[INFANTERIE LÉGÈRE] Uniformes

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Modérateur : Général Colbert

rigodon d'honneur

[INFANTERIE LÉGÈRE] Uniformes

Message par rigodon d'honneur »

Jean-Louis a écrit :(...) il est fait mention, dans le premier ouvrage, de la « collection Carl », notamment pour les uniformes du 16ème Léger que nous essayons de représenter en reconstitution. Quelqu’un connaît-il cette source ?
La collection Carl est une collection de ce qu'on appelle les "petits soldats de Strasbourg", des petits soldats sur papier/carton, au même titre que les collections Wurtz, Boeswilwald. ce sont les 3 collections de "petits soldats de Strasbourg" les plus connues.

Théodore Carl (1837-1904) tenait un commerce de draperie de son père. après son mariage il y ajoute un commerce de fleurs artificielles. à côté de ces activités, il ne cesse de peindre des petits soldats, surtout à partir de 1880 et jusqu'à sa mort. il dessine lui-même ses figurines, puis les fait multiplier par un imprimeur. Ensuite il les colle sur du carton, les colorie, puis les découpe et les monte sur des plots.
Propriété de sa veuve, la collection passe en Algérie et revient à Strasbourg pour entrer, par donation, au musée historique en août 1955.

Le musée historique de Strasbourg possède ainsi plusieurs dizaines de milliers de petits soldats peints sur papier, soit l'une des plus importante collection de ce genre en France.

:arrow: http://petitssoldatsdestrasbourg.blogsp ... Th.%20Carl
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:salut:
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Cyril Drouet
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L'INFANTERIE LÉGÈRE : La (pseudo) punition de la 24e demi-brigade légère

Message par Cyril Drouet »

La veille de Marengo, la 24e demi-brigade légère (brigade Herbin, division Chambarlhac, sous le commandement général de Victor) fut engagée dans une affaire aux abords de la Bormida. Coignet dans le manuscrit original de ses célèbres Cahiers donne ce court récit :
« On détache la 24e demi-brigade pour pointer en avant à la découverte. Et elle marcha très loin et elle découvrit les Autrichiens et eut une affaire sérieuse avec une avant-garde. Et ils perdirent du monde. Il n’y eut plus de doute que les Autrichiens étaient devant nous, et ils étaient cachés dans la ville d’Alexandrie. »

Les Cahiers de Coignet publiés pour la première fois en 1851 furent achetés en 1882 par le bibliothécaire Lorédan Larchey.
Six ans plus tard, voici ce que l’on pouvait à présent lire :

« [La veille de Marengo] la 24e demi-brigade fut détachée pour pointer en avant, à la découverte. Elle marcha très loin et finit par rencontrer des Autrichiens. Même elle eut avec eu une affaire très sérieuse. Elle fut obligée de se former en carré pour résister à l'effort des ennemis. Bonaparte l'abandonna dans cette position terrible. On prétendit qu'il voulait la laisser écraser. Voici pourquoi. Lors de la bataille de Montebello, cette demi-brigade ayant été poussée au feu par le général Lannes, commença par fusiller ses officiers. Les soldats n'épargnèrent qu'un lieutenant. Je ne sais au juste quel pouvait être le motif de cette terrible vengeance. Le consul, averti de ce qui s'était passé, cacha son indignation. Il ne pouvait sévir en face de l'ennemi. Le lieutenant, qui avait survécu au désastre de ses camarades, fut nommé capitaine, l'état-major recomposé immédiatement. Mais néanmoins on conçoit que Bonaparte n'avait rien oublié.
Vers les cinq ou six heures du soir, on nous envoya pour dégager la 24e. Quand nous arrivâmes, soldats et officiers nous accablèrent d'injures, prétendant que nous les avions laissé égorger de gaieté de coeur, comme s'il dépendait de nous de marcher à leur secours. Ils avaient été abîmés. J’estime qu’ils avaient perdu la moitié de leur monde : ce qui ne les empêcha pas de se battre mieux le lendemain.»

Cette version a été ensuite de nombreuses fois reprise au fil des éditions des fameux Cahiers.
Etonnants changements sur lesquels il convient de se pencher.



Revenons ainsi à la bataille de Montebello, le 9 juin 1800, où la 24e légère est sensée s’être mutinée et avoir passé par les armes ses officiers.

Le 12 juin suivant, Berthier fit ce rapport à Bonaparte :
«L'avant-garde se battait depuis quatre heures, le terrain était disputé pied à pied, les positions importantes étaient tour à tour prises et reprises; jamais combat ne fut plus opiniâtre.
La réserve, commandée par le général Victor, reçoit l'ordre d'appuyer l'avant-garde. La 24e et un bataillon de 500 hommes commandé par le citoyen Delpuech se portent sur la droite, tandis que le général Herbin, avec trois compagnies de carabiniers, charge avec vigueur la gauche de l'ennemi. Les 43e et 96e [c’est dans cette demi-brigade que servait Coignet], commandées par le général Rivaud [il s’agit ici d’une des deux demi-brigades de la division Chambarhac ; l’autre, commandée par Herbin, était composée de la 24e légère], s'ébranlent à leur tour et marchent au pas de charge. La 24e tourne l'ennemi par la gauche, gagne les hauteurs, enlève deux pièces de canon et fait un grand nombre de prisonniers. La 96e charge avec impétuosité le centre sur la grande route et parvient à le percer au milieu d'une grêle de mitraille. Bientôt plusieurs parties de la ligne ennemie commencent à plier; les généraux Victor et Lannes profitent de ce moment, l'ordre est donné à tous les corps de charger à la fois. L'ennemi cède sur tous les points, le désordre et l'épouvante sont dans ses rangs, sa déroute est complète; il est poursuivi dans sa fuite jusqu'à Voghera. »

Brossier, dans le Journal de la campagne de l’Armée de réserve, écrit ceci :
« Par ordre du général en chef, la 24e légère et la 96e de bataille s'avancent sous le commandement du général Victor.
L'avant-garde de la 24e légère s'était déjà portée en avant pour soutenir les deux bataillons de la 6e, aux ordres du général Gency; alors, la 6e légère et le 3e bataillon de la 96e passent le Coppo, au-dessous du bourg, à l'effet de tourner les pièces et d'envelopper l'ennemi, et les 1er et 2e bataillons de la 96e se réunissent à l'attaque centrale.
L'ennemi, justement effrayé de ce mouvement, veut battre en retraite, pour éviter d'être pris en flanc sur sa gauche par la 6e légère, réunie à la 24e. Attaqué en même temps de front par le général Lannes et les deux bataillons de la 96e, chargé, en outre, par les troupes à cheval, il se débande et fuit en déroute. »

Et du côté du Bulletin de l’Armée de réserve du 10 juin :
« Le général Victor a fait donner la division Chambarlhac d'une manière extrêmement heureuse. »


Rien donc faisant penser aux allégations de la versions de 1883.



Passons à présent à la journée du 13 juin où la 24e légère est sensée avoir été punie par Bonaparte de son attitude lors de la bataille du 9.

Victor, le 16 juin, fit le rapport suivant à Berthier:
« La division commandée par le général Gardanne [44e et 101e de ligne], s'est portée de San-Giuliano à Marengo pour attaquer les ennemis réunis dans ce village au nombre de 3 000 hommes d'infanterie, soutenus de quatre pièces de canon. Elle s'est dirigée en deux colonnes sur les routes de San-Giuliano et de Spinetta. L'attaque a été formée aux débouchés de ces deux routes, les ennemis étant en ordre de bataille; elle a été engagée par une canonnade, suivie d'une fusillade assez vive. Nos bataillons, marchant au pas de charge, ont rompu les ennemis, et les ont forcés à se retirer en désordre jusque sur le pont de la Bormida, laissant en notre pouvoir deux pièces de canon, leurs caissons et environ 100 prisonniers. Quelques tirailleurs ont été portés sur la rive droite de la Bormida; mais le feu de trente pièces de canon les ont forcés à se retirer.
La division Gardanne s'est aussitôt établie sur une ligne parallèle au courant de la Bormida, la droite appuyant au ruisseau de Marengo, la gauche à celui de San-Carlo.
La division Chambarlhac [24e légère, 43e de ligne, 96e de ligne] est venue se placer en seconde ligne sur le même front »

Deux rapports de Berthier en date du 14 indiquaient également ceci :
« Le général Gardanne, soutenu de la 24e légère, l'a attaqué dans cette position, a enlevé le village de Marengo, fait environ 200 prisonniers et pris deux pièces de canon. »

« L'armée marche sur San-Giuliano que l'avant-garde de l'ennemi évacue pour aller prendre position à Marengo. Il y est attaqué par la division Gardanne, soutenue de la 24e légère, et est forcé de se retirer jusqu'à son pont sur la Bormida, après avoir perdu 2 pièces de canon et 180 prisonniers. »



Rien donc dans ces trois rapports sur une 24e légère laissée en pointe, seule à son sort, punie pour sa mutinerie (elle aussi non étayée) de Montebello.
Autant dire, qu’à moins d’éléments nouveaux, je ne crois en rien la version de 1888 si souvent reprise par la suite.
Le Briquet

L'INFANTERIE LÉGÈRE : La (pseudo) punition de la 24e demi-brigade légère

Message par Le Briquet »

Bonsoir,

Je me souviens de ce passage chez Coignet. Merci pour cette enquête.
Mais alors, qu'en déduisez-vous ? Le problème vient-il de Coignet ou de l'éditeur ?
Les cahiers sont passé en vente il y a peu, je ne sais qui est l'heureux acheteur (s'ils ont trouvé nouvel acheteur). Une réédition plus originale serait un beau projet.

Le Briquet.
Cyril

L'INFANTERIE LÉGÈRE : La (pseudo) punition de la 24e demi-brigade légère

Message par Cyril »

Mais pourquoi donc l'éditeur aurait-il glissé cette (a priori) erreur dans le récit?
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Cyril Drouet
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L'INFANTERIE LÉGÈRE : La (pseudo) punition de la 24e demi-brigade légère

Message par Cyril Drouet »

Le Briquet a écrit : 27 oct. 2017, 17:05 Le problème vient-il de Coignet ou de l'éditeur ?
Dans l'édition de 1888, il est précisé à la suite de ce passage :
« Cet alinéa et le précédent ont été ajoutés pendant l'impression de la première édition, faite à Auxerre sous les yeux de l'auteur. On ne les retrouve point sur son manuscrit. »

J’ai vérifié dans la première édition des Cahiers, parus sous le titre de « Souvenirs de Jean-Roch Coignet » chez Perriquet, à Auxerre, en 1851 ; et effectivement, la version de la punition du 13 juin suite à la mutinerie de Montebello est bien présente sous les mêmes termes.
En 1851, Coignet était vivant. Je ne sais que penser de cette différence entre son manuscrit et les Souvenirs de 1851 ; différence d’autant plus étonnante qu’elle introduit une histoire abracadabrantesque dont la fausseté est facilement démontrable.

A noter que l’année suivant l’achat du manuscrit, Larchey publia en 1883 les Cahiers. Dans cette édition, le passage concernant la 24e légère est celle du manuscrit original.

Larchay céda ses droits en 1891 à Hachette. L’édition de 1896 reprend textuellement le passage de 1888, note comprise. Par contre, chez Tallandier, dans l’édition de 1912, on pouvait lire ceci :
« La 24e demi-brigade fut détachée pour pointer en avant, à la découverte. Elle marcha très loin et finit par rencontrer les Autrichiens. Même elle eut avec eux une affaire très sérieuse. Elle fut obligée de se former en carré pour résister à l'effort des ennemis.
Vers les cinq ou six heures du soir, on nous envoya pour dégager la 24e. Quand nous arrivâmes, soldats et officiers nous accablèrent d'injures, prétendant que nous les avions laissé égorger de gaîté de cœur, comme s'il dépendait de nous de marcher à leur secours.
Ils avaient été abîmés. J'estime qu'ils avaient perdu la moitié de leur monde, ce qui ne les empêcha pas de se battre encore mieux le lendemain. »

Ici, la version de 1851 était reprise mais disparaissait tout le passage de la punition ordonnée par Bonaparte en représailles de la mutinerie de Montebello.
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