Prisonniers de guerre

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Modérateurs : Général Colbert, Cyril

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Demi-solde
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Re: Les prisonniers français de Cabrera

Message par Demi-solde »

C-J de Beauvau a écrit :
10 avr. 2020, 19:12
Sans le moindre secours de la France, les prisonniers français sont ainsi dispersés dans différentes localités du sud de l’Espagne, avant d’être conduits à Cadix, pour y être enfermés, aux côtés des marins français déjà capturés au début du soulèvement, sur les pontons de sinistre mémoire. Ce sont des vaisseaux français qui ont été capturés dans la baie de Cadix, durant les mois précédents, et sur lesquels, entassés par plusieurs centaines sur chacun d’entre eux, les Français vont mourir rapidement, de dysenterie, de typhoïde et de scorbut, au rythme parfois de 15 à 20 par jour.
Je ne suis pas sûr que les pontons de Cadix soient les navires français capturés de l'escadre du contre-amiral Rosily ; il me semble que le Neptune (80 canons de classe Tonnant, mis à l'eau en 1803), les 74 canons de classe Téméraire Algesiras (1804), Héros (1801), Pluton (1805) et la frégate Cornélie (40 canons de classe Virginie, mise à l'eau en 1797), d'excellents navires de construction récente et maintenus en bon état, ont été incorporés à la marine espagnole qui, après Trafalgar, en avait elle aussi bien besoin.

A priori, le seul navire de l'escadre de Rosily à avoir servi de ponton est l'Argonaute (ex-Vencedor, 68 canons de construction espagnole, lancé en 1755, échangé en 1806), redevenu le Vencedor en 1808.

Toutefois, parmi les coques espagnoles ayant servi de ponton aux prisonniers français à Cadix (les Castilla, Rufina, Terrible, Miño, Vencedor...), on trouve un autre navire français mais espagnol depuis 1806 : l'Argonauta (ex-Argonaute, 74 canons de classe Téméraire, lancé en 1798, rescapé de Trafalgar mais échangé avec le Vencedor en 1806 pour cause de mauvais état) a hébergé une partie des prisonniers de l'escadre de Rosily avant de recevoir des prisonniers de Dupont.

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Cordialement
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Cyril Drouet
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Re: Les prisonniers français de Cabrera

Message par Cyril Drouet »

napoleon-histoire.com a écrit :
10 avr. 2020, 19:12
Mais cette capitulation est en fait loin de plaire aux Anglais, qui vont n’avoir de cesse de ne pas la respecter.
Ce n'est pas vraiment exact.
Retour à la convention d’Andujar du 22 juillet 1808 :

« Art. 1er. Les troupes sous les ordres de S. E. M. le général Dupont sont prisonnières de guerre, la division Vedel et les autres troupes françaises en Andalousie, exceptées.
Art. 2. La division Vedel et toutes les troupes généralement en Andalousie, n'étant point dans la position des troupes comprises dans l'article précédent, évacueront l’Andalousie.
Art. 3. Les troupes comprises dans l'article second, conserveront généralement tous leurs bagages; et pour éviter tout sujet de trouble pendant la marche, elles remettront leur artillerie, trains et autres armes, à l'armée espagnole, qui s'engage à les leur rendre au moment de l'embarquement.
Art. 4. Les troupes comprises dans le premier article du traité, sortiront de leur camp avec les honneurs de la guerre, chaque bataillon ayant deux canons en tête, les soldats armés de leurs fusils qui seront déposés à. 400 toises du camp.
Art. 5. Les troupes du général Vedel et autres ne devant pas poser les armes, les placeront en faisceau sur leur front de bandière; elles y laisseront aussi leur artillerie et train; et il sera dressé procès-verbal par des officiers des deux armées et le tout leur sera remis ainsi qu'il est convenu dans l'article troisième.
Art. 6. Toutes les troupes françaises en Andalousie, se rendront à. San Lucar [port andalous à l’embouchure du Guadalquivir] et Rota [port andalous de la baie de Cadix], par journées d'étapes qui ne pourront excéder quatre lieues de poste avec les séjours nécessaires, pour être embarquées sur des vaisseaux avec équipages espagnols et transportées en France au port de Rochefort.
Art.7. Les troupes françaises seront embarquées aussitôt leur arrivée et l'armée espagnole assure leur traversée contre toute expédition hostile.
[…]
Art. 14. Les blessés et malades de l'armée française laissés dans les hôpitaux, seront traités avec le plus grand soin et seront transportés en France sous bonne et sûre escorte aussitôt leur guérison.
[…]
Art. 16. Tous les employés civils, attachés à l'armée française, ne sont point considérés comme prisonniers de guerre, et jouiront cependant, pendant leur transport en France, de tous les avantages de la troupe dans la proportion de leurs emplois.
Art. 17. Les troupes françaises commenceront à. évacuer l’Andalousie, le vingt trois juillet à. quatre heures du matin; pour éviter la grande chaleur, la marche des troupes s'effectuera la nuit et se conformera aux journées d'étape qui seront réglées par MM. les chefs d'État-Major français et espagnols, en évitant le passage des troupes dans les villes de Cordoue et de Séville.
Art. 18. Les troupes françaises pendant leur marche, seront escortées par les troupes de ligne espagnoles, à raison de 300 hommes par colonne de 3 000 hommes et MM. les officiers généraux seront escortés par des détachements de cavalerie de ligne.
Art. 19. Les troupes dans leur marche seront toujours précédées par des commissaires français et espagnols qui devront assurer les logements et vivres d'après les états qui leurs seront fournis. »


La convention fut accompagnée de cette proclamation de Castaños, commandant en chef des troupes espagnoles d’Andalousie (27 juillet) :
Espagnols,
Vous voulez être de bons soldats ? Apprenez donc à respecter le malheur. Les troupes françaises, sous les ordres du brave général Dupont, sans armes et prisonnières de guerre, vont traverser toute l'Andalousie pour se rendre à San Lucar, où elles doivent s'embarquer pour Rochefort, en vertu de la Capitulation que j'ai déjà publiée.
Pères de famille qui avez des fils dans mes armées, donnez aux Français tous les secours dont ils ont besoin et tous les soins qu'ils réclament. Réfléchissez qu'un sort semblable pourrait être celui de vos enfants, et que si cela arrivait (ce qu'à Dieu ne plaise), vous souhaiteriez qu'ils fussent traités avec douceur et avec humanité.
Quiconque aura insulté un Français sera traduit au Quartier Général, où un Conseil de guerre convoqué spécialement le condamnera à mort dans les 24 heures.
Mes soldats, écrivez aux vôtres, ou faites-leur savoir que les Français sont braves et bons par eux-mêmes et qu'ils méritent d'être traités avec générosité. S'ils sont venus combattre, c'est qu'ils en ont reçu l'ordre, et ils ne sont pas coupables des affronts qu'on nous a faits, et de l'ignominie dont leur gouvernement a voulu nous couvrir aux yeux de l'Europe et de la postérité. »


Du côté français, les doutes germèrent bien vite comme en témoigne cette lettre de Dupont à Castaños (2 août) :
« Monsieur le colonel du régiment de Murcie, commandant l'escorte, vient de me communiquer la liste des cantonnements désignés pour les troupes que je commande, en attendant leur embarquement. Ces cantonnements s'étendent de San Lucar jusqu'à Utrera, à 14 lieues de distance. Cette disposition semble indiquer que l'embarquement est éloigné. Cependant le traité fait à Andujar porte formellement que les troupes seront embarquées aussitôt leur arrivée à Rota et San Lucar.
La sûreté contre les Anglais est garantie par le même traité. Mais je dois observer à Votre Excellence que je ne peux recevoir, comme titre de garantie, que des passeports du Roi d'Angleterre même et de l'amirauté anglaise. Un passeport donné par un amiral peut être regardé comme nul par un autre amiral, et il n'y a que le gouvernement anglais qui puisse garantir réellement le passage contre ses escadres.
Nous avons traité avec bonne foi, et j'ai la plus grande confiance dans votre loyauté. D'un côté, nos conventions portent que les troupes françaises seront embarquées sur-le-champ, et cependant l'embarquement n'est pas préparé ; d'un autre côté, la sûreté du passage ne peut être garantie que par le gouvernement anglais et non par ses commissaires ou amiraux, et il faut un temps considérable pour recevoir ces passeports de Londres. D'après ces considérations, je crois devoir proposer à Votre Excellence une modification au traité d' Andujar. Malgré tous les inconvénients attachés à une aussi longue route, je vous propose de me retirer, par terre, sur Bayonne ou Perpignan. Ainsi, toutes les difficultés se trouveront levées, et vous y verrez, dans cette disposition, des avantages particuliers pour vous. Je sens tout ce qu'il en coûtera aux troupes françaises, mais nous ne pouvons pas rester dans l'état d'incertitude où nous sommes, relativement au moment de l'embarquement et à la sûreté sur mer. L'honneur et la loyauté, dont nous faisons également profession, exigent cette nouvelle convention. »


Le retard à l’embarquement, en violation de l’article 7 de la convention d’Andujar, était du à l’amiral Colligwood. Ce dernier, prétextant que l’Angleterre n’était pas engagée par ladite convention, avait en effet notifié aux Espagnols, qu’en attendant instructions de se supérieurs, il ne pouvait laisser les troupes françaises prendre la mer.
En réponse à la missive de Dupont, Castaños compléta quatre jours plus tard la convention d’Andujar par les articles suivants :
« Art. 1er. On a déjà sollicité du Roi d'Angleterre et de l'Amirauté anglaise des passeports pour la sûreté du passage des troupes françaises.
Art. 2. L'embarquement s'effectuera sur des vaisseaux de guerre de l'escadre espagnole, ou sur tous autres bâtiments de transport qui seront nécessaires pour conduire le total des troupes françaises, au moins par division, à commencer par celle du général Dupont, et immédiatement après, celle du général Vedel.
Art. 3. Le débarquement s'effectuera sur les côtes du Languedoc ou de Provence, ou bien au port de Lorient, selon que le voyage sera jugé plus commode et plus court.
Art. 4. On embarquera des vivres pour un mois et plus, afin de prévenir tous les accidents de la navigation.
Art. 5. Dans le cas qu'on n'obtint pas de l'Angleterre les passeports de sûreté qu'on a demandés, alors on traitera des moyens les plus propres pour le passage par terre.
Art. 6. Chaque division des troupes françaises sera cantonnée sur différents points, dans un rayon de huit à dix lieues, en attendant que le susdit embarquement ait son effet. »


Dupont, cherchant à obtenir de nouveaux éclaircissements au sujet de l’exécution de ces articles additionnels, reçut finalement cette réponse de Tomas de Morla, capitaine-général d’Andalousie, le 8 août :
« Je regrette beaucoup de ne pouvoir en aucune façon accéder à ce que Votre Excellence désire. Quand le général Castaños accorda la Capitulation dont se prévaut Votre Excellence, il ne put promettre au delà de ce qui était possible au gouvernement, ni Votre Excellence compter sur autre chose. Il ignorait d'ailleurs les moyens de mettre à exécution ce qu'il offrait avec la meilleure bonne foi. Aussi me communiqua-t-il immédiatement cette Capitulation pour en obtenir la ratification le plus tôt possible. Mais j'en vis bientôt l'impossibilité. Dans l'état où notre ruineuse alliance avec la France a mis notre marine et notre commerce, où prendrions-nous les vaisseaux nécessaires pour transporter dix-huit mille hommes ? Et quand nous les aurions, votre Souverain nous a-t-il laissé les moyens de les équiper et de les approvisionner ? Les Anglais laisseront-ils passer impunément des troupes si nombreuses, pour qu'elles aillent leur faire la guerre ? A quel titre exigerons-nous ce consentement ? Que Votre Excellence se persuade donc que le prompt transport des troupes qu'elle commande est absolument impossible et au-dessus de nos moyens.
Que Votre Excellence me permette de lui dire qu'elle ne peut espérer d'être bien reçue par les peuples, après avoir ordonné ou permis les pillages et les cruautés que son armée a exercés en diverses villes et nommément à Cordoue. Elle peut seulement espérer de nous des sentiments d'humanité; ceux que Votre Excellence réclame de notre générosité seraient des témoignages d'imbécillité, de stupidité même. Votre Excellence ne pourrait même pas s'y attendre de la part d'anachorètes.
Votre Excellence ne peut à aucun titre réclamer près de nous le droit des gens et ceux de la guerre qui ont été violés avec tant de perfidie dans la personne même de nos bien-aimés Souverains, et avec les troupes qui, de bonne foi, étaient allées vous soutenir. Où sont les soldats que nous envoyâmes dans le Nord ? Où sont ceux envoyés à Lisbonne ? Désarmés par ruse, ils se voient plongés à fond de cale sans qu'on puisse leur imputer d'autres fautes que d'être allés vous secourir.
La conduite même de la France nous autorise, à toutes sortes de titres, à faire à ses troupes tout le mal possible. Mais le caractère du Gouvernement et celui de la Nation s'opposent à ce que nous cessions d'agir noblement. Telle a été ma conduite : j'ai exposé ma personne pour sauver celles de vos compatriotes de l'Escadre et ceux résidents en cette ville. Je fais en ce moment tous mes efforts pour protéger les troupes qui nous ont fait tant de mal. Mais il est nécessaire que Votre Excellence n'irrite pas davantage le peuple par sa conduite et celle qu'elle fera observer à ses troupes. Il faut absolument se résigner. Si Votre Excellence et ses généraux demandent à retourner en France, ils pourront le faire aussitôt. Il est indispensable que les troupes soient distribuées en plusieurs lieux, où j'aurai soin qu'il soit pourvu à leurs besoins et qu'on les défende contre la fureur de la populace, espérant que, de leur côté, elles contribueront à l'apaiser par leur modération.
Quant à ce qui regarde personnellement Votre Excellence et les autres Généraux, je ne puis me dispenser d'insister sur son embarquement. Si absolument Votre Excellence s'y refuse, je n'aurai d'autre sûreté à donner à sa personne que de lui fixer pour demeure un couvent hors de la ville. Son intérêt me fait une loi de cette mesure.
Voilà tout ce que je puis promettre à Votre Excellence. J'ajouterai que toute opposition serait inutile, et n'aurait pour résultat que d'aigrir davantage les esprits des habitants.
Je demeure de Votre Excellence l'empressé et sincère serviteur. »


La messe était dite et la convention d’Andujar définitivement enterrée. Aux plaintes de Dupont, Morla, dans une nouvelle lettre en date du 10 août, persista et signa :
« Jamais je n'use de mauvaise foi, ni de feinte artificieuse. Dans la lettre en date du 8 que j'écrivis à Votre Excellence, je m'expliquai avec la plus grande candeur, selon mon caractère, et je me vois avec peine obligé, par votre réplique datée d'hier, de répéter sommairement ce que j'ai eu l'honneur de dire alors à Votre Excellence, et qui, étant certain, ne peut cesser de l'être et de se vérifier.
Ni la Capitulation, ni l'approbation de la Junte, ni même un ordre exprès de notre Roi bien-aimé ne peuvent rendre possible ce qui ne l'est pas ; il n'y a point de vaisseaux ni de moyens d'en avoir, pour transporter votre armée. Quelle meilleure preuve en pouvons-nous donner, que l'obligation où nous nous voyons, malgré les graves inconvénients qui en résultent pour nous, de retenir ici les prisonniers de votre Escadre, par l'impossibilité de les transporter sur d'autres points, hors du continent ?
Quand le général Castanos promit d'obtenir un passeport des Anglais pour votre armée, il ne put s'obliger à plus qu'à le demander avec instance : et c'est ce qu'il a fait. Mais comment Votre Excellence peut-elle croire que la Nation Britannique consente à lui livrer passage, certaine que ces troupes vont lui faire la guerre sur d'autres points, ou sur le même ?
Je me persuade que ni le général Castaños, ni Votre Excellence n'ont cru qu'une semblable Capitulation pût s'exécuter de point en point. L'objet du premier fut de sortir d'embarras, et celui de Votre Excellence d'obtenir quelques conditions qui, quoique impossibles à remplir, honorassent sa reddition formelle. Chacun obtint ce qu'il désirait ; et maintenant il n'y a de véritablement obligatoire dans ce traité que ce que prescrit l'impérieuse loi de la nécessité.
Le caractère national ne nous permet pas d'user envers les Français d'autre loi que de celle-ci et non de celle des représailles. Votre Excellence m'oblige à lui exprimer des vérités qui doivent lui être amères. Quel droit peut avoir, pour exiger l'accomplissement d'articles impossibles à remplir, une armée qui, entrée en campagne en proclamant une alliance et une union intimes, a emprisonné notre Roi et son auguste famille, livré ses palais au pillage, assassiné et volé ses sujets, détruit ses villes et l'a dépouillé de sa couronne ? Si Votre Excellence ne cherche pas à attirer de plus en plus sur elle la juste indignation du peuple, que j'ai tant de peine à réprimer, elle abandonnera de si insoutenables prétentions, et tâchera d'adoucir par sa conduite et sa résignation la vive sensation des horreurs qu'elle a récemment commises à Cordoue. Que Votre Excellence soit bien persuadée que je n'ai d'autre objet en vue que son propre intérêt, quand je lui donne cet avis. Le vulgaire irréfléchi croit seul devoir rendre le mal pour le mal, sans apprécier les circonstances ; et je ne puis négliger de rendre Votre Excellence responsable des résultats funestes que peut avoir sa répugnance à ce qui ne peut ne pas être.
Les ordres donnés par moi à Don Juan Creagh, et communiqués à Votre Excellence, sont ceux mêmes de la Junte Suprême, et sont, de plus, indispensables dans les circonstances présentes. Le retard qu'éprouve leur exécution alarme le peuple et entraîne des inconvénients : déjà ledit Creagh m'a fait part d'un accident qui ajoute à mon inquiétude. Quel stimulant pour la populace que de savoir qu'un seul soldat portait sur soi 2 180 livres tournois ?
C'est là tout ce que j'ai à répondre à Votre Excellence, et j'espère que ce sera la dernière contestation que j'aurai avec elle à ce sujet. Restant d'ailleurs désireux de lui complaire en toute autre chose, je demeure son empressé et sincère serviteur. »


De son côté, Collingwood, ayant obtenu des instructions de Londres, écrivait à la Junte de Séville :
« Ayant reçu une demande de la Junte Suprême de Séville, pour délivrer des passeports à certains navires qui seraient employés à transporter au port de Rochefort les troupes françaises qui capitulèrent à Baylen, je dois signifier à VV. EE. les ordres que j'ai reçus à ce sujet des ministres de S. M. La valeur et l'énergie dont l'armée espagnole a donné des preuves, les glorieux résultats auxquels conduisirent les grands talents militaires du général qui la commandait, la valeur, l'intrépidité et la loyauté avec lesquelles cette victoire fut obtenue, ont excité dans l'âme de S. M. la plus grande admiration. Néanmoins, je dois faire connaître à VV. EE. qu'une capitulation faite avec les ennemis de Sa Majesté et où elle n'a pris aucune part, ne peut obliger S. M. à en exécuter aucune clause, comme l'enseignent les principes établis dans les lois des nations ; d'ailleurs, quoique S. M. le Roi ait prononcé la suspension des hostilités avec les territoires d'Espagne non soumis à la France, et que S. M. ait notifie son intention de les soutenir et que, actuellement, elle vienne au secours des provinces d'Espagne qui ont pris les armes contre la France, S. M. n'a fait aucun contrat avec aucune partie de l'Espagne, et celle-ci n'a pas fait à S. M. de proposition pouvant lier à aucun titre le droit qu'elle possède comme belligérant indépendant.
Mais alors même que l'Espagne serait unie à l'Angleterre par un traité et qu'elle fût un allié connu, S. M. étant en guerre avec la France, conserverait encore le droit de s'opposer au transport en France d'un ennemi qui, à un titre quelconque et mettant à profit toutes les circonstances imaginables, viendrait ici prendre les armes et opérerait hostilement contre S. M. ou contre ses alliés. Les Espagnols ayant pris l'engagement à Baylen de conduire l'armée française à Rochefort, l'exécution d'un semblable traité serait une restriction des droits de S. M. comme puissance belligérante indépendante.
En somme, mon devoir est de protester contre le droit que l'Espagne suppose avoir, de considérer S. M. comme obligée par la convention à cesser les hostilités contre un ennemi rapatrié d'une manière semblable. Mais nonobstant ce droit légitime qui autorise S. M. à s'opposer à l'exécution du traité, S. M., toutes les circonstances de l'affaire ayant été considérées, ne s'y opposera pas, sous la condition que les clauses relatives à la sécurité des possessions de S. M. soient observées :
1° L'armée française d'Andalousie qui capitula à Baylen s'embarquera par fractions n'excédant pas 4 000 hommes pour chacune d'elles, dans des navires marchands, désarmés et portant équipages espagnols, pour être conduites à un port de France qui ne soit pas bloqué par les escadres anglaises ;
2° Comme le port de Rochefort est étroitement bloqué par les escadres de S. M., d'après l'article précédent elles ne peuvent prétendre être débarquées dans ce port, mais il sera permis de débarquer les prisonniers français dans quelque autre port entre Brest et Rochefort ;
3° Que, afin d'empêcher que les navires transportant les susdites troupes capitulées, ne soient détenus par le gouvernement français et employés hostilement contre les possessions de S. M., l'embarquement en Espagne s'exécutera de manière que la 2e fraction ne mette à la voile d'Espagne que lorsqu'on aura constaté le retour de la 1ère, et ainsi de suite ;
4° Il devra être entendu que les prisonniers ne peuvent être transportés en France sur des navires de guerre, l'Angleterre ne pouvant y consentir vu la conduite antérieure de la France.
Telles sont les conditions sous lesquelles S. M. daigne consentir au retour en France des troupes capitulées, sans qu’elle y mette empêchement. Naturellement il devra apparaître à la Junte Suprême que tant qu'il n'y aura pas un gouvernement central en Espagne et jusqu'à ce qu'il existe des traités réciproques entre la Grande-Bretagne et la Nation Espagnole, et qu'il soit adopté un système de conduite pour l'autorité même et pour les nombreux intérêts, la Grande-Bretagne est obligée de consulter sa propre sécurité et de soutenir ses propres droits ; nonobstant elle est prête à les sacrifier en faveur de l'Espagne, toutes les fois que son honneur et ses véritables intérêts seront compromis.
En tant que cela peut se concilier avec la sécurité permanente et les intérêts de l'Empire Britannique, j'ai l'honneur de remettre à VV.EE. des passeports pour les navires espagnols marchands et désarmés qui seront chargés de transporter 4 000 hommes des troupes françaises à des ports de France entre Rochefort et Brest, devant être clairement entendu qu'il ne sera permis en aucune façon de débarquer dans aucun des ports mentionnés, et qu'il ne sera pas embarqué plus de 4 000 hommes jusqu'à ce que les navires qui auront transporté la 1ère fraction soient de retour. »


Les propositions n’y changèrent rien. Vinrent ensuite les pontons de Cadix et les terribles conditions de détention de Cabrera…
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