Jugements derniers


Auteur(s) : DE BROUWER, Jérôme - ROUSSEAUX, Xavier

Auteur de l’article : Raphaël
Date : 03 mars 2018, 17:10
Vues : 118
Catégorie : Ouvrages collectifs


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Présentation de l'éditeur :
À travers neuf récits, construits principalement sur la base des sources judiciaires, un groupe d'historiens racontent l’histoire de la justice pénale en Belgique du Moyen-Âge jusqu’au 20e siècle, dans sa manifestation ultime, la peine de mort. Continuer

Namur, Place Saint-Rémy, 1417. Jehenin monte sur l'échafaud et est décapité à l’épée. Nivelles, 1514. Guillaume y échappe, par la grâce de l’Empereur. Olne, sur la Grand-Place du village, 1758. Jean meurt sur le bûcher. Hermès y échappe. Il terminera ses jours dans une cellule. Anvers, sur la Grand-Place, 1804. Adrien est guillotiné. Bruxelles, sur la Grand-Place, 1807. Marie est guillotinée. Anvers, 1816. Michel est condamné à mort. Gracié, il échappe à la guillotine. Il fera vingt ans de fers. Bruxelles, sur la Grand-Place, 1843. Jean-Jacques est guillotiné. Mons, 1922. Armand est condamné à mort. Il est gracié. Mons, Tir communal, 1947. Le noyau de la « bande Chéron » est exécuté. Ils sont six à passer devant le peloton. Arthuria est graciée. Elle y échappe.

À travers neuf récits, construits principalement sur la base des sources judiciaires, un groupe d’historiens, issus de l’Université catholique de Louvain, de l’Université de Liège et de l’Université libre de Bruxelles, racontent l’histoire de la justice pénale en Belgique du Moyen-Âge jusqu’au 20e siècle, dans sa manifestation ultime, la peine de mort. Plongé dans l’exercice de la justice d’autrefois, le présent ouvrage permet également au lecteur d’accompagner les protagonistes dans le cours de leur vie quotidienne, dans leur environnement social et culturel, dans leur condition d’homme ou de femme.

Année de publication : 2017
Lieu et maison d'édition : Louvain-la-Neuve, Presses universitaires de Louvain
Nombre de pages : 150 p.
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Nombre de commentaires : 4
Anonymous, Posté : 03 mars 2018, 17:00   Sujet du message : Re: [ Napoléonothèque ] Jugements derniers
Un extrait du livre :
Sauver l’honneur
(1756-1758)
Les cordes se tendent, exerçant une traction importante sur les membres de Jean Polet. Cet étirement des jambes et des bras provoque chez lui une douleur tellement insupportable qu’il ne peut retenir un cri. Mais aussitôt, le bourreau relâche légèrement la tension. Jean Polet en est déstabilisé. Confronté à une douleur qui lui occuperait l’esprit au point de ne penser à rien d’autre, il était persuadé de pouvoir résister longtemps. Ce relâchement inattendu, même si elle ne fait pas disparaître la souffrance, éveille au contraire en lui l’espoir que cela pourrait cesser. Or, le meilleur moyen que cela s’arrête n’était-il pas d’avouer ? Quel sens cela avait-il de continuer à nier ce que les témoins avaient dit ? Au moment où on était venu l’arrêter, il pouvait encore croire qu’il pourrait s’en sortir. Comment imaginer en effet que les témoins allaient oser exposer leur propre turpitude devant le tribunal ? La honte, la gêne et le risque d’être eux-mêmes considérés comme participants à son crime n’allaient-ils pas les retenir de parler ? Et puis rien ne s’était passé comme il l’espérait. Les témoins avaient défilé et avaient tout raconté. Il avait eu beau tenter de démentir ce qu’ils avaient dit, il avait bien senti que cela ne servait pas à grand-chose. Maintenant, sa dernière chance était de résister sous la torture. Cela servirait-il vraiment à quelque chose ? Il n’en est plus sûr. Au contraire, ce bref apaisement de la douleur vient de faire naître le doute en lui. Et ce doute, il le sait, ne le lâchera plus.
*
C’est jour de marché à Spa. Les bourgeois de la ville mais aussi les habitants des villages environnants se pressent sur la place autour des étales des marchands. Martin Jehin est en train d’examiner un chapeau quand il l’aperçoit parmi la foule. Il se dit d’abord qu’il ne peut s’agir de lui, qu’il doit avoir la berlue, que c’est seulement quelqu’un qui lui ressemble. Il se force à examiner à nouveau le chapeau, mais après quelques secondes, son regard se reporte sur lui et il doit se rendre à l’évidence. Ses yeux ne l’ont pas trompé. C’est bien son oncle, Hermès Grayet, qui est là, tout proche de lui. Avec le monde qu’il y a, il pourrait l’éviter. Mais à quoi bon ? Il faudra bien tôt ou tard qu’il sache à quoi s’en tenir. Pour dissimuler son émotion, Martin se rapproche tout en gardant les yeux fixés au sol pour faire croire qu’il ne l’a pas vu.
– Et alors, mon neveu, où as-tu la tête ? Tu ne reconnais plus tes parents ? dit Hermès en l’abordant.
Martin relève la tête et fait mine de découvrir la présence de son oncle :
– Ah, mon oncle ! Je ne vous ai pas vu venir. Vous êtes déjà de retour ? Je croyais que vous deviez rester plus longtemps parti.
Hermès se racle la gorge et crache par terre.
– Cette grande ville ne me convenait pas. L’air qu’on y respire est pestilentiel. Le bruit dans les rues est permanent. Il n’est pas possible de vivre dans un lieu pareil. J’ai préféré revenir au pays.
– Et vos compagnons, demande Martin, sont-ils revenus avec vous ?
– Oh non ! répond Hermès. J’ai laissé ces jean-foutre sur place et je suis revenu sans rien leur dire. Car c’est bien à cause d’eux si j’ai fait tout ce trajet. Et sans aucun profit. Ils me laissaient tout le jour dans cette auberge crasseuse pour, disaient-ils, régler les affaires.
Martin se force à rire.
– Evidemment, ce ne devait guère être agréable. Un si long voyage pour n’avoir rien à faire sur place… Je vous comprends, mon oncle.
– En plus, ajoute Hermès, personne dans cette ville d’Amsterdam ou presque ne parle notre langue. Je n’y avais pas ma place. Je me demande pourquoi ils ont tant insisté pour que je les accompagne. Je ne leur servais de rien.
*
Le procès n’avait pourtant pas si mal commencé. Lors du premier interrogatoire, Jean Polet avait répondu à toutes les questions de l’officier sans se troubler. Il est vrai que la mort du jeune Léonard Piret l’avait bien aidé. Il était assez facile de nier qu’il se soit passé quelque chose quand il avait logé avec lui sur le foin puisque le malheureux n’était plus là pour contester sa version des faits. De même, il lui avait été aisé de déclarer ne pas connaître le « hermesse » dont on lui parlait. Qu’est-ce que c’était d’ailleurs que ce « hermesse » ? Il n’en avait aucune idée.
En revanche, quand Jean François Pirson était venu témoigner, cela avait pris assez mauvaise tournure.
Anonymous, Posté : 03 mars 2018, 20:41   Sujet du message : Re: [ Napoléonothèque ] Jugements derniers
Même si ce livre a fait l'objet d'un débat et d'une lecture de certains passages le 23 février dernier à la foire du livre de Bruxelles, ce n'est pas aujourd'hui que j'ai posté cette notice. Comment expliquer que les dates de publication et même l'auteur de l'une d'entre elles ont ainsi changé ? :o
L'âne, Posté : 03 mars 2018, 20:44   Sujet du message : Re: [ Napoléonothèque ] Jugements derniers
Je crois que cela est dû à la fusion des espaces "ouvrages collectifs", ce jour.
Raphaël pourra très certainement le confirmer.
Raphaël, Posté : 06 mars 2018, 02:54   Sujet du message : Re: [ Napoléonothèque ] Jugements derniers
William Turner a écrit :
03 mars 2018, 20:41
Même si ce livre a fait l'objet d'un débat et d'une lecture de certains passages le 23 février dernier à la foire du livre de Bruxelles, ce n'est pas aujourd'hui que j'ai posté cette notice. Comment expliquer que les dates de publication et même l'auteur de l'une d'entre elles ont ainsi changé ? :o
Bonjour,

oui lors de la fusion des catégories « Ouvrages collectifs » deux articles ont sauté, j’ai dû les re-publier.