PRISONNIERS de GUERRE

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Modérateurs : Général Colbert, Cyril

Dominique Contant

Re: Les prisonniers de guerre : la garde des prisonniers

Message par Dominique Contant »

Merci Cyril.
Vous m’apprenez une chose.
Je pensais que cet article parlait de l’obligation qu’avait la Gendarmerie d’aider à l’escorte des PDG. En fait il s’agissait de l’obligation de faire un rapport ; ça se tient et ça explique tout. Parce qu’en fait l’impression qui restait de cette affaire c’est que le Gendarme avait « balancé » le Sergent. Alors que non, il n’a fait que son devoir ; Discipline militaire.

Le document 5 est celui que j’ai donné au début mais je le répète pour maintenir la cohérence.,

Bordeaux le 16 décembre 1812

Mon Général
Le 14 courant je reçu de Mr le Capitaine Costa Commandant la Gendarmerie du département des Landes à Mont de Marsan copie d’un procès verbal sous la date du 7 de ce mois envoyé à S(on) E(xcellence) le duc de Conégliano notre premier Inspecteur Général constatant que le 5 du courant entre St Vincent et Dax le nommé Bedu Sergent au 121° Régiment de Ligne commandant 10 hommes et un caporal du même régiment chargé de conduire à Dijon un détachement de 42 prisonniers de guerre espagnols (c’est à dire que 42 seulement ont été présents à Bordeaux), que ce nommé Bedu aurait assassiné d’un coup de fusil un prisonnier espagnol que la fatigue une maladie empêchait de suivre le convoi. Le contenu de ce procès verbal, que l’honneur de vous adresser ci-joint sous le N° 1 me fit une telle impression d’indignation que je visitai mon registre des troupes de passage et trouvait ce même Bedu arrivé le 13 avec son convoi de prisonniers espagnols à Bordeaux j’ordonnai sur le champs à Mr le Capitaine Trigant-Geneste Commandant la Gendarmerie à Bordeaux l’arrestation du Sergent Bedu et à l’interroger de suite sur le délit dont il est accusé. Vous trouverez cette pièce, Mon Général, sous le N° deux. A l’instant de cette arrestation je fis commander un sergent du 66° Régiment de Ligne pour le remplacer.
Le lendemain 15 avant le départ de ces prisonniers de guerre je me rendis en personne au Fort du Hâ accompagné du Brigadier de Gendarmerie Landier et de quelques gendarmes. Je fis rassembler les 42 prisonniers Espagnols en présence du Sergent Bedu ; je leur demandai s’ils avaient reçu pendant leur route de Bayonne à Bordeaux le pain et leurs 25 centimes par jour où la valeur en nature. Tous se plaignirent de ce Sergent Bedu. Ils assurent que pendant trois jours il leur fit donner au lieu des 25 centimes par homme, une bouteille de mauvais vin de 3 en trois ; que pendant deux ou trois jours il ne leur donna que le pain. Ce Bedu présent à cette confrontation ne pouvant démentir les justes dépositions des prisonniers dont vous trouverez ci-joint N° 3 leur déclaration je lui fis rendre 71 F qui furent distribués aux Espagnols présents attendu que 12 sont restés à l’hôpital de St Raphaël.
D’après le procès verbal N° 1 il paraît certain que Bedu aurait reçu en argent le transport de Bayonne à Dax qui lui avait été accordé pour les malades qui se trouvaient dans son convoi ; ce fait sera facile à vérifier.
Je pense, Mon Général, que j’ai fait mon devoir en faisant arrêter ce sous officier. Il restera au Fort du Hâ en attendant vos ordres ultérieurs.
J’ai l’honneur de vous saluer, Mon Général, avec un dévouement respectueux.
Le Général Commandant par intérim le département de la Gironde
Mignotte.


Le Document 6 n’a pas de date mais comme le destinataire l’aura reçu au plus tard le 19 décembre, vu sa réponse, je vais le mettre ici.

C’est le Sergent Bedu lui-même qui écrit à son Commandant :

( ? ? ? décembre 1812)
Monsieur BUJEON Commt. le 5° Bataillon du 121° Régiment de Ligne. Membre de la Légion d’Honneur à Bayonne.

Je me fais l’honneur de vous adresser la présente pour vous informer d’une malheureuse circonstance qui m’est arrivée en route conduisant le détachement des Espagnols dont j’étais chargé.
Je partis de Bayonne le 4 du courant pour me rendre à Saint Vincent lieu de gîte où j’arrivais avec mon détachement. Je me mis en route le 5 pour me rendre à Dax, en faisant ma route je m’aperçus qu’un Espagnol de mon détachement était malade au point de ne pouvoir marcher, alors je me rappelais, mais trop tard, que j’avais oublié de prendre le convoi que devait avoir mon détachement pour le transport des malades. Lorsque je partis de Bayonne je n’avais point de malades. C’est ce qui m’a fait négliger cette formalité.
Lorsque j’arrivais à Dax je fis la déclaration au commissaire des guerres de la circonstance suivante :
Que parti de Saint Vincent pour me rendre à Dax je m’aperçus qu’un Espagnol de mon détachement était très malade, qu’après l’avoir fait porter longtemps par de ses camarades les plus vigoureux , cet homme tomba dans un état de faiblesse si prononcé qu’il n’y eut pas un de nous qui ne le cru mort. A tort je cru nécessaire de le faire relever une seconde fois et de le faire porter le plus loin qu’il me serait possible afin de lui faire prodiguer des soins, mais après une demi-heure d’une marche bien pénible ce malheureux retomba encore dans un état qui me fit présumer qu’il n’avait plus longtemps à vivre. Je cédais à un mouvement que je ne saurais guère définir. J’armais mon fusil à achever l’existence d’un malheureux qui n’allait pas tarder à la perdre. J’ai fait mon rapport comme je me suis fait l’honneur de vous le dire de l’autre part à Monsieur le Commissaire des guerres de Dax qui porta sur ma feuille de route un homme mort en route. Tranquille sur cet événement, je me rendis à Bordeaux. Lors quand allant chez le Commissaire des guerres je fus arrêté par les gendarmes et conduit chez un Capitaine où j’ai été interrogé sur les circonstances de la mort de cet Espagnol. Je lui dis comme je me fais l’honneur de vous le dire, ce qui avait donné lieu à la mort de cet homme. Après mon interrogatoire je fus conduit à la prison de la ville où je suis retenu sans savoir comment se terminera cette malheureuse affaire.
Depuis six ans que je suis dans ce régiment, vous devez savoir, Mon Commandant, que ma conduite fut celle d’un brave soldat et que j’ai rempli mes devoirs avec une sévère exactitude et une incorruptible probité.
Je sollicite donc de vos bontés mon Commandant pour que vous écriviez à Monsieur le Général Mignotte commandant la gendarmerie du dépt. de la Gironde pour le prier de ne pas donner suite à cette affaire.
Dans cet espoir, mon Commandant, je vous prie de recevoir l’assurance des sentiments les plus respectueux avec lesquels j’ai l’honneur
d’être
Votre très humble
et obéissant
Subordonné
BEDU


Document 7 Le Chef ne laisse pas tomber son subordonné !

Bayonne le 19 décembre 1812
Bujeon, Chef de Bataillon au 121° Reg° - Membre de la Légion d'Honneur,
A Monsieur le Général Mignotte Commandant à Bordeaux,

Le Sergent Bedu, Mon Général, vient de m'écrire des prisons de Bordeaux où il est détenu. J'ai l'honneur, Mon Général, de vous adresser ci joint sa lettre; je n'ajouterai pour sa défense, que pendant 6 ans qu'il sert sous mes yeux je n'ai vu en lui que l'amour du bien et de l'ordre, qui fut toujours sévère dans ses principes; il a pu s'oublier un instant croyant toujours être en Espagne où on ne fait point difficulté d'achever un homme lorsqu'il est malade, plutôt que de le laisser aux soins d'un alcade qui l'enverrait grossir le nombre des brigands. Ce sous officier, mon Général, fut même choisi par moi comme le plus propre à conduire des prisonniers, le connaissant pour un brave homme, J'ai donc l'honneur, Mon Général, de vous supplier de le faire mettre en liberté après avoir subi la punition qui vous plaira de lui infliger,
Agréez, Mon Général, mon très humble respect,
BUJEON

Drouet Cyril

Re: Les prisonniers de guerre : la garde des prisonniers

Message par Drouet Cyril »

1 (Col ? ?) noir
1 Fourreau d’habit (En t ???) rayée bleu
Je pense aussi à "col" et opterais pour "toille".

Dominique Contant

Re: Les prisonniers de guerre : la garde des prisonniers

Message par Dominique Contant »

Oui, bien vu c'est "Toile"
Merci Cyril

Dominique Contant

Re: Les prisonniers de guerre : la garde des prisonniers

Message par Dominique Contant »


Document 8

Bordeaux le 23 décembre 1812
A Monsieur le Général de division Baron Lhuillier Commandant la 11° division militaire et celle de réserve
A Bayonne

Mon Général,

Par ma lettre du 6 du courant, j’ai eu l’honneur de vous rendre compte que le nommé Bedu Sergent au 121° de ligne, chargé de l’escorte d’un détachement de prisonniers de guerre Espagnol jusqu’à Dijon, avait tué d’un coup de fusil l’un de ces prisonniers pendant la route de Bayonne à Dax et de vous adresser les pièces qui constatent ce délit, aujourd’hui j’ai celui de vous transmettre une lettre que je viens de recevoir de Mr Bujeon commandant le bataillon du 121 ° duquel Bedu fait partie à laquelle en est jointe une que lui a adressée ce dernier pour chercher à se justifier du délit dont il s’est rendu coupable.
Veuillez je vous prie Mon Général les accommoder aux autres pièces et me faire connaître vos ordres ultérieurs à l’égard de ce sous officier.
J’ai l’honneur, Mon Général, de vous renouveler l’assurance de mon bien respectueux dévouement.
Le Général Commandant du département de la Gironde.
MIGNOTTE


Document 9 L'adjudant Commandant expédie les documents au Général Sol

11° Division Militaire
Bayonne le 25 décembre 1812
Mon Général

J’ai l’honneur de vous adresser ci joint des pièces relatives à la procédure du nommé Bedu Sergent au 121° régiment d’Infan. de Ligne détenu dans les prisons de Bordeaux, devant être conduit incessamment à Bayonne pour y subir un jugement.
Agréez Mon Général, la nouvelle assurance de tous mes sentiments
L’Adjudant Commandant Chef de l’Etat major de la 11° Div. Militaire.
SABES

Mr. Le Général Sol - Commandant d’armes. (envoyé)


Document 10 Le Général Sol fait suivre les documents au Rapporteur

A Mr. Sciard Rapporteur du 2° Conseil de Guerre pour instruire cette affaire pour la soumettre au Conseil.
Bayonne le 27 Décembre 1812
Le Général Commandant d’Armes
SOL


Document 11 C'est donc à Bayonne que Bedu doit être jugé. D'ailleurs il y sera le 24 février

Bordeaux le 27 janvier 1813
A Monsieur le Général de division Baron Lhuillier - Bayonne

Mon Général
J’ai l’honneur de vous prévenir, en réponse à votre lettre du 23 du courant, que je fais conduire par la gendarmerie, dans les prisons de Bayonne à votre disposition, le nommé Bedu Sergent au 121° de ligne prévenu d’avoir tué près de St Vincent, un des prisonniers de guerre espagnols qu’il était chargé de conduire.
Permettez moi de vous observer, Mon Général, que jusqu’à présent il ne m’est parvenu (quoique votre lettre primitive en fasse mention) aucune invitation de votre part pour faire conduire ce sous officier à Bayonne
Veuillez agréer, Mon Général, l’assurance de mon dévouement aussi sincère que respectueux
Le Général Commandant le Département de la Gironde
MIGNOTTE

Dominique Contant

Re: Les prisonniers de guerre : la garde des prisonniers

Message par Dominique Contant »

Document 12 Le rapporteur fait témoigner quelques soldats du 121°


L’an mil huit cent treize et le quinze du mois de février
Nous Jacques Antoine Sciard adjudant de 1° classe rapporteur près le 2° conseil de Guerre permanent de la 11° division militaire, assisté du Sr Hommebutte notre greffier avons en conséquence de l’ordre à nous donné par M. le Général Sol Commandant d’Armes à Bayonne pour informer sur la plainte portée contre le nommé Pierre Bedu Sergent au 121° de Ligne prévenu de meurtre.
A cet effet avons fait venir devant nous les témoins ci-après désignés au nombre de… auxquels nous avons fait prêter serment séparément de parler sans haine et sans crainte de dire la vérité, rien que la vérité et toute la vérité sur le contenu de la plainte ci dessus relatée dont nous leur avons fait donner lecture par notre greffier.

Jean Baptiste Baudry, âgé de Vingt cinq ans, natif d’Arps département de Jemmappes Caporal au 121° Régiment de Ligne, lequel après avoir satisfait aux formalités voulues par la loi, dépose que le quatre décembre dernier il fit partie d’un détachement composé de dix hommes – un Caporal
commandé par le Sergent Bedu pour conduire quarante deux prisonniers Espagnols. Arrivés au dessus de St Vincent un de ces prisonniers se trouva fatigué ou peut être mauvaise volonté , dit qu’il ne voulait plus marcher. Le Sergent et le déposant le firent porter à peu près une demi lieue par ses camarades, ceux ci se trouvèrent fatigués. Le prisonnier était sur la route disant qu’il ne voulait plus marcher et qu’il préférait qu’on le tua. Après avoir parlé ce que l’on pourrait faire de ce prisonnier, le Sergent dit : « Si je le laisse je suis répréhensible, si je le tue de même. Cependant il faut prendre un parti et je ne peux pas le porter sur mon dos. » Ce dit Sergent Bedu lui lâcha un coup de fusil à la tête. Ce prisonnier tomba et ils le laissèrent. Etant à deux portées de fusil, ils virent un homme debout sur la route. Les prisonniers dirent « c’est celui qui vient de recevoir le coup de fusil »
Ils continuèrent leur route jusqu’à Dax où le Sergent Bedu s’aperçu qu’il avait droit à la voiture et que les coupons ne lui avaient point été délivrés à Bayonne.
Le déposant observe que la plainte fait mention que ce prisonnier avait reçu des coups de baïonnettes avant de recevoir le coup de fusil : atteste que cela est faux, que sans doute ce qui a pu porter le Sergent à ces excès c’est qu’il fut fait prisonnier à Tarragone par les Espagnols, qu’il fut maltraité et qu’il a été à même de juger de la manière qu’ils se comportaient envers les prisonniers Français, qu’il eut le bonheur par son adresse de s’échapper, que sans doute pensant comme son détachement il cru devoir agir envers les Espagnols comme eux agissent envers les prisonniers Français.
Ajoute que ce Sergent est un très bon sujet et très considéré par ses chefs.
Lecture faite de sa déclaration a dit qu’elle contient vérité, qu’il n’a rien a y changer, augmenter ni diminuer et a signé avec nous et notre greffier
BEAUDRY
SCIARD
HOMMEBUTTE (Greffier)

Alexandre Fillette, âgé de vingt ans, natif de Croisé département de l’Eure et Loire, soldat au 121° de Ligne lequel après avoir satisfait aux formalités voulues par la loi dépose qu’il fit partie du détachement de son régiment parti le quatre décembre dernier pour escorter un détachement de prisonniers Espagnols, qu’arrivé au dessus de St Vincent un de ces prisonniers se trouva fatigué ou mauvaise volonté, le Sergent Bedu le fit porter pendant une demi lieu par ses camarades. Ceux ci le laissèrent, ne pouvant pas continuer. Ce prisonnier ne voulait point s’aider et demandait qu’on le tua. Le Sergent regarda si quelque voiture ou quelque personne paraissait sur la route pour le faire suivre jusqu’à Dax et n’ayant rien vu il lâcha son coup de fusil à ce prisonnier et il le laissa.
Observe que ce prisonnier n’avait point été maltraité ainsi que le dit la plainte par des coups de baïonnettes.
Lecture faite de la déclaration a dit qu’elle contenait vérité que n’a rien à y changer, augmenter ni diminuer et n’a pu signer pour ne savoir. De ce interpellé et avons signé.
SCIARD
HOMMEBUTTE (Greffier)

Louis Nicola Cornis âgé de vingt ans, natif de Nogent-le-Rotrou département de Seine et Loire soldat au 121 de Ligne lequel après avoir satisfait aux formalités voulues par la loi dépose qu’il parti le quatre décembre dernier avec un détachement escortant des prisonniers Espagnols ; étant au dessus de St. Vincent un de ces prisonniers ne voulant pas marcher, le Sergent Bedu le fit porter par les autres prisonniers. Ceux ci étant fatigués le laissèrent. Le Sergent cherchant les moyens de le faire arriver à Dax, regardant s’il venait quelque voiture sur la route, n’en voyant pas, lâcha son coup de fusil à ce prisonnier et le laissa.
Observe que ce prisonnier n’avait reçu aucun coup de baïonnette ainsi que le porte la plainte.
Lecture faite de la déclaration a dit qu’elle contenait vérité que n’a rien à y changer, augmenter ni diminuer et n’a pu signer pour ne savoir. De ce interpellé et avons signé.
SCIARD
HOMMEBUTTE (Greffier)

Dominique Contant

Re: Les prisonniers de guerre : la garde des prisonniers

Message par Dominique Contant »

Voici la dernière pièce du dossier. Hélas je ne connais pas la fin du dossier. Elle doit se trouver quelque part à Bayonne ou à Paris, mais je n’ai pas eu le temps d’y mettre la main.
Pensez-vous qu’il n’aura qu’une punition pour principe ? ou que la hiérarchie aura voulu faire un exemple ?

J’aimerai que vous regardiez le nom de ce que j’ai compris « la montagne de Boura (?) » en haut à droite
Image


Si vous trouvez le véritable nom de cette montagne merci de le signaler. J’ai cherché du coté de la Catalogne. Mais il dit être resté 8 mois prisonnier. Ils ont pu se déplacer. Ce n’est donc peut être pas en Catalogne.
Comme Albert aime bien qu’on donne les sources : Ce dossier est aux AD 33 – Il me fera grâce de la côte, je ne l’ai pas notée.

Document 13

L’an mil huit cent treize et le vingt quatre du mois de février
Nous Jacques Antoine Sciard adjudant de 1° classe rapporteur près le 2° conseil de Guerre permanent de la 11° division militaire, assisté du Sr Hommebutte notre greffier avons en conséquence de l’ordre à nous donné par M. le Général Sol Commandant d’Armes à Bayonne procédé à l’interrogatoire du nommé Pierre Bedu Sergent au 121° de Ligne prévenu de meurtre.
A cet effet nous sommes rendus à la prison du Château Neuf où étant avons fait extraire de la dite prison et fait venir devant nous dans la chambre du Concierge un individu de la taille d’un mètre 67 centimètres, front bas, yeux gris, nez long, bouche moyenne, menton rond, cheveux et sourcils châtains noirs et après lui avait donné connaissance de la plainte portée contre lui, nommé Pierre Bedu, lui avons demandé ses noms, prénoms, age, lieu de naissance, son grade et le corps auquel il appartient.
A répondu se nommer Pierre Bedu, fils de Pierre et de Geneviève Gantié, âgé de vingt cinq ans, natif de Stains département de la Seine conscrit et devenu Sergent à la 1° Compagnie du 5° Bataillon du 121° de Ligne.
D(emande) : A lui demandé depuis quand, par qui, et pourquoi il est en prison
R(éponse) : être détenu depuis le quatorze décembre dernier par ordre de Monsieur le Général Vignotte à Bordeaux pour avoir tué un prisonnier de guerre Espagnol.
D(emande) : Pour quelle faute et comment avez-vous tué ce prisonnier Espagnol !
R(éponse) : qu’il fut commandé le trois décembre dernier pour conduire un convoi de quarante deux prisonniers de guerre Espagnols, qu’il parti le lendemain matin, qu’en partant de Saint Vincent pour se rendre à Dax un prisonnier qui paraissait montrer de la mauvaise volonté, s’obstinant à ne point vouloir marcher, malgré les invitations réitérées de l’interrogé, il fut contraint de faire porter ce prisonnier par des autres prisonniers pendant une demie lieu environ ; ceux-ci se lassèrent et se trouvèrent fatigués, ce prisonnier dit qu’il préférait qu’on le tua, l’interrogé l’engagea à faire quelque effort pour arriver à Dax où il pourrait rester à l’hôpital, voyant l’entêtement de ce prisonnier la patience de l’interrogé s’échappa, ses sangs s’échauffèrent et croyant faire comme il avait vu en Espagne il lâcha son coup de fusil sur ce prisonnier qui tomba et le laissa le croyant mort, qu’il n’a agit que parce que en Espagne ceux qui ne peuvent suivre on en fait tout autant; que les Espagnols agissent aussi ainsi avec les prisonniers de guerre français qui ne peuvent pas suivre, qu’il a été témoin en Catalogne lorsqu’il fut fait prisonnier de cent cinquante qu’ils étaient pour faire cinq lieues les Espagnols en tuèrent trente cinq, qu’il resta huit mois prisonnier, qu’il eut le bonheur de se sauver de la montagne de Boura (?) avec dix neuf de ses camarades comme lui prisonniers par le moyen de branches qu’ils attachèrent au bout l’un de l’autre.
D(emande) : Qu’avez-vous (omis - fait) de ce prisonnier après que vous lui avez lâché le coup de fusil ?
R(éponse) : qu’il le laissa, qu’on lui a rapporté qu’on avait vu que ce prisonnier s’était relevé et était entré dans le bois.
D(emande) : Pourquoi ne pas avoir cherché à faire conduire par quelque moyen de transport ce prisonnier jusqu’à Dax.
R(éponse) : qu’il se trouvait au milieu des bois, point de maison n’apparaissait et qu’il avait déjà jusque là fait ce qu’il devait faire.
D(emande) : mais en partant de Bayonne vous avez dû avoir les moyens de transport
R(éponse) : que son départ fut si précipité qu’il ne s’est point aperçu que sa feuille de route faisait mention de la voiture
D(emande) : ne vous a-t-on pas remis des coupons pour la voiture jusqu’à Dax.
R(éponse) : qu’il n’a reçu aucun coupon à Bayonne pour la voiture. Ce n’est qu’à Dax qu’il s’est aperçu qu’il avait droit au moyen de transport. Il en fit les représentations à M. le Commissaire des Guerres qui lui fit fournir une voiture à un collier.
D(emande) : quelle est cette retenue que vous fîtes en route aux prisonniers ?
R(éponse) : que dans les endroits où il trouvait la commodité de faire la soupe il leur faisait faire, puis leur remettait le surplus et qu’étant arrivé à Bordeaux il revenait à chacun d’eux cinq centimes par jour depuis six jours qu’il leur faisait faire la soupe, il leur remis en conséquence trente centimes à chacun.
D(emande) : a lui représenté les deux coupons pour facilité de transport jusqu’à Dax des prisonniers ainsi que du détachement qu’il commandait..
R(éponse) : qu’aucun coupon pour facilité de transport dont est question ne lui a pas été délivré à Bayonne, mais bien à Dax où il a commencé d’en jouir.

N’a de plus été interrogé, lui avons donné lecture du présent interrogatoire, a dit que toutes ses réponses contenaient vérité, qu’il n’a rien à y changer augmenter ni diminuer, qu’il persiste et a signé avec nous et notre greffier, avons clos le présent après lui avoir donné connaissance du procès verbal d’information.

Bedu – Sergent
HOMMEBUTTE
SCIARD



En espérant que vous aurez apprécié l'histoire

A+ Dominique
:salut:

Sans-Souci

Re: Les prisonniers de guerre : la garde des prisonniers

Message par Sans-Souci »

Merci Dominique, pour partager ces documents avec nous !

Difficile à comprendre pour le pauvre Bédu qu'une action est regardée normale au sud des Pyrenées, et comme un meurtre au nord d'eux.

Mais important pour une société civile que les hommes comprennent - ou aux moins respectent - cette difference.

Drouet Cyril

Re: Les prisonniers de guerre : la garde des prisonniers

Message par Drouet Cyril »

En espérant que vous aurez apprécié l'histoire
Beaucoup ! Merci. :razz:

Dominique Contant

Re: Les prisonniers de guerre : la garde des prisonniers

Message par Dominique Contant »

:salut: à tous

J’ai regardé par curiosité les archives des Landes et j’ai retrouvé quelques notes et copies de documents que j’avais prises sur les PDG. Ce n’est que ce matin que je m’en suis souvenu.
Les documents n’ajoutent rien à l’affaire si ce n’est – et c’est un point important :
1) Que l’affaire a peut être fait plus de bruit que je ne le pensais au départ puisque je retrouve des pièces dans deux archives différentes, l’une à Bordeaux, l’autre à Mont de Marsan.
2) Que contrairement à ce que j’ai lu (et là j’adresse un clin d’œil amical à Monsieur Michel de Grèce s’il nous lit) la politique Impériale à l’égard des prisonniers n’était pas aussi inhumaine qu’il aimerait le prétendre. Ici ce sont les documents qui parlent, et non pas des livres volontairement polémiques et horriblement mal documentés au sujet de la politique du traitement des PDG. Si les autorités des Landes écrivaient ce qui suit, l’auraient-ils fait au risque de déplaire à l'Ogre.
3) Cette lettre est un brouillon écrit, je suppose par le Préfet, sous sa dictée, puis corrigée comme cela se faisait habituellement. Il ne convient pas au Préfet de donner des ordres militaires, encore plus « dans l’intérieur de l’Empire »
4) Je note que les autorités civiles semblent beaucoup plus outrées que les autorités militaires qui voient dans le geste des circonstances atténuantes.
5) D’autres lettres vont suivre, mais ne vous attendez pas à des révélations.

Si quelqu’un se trouve à Bayonne où il y a certainement la suite de l’affaire, merci de prendre contact avec moi par MP.


Document 7bis

22 décembre 1812

A monsieur le Chevalier d’Arsonval, commandant le département, officier la Légion d’honneur,

Monsieur le Chevalier
Vous avez sans doute été informé que le sergent du 121° régiment de ligne qui commandait l’escorte de 42 prisonniers de guerre espagnols a fait feu le 6 de ce mois sur un de ces prisonniers qui ayant eu le front traversé par une balle a été inhumainement abandonné sur la route à une lieue et demie de Dax.
La conduite du Sergent est d’autant plus inexcusable qu’il avait reçu un coupon pour une voiture (à deux colliers – biffé) destiné au transport des prisonniers malades ou impotents.
J’ai rendu compte de cette affreuse circonstance à (S.S. - biffé) S. excellence (les - biffé) ministre (s – biffé) de (la guerre - biffé) l’Intérieur, (de l’intérieur et de la police générale – biffé). Je vous prie monsieur le Commandant de (surchargé) vous réunir à moi pour provoquer la punition et des ordres (des ordres afin que de pareils événements ne puissent se renouveler dans l’étendue du département ni dans l’intérieur de l’Empire – biffé)
Veuillez Monsieur le Chevalier agréer l’assurance de ma haute considération.

Dominique Contant

Re: Les prisonniers de guerre : la garde des prisonniers

Message par Dominique Contant »

:salut:
Cette lettre m’a donné pas mal de travail. La première page était presque illisible mais c’est sur la seconde que j’ai un doute.
Je crois lire à la première ligne, là où on voit le verso du tampon « ...qu’un acte aussi atroce se passe au loin même de la France .. ». Qu’en pensez-vous ? - Trouvé par Cyril et Sans Souci : Loin = Sein

Image

Cette lettre du 10 décembre permet au Sous Préfet de Dax – M. Dibarrat-Detchegoyen – d’en informer son supérieur. Vous noterez le mot « inhumanité » répété dans la lettre précédente.
Pour respecter l’ordre des dates je la nomme 1bis

Document 1bis

Dax le 10 décembre 1812

Le Sous Préfet du deuxième arrondissement du département des Landes
A Monsieur le Comte D’Angosse Préfet du département des Landes

Monsieur le Comte,

J’ai l’honneur de vous envoyer la copie d’une lettre de Saint Vincent, la gendarmerie à la résidence de Dax avait trouvé que le 6 de ce mois un Sergent du 121° régiment conduisant un détachement de 42 prisonniers de guerre espagnols a eu l’inhumanité d’en assassiner un et de lui tirer un coup de fusil parce que ses forces ne lui permettaient pas de suivre ses camarades. Ce Sergent avait d’autant plus de tort qu’il avait été accordé une voiture à un collier pour son transport dont il n’avait pas fait usage. Le prisonnier est mort le lendemain; il est malheureux qu’un acte aussi atroce se passe au sein même de la France ; il serait cependant fâcheux de perdre un soldat français, mais je crois qu’il aurait besoin d’une correction pour éviter semblable atrocité.
Recevez Monsieur le Comte l’hommage de mon respect

(signé) Dibarrat-Detchegoyen
Modifié en dernier par Dominique Contant le 29 août 2008, 23:27, modifié 3 fois.

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