans une maison de fermier, vit entrer trois soldats ennemis. Il eut la présence d’esprit d’endosser un habit de paysan, puis choisissant un moment favorable, il tua l’un de ces soldats d’un coup de fusil, et disposa des deux autres avec sa bayonette. Ce fait qui a été examiné de près, ne laisse aucun doute sur sa véracité.
Les Polonais du bataillon ont également donné des preuves de valeur.
Depuis le 3 jusqu’au 13, il n’est arrivé rien de remarquable au bataillon qui, cependant, se trouvait presque toujours aux avant-postes. Il y eut des escarmouches dans lesquelles nous perdîmes quelques hommes.
Le soir du premier jour du bombardement qui arriva le 13, l’ennemi fit une attaque sur nos positions. Nous étions couverts par quelques ouvrages élevés à la hâte dans la journée, et nous ne perdîmes pas beaucoup de monde. A la fin de l’attaque, je reçus une balle qui, entrant au-dessous de l’œil droit, traversa la mâchoire supérieure, et s’est fixée au-dessous de l’oreille du même côté.
Le 14, les pourparlers commencèrent, et le 15, la capitulation fut signée.
Le jour de la capitulation le bataillon se trouvait réduit de plus de moitié. Tout ce qu’il y avait d’Irlandais sous –officiers et soldats, se sont réfugiés dans les corps français, en changeant de noms. M. Gillmer sous lieutenant a été compris comme officier dans le bataillon du 65ème de ligne, de sorte que MM Koslowski capitaine, Mac-Mahon lieutenant, Eagar et Ryan sous-lieutenants, avec 114 sous-officiers et soldats représentaient le bataillon irlandais.
Ayant la conviction que mon bataillon s’était dignement comporté, et malgré les souffrances que me fesait éprouver ma blessure, je résolus que l’aigle qui nous avait été confié par S. M. I. ne tomberait pas entre les mains des Anglais. Dans cette résolution, et accompagné de M. le lieutenant Oreilly, nous essayames de traverser la flotte anglaise dans un bâteau acheté exprès et conduit par quatre Irlandais du bataillon qui avaient servi dans la marine, mais la vigilance de l’ennemi nous força bientôt de retourner, et nous nous réfugiames dans la maison d’un médecin nommé Moke, l’ami de mon compagnon et à qui nous devons toutes sortes d’obligations. Quatre jours après nous fîmes une autre tentative pour passer l’Escaut, mais le bâteau se rendant au lieu convenu d’embarquer fut saisi, et les bateliers, gens du pays, mis en prison.
Pendant 15 jours que nous avons resté chez le docteur Moke, nous apprimes, que n’ayant pas trouvé l’aigle avec le bataillon, et détrompés sur le bruit qui courait de ma mort, les Anglais nous cherchèrent de tous côtés offrant des récompenses à qui nous découvrirait, et condamnant à des peines et des amendes les habitants qui nous retireraient.
Les domestiques attachés à des officiers supérieurs anglais, logés dans la même maison que nous, commençant à y soupçonner des Français, nous fûmes obligés de nous réfugier chez un paysan, à une lieue de la ville. De cet endroit, assez favorablement situé, nous espérions gagner quelques île de la Zélande. Quelques jours après nous tentâmes de profiter de la confusion produite par l’évacuation de l’île de Zurjd-Beveland par les Anglais : mais, nous fûmes obligés d’abandonner notre projet, par la lâcheté des personnes que nous avions employé, ce qui nous exposa à mille dangers, avant de pouvoir regagner notre asyle. Ici, nous restâmes, encore un mois, affligés par les effets compliqués de ma blessure et de la fièvre dont nous étions tous les deux atteints.
La crainte s’étant emparé de notre hôte, nous fûmes mis à la porte de chez lui, & forcés de rentrer dans Flessingue et de nous adresser encore une fois à notre premier ami. Il nous procura un asyle chez une personne qui s’était déjà engagée pour la somme de 60 guinées, de nous débarquer dans l’île de Nord-Beveland. Après dix jours d’attente et de contrariété, nous nous sommes enfin embarqués au milieu de la nuit, dans une petite barque employée à chercher des légumes et autres vivres, et après avoir passé la nuit dans un trou, couvert par des cables et des voiles, nous sommes parvenus à échapper à la vigilance et aux recherches, non seulement de la garde qui était à l’entrée du port, mais de plusieurs bâtiments ennemis que nous avons rencontré dans notre traversée, et qui ont visité notre nacelle.
La même nuit nous gagnâmes le quartier général du maréchal Dumonceau qui nous a reçu de la manière la plus distinguéen, et le lendemain nous arrivâmes à Anvers. Là, Son Excellence le maréchal Bessières, à qui j’ai eu l’honneur de rendre compte de mon voyage, et à qui je remis d’après son désir quelques renseignements sur l’état de l’isle de Walcheren, a eu la bonté de s’exprimer sur ma conduite de la manière la plus flatteuse, en m’assurant même que sa majesté daignerait l’approuver.
Tel est, Monseigneur, le récit que vous m’avez fait l’honneur de me demander. Si Sa Majesté dans sa bonté daigne approuver mes efforts, et si Votre Excellence y trouve une garantie pour ma conduite future, mes vœux les plus chers seront remplis.
Veuillez agréer l’hommage des sentiments les plus respectueux avec lesquels j’ai l’honneur d’être, Monseigneur, de Votre Excellence, le très humble et très obéissant serviteur. (Signé :) Lawless, chef du 1er bataillon irlandais

augustin1813

Message par augustin1813 »

:salut:
Pour la Légion irlandaise, on lira avec profit "Mémoires d'un exilé irlandais" par Miles Byrne, disponible sur Gallica.
:salut:

le sabreur

Message par le sabreur »

Merci pour ce témoignage ! :salut:

lutzen 1813

Message par lutzen 1813 »

Très intéressant document, Monnet de Lorbeau :salut:

Monnet de Lorbeau

Merci

Message par Monnet de Lorbeau »

Merci !
Ce document était intégré à la procédure engagée contre le général Monnet de Lorbeau après sa défaite de 1809. La commison d'enquête a entendu plusieurs officiers pour savoir si cette capitulation était justifiée ou pas. Je me suis dit qu'il avait un intérêt pour le forum à plusieurs points de vue : historique de ce corps, comportement au feu de ce corps, état d'esprit des officiers de l'Empire...

Briffaut

Message par Briffaut »

Bonjour, encore une magnifique unité dissoute par la Restauration.
Question , pourquoi ne pas les réintégrer dans l'armée royale ? Sous l'ancien régime il y avait bien 4 régiments irlandais ?
Ils voulaient faire table rase de tout ce était lié à l'Empire ? :salut:

Yves Martin

L'armée sou la seconde restauration

Message par Yves Martin »

Plusieurs points concernant l'absence de régiments étrangers (hors suisses) dans l'armée de la (seconde) restauration.

Tout d'abord, cette nouvelle armée était de par son organisation même en rupture complète et profonde avec l'armée précédente et même celle d'avant 1789.

C'était volontaire et logique vu ce qui c'était passé pendant les cents jours. Seuls les régiments suisses survécurent, d'abord dans la Garde Royale. La fidélité des suisses le 10 août 1792 y trouvait sa récompense.

Autre point politique, les régiments irlandais étaient nés sous l'ancien régime de par l'exil des irlandais souvent anti-anglais. l'Angleterre avait peut être plus que tout autre pays soutenu l'émigration et remis les Bourbons sur le trône. Il était donc délicat de re-créer ces unités.

Enfin, la France ne manquait pas de "soldats perdus" étrangers, en particulier des espagnols "josefinos", polonais, irlandais etc. La seconde restauration créa donc la légion de Hohenlohe, ancêtre de la légion étrangère qui avait pour vocation d'accueillir ces hommes. Après 1830, c'est la légion qui les rassembla avec en particulier des apports polonais (après l'insurrection de 1831) et irlandais tout au long du 19e siècle surtout après la famine des années 1840.

Yves Martin

le sabreur

Message par le sabreur »

Intéressant, avez-vous des documents traitant de l'enrôlement des Irlandais dans la Légion pendant la Grande Famine ?

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